JACQUES
Le troisième exemplaire des Orationes de la Bibliothèque Nationale est inscrit sous la cote J, 1,225, de la Réserve. Il est relié en maroquin rouge et a les tranches dorées. C'est l'exemplaire envoyé par G. Fichet à l'abbé et aux moines de Cluny ; il contient manuscrite la lettre d'envoi à ces religieux (1). Il a six feuillets blancs au commencement
(1) V. 1" partie du Recueil itis., lettre XVI, datée du 2 octobre 1471,
et à la fin. Il est enrichi d^une dentelle peinte en or et en couleurs sur la marge gauche de la première page, et de deux grandes initiales peintes de la même manière et correctement dessinées. Il est à remarquer que sur cet exemplaire aucune des corrections manuscrites signalées dans les précédents n'a été faite ; mais les mots grecs du vingt-deuxième feuillet y sont bien écrits de la main de G. Fichet.
Enfm le quatrième et dernier exemplaire de la Bibliothèque Nationale, inscrit sous la cote J, 1,226, de la Réserve, est relié en maroquin bleu et a aussi les tranches dorées. Il est enrichi des mêmes enluminures que le précédent, dues incontestablement au même artiste. Toutes les corrections relevées sur les deux premiers exemplaires ont été faites sur celui-ci ; la correction du troisième feuillet est assez grossièrement exécutée; les mots impellite hostis sont rayés à la plume et en outre pointillés en dessous.
Ce quatrième exemplaire est celui que G. Fichet avait envoyé à Jean Nomagian, supérieur de la Grande-Chartreuse ; la lettre d'envoi, de trois pages, est en tète du volume, et elle est de la même écriture que celle du précédent (1).
La Bibliothèque Mazarine, de Paris, a aussi un exemplaire des Orationes^ mais il est relié avec d'autres ouvrages imprimés après lui dans l'atelier
(i) V. I"* partie du Recueil^ lettre XV, dalée du 2 septembre \\1\,
de Sorbonne et que nous examinerons à leur place (1). Cet exemplaire ne porte jias de lettre d'envoi ; aucune des corrections signalées dans les précédents n'y a été faite, pas même celle qui a été relevée dans la suscription de la lettre de Bessarion à G. Fichet; mais les phrases grecques du vingt-deuxième feuillet y sont tracées de la même écriture que dans les autres exemplaires connus. La grande initiale du premier discours de Bessarion est peinte en couleurs rouge et bleue ; celles de l'intérieur du texte sont en couleurs bleue et rouge alternées. Le nom de Bessarion, dans la suscription de la lettre de ce cardinal à G. Fichet, est souligné en couleur rouge. Ce sont là les seules enluminures existant dans cet exemplaire qui, du reste, est très bien conservé.
Les Orationes ne se trouvent pas dans les Bibliothèques de Bâle, de Londres, de Vienne et de Venise, mais en fouillant dans d'autres collections publiques ou privées, on découvrirait peut-être des exemplaires de ce précieux volume, comme il nous est arrivé de le faire dans la Bibliothèque Vaticane de Rome. Nous avions prié M. Geffroy, directeur de l'École Française à Rome, de vouloir bien prescrire des recherches sur la date de la mort de G. Fichet arrivée, comme nous l'expliquerons à la fin de notre étude, dans la ville pontificale. Ce
(1) Florii de totahystoria Titi Liuii. — Raimitii in catalogum mitridatis de epistolis : Mitridantis in catalogum M, Bruti epistolarum, etc. (Bibl. Maz. n« i7,144, Incunables.
savant éminenl, avec une complaisance pour laquelle nous ne saurions trop lui manifester notre reconnaissance, fit faire des recherches sans rien découvrir qui se rapportât à la demande spéciale que nous lui avions adressée ; mais ses investigations ne laissèrent pas d^avoir un autre résultat intéressant. M. Elie Berger, auxiliaire de Tlnstitut, et bien connu par ses remarquables travaux, découvrit dans la Bibliothèque Vati cane un exemplaire des Orationes, précieux à divers titres, et dont M. Geffroy a bien voulu nous envoyer la description. Nous avons signalé ce volume plus haut.
Cet exemplaire est catalogué sous le n° 3,586 dans le fonds des Manuscrits latins ; mais il s^agit en réalité de l'opuscule imprimé de Bessarion. Il est relié en maroquin rouge gaufré, avec les tranches dorées. On voit sur le plat de la reliure une étiquette en parchemin qui paraît être du xvi* siècle et portant cette mention : Bessarionis orationes pro periculis imminentibus Italiœ christianisque.
Il est imprimé sur très beau vélin français, et c'est celui que G. Fichet offrit au roi d'Angleterre Edouard IV.
