‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 9 sur 38 · III. Orationes, de Bessarion. — In · texte numérisé non relu

III. Orationes, de Bessarion. — In

Disons tout d'abord que, jusqu'à plus ample information, ce volume doit être une édition princeps, car on ne trouve citée nulle part, que nous sachions, une édition antérieure faite en Italie. Pourquoi Bessarion, qui protégea Timprimerie dans ses commencements à Rome, ne fit-il pas imprimer son opuscule sous ses yeux? Chose assez singulière, les Orationes ont été publiées en Italie, en 1471, la môme année qu'à Paris, mais en italien^ traduites par Louis Carbone, et imprimées en caractères ronds par les presses d'André (Belfort) dit Gallus^ à Ferrare. La première édition latine à nous connue qui ait été faite à Rome, est celle de 1537, chez Antonius Bladus Asulanus (mense septembrî) et dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque Mazarine, de Paris (2).

Le volume sorti de l'atelier de Sorbonne est conservé dans la Bibliothèque Nationale, de Paris, au nombre de quatre exemplaires^ ils sont sur papier fort et sonore; ils ne portent ni chiffres, ni réclames, ni signatures, et n'accusent aucun nom de lieu, aucune date.

(i) Bibl, spenceriana, tome II, p. 326, n* 410. <2) N* 12,360. Inc. Recueil.

Le premier (1) de ces exemplaires est de tous le plus précieux et c'est sur lui que nous fixerons notre description. 11 provient de la bibliothèque du cardinal de Loménie (2) et, ce qui le rend très précieux, c'est qu'il est relié avec le Recueil manuscrit des lettres de G. Fichet et de Bessarion, recueil qui nous a été déjà d'une si grande utilité.

Ce volume est un petit in-4** relié en veau fauve foncé, et rogné, doré sur tranches. Il porte imprimé en lettres d'or, sur le dos de la reliure, ce titre : Bessarion (is) et Fichet i epistolce, 1471. Les six premiers feuillets — la feuille de garde n'étant pas comprise — sont blancs. Le premier porte au recto le titre ci-dessus d'une écriture moderne. Sur le second feuillet, on voit la marque de fabrique du papier, deux fleurs de lys accolées et renfermées dans une sorte d'écusson ; une autre marque de fabrique apparaît sur l'avant-dernier feuillet, et consiste en un dessin de fantaisie surmonté d'une croix.

Après les six premiers feuillets blancs, commence un recueil de lettres qui accompagnèrent quelques exemplaires de l'opuscule donné par G. Fichet; ces lettres sont au nombre de dixsept et occupent vingt-six feuillets. Le recto du premier feuillet est orné d'une dentelle peinte en

(1) Réserve Z.

(2) V. Index librorum ab inventa typographiay ad annum tSoo^ par P. X. Laire. Sens, i79i, tome I, p. 96.

or et couleurs, qui tient la moitié de la marge de gauche. On remarque des annotations et des corrections assez nombreuses écrites dans les marges par G. Fichet. Dans la majorité des lettres, les annotations indiquent les divisions du discours : exorde, narration^ conclusion. On voit percer là le professeur de rhétorique. Quelques-unes des annotations ont été atteintes par le couteau d'un relieur barbare. Toutes les suscriptions sont en lettres rouges.

Cette première partie du Recueil manuscrit est suivie de six nouveaux feuillets blancs ; sur le verso du dernier s'étale une ligne de plainchant grossièrement tracée. Vient ensuite la seconde partie du Recueil^ occupant vingt-huit feuillets pour quinze lettres presque toutes échangées entre Bessarion et G. Fichet (1). L'écriture est la même que celle de la première partie, nette, bien formée et très lisible; elle pourrait être de la main de G. Fichet, bien qu'elle ne ressemble qu'imparfaitement à celle des procès-verbaux tenus par notre docteur lorsqu'il était prieur de Sorbonne ; elle s'éloigne môme beaucoup de l'écriture des annotations et particulièrement de la note qu'on peut lire en marge de deux lettres écrites , l'une au cardinal Bessarion , l'autre au pape Sixte IV, note que G. Fichet a libellée

(1) Van Praet a donné la description des lettres des deux |>arties du manuscrit. V. CaU des livres imprimés sur vélin qui se trouvent dans les bibliothèques tant publiques que particulières, etc., tome II. p. 19 et suiv

comme suit en lettres microscopiques dans la dernière de ces missives : Prefacio libri qiiem pontifici misi (1).

