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18 ORIGINE ASIATIQUE DES ESN!OMAUX
convient en tous points à la nation esquimaude. Leur taille est petite, ditil, et n'excède pas cinq pieds quatre pouces. Ils sonttrapus, ont de l'embonpoint et sont fortement constitués. Leurs formes et leurs muscles sont très prononcés. Ils portent des caleçons à la chinoise et à l'esquimaude, qui descendent jusqu’au gras de la jambe. Tous, hommes et femmes, ont des bottes en peau de phoque, comme ce dernier peuple, et comme lui, ils se servent de la peau du saumon pour se confectionner des chaussures, des vêtements et des sachets. Ils ont le teint olivâtre, les yeux tantôt droits et tantôt obliques et bridés comme ceux de la plupart des Chinois et des Japonais. Lapérouse remarqua cette double particularité, indice de mélange de race, dans les yeux des Kamtchadales, des Kouriliens et des Tchouktchis. Je dois en dire autant non seulement de tous les Esquimaux que j'ai connus, mais encore des Danites et des tribus hilliné septentrionales. Très probablement il faut appliquer la même remarque à la généralité des aborigènes des deux Amériques ; le mélange des yeux droits et des yeux bridés se faisant remarquer, çà et là, chez différents peuples de ce continent.
Les Khillini où Ghilliaks de l'Amour ! tirent du Japon l'usage de leurs pipes à plateau dont la formeest chinoise ou malaise, et servent aux fumeurs d'opium, dans ces derniers pays. Ce modèle de pipe a été adopté par tous les peuples esquimaux, et ils y fument le tabac à l'instar de l’opium, c'est-àdire en en avalant la fumée.
Je dois faire remarquer ici que j'ai relevé, sur les objets ghilliaks de ma collection, de très jolis dessins d’entrelacs qui sont identiques ou peu s'en faut à nos anciens dessins celtiques, mais unis aux volutes des arabesques italiennes.
Lapérouse, Steller, Kracheninikoff et autres navigateurs ont observé que les populations des îles Kouriles, de Tarrakaï, de la côte de Tartarie et du Japon se composent de deux éléments aux types tranchés et distincts qui paraissent avoir été fournis par des courants d'immigration différents : l'un, blanc sale, analogue au type chinois, japonais et siamois; l'autre, brun rougeûtre, semblable au type: mongol qui peuple le Kamtchatka. J'ai
1 Comparez le nom de ces Tartares avec celui des Héllènes, des Hilléni où Hillini, les anciens Khilliniwok, que nous avons nommés Algiques, des Khills de l'Alaska, des anciens Allains ou Zlallani qui envahirent la Basse-Bretagne avant l2s Mores, et enfin avec le nom des HJitlinos de l'Amérique centrale, qui étaient des Tolièques. (Br .sssur dé Bcurbourg.)
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constaté depuis longtemps ce même mélange chez les Esquimaux, les Din- | djié, les Dènè et les Cris, en Amérique. ‘.
D'après un savant américain, le D' Otis, les crâänes esquimaux sont semblables à ceux que l’on découvre dans les mounds, et diffèrent de ceux des Peaux-Rouges modernes. Quant à moi, je puis assurer que la plupart des cränes tchiglit ressemblent en général à ceux des Botocudos, et autres peuples du Brésil alliés à la race caraibe.
Passons aux Japonais. | Les enfants japonais ont le teint rose, les joues et les lèvres colorées À d'incarnat, comme les petits Esquimaux. Les femmes y ont aussi le teint | plus clair que celui des hommes. On en voit même de parfaitement blanches. Elles endurcissent leurs nourrissons au grand air, au vent et au soleil, À comme le font les mères esquimaudes ; et, comme elles, portent leurs petits tout nus entre leur dos ou leur tunique ou kirimon. Les mœurs japonaises participent à celles des Esquimaux. On voit chez Dis eux la même absence native de pudeur, les mêmes nudités, le même pen- à chant au cornmunisme; mais aussi le même génie industriel, la même ; adresse dans les arts manuels, ia même soif d'instruction et de science. Les | uns et les autres sont peu religieux, indévôts même, portés à la colère, |
prompts à la vengeance, et également enclins à éventrer leurs ennemis; mais ils sont braves et peu soucieux de la mort. Japonais et Esquimaux dorment sur des estrades et font usage de chevets en hois; une coutume de l’ancienne Egypte et de toute l'Afrique. Ils sont toujours armés de glaives, mangent le poisson cru, sont d’adroits jongleurs et de sveltes gyÿ mnastiqueurs.
J'achève le portrait de ces peuples de l'extrême Orient asiatique en retraçant, d'après M. le comte de Beauvoir, quelques traits de la race malaise qui conviennent aux Esquimaux.
Les Malais, dit le noble voyageur, sont un peuple de pirates et d'écu- s
| meurs de mer. Ils sont braves, résolus, souples et agiles. Leur teint est jaune sale. [ls ont les yeux en coulisse, le nez camus ou épaté, et la lèvre h inférieure pendante; ce quiest un trait caractéristique des Esquimaux. Is n'ont aucun regard à la nudité la plus complète, surtout dans le jeune âge. Ils aiment les enfants, surtout ceux des Européens.
