‹ Origine botanique des caoutchoucs et gutta-percha. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section d'histoire naturelle et pharmacie)Chapitre 21 sur 108 · IL — ASIE · texte numérisé non relu

IL — ASIE

Les arbres à caoutchouc et en particulier le Ficus elastica Roxb. ont été très abondants depuis la rivière Mechi, sur la frontière du Nepaul, jusque dans les vallées basses dü Rrahmapoutre. Actuellement encore, il en existe une grande forêt dans le pays des Abars, près de Barduk (Ghapel). Jusqu’en 1880, il arriva sur le marché européen des quantités assez considérables de caoutchoucs d’Asie, mais une exploitation inconsidérée a réduit énormément les arrivages et il était grand temps de faire des cultures

>• H. Jumelle, loc. cit., p. i3.

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réglées et des repeuplements sous peine de voir les plantes à caoutchouc disparaître pour toujours de cette contrée.

C’est en 1828 que les premiers échantillons de caoutchouc des Indes arrivèrent pour la première fois en Europe. A cette époque, le produit était à peu près inconnu à Calcutta, où une maison de commerce refusa un lot de caoutchouc d’Assam, ne sachant ce que c’était 1 .

Les procédés d’extraction et de coagulation varient peu dans toutes les Indes anglaises. L’arbre est criblé de blessures depuis les branches jusqu’au sol; le latex qui s’écoule des incisions supérieures se coagule sur place.; celui qui s’écoule à portée de la main est recueilli dans des récipients, puis coagulé par addition d’eau bouillante, ou à froid en mélangeant le latex à de l’eau et laissant reposer le tout. Quant aux larmes coagulées spontanément, on les détache dès qu’elles sont suffisamment durcies. J. Collins estime de 4 oo à 5 oo grammes la quantité de caoutchouc que peut fournir un açbre de dimensions moyennes.

Assam.

Il arrive du nord-ouest du Bengale et du Brahmapoutre par Calcutta, en ballots de toile grise pouvant peser jusqu’à i 5 o kilogrammes et serrés entre des liens d’écorce entrecroisés commêT les mailles d’un filet. Le caoutchouc se colle souvent à la toile; il est tantôt gris foncé, tantôt rougeâtre à la coupe, lorsqu’il y a mélange de divers latex. Il laisse 26 à 4 o p. 100 de déchet, consistant en humidité, terre et débris de bois. D’après W. Roxburgh et F. Morellet, il serait produit par une

i. J. Collins, loc. cil., p, 222.

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foule d’arbres dont les latex sont souvent mélangés : Ficus elastica Roxb., F. religiosa L., F. glomerata Willd., F. oppositifolia Willd., F. macrophylla Roxb., F. laccifera Roxb. (Nyoung pen), F. ohtusifolia Roxb. (Nyoung- Hyap), F. annulata RI., Chavannesia esculeta DC., Willugbeia edulis Roxb., Calotropis gigantea R. Rr., Artocarpus integrifolia L.

Rangoon.

Il arrive par Sinîjapore. Ce sont des blocs irréguliers d’un brun foncé, brillants et marbrés de blanc et de rouge à la coupe. Us sont formés de boules agglomérées de grosseur variant de la taille d’un œuf à celle d’une tête humaine. Ils laissent 20 p. 100 de déchet et ont la même origine botanique que le précédent.

Siam et Malacca ( autrefois Penang et Patani).

Ce sont des blocs d’un dixième de mètre cube environ, formés de larmes et de petites masses agglomérées, presque noirs à la coupe, d’un brun foncé à l’extérieur. Us sont généralement fraudés par de la terre et du sable et laissent 20 à 25 p. 100 de déchet. Même origine botanique que l’Assam.

Le D r Wallicli a signalé dans l’île de Penang le Cynanchum ovalifolium Wight. (Asclépiadées) comme fournissant un bon caoutchouc. Royle, Rosenthal et Lindley 1 confirment le fait; le caoutchouc tiré de cette plante ne devrait sa ténacité qu’à la présence du latex du Marsdenia tenacissima Roxb. (Asclépiadées).

1 • Cités par Ricardou, Contribution à l’étude des Asclépiadées. Thèse de pharmacie. Paris, i883.

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§ III. — OCEANIE.

Il est impossible d’assigner une origine géographique certaine aux caoutchoucs d’Océanie, surtout à ceux qui viennent par Singapore, à cause du mélange que font les négociants chinois qui ont accaparé ce commerce.

D’une manière générale, ce sont des caoutchoucs lâches et mous, mais qui, cependant, conviennent à certains travaux pour lesquels ils sont recherchés. On en connaît plusieurs sortes.

Java.

i° Lampong (sud-est de Sumatra). Il se présente sous forme de larmes agglutinées en masses plus ou moins volumineuses, offrant à la coupe des parties foncées ayant l’apparence et la transparence de la corne, brunes avec des parties rouges et blanches. Il laisse 20 à 3 o p. 100 de déchet et a une tendance à noircir et à devenir poissant.

