CHAPITRE VII
On a vu au chapitre IT qu’il est impossible à Pheure actuelle d'attribuer à une sorte commerciale de quttapercha une origine botanique certaine. En 1887, le D" Beauvisage écrivait' : « Dès le début de l’histoire de la qutta-percha, nous ne trouvons donc qu’obscurité et confusion quant à son origine botanique. Cette obscurité et cette confusion ne feront que s’accroître à mesure que nous avancerons dans cette étude. »
Si l’origine botanique des sortes commerciales n’a fait aucun progrès depuis cette époque, cependant la connaissance des plantes à quitta a fait un grand pas, grâce aux travaux du D" Burck et de L. Pierre. On connaît aujourd’hui de nombreuses espèces quitifères, et on possède des données précises sur la valeur de leur latex . (voir E. Obach).
Sérullas semble reprocher aux botanistes qui ont étudié la flore malaise (de Vriese, Teysmann, Binnendijk, etc.), de n'avoir travaillé que pour la science. Selon lui, et
1. BrauvisaGe, Contributions à l'étude des origines botaniques de la gutta-percha. Thèse de la Faculté de médecine, Paris, 1881, p. 13.
Séligmann-Lui lavait compris de la même manière, le véritable objectif d’une mission est la valeur des latex purs et la valeur des mélanges qu’on peut en faire. Une fois ce point élucidé, la détermination botanique n’est plus qu’une question secondaire.
Il y a une raison capitale pour laquelle je ne puis être du même avis que Sérullas. Et tout d’abord, remarquons que l’on connaîtrait à fond la valeur des latex de toutes les plantes à quitta, que cela ne changerait rien à la connaissance des sortes commerciales, qui seront toujours fraudées et mélangées, et par les indigènes collecteurs et par les Chinois. Je dirai même qu’on ne saura jamais tout ce qui peut entrer dans la composition d’une quita com-
merciale, car si les collecteurs opèrent à peu près conve-
nablement, quand un Européen qu les paie les observe, rien ne les empêche d'employer toutes sortes de latex qu'ils ont bien soin de laisser ignorer, lorsqu'ils opèrent à leur guise.
Quant à l’objectif des missions, je suis d’avis, au contraire, que la détermination botanique exacte doit être faite de suite, sitôt que le latex a été reconnu utilisable. Si l’on se contente pour l’instant du nom indigène, il y a fort à parier que celui qui, muni simplement de ce nom indigène, recherchera dans la suite l’arbre dont le latex a été reconnu bon, fera fausse route et trouvera un quttier quelconque, peut-être aussi excellent. Il y a, en effet, une confusion extrême dans les noms indigènes, et Sérullas lui-même n'hésite pas à déclarer que bien des noms, tels que soudou, sirah, labouei, selendit, pipit, etc, lui paraissent être une pure invention des Malais pour satisfaire la curiosité des explorateurs ou des commerçants.
D’après les travaux des botanistes hollandais, le D' Beau-
visage donne les noms suivants, qui s’appliquent à lP/sonandra qutta Hooker :
Getah balam à Pajakombo (ouest de Sumatra) et dans les districts de Lampong ;
Getah tembaga. Loeboe Olong (ouest de Sumatra) ;
Getah dadouw ou seroja. Ke Bangka ;
Getah doerian. Soekadana (sud-ouest de Bornéo) ;
Getah taban. Lingga et Bientang (îles Riow).
Selon de Vriese, le Getah merah n’est autre que le Getah taban.
Or, l’/sonandra quitta Hooker, que tous les auteurs avaient signalé un peu partout, n’a été retrouvé qu’en 1887 par Sérullas, dans l’île de Singapore. Quelle est alors ou quelles sont les plantes qui portént ces noms ?