Enfin cinq feuillets blancs séparent le Recueil manuscrit de Topuscule imprimé de Bessarion, qui occupe trente-neuf feuillets, et dont la première page est ornée d'une dentelle marginale et de deux lettres initiales en or et en couleurs. Les lettres initiales des chapitres sont peintes en couleur bleue ou rouge.

L'ouvrage est composé comme suit :

1° La lettre d'envoi de Bessarion à G. Fichet, du 13 décembre 1470: une page et huit lignes.

2p Une lettre de Bessarion aux princes d'Italie, dans laquelle le cardinal développe les motifs qui l'ont déterminé à écrire pour les exciter à une croisade : une page et demie.

3** Une lettre de Bessarion cardinal à Bessarion moine et abbé de Saint-Séverin, à Naples : neuf pages et quatre lignes.

4° Un discours aux princes italiens sur les périls imminents qui les menacent: vingt-une pages et huit lignes.

5® Un deuxième discours aux mêmes princes, intitulé : De discordiis sedandis^ et in bello turcum decemendo: vingt-cinq pages.

6** Un avant-propos au discours de Démosthènes : Pro ferenda ope Olynthiis adversus Philip-

(i) V. Recueil des lettres^ n~ Vil et XI de la 2« partie.

pum regem Macedonum, adressé aussi aux princes d'Italie : deux pages.

7° Le discours de Démosthènes traduit en latin, dans le texte duquel sont intercalées, formant une double colonne, des gloses assez nombreuses : quinze pages.

8** Enfm la péroraison, toujours à l'adresse des princes italiens : trois pages.

La lettre d'envoi de Bessarion à G. Fichet, du 13 décembre 1470, que nous avons eu déjà l'occasion de citer, porte celte suscription :

Reuerendo et doctissimo patri magistro Guilielmo fichen sacrae théologie ^fes% sori in collegio Sorbonas Parisii amico nostro carissimo.'Bessario episcopus sabi^ nêsis cardiâF nicen^ priarcha constantino^ politanus.

Reuerende et doctissime pater amice no^s ster carissime.' audimus non solû in phi% losophia et sacrai^ litterarum cognitione uos

L'épttre se termine ainsi au verso du feuillet :

anoF^ oîm clade. Valete ex urbe die xiii Christi de^ cembris mcccclxx ;

On remarque, au verso du feuillet 19, six vers traduits d'Homère et qui semblent confondus avec le texte en prose dont ils ne sont séparés par aucun blanc ; un simple signet à l'encre bleue marque le premier vers; la même disposition est observée

pour deux autres vers au verso du vingt-unième feuillet.

Nos prototypographes ne possédant pas de caractères grecs et ayant des phrases à reproduire en cette langue, ont laissé en blanc, au verso du feuillet 22, l'espace nécessaire pour tracer ces phrases à la plume ; elles paraissent être de l'écriture de G. Fichet dans l'exemplaire que nous décrivons (1).

Cet exemplaire a appartenu à G. Fichet, qui y a fait de sa main plusieurs corrections à la plume, comme nous l'avons dit. Ainsi, les deux dernières lignes de la suscription de la lettre adressée par Bessarion à G. Fichet, troisième feuillet, ont été corrigées après grattage; le texte imprimé était ainsi conçu :

nensis cardinalis et patriarcha constantino^ politanus nicenus.

Ce texte a été rétabli comme nous l'avons donné ci-dessus :

nésis cardiâP nicen^ priarcha constantino^ politanus.