Cet exemplaire est composé du nombre de feuillets connu et il en a deux blancs à la fin. Le recto du premier feuillet porte une très belle miniature occupant toute la page. Nous la reproduisons ci-contre. Sur le plan principal, on voit un jeune roi vêtu en bleu avec le manteau royal violet clair doublé d'hermine. Derrière lui, se tient un per-
sonnagé portant un costume semblable, et Tun^ et ràutrè sont abrités sous un même dais. Dans lé fond, divers personnages entrent par une porte. Un homme agenouillé, imberbe, tonsuré, portant an vêtement bleu, recouvert d'un manteau rose avec capuchon blanc — il représente G. Fichet en cos-tume de docteur de Sorbonne — offre au roi ua livre rose à fermoirs, avec les tranches dorées -^* les Orationes. Derrière lui, se tient debout un cardinal qui le pousse de la main pouf le présenter au monarque. Ce cardinal porte le froc noir et le chapeau rouge des dignitaires de sdh rang avec là bride rouge tombant sur la poitrine ; il tienl en main une longue croix dorée ; sa figure, très remar-' quablcj est ornée d'une belle barbe blanche: ce personnage représente incontestablement le cardinal Bèssarion. Enfin cette magnifique miniature allégorique est encadrée dans une rangée de losanges en or et en couleurs. Sur le verso du premier feuillet, on lit la rubrique manuscrite suivante :
Magnanimis pri.ncipibus Eduuardo inclytissimo Anglieregi,ejusque ditionis ducibus, comitibus, Marchionibus, et omnibus uiris prseclaris , Guillermus Fichetus Parisiensis theo^ logus doctor patria vero Sabaudus secundusoptat successus.
Suit le texte imprimé :
Nunquam rex inclyte, etc. — Nonis sextilibus anno unô et septuagesimo quadrlngentesimoque supra milksimum parisji scriptum aedîbus Sorbone»
-c 97 >- Et enfin la rubrique et un distique imprimés :
Eduuardo régi Fausta futura tibi rex accipe Bessarionis Munera quae prosint et foris atque domi.
Disticon Fîchaeteum.
Le texte connu vient ensuite, commençant par la lettre d'envoi de Bessarîon à Pichet. Il faut remarquer que dans la suscription de cette lettre, Vi final du nom Ficheti a été corrigé en o, correction qui n'existe pas sur les exemplaires conservés à Paris.
La page 5 est entourée de fort jolis rinceaux comme on les faisait au dernier tiers du xv® siècle, et les initiales sont dorées.
On avait perdu la trace de ce volume, comme on a perdu celle de l'exemplaire donné, à la même date, à Louis XI, et qui devait être aussi en vélin. Nous devons remercier l'École française de Rome d'avoir restitué aux bibliographes ce précieux échantillon de l'un des premiers labeurs des prototypographes français, et nous nous honorons de la part indirecte, si humble soit-elle, que nous avons prise à sa découverte.
Mais nous avons obtenu une non moins grande satisfaction au sujet d'un autre exemplaire des Orationes. Dibdin avait signalé l'existence de ce volume dans la Bibliothèque Impériale de Vienne(l),
(1) Bibliographical tour in France and Germany, tome III, p. 506.
et pour toute description il disait que les deux premiers feuillets du volume étaient en vélin. Désirant être un peu mieux éclairé, aussi bien sur Texistence que sur la valeur de cet exemplaire, nous avons prié M. le préfet de la Bibliothèque Impériale de vouloir bien nous renseigner.
M. Byrk, avec un empressement et une complaisance dont nous le remercions vivement, nous a envoyé la description complète du volume, qui existe bien dans les collections de Vienne : et c^est ainsi que nous avons pu connaître quMl s'agit du deuxième exemplaire envoyé par G. Pichet, le 31 août 1471, à Tempereur d'Allemagne Frédéric III (1), auprès duquel, soit dit en passant, toute excitation à une croisade avait peu de chance de réussir, puisqu'il a encouru le reproche de n'avoir pas défendu ses propres États contre l'invasion musulmane.
Ce volume contient quarante-deux feuillets, dont les deux premiers sont en effet en vélin ; le dernier est blanc. Les feuillets en vélin sont consacrés à la dédicace à l'empereur d'Allemagne. Le recto du premier est blanc ; sur le verso, qui est orné d'un cadre fleuronné, aux armes de l'Empire, se trouve le texte de la dédicace absolument semblable à celui quenous venons de reproduire de l'exemplaire offert au roi d'Angleterre, à cette différence près
(1) Nous avons expliqué que G. Fichet, si l*on s'en rapporte à sa correspondance, aurait déjà envoyé un exemplaire à Frédéric III avant le mois d'août, ainsi qu'à Louis XI et au roi d'Angleterre.
que la désignation du destinataire n^est pas ia même.
Comme enluminures, autres que celle de la première page de la dédicace, on remarque les suivantes : TM de Magnanimis est peinte en or sur un fond rouge ; TN de Numquam est peinte en or et en couleurs, et TN de Noms en or sur un fond rouge.
