‹ Origine botanique des caoutchoucs et gutta-percha. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section d'histoire naturelle et pharmacie)Chapitre 86 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SORTES COMMERCIALES

Tous les auteurs qui se sont occupés de la gutta-percha au point de vue commercial sont unanimes à déclarer qu’il est absolument impossible d’attribuer à une sorte non seulement une origine botanique, mais même une origine géographique certaine. Autrefois les sortes de gutta-percha qui arrivaient sur les marchés européens portaient le nom soit des contrées qui les produisent, comme Pahang, Bulongan, Sarawak, etc., ou bien celui des ports d’expédition tels que Bagan, Sérapong, Macassar, Singapore, etc.

Tous ces noms ne signifient absolument rien.

On a vu au chapitre précédent que la gutta-percha vendue par les indigènes est déjà le résultat d’un mélange de plusieurs latex, et qu’il est impossible de se procurer chez eux des produits purs. Presque toute la gutta-percha est accaparée par les Chinois ainsi que d’autres produits tels que le sang-dragon, le tabac, le poivre, etc. ; le tout est expédié à la côte et chargé sur une jonque pour être amené à Singapore et à Macassar. Les Chinois qui pullulent dans toute la Malaisie s’entendent toujours bien mieux que les Européens avec les indigènes. Ils concen-

LA GUTTA-PER 011 A

Irent ainsi toute la gutta-pcrcha sans souci d’origine, font des triages, des mélanges et forment ainsi des sortes moyennes. « Ce sont, dit Séligmann-Lui’, les mélanges de ces mélanges qui arrivent sur nos marchés, décorés de noms dépourvus de sens et faits pour égarer les recherches : Singapore, par exemple, dont l’île ne renferme plus un plant authentique de plante à gutta % ou Macassar, qui n’est que l’entrepôt des provenances de la côte orientale de Bornéo. »

Souvent même le négociant chinois ne se contente pas de faire un triage; les blocs de gutta de diverses provenances sont hachés en petits fragments que l’on jette dans l’eau bouillante ; on obtient de cette manière de nouveaux mélanges dits rebouillis faits dans des proportions déterminées; si le commerçant chinois le juge convenable, il ajoute à l’eau une matière colorante. Le mélange une fois terminé est étalé encore chaud sur une planche de bois, puis battu fortement pour en extraire une partie de l’eau qu’il contient. Le D r L. Brasse 1 2 3 , à qui nous devons une étude très détaillée des sortes commerciales, estime « qu’il est impossible d’acheter chez un importateur un lot d’une provenance désignée ; il faut acheter les lots tels qu’ils viennent en France, c’est-à-dire tels que le négociant de Singapore les a constitués ». Ces lots sont répartis d’après leurs qualités mécaniques, et comme ils peuvent varier énormément dans leur résistance spécifique sans pour cela changer d’aspect extérieur, tant les

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