‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 12 sur 38 · IV. G. FiGHBTI RHETORIGiE LiBRI IIL — In · texte numérisé non relu

IV. G. FiGHBTI RHETORIGiE LiBRI IIL — In

Plusieurs exemplaires de la Rhétorique de G. Fichet existent aujourd'hui, et sont répartis entre diverses collections publiques en France et à l'étranger : ce volume est même, de tous ceux qui ont été imprimés dans Tatelier de Sorbonne, celui qui s'est conservé au nombre le plus grand d'exem* plaires sur vélin ou sur papier, et le seul, avec les Orationes^ qu'on trouve enrichi de miniatures et d'ornements remarquables.

Nous en connaissons dix exemplaires ^ dont quatre imprimés sur vélin, et un manuscrit aussi sur vélin. La Bibliothèque Nationale de Paris possède trois exemplaires de cet incunable précieux : deux sur papier et un sur vélin. C'est d'après l'un des deux premiers que nous allons fixer notre description, parce que ce volume a le mérite d'être un des plus complets. C'est celui qui a appartenu à l'archevêque Charles de Bourbon. Il est porté sur l'inventaire de la Réserve sous la cote X 2,052.

Cet exemplaire est tiré sur le papier fort et sonore qui a servi pour toutes les impressions de l'atelier de la Sorbonne; il est relié en maroquin rouge, avec les armes royales sur le plat de la reliure; il provient de la Bibliothèque du Roi dont il porte le plus ancien cachet; il est rogné et a les tranches simplement en grisaille. C'est un volume in-4°, à longues lignes au nombre de vingt-trois à la page; par exception, les pages des feuillets 71, 72 et 73 du texte portent vingt-quatre lignes.

En tète, se trouvent deux feuillets qui contiennent la lettre d'envoi à l'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, et la lettre-dédicace à Bessarion, toutes les deux imprimées. La suscription de la première est en lettres rouges écrites à la main ; le texte ne porte que sur une seule page ornée, sur les quatre marges, d'une très jolie dentelle peinte en couleurs ; au milieu de la marge d'en bas, on voit les armes de Charles de Bourbon. La lettre N est peinte en couleurs jaune et rouge sur un fond

bleu foncé, avec ornements en bleu clair, ce qui donne un aspect sévère à cette partie des enluminures.

Cet exemplaire de la Rhétorique de G. Fichet est celui qui porté la mention : Scriptum impressumque in œdibus Sorbone^ dont nous avons déjà signalé Timportance.

La préface de la Rhétorique^ qui suit les deux lettres à l'adresse de Charles de Bourbon et de Bessarion, occupe quatre feuillets et porte le titre suivant, qui est le seul de Touvrage :

GUILLERMI Ficheti Alnetani (i),artîum & theologias parisiensis doctoris, rhetori^ corum libroïj praefatio ;

La première page de cette préface est ornée d'une très belle dentelle peinte en or et en couleurs, portant sur les quatre marges. La place d'un écusson, réservée dans le milieu de la marge d'en bas, est restée en blanc. Nous reproduisons cette page en fac-similé.

Viennent ensuite les trois livres composant le Traité : le premier occupe cinquante-huit feuillets, le second cinquante-quatre, et le troisième soixantequinze. Préface et Traité portent sur cent quatrevingt-onze feuillets. La grande lettre initiale de

(1) Nous rappelons que ce qualiflcalif est pris par G. Fichet parce qu'il possédait un petit bénéfice à Anet (Eure-et-Loir) que lui avait donné Févéque Charlier en 4467.

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chaque livre est peinte en couleurs ; une dentelle, portant sur la marge de gauche et sur la moitié de celles du haut et du bas^ orne aussi la première page de chacun des livres.

Quelques corrections, faites à la main dans le cours du texte, semblent être de récriture de G. Fichet.

Les livres sont bien subdivisés, mais sans séparation suffisamment apparente enlre les subdivisions, marquées seulement par la grosseur de la lettre initiale; ce qui fait qu'on éprouve quelques difficultés à se retrouver dans cette suite non interrompue d'alinéas.

Cependant Tauteur s'est montré assez ingénieux dans quelques-unes de ses démonstrations, et il a su donner l'exemple de l'enseignement par les yeux. C'est ainsi qu'à propos des règles de la prosodie, et pour fournir des exemples de la valeur des longues et des brèves et de leurs combinaisons dans les mots de deux, trois ou quatre syllabes, il a établi (feuillet 17 du III** livre) trois tableaux correspondant à ces nombres : le premier, contenant quatre mots de deux syllabes; le second, huit mots de trois syllabes, et le troisième, seize mots de quatre syllabes; il a intitulé ces tableaux : Dissyllabi^ Trissj'llabi et Quadrissyllabi. Il a eu soin d'écrire d'un côté, le nom donné à la mesure, de l'autre, un mot pour servir d'exemple. Voici le premier de ces tableaux :

Pirrhichus

Spondeus

lambus

Trocheus

Pius Princeps

Opes

Donat

Nous reproduisons en fac-similé la page qui porte le dernier.

Ces petits tableaux sont tracés à la main, avec encadrement rouge; le signe des longues est en noir, et celui des brèves en rouge, le plus ordinairement, et sauf quelques cas de combinaison particulière.