Après la dédicace se trouvent Tadresse (celle-ci écrite en lettres rouges) et les vers suivants, manuscrits :
Imperatori Frederico semper Augusto eiusdem Guillermj fichetj parisien theologi do^ ctoris, patria uero Sabaudj carmina :
Quos citât in turckos aeri Bessario cornu^ Caesar et audentes sumite tela viri, Graecia vos moneat àfro prostrata tyranno.
Excitet et Christi jam prope lapsafides.
Imminet Italiae. Latio parât arma minatur Gadibus et gallis aequor etjrle cupit Non iugapyrenej^ non inuia saxa nec alpes Obsistent tumido mente rapit superos Dum vicina petit, dum vfa intégra supersunt.
Exaudite senem^ vos legite et reliqtios ;
VI de Imperatori est peint en or sur un fond rouge ainsi que le Q de Quos.
Le texte des Oraiiones imprimé est le même que celui que nous avons décrit diaprés les exemplaires de Paris, et porte les mômes lettres peintes en or et en couleurs.
M. Birk nous signale que la correction des deux dernières lignes de la suscription de la lettre de Bessarion à G. Fichel est faite comme suit :
nesis cardiâr nicenus ptriarcha constantino^ politanus S. p. D.
Les trois dernières lettres (Salutem plurimam Dicit) ont remplacé le mot nicenus gratté comme sur les autres exemplaires décrits ; ceux-ci ne portent pas les trois lettres S. P. D.
La Bibliothèque Royale de Turin possède un exemplaire des Oratîones sur vélin. C'est celui que G. Fichet envoya au duc de Savoie, Amédée IX, et aux princes du sang. Il est accompagné d'une longue lettre à l'adresse du duc, et que quelques-uns ont pris pour un abrégé de l'histoire de Savoie; ce n'est qu'une prolixe exhortation à la guerre contre les Turcs, comme G. Fichet en écrivit à tous les souverains; mais celle-ci est plus longue que les autres parce que l'auteur s'adressait à son propre souverain.
L'exemplaire de Turin est orné de lettres peintes en or et en couleurs.
Les Orattones de Bessarion sont citées par Hain, n** 3,005, et par Panzer, tome II, p. 271, et dans plusieurs catalogues de collections privées.
Nous avons vu que l'exemplaire de Jacques d'Armagnac a appartenu à de Boze, à Gaigtlat et à
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La Vâllière; on le trouve inscrit dans leurs catalogues (1).
Brunet en signale plusieurs exemplairesvendus à des prix différents (2).
Le Catalogue de Crevenna (3) contient, sous le n<^ 3,361, la description d^un exemplaire relié en maroquin rouge et doré sur tranches, formé probablement par un amateur, car il y avait en tète les pièces manuscrites suivantes : 1° La lettre d^envoi de Topuscule à Humbert Martin, abbé de Citeaux, en date du 31 juillet (1471); 2^ La lettre d'envoi à Louis XI, du 5 août 1471 ; 3'' La lettre au duc de Savoie, sans date, et occupant à elle seule cinq feuillets.
On ne sait, croyons-nous, où se trouve actuellement cet exemplaire. Comme quelques autres peutêtre, il repose plus ou moins délaissé dans une collection particulière, soit dans une bibliothèque publique de la France ou de l'étranger, ignoré des amateurs de livres anciens.
Nous ne terminerons pas cet article consacré au volume des Orationes de Bessarion, sans re-
(1) Cat, de Boze, p. 178 ; Catal. des livres du cabinet de feu M. Gaignat, par de Bure, tome I, n» 2,558. •— La Valliëre, n* 2,339.
(2) Vente Gaignat, 84 fr.; vente La Vallière, 36 fr. — Un ex. vendu en i825, 76 fr.; 1 Uv. Heber, 176 fr. mar. r. Chenest. De nos jours, ces prix seraient considérablement augmentés. Les Orationes ont été rééditées à Paris en 1500, par Guyot Marchand (Afercator); nous n'avons pas à tenir compte de cette édition dans notre étude (V. Brunet, tome I, l** partie, col. 82B).
(3) Catalogue des livres de la bibliothèque de M, Pierre-Antoine Belongarty-Crevenna ; Amsterdam, 1789, 5 vol. in-4. — La vente de cette collection a eu lieu du 25 avril au 15 juin 1790.
lever ce fait très intéressant, que ce volume contient Tédition princeps de Tune des harangues de Démosthènes. Aucune des œuvres du grand orateur n'a été imprimée, soit en grec, soit en traduction latine dans le xv^ siècle, et avant l'édition donnée par Aide Manuce en i504.
Cest là un titre de gloire bibliographique qu'il ne faut pas manquer d'attribuer à l'atelier prototypographique de Paris.