EVA
gutta, sans vouloir s’obstiner à trouver le fameux /sonandra gutta Hooker, qui, depuis 1847, était devenu un mythe. Cependant, il lui était réservé l'honneur d’en retrouver, non pas un échantillon oublié par hasard, mais bien toute une forêt échappée comme par miracle à la cupidité des indigènes, dans ces mêmes ravins de Bukit- Timah où Thomas Lobb, en 1847, avait découvert le dernier spécimen spontané que l’on connût. Dans le remarquable mémoire qu'il a publié en 1890", l’auteur, après un rapide historique des explorations antérieures, étudie avec beaucoup de soin les conditions climatériques et d’assolement si spéciales que réclame l/sonandra quitta ; il étudie la valeur industrielle du latex de différentes espèces dont il ne donne malheureusement que les noms indigènes ; enfin, 1l rectifie les données que l’on possédait jusqu'alors sur le mode de récolte, et montre l’impossibilité de se procurer des qutta-percha pures de tout mélange. On verra au chapitre V, & 1°’, les efforts qu'il dut faire pour mener à bien son entreprise et le sort lamentable qui était réservé aux plantules et aux souches enüères qu'il s'était procurées au prix de tant de peines. En lisant ce mémoire, on devine chez son auteur un esprit judicieux et pratique, peut-être un peu aigri par les décepüons que lui ont procurées les complications administratives.
En 1890, un autre explorateur, le D' Léon Brasse, publie le résultat des observations qu'il a faites durant un séjour de huit années en Malaisie?. Il fait une étude très
1. SéruLLAS, « Sur l’Exploitation de la qutta-percha ». La Lumière électrique, 1890, t. 38, nos A7.et suivants.
2. Dr L. Brasse, « Étude sur la gutta-percha ». La Lumière électrique, octobre 1892, nos 41, 42, 43.
approfondie des sortes commerciales en recherchant pour chacune d’elles les origines géographique et botanique probables, les propriétés physiques, la valeur industrielle, etc. Il donne une longue liste de plantes dont le latex mériterait d’être étudié et, bien qu’il ait eu connaissance des travaux de Séligmann-Lui, du D° Burck et de Sérullas, il conclut à la nécessité d’une exploration minutieuse du côté de Pahang (Sumatra) et au nord de Bornéo, et d’une étude botanique sérieuse pour fixer le choix de la plante à propager et à cultiver en grand.
En suivant l’ordre chronologique, je dois citer aussi les ouvrages de Chapel, de Th. Seeligmann, de H. Jumelle et de E. Obach, bien que ni l’un ni l’autre de ces auteurs n'ait apporté de documents botaniques nouveaux sur le sujet.
Le travail de Chapel sur la qutta-percha, qui forme la deuxième partie de son ouvrage, est loin de valoir la première partie qui est consacrée au caoutchouc. Je ne parle pas ici de la partie industrielle, laissant ce soin à d’autres plus compétents; la partie historique est trop écourtée et les sortes commerciales (si bien traitées pour le caoutchouc) sont presque passées sous silence. Il semblerait que l’auteur ait eu hâte d’en finir.
La deuxième partie de l’ouvrage de Th. Seeligmann?, qui traite de la qutta-percha, est de beaucoup plus complète en ce qui concerne les sortes commerciales, les origines botaniques, les essais de culture, les propriétés chimiques, physiques, etc. On y trouve signalés les travaux des explorateurs dont il est parlé plus haut.
1. CnapeL, Le Caoutchouc et la Gutta-percha. Paris, 1892. 2. Th. SseriGmanx, Le Caoutchouc et la Gutta-percha. Paris, 1896.
H. Jumelle’, après un rapide historique, donne la descripuon des principales espèces botaniques qui fournissent la qutta-percha d’après les plus récents travaux et rapporte dans son dernier chapitre les tentatives faites pour introduire les quitiers dans nos colonies.
Les conférences faites à Londres devant la Société pour l’'encouragement des arts, des manufactures et du commerce, en novembre et décembre 1897, par le D'E.Obach ont été publiées tout récemment sous le titre de Cantor Lectures on Gutta-Percha?. C’est sans contredit le travail le plus complet qui ait paru jusqu'ici sur l’histoire de la qutta-percha et de ses sortes commerciales, sur leur valeur industrielle, leurs propriétés physiques et chimiques, etc. De nombreux graphiques montrent la marche de l’exportation générale, la production comparée des diverses contrées, etc.; des tableaux résument la résistance électrique, la capacité inductive et les proportions de qutta pure, de résine et de déchets pour chaque sorte; c’est un ouvrage indispensable, à mon avis, à tous les industriels qui emploient la qutta-percha.
On a beaucoup discuté sur la signification du mot gutta-percha. En France, on a adopté l’orthographe anglaise, mais nous prononçons à la française; c’est queuttapertcha qu'il faudrait dire. Le D' Montgommerie; a remarqué le premier Panalôgie qu’il y a entre le mot malais pertcha (arbre) et le nom malais de Sumatra qu'il écrit Poulo-Pertcha ; 11 en conclut que probablement l'arbre a
- tiré son nom de l’île : gutta-percha signifierait donc gomme
1. H. Juwezce, Les Plantes à caoutchouc et à qutta dans les colonres françaises. Paris, 1898.