D’autre part, le D' Burck signale pour son Palaquium oblongifolifolium les noms indigènes suivants :
Njatoeh balam tembaga à Sumatra ; — — sirah à Sumatra; — merah à Sumatra ; — — soesoen à Sumatra ; — — pirang à Sumatra ; — — abang à Sumatra ; — — doerrian à Bornéo ;
Ka-malan paddi à Bornéo.
L’Isonandra pulchra Burck est aussi désigné sous le nom de Wjatoeh balam doerrian à Samatra; d’autre part, le Palaquium Treubu var. parviflorum Burck porte aussi le nom de Dadauw.
Cette liste s’accorde avec ce que rapporte L. Brasse au sujet de la même plante (l'orthographe varie un peu) : Niatouh balam tembaga (est de Sumatra) ;
Gutta taban merah (ouest de Malacca);
Mayang derrian (est de Sumatra).
Nous remarquerons d’abord que les mots getah, qutta, gueutta représentent le produit de larbre; le nom le plus généralement employé pour désigner les quitiers est, d’après Burck, Vjatu où Njatoeh (ou encore Viato). Cependant les noms de Vyatoe ou Vjatoh, qui sont évidemment les mêmes que les précédents, s'appliquent aussi à d’autres plantes telles que Vatuca Rassak BI. et Myristica ücophylla Miq.'. Pertcha et tuban ou taban sont synonymes, et Gutta taban désigne, d’après Sérullas, toutes les espèces à exploiter ; il en est de même pour Vyatoeh balam, comme l'indique la liste du D° Burck. On voit donc que Getah balam et Gelah taban n’ont rien de précis ; que Getah tembaga et Njaloeh sont synonymes, ainsi que Getah merah, Njatoe balam merah et Gutta taban merah ; qu’il en est de même pour Mayang derrian, Getah doerian et Vjatoeh balam doerian, ce dernier s’appliquant en outre à l’Zsonandra pulchra Burck. L’/sonandra gutta Hooker et le Palaquium oblongifolium Burck sont done souvent confondus. Ces noms indigènes ne se rapportent-ils qu’à une ou à deux espèces à la fois? Il est probable qu’ils s’adressent à plusieurs. En effet, Sérullas distingue parmi les espèces à propager (je transcris avec l'orthographe qu’il emploie) :
Isonandra qutta Hooker ;
Gueutta taban merah (Malacca) ;
Njatouh balam tembaga ;
Mayang taban dourrian (Assahan, est de Sumatra) ;
Gueutta taban soutra. ï
+ a: Fier, Plantkundig Wooedenboek: voor Nederlandsch-Indie. Amsterdam, 1888.
Pour Sérullas donc, ces noms indigènes se rapportent chacun à une espèce distincte, et nous venons de voir que les trois premiers : Gueutta taban merah, Njatouh balam tembaga et Mayang taban dourrian, sont tantôt synonymes et que tantôt ils s'appliquent indifféremment à l’/sonandra quitta Hooker et au Palaquium oblongifolium Burck. Quant au Gueutta tababan soutra, L. Wray le rapporte encore au Palaquium oblongifolium Burck. Comment se retrouver dans ce dédale? Cette confusion ne prouve qu’une chose, c’est que les noms indigènes n’ont aucune valeur au point de vue botanique. A quelle espèce appartenaient les plantules que Séligmann-Lui avait rap-
portées de son expédition, et qui ont disparu depuis, ainsi .