A la fîn du troisième livre, se trouvent les trois lignes suivantes :

In Parisioi) Sorbona conditae Ficheteas rhetoricas finis ; Roberti Gaguini se^ quit panagericus (sic) in auctorem ;

Sur le verso du soixante-quatorzième feuillet et sur le recto du soixante-quinzième, se trouvent quatorze distiques composés par Robert Gaguin pour chanter les louanges de G. Fichet.

Le deuxième exemplaire de la Rhétorique^ conservé dans la Bibliothèque Nationale, coté sous le même numéro que le précédent, est aussi sur papier ; mais il est tracé et paginé en chiffres romains aux coins droits du bas des feuillets; le couteau du relieur a fait disparaître une grande partie des chiffres, bien que les marges soient encore très

larges ; il est relié en maroquin rouge et a les tranches dorées.

Cet exemplaire qui porte, comme le premier, le pachet de la Bibliothèque de la Sorbonne, a en tête les lettres à Charles de Bourbon et à Bessarion, manuscrites et occupant deux feuillets en vélin plus courts que les autres. La première lettre est ornée d^une dentelle assez jolie portant sur la marge de gauche et sur la moitié de celles du haut et du bas de la page; la seconde est enrichie d'un ornement en or et en couleurs, entourant la suscription ; un commencement de dentelle, très délicatement peinte en or et en couleurs, se tro.uve sur la marge de gauche.

Au bas de la première page du texte de la Rhé^ torique^ on remarque un ruban peint en rouge et sur lequel on lit, écrite en lettres d'or, la devise suivante : Amor meus crucifixus est.

Le corps du texte porte les mêmes enluminures que le précédent exemplaire. Les capitales sont faites très simplement en couleur bleue ou rouge.

Une note du bibliothécaire Gayet de Fansale fait connaître qu'il a acheté cet exemplaire en 1783 pour la Bibliothèque de la Sorbonne , et il ajoute qu'il est corrigé par Fichet; on y remarque, en effet, de nombreuses corrections et adjonctions qui semblent faites de la main de l'auteur. Il se pourrait que ce fût l'exemplaire de G. Fichet. Il est à remarquer que les tableaux prosodiques du feuillet 17 du troisième livre ne sont pas tracés, et, à notre

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StMm^apeidus docendt C4ufa)^ in atàfidtun ji. umqi dittidimus I.

Table prosodique de la Rhétorique de G. Pichet.

sens, ce serait là une preuve que cet exemplaire est bien celui que Fauteur s'était réservé.

Le troisième exemplaire de la Bibliothèque Nationale est sur vélin et porte le numéro 2,020 des vélins. Il est relié, avec la couverture revêtue de maroquin vert, le dos en veau fauve.

Il n'a pas les lettres adressées à Charles de Bourbon et à Bessarion. La première page de la préface porte une fort jolie dentelle peinte en couleurs, occupant les quatre marges; la grande lettre initiale est peinte de la même manière. On remarque dans cet exemplaire un grand luxe de moyennes et de petites initiales, indiquant les subdivisions des livres, et qui sont peintes aussi en or et en couleurs; Tor a conservé tout son éclat. Toutes les queues de lignes, laissées en blanc à la fin des définitions, sont remplies par des ornements bleus et rouges très bien faits, ce qui donne au volume un singulier aspect. Enfin la première page de chacun des trois livres porte la grande lettre initiale richement ornée, et une dentelle sur la marge de gauche et sur la moitié de celles du haut et du bas.

Ce volume forme un exemplaire de luxe ; il a été décrit brièvement par Van Praet. Il provient de la bibliothèque de Mac-Carlhy et a été vendu 501 francs.

Il existe aussi un exemplaire de la Rhétorique à la Bibliothèque Mazarinc, de Paris (1). Il est

(ON» 10,230, Incunables.

Premitrc page de la pr^rat-c <lc la Rhétorique de G- Fichcl. (Extraite d'un exemplaire de la Bibliolh(H|ue Nationale.)

sur papier; reliure de Bradel Taîné; la couverture est revêtue de maroquin rouge ainsi que le dos, avec soie bleue à Tintérieur. La première page de la préface est entourée d^une dentelle peinte en or et en couleurs; la grande lettre initiale est peinte de la même manière. Ces enluminures sont très bien faites et forment un ensemble charmant de fleurs et de tiges entrelacées; dans les ci^ins de la dentelle sont peints des chèvrefeuilles en or et en couleur bleue ; sur le côté droit, au bas, se trouvent des marguerites, et, sur la marge du bas, des fraises qui se reproduisent dans presque toutes les enluminures des volumes de Tatelier de Sorbonne.

La première page de chaque livre porte une dentelle du même genre sur toute la marge de gauche; les grandes lettres initiales sont peintes en or et en couleur rouge ou bleue.

Les tableaux prosodiques du dix-septième feuillet du troisième livre sont remplis à la main comme sur Texemplaire en vélin de la Bibliothèque Nationale.

Cet exemplaire porte aussi quelques corrections faites à la main, de récriture de Fichet probablement ; mais il n^a pas les lettres adressées à Charles de Bourbon et à Bessarion. Il a dû appartenir à Gabriel Naudé, dont on voit une note signée à la fîn du volume, dans laquelle il rappelle que Gaguin a parlé de G. Fichet avec éloge, comme lui-même Ta fait dans son Addition à F Histoire de Louis XL

Les six autres exemplaires de la Rhétorique de

* G. Fichet qui nous sont connus se trouvent dans des Bibliothèques publiques étrangères. L'un d'eux, sur papier et ne portant pas les lettres à l'adresse de Bessarion et de Charles de Bourbon, fait partie de la riche collection de lord Spencer, ainsi que ce dernier a bien voulu nous le confirmer. Les autres sont remarquables et précieux à divers titres et méritent une description spéciale.

