‹ Origine botanique des caoutchoucs et gutta-percha. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section d'histoire naturelle et pharmacie)Chapitre 17 sur 108 · I. — Amérique du Sud · texte numérisé non relu

I. — Amérique du Sud

Para.

a) Fin. — C’est la sorte la plus anciennement connue. Pendant longtemps, jusqu’en 1820 environ, le Para n’arrivait que sous forme de figurines travaillées, de sandales, de bouteilles et môme de phallus 1 ; les bouteilles étaient obtenues avec des moules en argile qu’on plongeait dans le latex et qu’on enfumait; les moules étaient ensuite brisés pour en retirer les morceaux par le goulot. Aujourd’hui, il ne nous arrive plus que par caisses de i3o à i4o kilogrammes sous forme de pains d’un brun foncé à l’extérieur, généralement de 3 à 5 kilogrammes (Bas- Amazone ou du Delta) ou de 10 à i 5 kilogrammes (Haut- Amazone ou de Manaos), portant parfois en creux les

1. On peut voip au droguicr de l’École supérieure de pharmacie de Paris des échantillons de vieux Para représentant des sandales, des gourdes, un guerrier à cheval, etc.

SORTES COMMERCIALES

initiales des factoreries. Il est coagulé par enfumage (voir •chap. III, p. 28). Les pains frais coupés montrent qu’ils sont formés d’une quantité considérable de feuilles appliquées les unes sur les autres, de un dixième de millimètre d’épaisseur environ et que l’on peut séparer assez facilement; elles représentent les couches de latex coagulées successivement; la couleur varie du jaune verdâtre au blanc crème. C’est le caoutchouc le plus estimé, car il ne laisse que 10 à i 5 p. 100 de perte. Il provient des forêts avoisinant l’Amazone et ses nombreux affluents, et il est exporté de Para 1 ou de Manaos. Les pains sont coupés au moment de l’achat pour reconnaître les fraudes.

Le Para est produit par les espèces suivantes appartenant à la famille des Euphorbiacëes :

Hevea Spruceana Müll. Arg. ;

— discolor Müll. Arg.;

— pauci/lora Müll. Arg.;

— membrcinacea Müll. Arg.;

— rigidifolia Müll. Arg.;

— Benthamiana Müll. Arg. ;

— brasiliensis Müll. Arg.;

— lutea Müll. Arg. ;

— guyanensis Müll. Arg.;

— nilida Mart.;

Siphonia breoifolia Spr.

Dans l’Amazonie inférieure 2 , c’est XHevea brasiliensis gui prédomine; aux environs de Manaos, c’est XII. discolor et sur le Rio Negro et le Rio Uaupès, ce sont les

Santa Maria de Belem (pour Bethléem) do Gram Para. 2 - Revue coloniale, 1898, n° 5o.

//. paucijlora et lutea. Les indigènes distinguent d’après l’écorce VHevea blanc de VHevea noir : le noir est le plus estimé, mais le mélange des deux latex fournit un produit de qualité supérieure. On ne sait encore si ce sont deux espèces ou deux variétés.

b) Entrefin. — Il arrive en faibles quantités sur le marché; il est produit par les pellicules recueillies sur les godets ou les incisions et réunies en masse, puis recouvertes de plusieurs couches de latex enfumées, ce qui lui donne le même aspect extérieur qu’au Para fin. Mais la différence se reconnaît de suite à la coupe; les portions centrales non enfumées sont d’un blanc sale qui tranche sur la coloration brun ambré des parties enfumées. Il est moins nerveux que le précédent et laisse i 5 à 20 p.. 100 de déchets (humidité, peu d’impuretés); les pains fraîchement coupés dégagent une odeur de méthylamine très prononcée. Dans les premiers temps, les seringueros réussirent à vendre ces pains pour du Para fin ; la supercherie ayant été vite découverte, les négociants exigèrent que ces pains fussent coupés par le milieu.

c) Sernamby ( Negroheads, Cabeça de Negro) 1 . — Il provient des déchets de la fabrication des deux premiers ; à la coupe il est blanc sale, veiné de stries noires; il est souvent très humide et mélangé de sable. Il arrive sous forme de masses irrégulières de 10 centimètres de côté, parfois de gros blocs agglutinés et prenant la forme de la caisse; il laisse de 20 à 4o p. 100 de déchets dus à l’humidité et aux matières étrangères (terre, écorces, etc.)*

1. D’après Chapel ( loc. cit., p. ni), le mot Sernamby vient de Seringa (caoutchouc en portugais) et de nembyr qui signifie restes dans un des idiomes employés au Brésil. Comme le Sernamby noircit rapidement à l’air, on lui a donné aussi le nom de Cabeça de Negro (tête de nègre).

