Revue coloniale, 1897, n° 1, p
LE CAOUTCHOUC
État indépendant du Congo
Depuis quelques années, les Belges ont déployé une extraordinaire activité dans l’État indépendant du Congo, dont le roi des Belges, Léopold II, est souverain à titre personnel. De nombreux explorateurs ont sillonné le pays dans tous les sens, jusqu’à la région des grands lacs. Les rapports des inspecteurs d’État, et surtout les relations de voyages du commandant Storms, des capitaines Jacques, Stairns et Chaltain, des lieutenants Gorin et Lemaire, de La Kéthulle de Ryhove, d’E. Dewèvre, du D r Briart, du R. P. Coulbois nous ont appris que les plantes à caoutchouc naissent en abondance dans les districts des cataractes de Kouango, de Kassaï, de Kiamvo, de l’Équateur, de Stanley-Falls, dans les forêts de Manyema, de Katanga, de l’Aruwimi (ou Arouhimi) et jusque sur les bords du lac Tanganyika. 11 y a peu de temps encore que les peuplades éloignées de la côte ignoraient la valeur marchande du caoutchouc et ne s’en servaient que pour faire des mailloches de tam-tam ou de petits cubes qui tiennent lieu de monnaie dans certains districts. Aujourd’hui, la récolte du caoutchouc se fait sur une grande échelle et a été réglementée par le décret du 3 o octobre 1892, d’après lequel le caoutchouc ne doit être récolté que par incisions. Plusieurs maisons importantes se sont montées pour l’exploitation des forêts : VAnglo- Belgian Indiarubber and Exploration Company a obtenu pour trente années le droit d’exploiter tous les produits de la forêt dans les bassins de Lopori et de la Maringa,
1. Voir A. Dkwkvhe, Les Caoutchoucs africains. Bruxelles, 1895.
SORTES COMMERCIALES. 77
à partir de Basankusa; la Société Anoersoise du Commerce du Congo a le droit exclusif d’exploiter le bassin de la Montgalla. On estime à 35 millions le capital réuni par les dernières sociétés 1 2 .
Malheureusement, en bien des points, les procédés de coagulation sont encore défectueux (putréfaction, chaleur solaire, addition d’eau, coagulation sur le corps, etc.).
A. Dewévre signale les espèces suivantes comme étant exploitées :
Landolphia comoriensis K. Schum.
— — var. Jlorida K. Schum.
— Petersiana Th. Dyer.
— owariensis P. de B.
— lucida K. Schum.
Dans le Mayombe on exploiterait le L. owariensis (Mvoochi ou Malumba), dont le latex serait mélangé à celui d’une espèce très voisine. Enfin, d’après les explorateurs, il existerait aussi des Ficus et des Tabernæmontana, et d’après les renseignements qui lui ont été fournis par le D r Briart, A. Dewèvre pense que dans le Katanga on exploite le L. Petersiana Dyer.; c’est là tout ce qu’on sait jusqu’à présent de l’origine botanique des caoutchoucs du Congo belge.
Depuis quelque temps, on commence à exploiter dans la Montgalla le Kickxia africana Benth. ou Ireh, dont le latex est coagulé par l’ébullition : « convenablement séché, ce produit est de belle qualité* ».
Les arrivages sont de plus en plus considérables, et il
1. « Le Congo belge. » L’Économiste français, 7 janvier 1899.
2. Revue annuelle, par le courtier Em. Grisait. Anvers, 3i décembre
LE CAOUTCHOUC
en existe aujourd’hui beaucoup de sortes divisées ellesmêmes en plusieurs qualités, dont voici les principales 1 :
Haut-Congo Lopori.
Affluent de la rive gauche du Congo. — Ce caoutchouc se présente en boules de 2 à 5 centimètres de diamètre, noirâtres à l’extérieur et légèrement poisseuses, agglutinées en masses plus ou moins considérables. A la coupe, il est blanc avec des veines rosées et ne renferme que peu de poches à eau; à la périphérie, les boules sont translucides, d’aspect corné et de couleur brune. Très nerveux, bonne qualité; ce caoutchouc arrive logé dans des sacs.
*Haut-Gongo Montgalla.
Affluent de la rive droite du Congo. — Cette sorte se présente sous plusieurs formes. Tantôt elle est en petites boules de teinte rougeâtre et agglomérées en paquets, nerveuses et de bonne qualité; tantôt c’est un mélange de boules et de gâteaux intérieurement gris ou blancs, purs mais humides; ou bien ce sont des petites boules noires agglomérées en paquets ou encore en lanières.
*Lac Léopold II.
Il se présente en petites boules noires agglomérées, nerveuses et pures, parfois en petits cubes ( thimbles ) réunis en masses d’environ 3 o kilogrammes et très pures ; coupe transparente.
1. Toutes les descriptions des sortes marquées d’un * ont été prises sur des échantillons que M, Lerchenthal a bien voulu me soumettre.
SORTES COMMERCIALES
* Kassaï.