En première ligne, nous devons signaler celui qui est à la Bibliothèque de Bâle (1). Bien que cet exemplaire ne se distingue par aucune enluminure de luxe et qu'il soit sur papier, il a droit au premier rang, parce que c'est celui de J. Heynlin, le collaborateur de G. Fichet. Le bibliothécaire de la Chartreuse de Bâle a en effet écrit cette note au commencement de ce volume :

Liber Cartusientium in Basilea provenicns a d.

* Johanne de Lapide confratre nostro.

Cet exemplaire est réglé; il a une reliure du temps. Les initiales des chapitres sont peintes en or et en couleurs. Les livres sont numérotés sur les marges d'en haut. Il porte quelques corrections qu'on ne voit pas sur les autres; c'est ainsi qu'à la dernière ligne de la première page, le mot maxime a été ajouté, écrit à la main, après le mot arte.

Il n'a pas les lettres adressées à Charles de Bourbon et à Bessarion.

Les quatre derniers exemplaires que nous avons

(1) Bibl. de Bâle, A. L. VI, 6.

à décrire sont tous sur vélin et sont des plus intéressants.

Le premier appartient au British Muséum; c'est l'exemplaire offert par G. Fichet au pape Sixte IV. Il est richement relié; les plats sont recouverts de soie cramoisie et le dos de satin de môme couleur; on y remarque des traces de fermoirs et d'ornements, qui probablement étaient en. argenti

M. Roy, du British Muséum, qui a eu l'obligeance de nous envoyer une description de cet exemplaire, signale une particularité curieuse non relevée jusqu'à ce jour: tandis que les armes de Sixte IV {(ïaiiir au chêne d'or englanié de même)^ sont peintes, ainsi que nous allons le voir, dans l'encadrement d'une miniature occupant le recto du premier feuillet, les armes de Paul II, le prédécesseur, de Sixte IV {d'azur au lion d'argent à la bande d'or brochant sur le tout), sont brodées sur les plats de la reliure et surmontées non de la tiare, mais du chapeau de cardinal. Cette particularité, X|ui peut paraître incompréhensible tout d'abord, nous semble explicable par ce fait que l'exemplaire a pu appartenir, après la mort de Sixte IV, arrivée en 1484, à un parent de Paul II. Ce parent a pu être le cardinal Barbo, cousin germain de ce dernier pape, et qui eut toute la confiance de Sixte IV, auquel il survécut. Le cardinal Barbo aura fait relier le volume précieux en y appliquant les armes de sa famille ; cette reliure en soie brodée est évidemment italienne.

L'exemplaire du Brilish Muséum est aussi richement enluminé qu'il est luxueusement relié. Le recto du premier feuillet est tout entier occupé par une magnifique miniature en couleurs, représentant Ve pape assis sur son siège, en costume officiel, et G. Fichet à genoux offrant la Rhétorique au pontife; le costume de G. F'ichet est le même que celui qui est représenté dans la miniature accompagnant l'exemplaire des Orationes de Bessarion, de la Bibliothèque Vaticane. Dans le fond, à gauche du pape, se tiennent rangés des cardinaux et des évoques; en tète des premiers, on voit Bessarion, reconnaissable à sa barbe à la grecque, et qui fait un geste comme pour présenter son ami G. Fichet au pontife; en face de lui, un ecclésiastique porte la croix grecque. Celte belle miniature, remarquable par la correction du dessin et l'observation des lois de la perspective, est entourée d'une admirable bordure peinte en or et en couleurs et composée de fleurs, d'oiseaux et d'ornements divers; sur le côlé droit, se trouve un écusson portant les armes de Sixte IV. Nous reproduisons cette miniature en fac-similé.

Au-dessous de la miniature est écrite à la main la dédicace suivante :

Sanctissimo patri Sixte Quarto pô=s tîfici maxime Guillcrmus fichetus minimus theologorum Parisiensium doctorum dcuota pedum oscula;

La première et la troisième lignes sont écrites à l'encre bleue, et les deux autres à l'encre rouge.

Le verso du premier feuillet et les trois feuillets suivants contiennent la lettre-dédicace au pape, qui a remplacé les lettres à Charles de Bourbon et à Bessariori signalées dans d'autres exemplaires. Cette lettre commence ainsi : Ante omnia petenti mihi dabis veniam pater sancte...., et finit par ces mots : Vale spes reliqua christ ianitatis. Edibus Sorbone parisii scjHptum, pridie kalendas sepiembris anno uno et septuagesimo quadringentesimoque supra millesimum (1).

Après cette lettre, suivent la préface, les trois livres de la Rhétorique et les distiques de Gaguin, occupant cent quatre-vingt-onze feuillets, comme dans tous les exemplaires connus. La première page de chaque livre est ornée d'une dentelle portant sur la marge de gauche et la moitié de celles du haut et du bas ; les initiales sont peintes comme dans l'exemplaire sur vélin de la Bibliothèque Nationale; comme dans ce dernier aussf, les bouts de lignes restés blancs sont remplis par des ornements, avec cette différence que l'or y est mélangé aux couleurs.