2 0 Bengkoelen (sud de Sumatra). Quelquefois, il arrive en blocs entourés d’un filet de rotin avec une anse. D’autres fois, il a le même aspect que le précédent, mais un peu moins foncé ; il est souvent fraudé par de la terre et le rendement est très variable suivant la quantité d’impuretés. Il est fourni par de nombreux végétaux : Fictif elastica Roxb. (de Vries), F. religiosa L., F. altissimà RI. Parfois, les pains contiennent au centre des larmes de gutta rouge de Sumatra.

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Bornéo.

Sous le nom de caoutchoucs de Bornéo, on comprend de nombreuses sortes qu’il est difficile de distinguer et qui proviennent des îles de la Sonde, de Célèbes, des Moluques et des Philippines. Bornéo comprend plusieurs centres producteurs, sur la côte ouest : Sarawak, Sambas, Pontianak, l’île de Labuan; sur la côte est : Bandjermassin, Pasir et Boelangan.

Le caoutchouc de Bornéo est arrivé en Europe vers 1864 (sous le nom de Guita susu ou gomme de lait) et la blancheur de sa chair l’avait fait nommer Assam blanc. Toutes les sortes sont chargées d’eau et contiennent souvent dans leur masse des fragments d’écorce. Elles se présentent soit en plaques de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, soit en boules plus ou moins volumineuses et déformées, grises ou brunes. A la coupe, l’intérieur est blanc ou rosé.

D’après F. Morellet, les sortes les plus estimées sont dues au Calotropis gigantea R. Br., à cause du tannin qu’elles renferment et qui a entravé la fermentation putride du sérum retenu dans la masse des plaques ou des boules. Ce caoutchouc est généralement blanc et possède une odeur spéciale due au sérum et qui rappelle celle du r hum ou du cuir tanné. Les autres sortes ont une odeur nauséabonde due à la putréfaction des matières albuminoïdes du sérum. Le déchet est très variable et peut aller de 3 o à 4 o p. 100. Parfois le produit est très pur, mais souvent aussi on y trouve du bois et de l’argile d’une coloration grise ou verdâtre.

D’autres espèces sont encore exploitées : ce sont l’é/r-

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ceola elastica Roxb., le Willugbeia Jirma Bl., le W. jlavescens Dyer et le Dyera costulata J. Hooker.

Suivant J. Motley', il existerait trois variétés de VUrceola elastica Roxb. : le menmgan, le serapit et le petabo. On retrouve ces noms indigènes cités par le Gardener’s Chronicle J , mais ils s’appliquent à d’autres plantes :

i° Manungan pulaa = Willugbeia Jirma Bl. (W. Burdidgeri Hooker) ;

2° Manungan bujok = Leuconotis eugenifolius Wall. ;

3 ° Manungan manga à écorce claire = Willugbeia sp. ?

4 ° Manungan manga à écorce foncée = Willugbeia sp. ?

Les deux espèces suivantes ne seraient exploitées que dans un but de fraude :

i° Serapit larat — Willugbeia Tracheari Hooker;

2° Serapit pulau — ?

L’origine botanique des caoutchoucs de Bornéo est donc loin d’être certaine.

Bornèo-Djambi (nord-est de Sumatra). — Cette sorte arrive par Singapore et se présente en plaques ou en boules plus ou moins volumineuses et déformées. Ce qui la caractérise nettement, c’est la coloration rouge ou verdâtre de sa pâte. Les Indiens, dans un but de fraude, y ajoutent du sable qui accélère l’altération du produit; c’est une sorte assez peu estimée qui laisse plus de 4 ^ p. ioo de déchet. Elle est fournie par VUrceola elastica Roxb.

Bornèo-Bengkoelen. — Ce sont des plaques généralement peu épaisses et assez pures à la coupe; l’extérieur est brun, l’intérieur blanc; ses arrivages sont peu fré-

i. Cité par J. Collins, Moniteur scientifique, 1870, t. XII, p. 220.

- 2. Fbrguson, India-rubber and julla-percha. Colombo, 2' édition, p. 9 1 '

SORTES COMMERCIALES

quents. Il est fourni, comme le précédent, par YUrceola elastica Roxb., et toute la récolte de la région est concentrée à Elok-Pura.

Les caoutchoucs des Philippines, qui ont encore la même origine botanique, sont expédiés soit par Manille, soit par Singapore. Pour toute la Malaisie, l’unité de poids généralement adoptée est le picul, qui équivaut à 6o kg ,4oo.

Nouvelle-Calédonie.

Le caoutchouc de la Nouvelle-Calédonie est introduit depuis peu de temps sur le marché européen. Il se présente en pains d’un brun noir à l’extérieur, de 6 à io kilogrammes, et ressemblant à ceux du Para. Le procédé de coagulation est l’enfumage; à la coupe il est veiné de blanc. C’est une sorte très pure et de bonne qualité, surtout lorsqu’elle n’est pas le produit de latex mélangés ; elle ne laisse que 18 à 20 p. 100 de perle (humidité). D’après H. Jumelle, elle serait uniquement fournie par le Ficus prolixa Forst., qui est très commun en Nouvelle- Calédonie et à l’île des Pins. La récolte se fait par saignée. J. Collins rapporte qu’à l’Exposition de 1862 figurait un caoutchouc de la Nouvelle-Calédonie fourni par le Ficus religiosa L. Enfin Th. Seeligmann cite VArtocarpus integrifolia L. sans indiquer la source bibliographique.

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