‹ Origine botanique des caoutchoucs et gutta-percha. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section d'histoire naturelle et pharmacie)Chapitre 72 sur 108 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ i er . — GUTTA-PERCHA

La gutta-percha est une substance tirée du latex d’un certain nombre de plantes appartenant presque toutes aux genres Payena et Palaquium de la lamille des Sapotacées

Il est difficile sinon impossible de donner une description exacte de la gutta-percha à cause de son extrême variabilité suivant sa provenance. Pour décrire sûrement le produit de telle ou telle espèce botanique, il faudrait le recueillir soi-même. Quant à la gutta-percha du commerce, il est totalement impossible de lui assigner une origine géographique certaine et à plus forte raison une origine botanique. Non seulement les indigènes qui la recueillent mélangent sur place plusieurs latex, dans un but de fraude, mais encore les récoltes des indigènes, centralisées à Singapore ou à Macassar, sont triées par les Chinois, qui ont accaparé ce commerce, et réparties en lots de différentes qualités, suivant leur degré de pureté, leur couleur, etc. Ces variations constantes d’une sorte à

i. On tend de plus en plus à donner le nom de gutta-percha, ou plus simplement gutia, à des substances analogues à la gutta-percha vraie : gutta du lialata, gutta du Bassia Parlai, gutta d’Abyssinie, etc.

LA GUTTA-PERCHA

une autre et même d’un pain à un autre pain dans le même lot expliquent suffisamment les divergences dans les descriptions ou les analyses qui ont été données de ce produit.

D’une manière générale, la gutta-percha est une substance de couleur variant du blanc sale au brun rougeâtre et se présentant en blocs .plus où moins volumineux, de structure souvent feuilletée ; elle possède une ténacité qui égale celle des gros cuirs, mais elle est un peu moins flexible ; à 45 ° on peut aisément la laminer en feuilles minces ; elle devient alors plastique à cette température. Elle est rayée facilement par l’ongle à la température ordinaire. Bien qu’elle se rapproche du caoutchouc par sa composition chimique (voir plus loin), elle s’en éloigne considérablement par ses propriétés physiques et chimiques. A aucune température elle ne possède cette élasticité qui caractérise?le caoutchouc. De plus, elle ne s’unit pas au soufre avec la même facilité que celui-ci, et le produit qu’on obtient ainsi, loin d’acquérir des qualités nouvelles, est tout à fait inutilisable.

A la coupe, la gutta brute présente une structure tantôt homogène, tantôt poreuse ou feuilletée et il est souvent facile de distinguer, à l’intérieur des pains, de nombreux petits morceaux d’écorces qui ont été introduits accidentellement ou plus souvent dans un but de fraude.

Chimiquement pure, la gutta-percha est incolore ou très légèrement rosée, translucide sous une faible épaisseur. Elle est inodore et insipide tant qu’elle n’est pas décomposée. Sa densité varie suivant son degré de pureté; lorsqu’elle a été préparée avec soin, sa densité oscille, d’après Payen, entre 1,010 et 1,020.

On a vu que le caoutchouc devient dur comme du cuir

à o° ; la gutta-percha peut subir une température de — io° sans rien perdre de sa souplesse. L’élévation de température lui fait subir de profondes modifications. Déjà à 37° elle commence à se ramollir ; à 5 o°, elle est suffisamment plastique pour garder ensuite par le refroidissement les empreintes les plus fines, d’où son emploi en galvanoplastie. Elle fond vers i 3 o°; à une température plus élevée, elle se décompose et donne à la distillation des huiles incolores formées d’isoprène et de caoutchène ; il reste un résidu de charbon. La gutta-percha brûle avec une flamme éclairante en laissant couler une substance molle et noire comme de la poix. Frottée avec de la laine, la gutta-percha se charge d’électricité négative ; son pouvoir isolant a été découvert par Faraday en 1 843 ; c’est le diélectrique par excellence. D’après Wimschendorff (cité par Seeligmann), toutes choses égales d’ailleurs, si on représente par l’unité la résistance que le cuivre offre au courant électrique, la résistance offerte par la gutta sera représentée par 6 X io’ 9 ou 60 quîntillions.

La gutta-percha s’oxyde facilement à l’air, surtout à la lumière solaire, ou bien lorsqu’il y a élévation de température ; à ioo°, elle absorbe un quart de son poids d’oxygène et ses propriétés sont alors profondément modifiées ; elle devient friable et cassante, ce qui limite forcément ses emplois industriels. Lorsque la gutta-percha parut sur les marchés européens, il y eut un engouement énorme et on en fit des souliers, des bouchons, voire même des coques de navires. Les altérations rapides qu’elle subit sous l’influence çle l’air et de la chaleur l’ont bientôt fait abandonner. L’incorporation de io à 12 p. 100 de cire ou de suif, proposée par Gérard, entraverait la marche rapide de la résinification. Le meilleur préventif est l’im-

LA GUTTA-PERCHA

mersion dans l’eau, surtout l’eau de mer. L’expérience à démontré que l’eau absorbée par la gutta s’oppose- à l’oxydation ; ce qui le prouve d’ailleurs c’est que les câbles sous-marins posés depuis cinquante ans n’ont pas souffert sensiblement depuis cette époque.