Ce précieux exemplaire, avant d'appartenir au British Muséum, a été possédé : 1° Par Paris

(i) V. Recueil cité des lettres mss. de Fichet et de Bcssanon, 2« partie, lettre XI. — Sixte IV ne répondit à cette dédicace que le 14 février 1472 (V. môme Recueil, 2« partie, lettre XII), parce que l'envoi de G. Fichet s'égara ou fut retardé pendant plusieurs mois.

Meyzieu (vendu 604 liv.) ; 2*" par Camus de Limare (vendu 750 liv.) ; 3*» par Paris, neveu du précédent (vendu 31 liv. 10 sh.) ; 4** enfin, par Gracherode.

On ne sait comment ni par qui il a été apporté dltalie.

Un autre exemplaire de la Rhétorique de Fichet, aussi précieux, existe dans la Bibliothèque Nationale de Saint-Marc, à Venise (1). C'est celui que l'auteur offrit à son ami le cardinal Bessarion. On sait que ce dernier léiçua sa bibliothèque à Saint-Marc, comme J. Heynlin légua la sienne à la Chartreuse de Bâle ; l'inventaire des livres et manuscrits du cardinal existe encore à Venise (2), et la Rhétorique s'y trouve enregistrée sous ce titre : Gulielmi Ficheti Theologi Rhetoricorum ad C. Besarionem in pergatnino.

G. Fichet devait offrir un exemplaire de luxe à celui qui personnifiait à ses yeux et la science et l'amitié; aussi l'ouvrage est-il imprimé sur beau parchemin, tracé et richement enluminé. Les quatre premiers feuillets sont blancs. Sur le recto du cinquième, se trouve une très belle miniature comme dans l'exemplaire de Sixte IV; on y voit Bessarion assis sous un dais, et devant lui G. Fichet, à genoux, qui lui présente son livre (3), ainsi qu'on peut

(i) N» de rinvenl. 41,395, Réserve.

(2) Classis XI V, Cod. CXI. Index librorum card, Niceni. Fol. 73, v«. Nous devons ces rensei^ements à Tobligeance de M. Jean Veloudo, préfet de la Bibliothèque de Venise.

(3) Citée par Van Pract, d'après Morclli, Notiiçia d'operedi disegno nella prima meta del secolo XVI, etc. Bassano, 1800, in-8, p. 250.

le voir par le fac-similé ci-conlre. Sur le verso du cinquième feuillet commence la letlre-dédicace au cardinal, et dont la souscription porte les mots : Aedibiis Sorbonœ parisii script um impressumque ; enfin, viennent la préface, les trois livres dû Traite et les distiques de Gaguin.

La première page de la dédicace porte une petite dentelle marginale en or et en couleurs ; il en est de même sur la première page de la préface. Toutes les initiales du texte sont aussi ornées en or et en couleurs.

Ce volume remarquable ne pouvait qu'être apprécié à sa juste valeur dans la patrie des Aide Manuce, aussi Ta-t-on relié dans le siècle dernier avec un certain luxe et en imprimant à sec, sur la couverture, les armes delà République de Venise.

Le troisième exemplaire de \^ Rhétorique^ connu à rétranger et imprimé sur vélin, appartient à la Bibliothèque de Vienne, en Autriche; le préfet de la Bibliothèque, M. Birck, nous a confirmé Pexistence de ce volume ainsi que la description qu'en ont donnée divers bibliographes, tels que Van Praet et Brunct. Comme ses congénères, il est orné de dentelles marginales et d'initiales peintes en or et en couleurs. Cet exemplaire, relié en maroquin citron, a passé par des phases diverses avant de reposer définitivement dans les collections de Vienne. Il aurait appartenu d'abord à la Sorbonne,du moins des bibliographes l'ont cité comme se trouvant en 1765 dans la Bibliothèque de Fil-»

lustre maison ; on le trouve ensuite dans la collection de Gaignal (1) (vendu 182 liv. 10 s.), puis dans celle de La Vallière (2) ; c'est à la vente de cette dernière que la Bibliothèque de Vienne Ta acquis au prix de 401 livres; maisvoléàlaSorbonne, onne sait par qui, vendu successivement dans plusieurs enchères publiques, cet exemplaire devait voyager encore. En 1809, un général bibliomane ou un envoyé français quelconque s'en empara et l'apporta ù Paris, où ilfutensuite donné à la Bibliothèque du Roi. Il est probable que les bibliothécaires de Vienne n'avaient pas perdu le souvenir du rapt dont leurs collections avaient été les victimes par droit de conquête, car en 1814 ils réclamèrent le précieux volume qui leur fut restitué.

Mais voici bien une autre vicissitude : cet exemplaire contenait, lorsqu'il fut acheté pour la Bibliothèque de Vienne, les deux lettres adressées à Charles de Bourbon et à Bessarion, manuscrites, ainsi que le signalent le Catalogue de Gaignat et Van Praet qui a cru à des copies modernes n'ayant que ceci de curieux, c'est que V écriture imitait les ca^ ractères des typogi^aphes de Paris — erreur que nous avons déjàrelcvée. Or aujourd'hui, cesdeuxpièccs manquent au volume auquel elles ont été enlevées probablement dans son dernier voyage de Paris à Vienne. M. Birck, en nous signalant cette barbare mutilation, se tait discrètement sur l'époque où elle

(i) Cat., lomc I, p. 379, n» IV'ii.

(2) Cat.y n« 2,227.

a été commise ; il se borne à dire qu'elle est une conséquence des vicissitudes subies par le respectable incunable.