Affluent de la rive gauche du Congo. — Arrive logé en balles ; ce sont de petites boules de la grosseur d’un abricot, soudées en masses énormes; ces boules sont rouges ou noires, formées de filaments enroulés blanc rosé et grisâtres. Parfois les boules sont plus petites et collées bout à bout en chapelets ( caoutchouc rouge en tresses ). Une forme assez curieuse du Kassaï se présente en petits faisceaux de baguettes longues de 7 à 10 centimètres environ et de 1 centimètre carré de section, d’un gris transparent à la coupe. Ces faisceaux sont d’abord réunis bout à bout pour former une sorte de bâton, puis deux bâtons sont accolés l’un à l’autre. C’est un produit très pur et d’excellente qualité.
Le Kassaï arrive aussi sous forme de grands gâteaux irréguliers, à surface rugueuse; ces gâteaux sont blancs à la coupe.
*Haut-Congo Ouellé.
Affluent de la rive gauche du Congo. — Il se présente tantôt sous forme de plaques épaisses de 3 à 5 centimètres, blanches ou gris rosé à la coupe, tantôt sous forme de petits gâteaux allongés, coupés en branches.
*Haut-Congo Kouilou ou Kwilu.
Affluent de la rive gauche du Congo. — Ce sont des Plaques de 5 centimètres d’épaisseur, d’un blanc rosé à la coupe, et contenant beaucoup d’impuretés.
*Haut-Congo Arouhimi ou Aruwimi.
Affluent de la rive droite du Congo. — Il se présente sous forme de boules aplaties, de 5 centimètres de diamètre environ, d’un blanc grisâtre à la coupe, ou bien sous forme de boudins de 5 à 6 centimètres de diamètre, homogènes et d’un blanc crémeux à l’intérieur. Bonne qualité.
*Haut-Congo Bussira.
Affluent de la rive gauche du Congo. — Il arrive en morceaux de grosseur variable, d’un blanc rosé à la coupe et agglomérés en masses.
*Haut-Gongo Bokala.
Il prend la forme de boules et de morceaux allongés en forme de poires de grandeur moyenne. L’intérieur est gris ou jaunâtre avec peu d’impuretés.
Enfin il arrive sur le marché d’Anvers des sortes dites *IIaut-Congo Équateur, H.-C. Wamba, *H.-C. Yakoma, *Bas-Congo Luvituku, etc. La différence qui peut exister entre deux arrivages d’une même sorte est telle que dans les prix courants qu’elles adressent tous les mois aux fabricants, plusieurs maisons d’Anvers font suivre les sortes disponibles d’une courte description indiquant la valeur industrielle de la marchandise et la forme sous laquelle elle se présente.
Loanda-thimbles.
Petits cubes d’un gris ardoisé, de i à 3 centimètres de côté, assez purs, d’odeur fétide et laissant i 5 à 20 p. i°°
SORTES COMMERCIALES. 8l
de déchet. Ce caoutchouc est produit par plusieurs Landolphia. Le L. comoriensis var. jlorida K. Schum., signalé dans cette région, ne donne, d’après H. Lecomte et le D r Noury, qu’un produit très inférieur employé seulement en falsifications. Quant à YEuphorbia ripsaloides Welw. (Cassoneira des nègres) elle ne peut servir qu’à des falsifications, si toutefois elle est exploitée. Le produit qu’elle fournit, connu sous le nom d’ Almadina, est à peu près inutilisable tant il est résineux. UEuphorbia ripsaloïdes se rencontre dans le nord de l’Angola, dans les environs de Loanda, lsolo, Bengo, Zenza de Golungo et Ambriz.
Têtes de nègres d'Afrique.
Loanda en boules. — Cette sorte, d’abord importée par les Portugais et les Hollandais, tend de plus en plus à disparaître pour être remplacée par le Kassaï. Ce sont des boules de 3 à 5 centimètres de diamètre. Ce caoutchouc est formé de filaments d’un blond corné, translucides, enroulés et collés ensemble ; il est très pur et contient très peu d’humidité (pas d’opacité) et d’impuretés. Il ne laisse que 8 p. ioo de déchet; il arrive par Saint- Pol de Loanda.
Benguella-Niggers.
Cette sorte prend la forme, tantôt de petits fuseaux, tantôt de tresses agglomérées formées de petites boules de 3 centimètres de diamètre collées les unes au bout des autres sur une longueur de i 5 à 20 centimètres, les chapelets de boules étant réunis deux à deux. Il laisse *5 à 20 p. 100 de perte; quelquefois les boules sont
LE CAOUTCHOUC
agglomérées toutes ensemble; cette forme qui contient beaucoup d’impuretés est de qualité très inférieure.
Au Benguella le caoutchouc est appelé quouenha parles nègres 1 ; on y exploite les Landolphia owariensis P. de B. (presque partout), L. comoriensis, var. Jlorida K. Schum. et L. Petersiana K. Schum., le Bioungo et VOtarampo des indigènes et qui correspondent, le premier au Clitandra Henriquesiana K. Schum., le second au Carpodinus lanceolatus K. Schum.; ce sont les racines de ces deux dernières plantes qui fournissent le caoutchouc; il est visqueux et de qualité inférieure.
A partir du quinzième parallèle sud, vers le milieu de la province de Mossamédès, les lianes à caoutchouc se font de plus en plus rares, puis disparaissent. La province de Mossamédès, en 1888, n’en a exporté que pour 3 oo fr. On y exploitait le L. parvijlora K. Schum.