Elle est tout à fait insoluble dans l’eau ; l’alcool en dissout d’autant plus que son degré est plus élevé ; l’alcool absolu en dissout 4 à 6 p. 100 à froid, et à l’ébullition de i 5 à 20 p. 100 (méthode de séparation des résines). D’après Arpe (cité par Th. Seeligmann), l’éther exempt d’alcool la dissoudrait intégralement; la présence d’une faible quantité d’alcool aurait la curieuse propriété de faire perdre à l’éther son pouvoir dissolvant pour la gutta. Les huiles de schiste, l’huile d’olive, la benzine, l’essence de térébenthine, la dissolvent partiellement à chaud. Le chloroforme et le sulfure de carbone la dissolvent presque totalement, et la liqueur filtrée et évaporée laisse une gutta-percha très pure rappelant l’aspect de la cire vierge.

Les acides sulfurique, chlorhydrique et nitrique concentrés l’attaquent ; les acides dilués et les alcalis caustiques, même en solution concentrée, n’ont pas d’action sensible sur elle.

La composition chimique de la gutta-percha varie beaucoup, suivant sa provenance et aussi suivant les remaniements qu’on lui a fait subir dans les ports d’où elle est expédiée.

La gutta-percha brute, outre les impuretés telles que sable, débris de bois et d’écorce, contient toujours une certaine quantité de résines insolubles dans le G S’ et de cendres provenant du sérum du latex. Payen obtenait la gutta-percha pure en dissolvant la gutta-percha brute dans le sulfure de carbone et en évaporant le fdtratum.

Traitée par l’alcool bouillant pendant plusieurs heures, elle abandonne 18 à 22 p. 100 de résines. Il reste 18 à 22 p. 100 de gutta. Cette substance est l’élément principal de la gutta-percha ; elle a une couleur blanc-crème qui passe au brun par l’élévation de température. Elle se ramollit à 45 ° et fond vers i 3 o° en donnant, à une température plus élevée, les mêmes produits de distillation que le caoutchouc. On lui attribue la formule G 3 H 8 ou G 20 H 32 .

L’alcool bouillant qui avait enlevé deux résines laisse déposer par le refroidissement une de ces résines (Valbane) que l’on purifie par des lavages répétés à l’alcool absolu froid; l’albane est une résine cristallisée, plus dense que l’eau, fusible à 160“, soluble dans l’essence de térébenthine, le chloroforme, le sulfure de carbone, la benzinei l’éther et l’alcool absolu bouillant. Elle répond à la formule G 20 H 32 O 2 .

La partie soluble à froid dans l’alcool absolu se dépose par évaporation sous forme d’une résine jaunâtre, diaphane-amorphe, qui se ramollit vers 5 o° et devient fluide de ioo° à 1 io°; elle est soluble dans l’alcool absolu froid, et dans tous les dissolvants de la gutta et de l’albane. Elle porte le nom de Jlaavile et a pour formule C 20 H 3 * O.

Les chiffres suivants, tirés du travail du D r Obach 1 , montrent les écarts énormes que l’on constate dans la composition chimique de la gutta-percha, suivant les' sortes commerciales auxquelles on s’adresse. (Ces sortes elles-mêmes ne sont pas toujours identiques.)

1. D r E. Obach, Cantor lectures on gutta-percha. (Society for the encourag. of arts, manuf. and commerce. Londres, 1898.)

LA GUTTA-PERCHA

Sortes. Gutta. ( „ uaï q" e J bane) . Impuretés. (hu ^ ué) .

Pahang. 80 17,7 i,4 0,9

Bagan. 57,7 4o,6 1 0,7

Bulongan. 52,5 45 1, i5 1

Banca rebouillie. , 47» 1 5o i,3 x,i

Si la gutta-percha et le caoutchouc peuvent être considérés comme deüx isomères de la même série, la guttapercha purifiée peut être regardée comme un carbure en C s H 8 plus ou moins oxydé. L’albane et la fluavile ne seraient en effet que des produits d’oxydation qui se forment pendant la coagulation du latex et dont la quantité varie selon le mode de récolte.

Si la gutta-percha résiste bien à l’eau de mer, elle est sujette aux attaques d’un petit crustacé marin, le Limnaria terebrans Leach. (Isopodes, famille des Sphéromidés), qui a été signalé^ dans la mer Baltique, la mer du Nord, sur les côtes anglaises et françaises. Il a l’aspect d’un cloporte et mesure 3 millimètres de longueur environ ; sa couleur est d’un vert brunâtre. Sa petite taille lui permet de se glisser entre les fils de l’armature des câbles et de pénétrer jusqu’à l’enveloppe de gutta-percha qui entoure le fil de cuivre ; il perce cette enveloppe de part en part et cause ainsi de grands ravages. C’est à tort, paraît-il, que l’on a accusé le Tereclo navalis L. (Mollusques Lamellibranches, famille des Térédinidés) de perforer l’enveloppe des câbles. Ce Taret, qui atteint 3 o centimètres de long et la grosseur du petit doigt, a été surnommé par Linné Calamitas navium, tant sont grands les dégâts qu’il cause sur les coques des navires et les pilotis des ports.

Enfin sur terre, la gutta-percha est encore attaquée par le Templetonia cnjstallina Müll. C’est un Podure de

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l’ordre des Thysanoures-Collemboles. Son corps est transparent, long de i à 2 millimètres, et d’une couleur blanc jaunâtre. Cet insecte est assez commun à la fin de l’automne sous les feuilles mortes, surtout sous celles des Gucurbitacées ; il vit solitaire. Enfin les rats ne dédaignent pas non plus de ronger les enveloppes de guttapercha; pour les protéger de leurs atteintes dans les égouts, on peut noyer les câbles dans du ciment.

A la suite de la gutta-percha vraie, il convient de parler de ses succédanés, tous produits par la coagulation de divers latex.

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