Enfin le dernier exemplaire de la Rhétorique sur vélin que nous devons décrire est conservé dans la Bibliothèque de Gotha. Empressons-nous de dire toutefois qu'il ne s'agit plus d'un volume imprimé, mais d'un manuscrit. L'existence de cet exemplaire manuscrit n'a pu qu'étonner et jeter les bibliographes dans une perplexité extrême.

Van Praet, en parlant de cet exemplaire curieux dans le quatrième volume, page 30, de son Catalogue des vélins de la Bibliothèque Royale, manifesta d'abord un doute sur la qualification de manuscrit donnéeau volume par Cyprian dans son Catalogue de la Bibliothèque de Gotha. Van. Praet pouvait croire à une erreur et penser qu'il s'agissait plutôt d'un imprimé. En effet, ainsi qu'il le faisait observer, c'était l'exemplaire offert par G. Fichet à Charles, comte du Maine, et en tête duquel se trouve la lettre-dédicace adressée à ce prince en date du 1®' juillet 1471, lettre qu'on peut lire dans le Recueil dit factice que nous avons décrit (1). Il était difficile d'expliquer pourquoi G. Fichet aurait fait reproduire sa Rhétorique en manuscrit de luxe, pour l'offrir à un prince du sang, juste au moment où il l'offrait avec un légitime orgueil, imprimée et sortant du premier atelier typographique français, au pape, à

(!) Bibl. Nat., Réserve Z, 623.

Bessarion et aux membres les plus élevés de Tépiscopat français! Et cependant le fait était vrai.

Van Praet, six ans après avoir publié son lome IV, et lorsqu'il fit paraître un supplément à son Caialogue^ en 1828, dut revenir sur sa première idée ; ayant consulté le bibliothécaire de Gotha, M. Jacobs, celui-ci lui confirma que l'exemplaire en question était bien un manuscrit ainsi queTavaitditCyprian, et il lui en envoya la description détaillée. Il n'y avait plus à douter (1).

Nous-mème, pour plus de sûreté encore, nous avons consulté le bibliothécaire actuel de Gotha, M. Pertsch, qui s'est empressé de nous répondre que l'exemplaire est sans aucun doute un manuscrit, catalogué comme tel dans l'inventaire Mem. I, n** 106; que la description qu'en donne Van Praet, d'après Jacobs (2), est très exacte et qu'on doit s'y fier entièrement. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire cette description intéressante :

« Il est écrit (le volume) sur parchemin avec beaucoup d'élégance, et orné d'initiales peintes en or et en couleurs, non seulement au commencement des chapitres, mais dans le texte, et presque à chaque période. Tous les alinéas sont marqués de

(1) Voy. Suppl. au Catal, de Van Praet, 1828, lome VI, p. 75.

(2) La description de Jacobs a été publiée dans les Curiosités de la Bibl, ducale de Gotha y par F. Jacobs et F.-A. Uchert. Leipzig, 1835, tome I, p. i71.

barres plus ou moins longues, enluminées el dorées (1) ; en outre, une des marges, décorée d'arabesques exécutées sur un fond d'or mat, offre une miniature représentant Fauteur en soutane couleur de pourpre, el en surplis, ayant la tête tonsurée. Il s'est mis sur un genou pour présenter son livre à un seigneur assis sur une espèce de trône surmonté d'un dais, et qui étend les mains vers le livre qui lui est offert. Derrière l'auteur, un jeune ecclésiastique se tient dans une attitude respectueuse. Il a la tète nue, tandis que deux autres personnages, placés auprès du trône et paraissant s'entretenir ensemble, ont la tète couverte d'un bonnet pointu. Sous cette miniature (que nous reproduisons en fac-similé), il y a une inscription en lettres rouges et noires, ainsi conçue :

a Serenissimo ac || magnificentis || simo Caro || lo CenomanieComi || ti Guillermus Fi || chetusS.P.Dicii.

« Suit la lettre dédicatoire qui remplit quatre pages. A la fin de la quatrième, on lit ces mots :

(( In parisietisi Sorbona calendis Juliis scrip^ tum I4TI.

« La page suivante commence ainsi :

a Ficheti alnetani artiutn et théologie parisiensis doctoris rhetoricorum librorum prefacio.

« Cette préface occupe cinq pages, et est terminée de cette manière :

a Ficheti rhetorice prefacio finis. Incipit liber

(1) Comme dans Texemplaire sur vélin de la Bibl. Nat.

primas. De quinque rhetoricis elementis ariem extrinsecus cotnprehendentibus omnetn.

a Le volume entier se compose de 130 feuillets. A là fin on lit:

IN PARISIORVM SORBONA CONDITiE FICHETEE RHETORICE FINIS.

RoBeRTI GAGVINI SEqUITUR PANAGeRICus (sic)

l AUCTORE.

a Après vient le Panégyrique qui est écrit sur la dernière page, et qui a pour suscription :

« Patri ac preceptori suo Guillermo Fiche to Paris iensi theologo doctori Robertus Gaguinus S. P. D. »

Ainsi qu'on le voit d'après cette description, l'exemplaire manuscrit de Gotha reproduit exactement le texte des imprimés. Il n'est pas jusqu'à l'arrangement du texte qui ne soit semblable dans l'imprimé et dans le manuscrit, comme on peut s'en convaincre par le fac-similé de la première page que nous donnons ci-contre.