que celles qu'il avait fait expédier de Sumatra ? Il avait traité pour l'envoi de Gutta seundel: et de Gutta taban. La première est vraisemblablement le Payena Leeri Benth., mais la seconde ? |
J'en reviens donc à ma thèse de tout à l'heure : il est absolument nécessaire de donner une détermination botanique exacte. Malgré la difficulté de se procurer des fleurs, des fruits, etc., en un mot, les organes employés à la détermination, il faut malgré tout passer par là. On comprend qu'il est d’une haute importance d’avoir des données précises pour l’établissement d’une culture réglée ; peu nous importe, pour le moment du moins, de connaître la valeur et les propriétés particulières d’une quitta qu'on n’est pas sûr de retrouver identique à elle-même. Si, au contraire, on opère sur des espèces botaniques bien déterminées, on est certain de pouvoir s'adresser toujours aux mêmes arbres lorsqu'ils auront été reconnus bons. C’est alors que tous les documents relatifs à chaque espèce botanique nous seront extrêmement précieux dans
PLANTES PRODUCTRICES DE GUTTA-PERCHA. 219 un temps qui n’est peut-être pas éloigné, c’est-à-dire lorsque tous les quttiers spontanés auront complètement disparu. À ce moment (tout porte à le supposer), la quttapercha sera retirée des feuilles des quttiers cultivés, et l'exploitation sera effectuée d'une façon méthodique, non plus par des indigènes qui agiront à leur guise, mais par des ouvriers que l’on pourra surveiller.
Sapotacées :.
À. — Lobes de la corolle sans appendices dorsaux . PR re oO IN PA PAODILES.
a) Étamines sur 2-3 (ou plusieurs?) rangs ; avec 2 rangs, étamines toutes fertiles ou rarement (Diploknema) toutes stériles dans les fleurs femelles; avec 3 rangs (Omphalo-carpum), les extérieures quelquefois transformées en staminodes ou bien toutes stériles dans les fleurs femelles . ,— , . . . ,. 1. ILcrpnées.
b) Étamines sur 1 ou 2 rangs, normalement un seul avec anthères :
«. Étam. du cercle extérieur opposées aux lobes du calice et transformées en staminodes . 2. SIDÉROXYLINÉES. 8. Étam. du cercle extér. absentes. 3. CHRYSOPHYLLINÉES. B. — Lobes de la corolle avec 2 appendices grands, dorsaux, en-
hersomtendustés een ne us To TT MmbsoPées.
Tribu des Illipinées.
Huit genres. Cette tribu comprend presque toutes les plantes fournissant de la qutta-percha vraie et réparties dans les genres Payena, Isonandra, Palaquium.
Le genre /sonandra des auteurs (W. Hooker, de Vriese,
1. Division de la famille d’après EnGLer, /n ENGLER et Pranrz, Die natürlichen Pflanzenfamilien, t. IV, I, p. 131.
Miquel, etc.), a subi bien des transformations. La plante que Montgommerie avait envoyée à W. Hooker avait été rangée par cet auteur dans le genre /sonandra Wight, bien que ses fleurs fussent du type hexamère ; plus tard, Bentham et Hooker la rapportèrent au genre Dichopsis Thwaites (fleurs hexamères, graines exalbuminées), laissant dans le genre /sonandra les plantes à fleurs du type l à graine albuminée.
Sur le vu d’une simple feuille, de Vriese avait créé en 1896 l’/sonandra qutta, var. oblongifolia ; le D' Beauvisage pense que cette variété peut être rapprochée, sinon identifiée avec l’/sonandra polyandra Wight. On peut se demander aussi, comme le fait remarquer le D' Beauvisage ‘, si la variété Zsonandra quitta B. Sumatrana Miq. est identique à la var. oblongifohia de Vr. L. Pierre croit pouvoir la: rapporter à son Palaquium formosum (sp. nov.), tandis que le D' Burck réunit les deux variétés à son Palaquium oblongifolium.
Quoi qu'il en soit, le genre /sonandra, d’abord remanié par Bentham et Hooker, fut démembré à nouveau par L. Pierre ? puis par le D' Burck: ; bon nombre des anciens /sonandra et Dichopsis devinrent des Palaquium (Pal. qutta Burck, Pal. calophyllam Pierre) ou des Payena (Pay. puberula Pierre, Pay. dasyphylla Pierre, etc.) +.
Payena A. DC. Prod. VIIT, p. 196. — Benth. et Hook. Gen., Il, p. 659. — Xeratophorus Hassk. Retzia, p. 100.