SORTES COMMERCIALES

Para blanc (Virgin sbeets).

11 nous arrive de la province de Matto Grosso (Brésil) et se présente sous forme de parallélipipèdes de 60 centimètres de long sur 3o de large et i5 d’épaisseur, de couleur brun clair à l’extérieur, jaune et tacheté de vert à l’intérieur. Il a la même origine botanique que le Para. Ghapel pense que la coagulation a lieu par le sel ou l’acide sulfurique étendu.

Ceara Scraps.

11 vient de la province de Ceara (Brésil), d’où on le retire du Manisoba ou Leitera (Manihot Glazîovii Midi. Arg. Euphorbiacées). Il est en masses agglutinées, parfois très volumineuses (jusque i5o kilogrammes), formées de larmes et de lanières entremêlées et coagulées à l’air libre, sur l’écorce ou sur la terre. Il possède une odeur fétide et laisse 20 à 25 p. 100 de déchets; l’intérieur des larmes est ambré clair, presque translucide. Il contient toujours des débris d’écorce.

N. Krasnocelsky 1 a eu l’occasion d’étudier la structure microscopique de fragments d’écorce et de bois trouvés dans un échantillon de Ceara du commerce; si l’écorce n est pas très caractéristique, par contre, il ne peut douter que le bois appartienne au Castilloa elastica Cerv. à eause des laticifères qui cheminent dans les rayons médullaires et des cloisons transversales secondaires des ûbres. « Comme on admet actuellement, dit-il (p. 70 ),

*• Krasnocelsky, Le Castilloa elastica Cerv. et son caoutchouc. Thèse pharmacie. Moscou, 1897 (en russe).

LE CAOUTCHOUC

que le Geara scraps du Brésil est fourni par le Manihot Glaziovii Müll. Arg., j’ai profité d’une partie de branche de cette plante, rapportée de la station agronomique de Tjikeumeuh (Java), par le professeur Tikhomirow, pour comparer la structure de son écorce et de son bois avec des morceaux de bois et d’écorce trouvés dans un échantillon de Ceara du commerce; cet échantillon provenait de la Société russo-américaine des produits caoutchoutés, par l’intermédiaire de notre laboratoire pharmaceutique. Les résultats ont été négatifs, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de ressemblance anatomique. Je crois donc possible d’admettre que dans la majorité des cas, le Ceara scraps du commerce est le produit du Castilloa elastica Cerv. et, dans certains cas, peut-être aussi du Manihot. »

Je ne crois pas utile d’insister beaucoup sur une conclusion aussi peu fondée. De ce que l’auteur a trouvé une fois des débris de bois appartenant au Castilloa elastica, s’ensuit-il que toujours le Geara est le produit de cette plante? Peut-on accorder, quant à-son origine, une confiance absolue à un produit commercial ? Et, d’ailleurs, la présence de ces débris de bois ne peut-elle être un fait accidentel? N. Krasnocelsky est moins affirmatif dans ses conclusions (n° 12) : «Le Ceara-caoutchouc est obtenu non seulement du Manihot Glaziovii, mais aussi du Castilloa elastica. » L’auteur aurait dû penser que des observations faites sur un produit commercial sont toujours sujettes à caution et ne peuvent guère renverser une opinion établie sur des constatations faites par des voyageurs qui ont assisté à la récolte.

SORTES COMMERCIALES

*Ceara Chao.

Il se présente en blocs pouvant atteindre 80 kilogrammes, formés de morceaux transparents séparés par du sable.

Pernambouc ou Mangabeira.

Cette sorte n’a guère apparu en France qu’à partir de 1877. Elle arrive en plaques de 1 1/2 à 7 centimètres d’épaisseur, de longueur et de largeur variables et recouvertes d’efflorescences d’alun. Ce produit est blanc rosé à la coupe et rempli de poches contenant encore de l’eau chargée d’alun ; il est peu estimé car il devient friable et grenu et peut perdre jusqu’à 60 p. 100 de son poids. Il est fourni par le Hancornia speciosa Müll. Arg. (Apocynées).

J. Collins 1 cite comme étant exploitées les variétés suivantes :

a Min or — H. speciosa Gom.;

P Maximiliana — //. speciosa Nees et Mart. ;

Y Lundii D C. ;

8 Gardneri Müll. Arg. = H. pubescens, D. Gardneri

Page 1