Maintenant comment expliquer la singulière coexistence de cet exemplaire manuscrit et des imprimés ? Sans doute, G. Fichet a cédé à un sentiment des convenances et a pensé que des exemplaires de son travail manuscrits étaient plus dignes d'être offerts aux princes du sang français que des imprimés. Un fait pourrait rendre cette supposition acceptable. Nous avons vu que dans \e Recueil dit

factice^ cinq lettres d'envoi de Xsl Rhétorique sont imprimées, et trois manuscrites. Or ces trois dernières sont à l'adresse de Charles, comte du Maine, de Charles, duc d'Aquitaine, de François, duc de Bretagne. Dans la première, remarquable par l'érudition qu'y déploie G. Fichct, se trouve précisément un passage qui peut avoir une importance pour le point en discussion : G. Fichet dit qu'il offre au comte du Maine son nouvel opuscule richement préparé par ceux qui librarii uiri dicuntur ; les mots uiri librarii indiquent qu'il s'agit de copistes et non d'imprimeurs.

On peut donc supposer que G. Fichet offrit sa Rhétorique manuscrite aux trois princes.

La question nous a paru assez curieuse pour que nous la soumettions avec quelques détails à nos lecteurs, et pour clore les descriptions des exemplaires connus de l'œuvre originale de G. Fichet.

Ajoutons que plusieurs exemplaires de cette œuvre, autres que ceux qui nous sont connus, ont dû être tirés sur vélin ; tels sont ceux que G. Fichet offrit à René d'Anjou, ainsi qu'à ses protecteurs Guillaume Chartier, Tarchevêque de Paris, et Jean Rolin, évoque d'Autun (l).Ces exemplaires ont

(i) Il est probable que G. Fichet adressa un exemplaire de sa RJiétoriqite sur vélin à Yolande de France, duchesse de Savoie et sœur de Louis XI ; dans Tinventaire de la bibliothèque de cette princesse, dressé en l/i79, après son décès, on lit en eflet : Item, ung livre que donnast maistre GuiUe Fichet quest en parchemin (sic). — \, Protocole de Claude Bocher, notaire ducal; Archives de Cour, à Turin.

subi le sort du plus grand nombre des volumes sortis de la presse de Sorbonne qui ont disparu (1).

La Rhétorique de G. Fichet, dont de Boze possédait un exemplaire orné et relié en maroquin citron (2), est citée par Hain, n*" 7,(fâ7, Panzer, tome II, p. 270, M. Madden et tous les bibliographes qui ont parlé de rétablissement de Timprimerie à Paris (3).

Après avoir décrit chacun des quatre précieux incunables qu'on doit considérer comme ayant inauguré la presse de Sorbonne, il nous reste à les examiner au point de vue de l'ensemble du travail typographique ; ce que nous dirons à ce sujet pourra s'appliquer, en majeure partie, aux volumes qui les ont suivis.

On a pu juger de la forme des caractères employés par les prototypographes parisiens, grâce aux fac-similés que nous avons donnés. Ces caractères ont servi pour l'impression de tous les volumes sortis de l'atelier de Sorbonne. Bien que

(1) Le manuscrit intitulé Historia Sorbonica (Bibl. de 1* Arsenal, à Paris, n» 1020, p. 222) dit qu'il existait dans la Bibliothèque de la Sorbonne un exemplaire de la Rhétorique portant la note suivante : Dominus Guillelmtts Ficheti, doctor in sacra pagina socius bursarius hujits famatissimi collegii Sorbonœ; liane suam de Rhetoricâ novam editionem dicto collcgio donavit in magna libreria incattenandam, Orate pro eo. Cet exemplaire a disparu.

(2) Cat. de Boze. Paris, 1745, p. 96.

(3) A la vente Gaignat, un exemplaire a élé vendu 182 liv. iO s. Brunet (tome II, col. 12'i2)cite les prix auxquels d'autres exemplaires sur papier ont éié vendus dans des ventes publiques : La Vallière, m. r., 91 fr.; Briennc, m. v., 120 fr.; Sykes, 8 llv. 12 sh. et 4 liv. 6 sh. Heber; Chenest, en 1853, 550 fr., et le même exemplaire, en 1855 salle Svivestre, 555 fr.

la fonte en soit parfois défectueuse, ils valent mieux que les caractères gothiques si répandus à la fin du XV® siècle ; tout au moins ils forment un texte plus facile à lire.

Comme remarques générales, il faut signaler que, suivant Tu sage adopté pour la transcription des manuscrits, les abréviations sont très nombreuses dans les premières impressions parisiennes, ainsi que, du reste, cela a été partout, à la naissance de Tart typographique. Les premières impressions reproduisirent servilement les manuscrits ; à tel point, que certains prototypographes, ayant imprimé la date écrite par Fauteur ou le copiste pour indiquer Tépoque à laquelle Tun ou l'autre avait terminé son œuvre, on a pris cette date pour celle de l'impression, ce qui n'a pas manqué d'occasionner des erreurs assez nombreuses.

Les abréviations de nos prototypographes sont non seulement multipliées, mais encore distribuées très irrégulièrement ; la même syllabe médiane ou la même syllabe Finale, répétée dans la même page, se trouve abrégée ou non abrégée, ce qui est la preuve principale de la servilité avec laquelle le compositeur copiait les manuscrits.