Ainsi qu'on le remarquera, G. Fichet a voulu corriger une inversion par trop forcée, qui risquait de rendre obscur le sens de la phrase, inversion

(1) Ces phrases grecques ne se trouvent pas dans la reproduction de cette partie du texte de Bessarion faite par Migne dans sa Pa' trologie grecque^ tome 161 , col. 647-€75.

que Bessarion n^avait pas faite, comme on peut s'en assurer en vérifiant le texte manuscrit de sa lettre. Et alors notre docteur a gratté le mot de nicenus, qui se trouvait à la fin de la phrase dans l'impression, pour l'intercaler entre les mots de cardinalis et depatriarcha, là où était sa place.

Les autres corrections manuscrites importantes sont les suivantes : sur le verso du dixième feuillet, dix-huitième ligne, G. Fichet a ajouté en marge le mot italiam^ et sur le verso du dix-septième feuillet, vingt-deuxième ligne, celui de cesemus (censemusj, omis dans l'impression. Sur le recto de ce dix-septième feuillet, sixième ligne, une phrase avait été composée comme suit : ac propellité hostis impellile hostis, etc.; G. Fichet a marqué d'une ligne de points le dessous des mots hostis tmpellite, qui formaient une répétition inutile. Nous allons trouver cette correction plus complète dans d'autres exemplaires. Enfin, au verso du vingt-cinquième feuillet, quatorzième ligne, dans le membre de phrase ut uim ut reprimamus, ce dernier mot a remplacé celui de repugnamus qui a été gratté.

Il est à remarquer toutefois que quelques omissions n'ont pas été l'objet de corrections. C'est ainsi qu'à la première ligne de la péroraison qui suit la harangue de Démosthènes, il manque le mot inclyti avant ceux de italiœ principes^ et que dans le titre du deuxième discours aux princes italiens, on a imprimé Eiusdem de discordiis, etc., au lieu de Eiusdem ad eosdem, etc.

Telles sont les remarques principales auxquelles donne lieu cet exemplaire des Orationes de Bessarion. On peut ajouter qu'à la fin de Topuscule quelqu'un a écrit au-dessous du mot finis : A Paris, chei UlricGering, 1472, ce qui constitue une erreur de date.

Le second exemplaire conservé dans la Bibliothèque Nationale est inscrit sous la cote J, 1,224, de la Réserve. Ce volume, relié en veau fauve, avec les tranches rouges, a appartenu à M. de Boze (1) et successivement à la bibliothèque de Gaignat (2) et à celle de La Vallière. Il est orné d'une dentelle fort jolie en or et en couleurs portant sur les quatre marges de la première page. Les grandes initiales sont aussi peintes en or et en couleurs, avec beaucoup de soin. G. Fichet y a fait à la main les mêmes corrections que dans l'exemplaire précédent, à ces différences près : 1^ que la correction du troisième feuillet est ainsi écrite: nêsis cardialis nicenus, etc. ; 2*^ que celle du dix-septième feuillet porte sur les mots hostis impellite qui sont entièrement grattés : l'espace est laissé en blanc.

Cet exemplaire, qui contient imprimée la lettre d'envoi de l'opuscule au roi Louis XI et aux princes du royaume, est doublement précieux parce qu'il est celui qu'offrit G. Fichet à Jacques d'Armagnac,

(t) V. Cat. de M. de Boze. Paris, 1745, p. 178.

(2) Gaignat avait acheté à MM. de Cotte et Bou tin, acquéreurs de la roUection de Boze, les plus précieuses éditions du xv siècle (|ue contenait cette collection.

duc de Nemours, à ce malheureux prince qui, à la suite des guerres intestines qui marquèrent le règne de Louis XI, fut décapité à Paris, le 4 août 1477.

Cette victime des luttes de famille entre princes et roi, ne songeait pas à la tin tragique qui Taltendait six ans plus tard, lorsqu'il traça sur le plaidoyer de Bessarion, écrit en faveur de la guerre étrangère, les lignes qu'on y voit encore à la dernière page.

Jacques d'Armagnac était un bibliophile émérite, et on prend plaisir à voir avec quel soin il a marqué Timportance qu'il attachait à un des premiers livres imprimés en France, y inscrivant lui-même son nom comme pour bien témoigner du sentiment de satisfaction que l'œuvre nouvelle excitait dans son esprit. Voici comment il a écrit sa note :

Ce liure de bessario contra Turcum est au duc de Nemours comte de la Marche.

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