Ces nombreux points de ressemblance, que les Asiatiques orientaux, riverains du Pacifique et de la mer de Bering, offrent avec la nation esquimaude, suffisent à démontrer que, si les souvenirs des Innoït ne remontent
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que jusqu'à Akilinerk, ou tout au plus jusque aux îles des Castors ou Aléoutiennes asiatiques, les faïts témoignent que leur souche n'est pas originaire de ces îles, quoique ce soit dans ces îles qu'ils aient pu et dû inaugurer les coutumes et les usages étranges qui en ont fait des Esquimaux.
Les noms esquimaux des points cardinaux me fournissent une nouvelle et curieuse preuve de la provenance asiatique des Innoîït, c'est-à-dire de leur marche de l’ouest à l’est d’abord, puis vers le sud ensuite, pour revenir finalement vers le nord.
Les noms que beaucoup de peuples anciens appliquèrent aux quatre points de ;'espace sont loin d'indiquer le I : qui fut leur berceau, celui d'où ils tirèrent leur origine, ou bien les plages où ils abordërent dans le principe. Ainsi, pour ne parler que des Latins, on sait que le nom de Septentrion a trait aux sept principales étoiles dela constellation de la Grande- Ourse; que celui d'Orient indique l'entrée du soleil sur l'horizon, et celui d'Occident sa chute 2, parente où métaphorique ; enfin, que le mot Midi, meridianum, indique l'apogée de l’astre du jour dans la voûte des cieux.
Pas la moindre allusion à une patrie ou à une immigration quelconques.
Les noms que nous donnons aujourd'hui aux points cardinaux nous viennent des Saxons : North, South, East, West, Nous en ignorons la signification intrinsèque dans leur langue.
Il en est autrement de plusieurs peuples d” l'Amérique. Les noms qu'ils donnent aux points cardinaux revêten: des expressions qui n'ont pas toujours trait à la position du soleil dans l'espace. Pour ne parler ici que desseuls Esquimaux Tchiglit, que j'ai fréquentés, le nom qu'ils appliquent au Nord, Kanoung-argrerk, signifie le point triste, infortuné et néfaste, de l'espace. En effet, kanoung-miyoark signifie être triste, troublé, mélancolique; kanoung-palouktoark est le nom du limon, de la vase noire et gluante des rivières de l'extrême Nord.
Donc, pour les Esquimaux, le Nord est le point noir; ce qui est cenforme au sentiment des Anciens, en particulier des Hébreux et autres Sémites, pour lesquels l'aquilon était le point sinistre et néfaste de l'horizon. Us le plaçaient à leur gauche, se tournant, pour prier, vers l'orient comme vers le point de l'espace le plus noble ; parce qu'ils y avaient reçu le jour,
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que là se trouvait l'Éden ou Paradis terrestre, ainsi que le temple de Sion, la ville sainte.
Aux yeux de l'Esquimau, l'Est ne rappel!e aucun sou:enir du passé. Sous ce rapport ils se rapprochent des Chinois, des Tartares et des anciens Égyptiens, qui priaient ou prient encore tourrés vers l'occident. L'Est est presque aussi dédaigné par eux que le nord. C'est dans l’est qu’lis placent leur nation de Femmes. En conséquence, les Esquimaux appellent l'Orient Tçanéra-nerk, le point immonde; parce que c’est de l'Est que leur viennent la grêle, les tempêtes, les longues pluies d’été, les poudreries ou tourmentes de neige congelée, pendant l'hiver; en un mot tout ce que les Danites euxmêmes nomment y-a-ountsen, crasse où immondices du ciel.
En effet, tcanertat, en esquimau tchiglerk, est le nom des immondices, des balayures, des dé:hets de cuisine; et tcçanerktoark y signifie balayer, nettoyer. Et cependant tçanertark veut dire une traversée en mer; parce que le Levant fut le point de l'espace que les Esquimaux avaient devant eux, et vers lequel ils se dirigèrent tout d’abord dans leurs migrations initiales, sans cependant qu'ils y tendissent comme vers le lieu de leur repos et de leur choix définitif. Aussi, toutes les locutions adverbiales qui ont trait au point opposé à celui par lequel on arrive, ou à celui que l’on occupe, telles que à l’opposite, à l'encontre de, du côté opposé, de l'autre côté, etc., s’expriment-elles, en esquimau tchiglerk, par la même périphrase tcçanéra-nerk moun, vers l'Est, du côté de l'Orient. Ou plutôt, disons mieux que le nom de l'Est est, dans ce dialecte, à l'opposite; c'est-à-dire le point opposé à celui d’où l’on est venu.
Par contre, et fait b'en significatif pour un peuple hyperboréen, le Sud est, aux veux des Esquimaux, le point antérieur, c'est-à-dire celui vers lequel tendaient leurs aspirations et leurs désirs, mème en se dirigeant de l'ouest à l’est, Ce nom est Z'chivor-krark, en avant. Aussi, l'avant ou proue d'une barque s'appelle-t-il tchivou ; l'adjectif antérieur se rend par teñivoulerk touanhiga, e. la préposition avant, par tchivournærané, tchivourneragoun. C'est donc vers le Sud que is hordes de navigateurs asiatiques qui devinrent des Esquimaux avaient la proue de leurs barques tournée, lorsque des rivages tartares ou japonais ils émigrèrent en Amérique, avant que des obstacles et des difficultés que nous ignorons les contraignirent à changer leur cap de route. Et s'ils se dirigèrent ensuite vers le nord et l’est,
points obscurs et néfastes de l'espace, qui ne leur offraient en partage que les longues nuits, l'immobilité des glaciers, le froid mortel et des tour-