Il faut noter, à l'avantage de nos prototypographes parisiens, que du premier jour ils ont employé les lettres doubles œ^ ce, que beaucoup d'imprimeurs du XV® siècle ne possédaient pas et ont remplacées par un e^ toujours suivant le mode adopté dans les manuscrits. Gering et ses compagnons ont

sacrifié parfois à cet usage et se sont servis d^un e cédille pour Vœ ou Vœ, commettant ainsi, on doit l'avouer, une incorrection quMis pouvaient éviter. Parfois aussi ils ont employé les deux lettres séparées ae pour Vœ accolé; toutes ces variations étaient la reproduction exacte de celles que contenaient les manuscrits de cette époque.

L'« de bas de casse remplace le v qui n'existait dans la fonte de Gering que comme lettre capitale ; Yi et \ej sont employés indistinctement, autre usage commun à cette époque et qui a persisté longtemps môme après l'emploi du v et d\xj consonne (1).

Quant aux signes de ponctuation, on a pu aussi s'en rendre compte par les fac-similés. Ils consistent dans le point, la virgule, le point-virgule (2), le point-virgule renversé, et môme une sorte de point d'interrogation dont l'emploi est fait souvent .sans que la phrase revête une forme interrogative. Ces signes semblent placés non pas tout à fait au hasard, mais sans entente bien correcte de la division du texte.

Il n'est pas aisé de comprendre quelle différence on a pu vouloir établir entre le point-virgule droit et le point-virgule renversé qui devient un point d'exclamation. Le point est souvent placé au milieu d'une phrase, là ou une virgule trouverait son

(1) Quelques-uns altribuenl à Gilles Beys, imprimeur à Paris à la fin du XV* siècle, le premier emploi du v et du j consonne.

(2) Cela contredit Topinion, avancée par quelques auteurs, qui prétendent que la virgule et le point- virgule n^ont été introduits dans la typographie qu'en 1494, par Aide Manuce.

emploi. Enfin le point-pirgule remplace le point à la fin des phrases. C'est encore là une imitalion des manuscrits : tâtonnements, essais qu'on vît se reproduire un peu partout dans les premiers temps de l'imprimerie.

L'examen attentif du texte de nos prototypographes donne lieu encore à d'autres remarques qui ne laissent pas d'être intéressantes. Il résulte de cet examen que le poinçon ayant servi à préparer les matrices d'une môme lettre n'était pas unique. Pour tout œil exercé, il est facile en effet de reconnaître des différences très sensibles, sinon dans la forme générale, du moins en certains détails, dans les contours ou la force des jambages de deux mômes lettres, capitales ou de bas de casse. Cette différence est frappante surtout dans les /, dont les uns portent le point, qui n'existe pas dans les autres ; la force, l'épaisseur des premiers ne sont pas semblables à celles des seconds ; bien mieux, les I appartenant à une seule de ces deux espèces diffèrent parfois entre eux.

La même observation peut être faite sur les signes de ponctuation ; le point, portant au milieu du corps des lettres et non au bas, paraît avoir été formé du poini-mrgule dont on aurait fait sauter la virgule; cette dernière même est de deux sortes, l'une faible, pour l'intérieur du textff, et l'autre plus forte pour les bouts de lignes. II n'est pas jusqu'aux sigfiets qui encadrent, par exemple, la première lettre de chacun des distiques que nous avons

reproduits du texte des Epistolœ de Gasparino, qui ne soient dissemblables entre eux. Ces différences entre les mêmes lettres sont la conséquence du système de fonte primitif, au moyen de matrices en plomb qu'il fallait refaire souvent.

On voit par ces exemples quelles difficultés eurent à surmonter les pères de la typographie française dans la préparation de leur matériel.

Nous avons décrit les enluminures enrichissant certains exemplaires des volumes dont nous avons parlé. Alors, et suivant une coutume longtemps conservée par les imprimeurs, le texte d'un ouvrage était apprêté de manière à recevoir ces enluminures en couleurs et en or, telles qu'on en plaçait dans les manuscrits. Succédant à ces derniers, les volumes imprimés devaient comme eux attirer les regards par des dessins en couleurs au goût de l'époque ; une transition brusque à cet égard aurait risqué de faire juger désavantageusement le nouvel art en lui donnant une sécheresse inaccoutumée dans la forme. Parfois les enluminures étaient riches et prodiguées dans le corps du volume, surtout si ce dernier était tiré sur vélin ; nous en avons vu un spécimen dans des exemplaires des Orationes et de la Rhétorique de G. Fichet. D'autres fois, les enluminures étaient plus simples et moins nombreuses; c'est le cas du premier des exemplaires des Epistolœ de Gasparino que nous avons décrits.

La place des grandes lettres initiales était

laissée en blanc, portant sur la lèle de plusieurs lignes ; c'était à la confection de ces initiales en même temps que des ornements marginaux, que s'exerçait l'habileté des enlumineurs et imagiers, dont quelques-uns étaient, nous l'avons déjà dit, de véritables artistes.

On s'est préoccupé de la question relative au nombre d'exemplaires de chaque ouvrage imprimé dans l'atelier de Sorbonne. Rien ne peut éclairer d'une manière précise ce point de détail. Les Orationes de Bessarion avaient été distribuées, on Ta vu, au nombre de quarante-six exemplaires à la date du 21 mars 1471 ; ce chiffre n'a pas été dépassé de beaucoup, le volume ayant eu une destination spéciale, restreinte. Le tirage des Orationes a pu être limité au nombre strictement nécessaire à G. Fichet; la Rhétorique a pu être imprimée en nombre plus considérable que celui des Orationes. Quant aux Epistolœ de Gasparino, et au Salluste, leur tirage a certainement été plus important encore, et on en peut dire autant des impressions qui ont suivi, ces publications étant destinées à la vente. On suppose que ces volumes ont été tirés à deux ou trois cents exemplaires environ.

