CHAPITRE III
Les premiers auteurs qui ont décrit la récolte et la coagulation de la gutta-percha ont commis parfois de grossières erreurs en confondant les lianes à caoutchouc avec les plantes à gutta-percha. C’est ainsi que le capitaine Lingard (cité par Sérullas) estime de 4 o à 5 o livres anglaises la quantité de latex fournie par* arbre abattu.
''iO’Rorke* rapporte que le latex est recueilli dans des feuilles roulées en cornets puis coagulé par l’ébullition (c’est peut-être d’un Payena qu’il s’agit). Enfin, d’après J. Collins, la gutta-percha se présenterait parfois sous forme de lanières enroulées en pelotes et serait coagulée au moyen du sel ou du jus de citron. Les observations de Séligmann-Lui, puis du docteur Burck et de Sérullas ont rectifié toutes ces fausses indications. Les Malais se rendent parfaitement compte que l’incision pourrait leur fournir une quantité appréciable de gutta tous les ans, mais ce qu’ils considèrent avant tout c’est l’intérêt du moment et le procédé qui exige le moins de travail possible. Quant à l’avenir ils ne s’en soucient guère. Les
1. Voir les travaux de Sérullas, Séligmann-Lui, L. Brasse et Obach.
2. Recueil des travaux de la Société d’émulation pour les études pharmaceutiques, t. III.
arbres qui fournissent un latex liquide et non coagulable spontanément (les Payena) sont incisés comme les Hevea, et non abattus, car la récolte par incisions sur le tronc vivant est moins pénible que l’abatage. Le latex sort de ces incisions et coule le long de rigoles faites autour du tronc avec de la terre glaise; on le recueille dans des récipients divers, calebasses, noix de coco, seaux de fer blanc, etc., placés au pied de l’arbre.
Les guttiers dont le latex se coagule de suite produisent la gutta la plus estimée. Dans ce cas l’arbre est toujours abattu. Brokedon 1 , en 1862, dans un mémoire lu à la Royal institution, affirmait déjà qu’il est de toute nécessité d’abattre l’arbre; c’est aussi l’avis de Sérullas. C’est sans doute le seul procédé pratiqué par les Malais qui ne recherchent qu’un gain facile et ne se soucient guère de transporter tout un matériel d’un arbre à un autre, souvent à de grandes distances; mais cela ne prouve pas que ce soit le seul procédé possible. Le docteur Burck a reconnu en effet que des incisions ménagées ne sont pas préjudiciables à l’arbre qui peut fournir ainsi en une saignée les deux tiers de ce qu’il produirait par abatage. Les arbres saignés ont fleuri six mois après l’opération. Enfin Lewchin 2 rapporte qu’à Buitenzorg, où on commence à exploiter les plantations, on peut retirer par an i,4oo grammes de gutta d’un seul arbre ; en procédant par incisions on peut répéter l’opération trois et même quatre ans de suite, puis on laisse reposer l’arbre pendant un temps qui n’est pas encore déterminé expérimentalement.