Mais après avoir décrit les produits rudimentaires du premier atelier typographique français, et signalé les défectuosités inévitables qu'ils présentent, nous devons terminer notre rapide exposé par un éloge incontestable dans sa vérité : les volumes imprimés en Sorbonne méritent un éclatant

hommage pour la netteté et la régularité de leur tirage.

Et ce n'est pas exagérer que de parler dans ce cas d'hommage éclatant ; tout homme du métier sait qu'aujourd'hui même, avec la presse à bras, en fer, perfectionnée, il se présente à chaque instant des difficultés, il se produit certains accidents qu'il n'est pas possible d'éviter. Que devaient être ces difficultés et ces accidents avec la pauvre presse en bois dont se servaient nos prototypographes parisiens? Presse primitive, pareille du reste à celle de tous les imprimeurs de ce temps-là, type, disons-le en passant, qui ne commença à être perfectionné que vers le milieu du xvi** siècle, époque à laquelle, assure-t-on, Léonard Dauneir, de Nuremberg, remplaça les vis de bois par des vis en laiton I Cet instrument n'était autre, sauf peut-être une précision plus grande, que ]e pressoir ordinaire encore en usage dans nos campagnes et qui, lui, n'a vu qu'il y a quelques années s'opérer la transformation de ses vis de bois en vis de fer. C'est à la presse en bois que remonte l'origine de la locution, encore aujourd'hui fréquemment employée mais à' tort, faire gémir la presse, pour dire faire imprimer un ouvrage. La presse en bois gémissait, en efTet, et d'autant plus que deux coups de barreau étaient nécessaires pour imprimer une forme.

Ahl ces grincements, irritants pour les oreilles des profanes, ne parurent point sans doute si désa-

gréables à nos trois prototypographes et à leurs deux guides et protecteurs. Le lecteur ne voit-il pas ces vénérables apôtres du nouvel art pris d'une fiévreuse attente, au moment où les premiers grincements de leur presse allaient se faire entendre? Ne pouvons-nous pas reproduire dans noire esprit le tableau intéressant, émouvant, que présentèrent les trois Allemands travaillant à la mise en train^ ajustant les formes apprêtées pour le tirage et qui renfermaient le texte dicté peut-être par G. Fichet et J. Heynlin eux-mêmes aux compositeurs-imprimeurs (1)? Les deux sorbonistes sont là, suivant d'un œil anxieux tous les préparatifs; et quand le tympan s'est abattu sur la forme, que celle-ci a été repoussée sous la platine, au moyen du train^ nous les voyons tressaillir au premier gémissement de la presse qui annonce Taccomplissement de l'œuvre glorieuse à l'exécution de laquelle ils s'étaient voués I

Quelle ne fut pas leur joie à l'apparition de la première feuille imprimée des Epistolœ de Gasparinol Avec quelle satisfaction, mêlée d'un peu d'orgueil, G. Fichet contempla la première épreuve du texte imprimé de sa préface de l'œuvre de Gasparino, formant les premiers feuillets du premier livre imprimé sur la terre de France !

Avec quel sentiment de joie J. Heynlin se mit à

(1) Pendant un certain temps, les compositeurs ont fait leur travail non pas en lisant eux-mêmes les manuscrits, mais sous la dictée d'un anagnostCj soit lecteur, qui était ordinairement un èrudit.

lire le commencement de ce texte qu'il avait revu, corrigé, émondé, et dont il voulait faire une œuvre digne du pays pour Thonneur duquel lui et son ami G. Fichet travaillaient I

Mais cette joie, cette satisfaction grande que ressentirent sans aucun doute J. Heyiilin et G. Fichet, ne purent être sans nuages. Les difTicultés, nous le répétons, ne pouvaient que se présenter nom-breuses dans le cours du travail, eu égard à Tétat défectueux des instruments. L'encre ne se distribuait pas alors comme aujourd'hui au moyen d'un rouleau moulé et uni, invention toute moderne du reste, mais simplement avec des balles emmanchées et faites de fragments de peau superposés ; Taide de rimprimeur tenait de chacune de ses mains Tune de ces balles qu'il appliquait sur les formes. Ce qu'on appelle actuellement Xb frisquette, destinée à régulariser le tirage, n'existait pas et on ne se servait que du tympan, tendu de parchemin et seul chargé de procurer à la pression de la platine sur la forme l'élasticité nécessaire pour assurer un tirage égal et protéger les caractères. Et cependant, encore une fois, malgré les difficultés de toutes sortes auxquelles se heurtaient les prototypographes parisiens, leurs premiers tirages sont incontestablement remarquables au point de vue de la régularité de la pression, de l'uniformité dans le ton de l'encre qui ne laisse apercevoir aucune bavure.

En tenant compte des conditions dans lesquelles

s'est efTeclué' ce premier essai de la typographie ert France, on peut affirmer qu*il ne lé cède en rien, sous le rapport du tirage, à ce qui s^est fait plus lard, alors que Texpérience eut appris aux typographes à vaincre les difficultés premières.

' Pour ces motifs, ne devons-nous pas rendre un éclatant hommage aux vénérables introducteurs de la typographie dans la patrie française ?

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