‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 21 sur 38 · XI. PUBUI VlRGIUI BUCOLICA ET yËGLOGA · texte numérisé non relu

XI. PUBUI VlRGIUI BUCOLICA ET yËGLOGA

In-fol.

Ce volume, contenant les Bucoliques et les Géorgigues de Virgile, a vu son existence réelle mise en doute par quelques bibliographes ; plusieurs môme, interrogés tout d'abord par nous, se sont montrés peu disposés à attribuer à Tatelier de Sorbonne cette édition que Dibdin seul avait mentionnée dans son Catalogue de la bibliothèque de lord Spencer (2). Brunet (3), il est vrai, l'avait citée d'après Dibdin, et M. Madden(4), suivant ces autorités, en a admis l'existence ; mais personne ne l'avait vu, personne n'avait recouru à une source d'informations certaines, et alors, dans l'esprit de beaucoup, le doute persistait.

Fidèle au principe que nous avons adopté pour éclairer notre route dans cette étude difficile, nous n'avons pas hésité à nous adresser à lord Spencer, descendant de l'illustre bibliophile anglais, et pos-

(i) Voir, pour les deux éditions de Cologne et de Rome, Brunet, tome I, col. 71.

(2) Biblioth. spencer., tome II, p. 487.

(3) Manuel du Libraire, tome V., col. 1297.

(4) Ouv.cilé, p. 182.

sesseur de la riche collection formée par ce dernier, collection qui a eu la chance rare de n'être pas dispersée, ayant passé de père en fils dans une famille dont les traditions littéraires se sont perpétuées jusqu'à ce jour.

Lord Spencer a bien voulu nous faire connaître que le volume contenant les Bucoliques et les Géorgiques de Virgile, imprimé avec les mêmes caractères dont se sont servis les prototypographes parisiens, existait réellement dans sa collection.

C'est un in-folio de quarante-neuf feuillets, de trente-deux lignes par page pleine, et comme ses congénères, il n'a ni chiffres, ni réclames, ni signatures.

Le texte des Bucoliques commençant sur le recto du premier feuillet, est précédé de cet intitulé :

Publii Virgilii maronis mantuani uatis clarissimi Bucolica & Aegloga prima fœliciter incipit.

Les Géorgiques commencent au verso du quatorzième feuillet, ligne 47, et portent cet intitulé :

Incipit primus liber georgicoi^ P. Virgilii maronis;

Enfin, le volume se termine, au recto du quarante-neuvième feuillet, par ces lignes :

Carmina qui lusi pastorum audaxq3 inuenta Tîtyre te patule cecini sub tegmine fagi; Finis fœlix Georgicoi^ Virgilii.

KbUl ^ti^Ui matonis tmntmm'intU cUdKtini Sucolica A Acg'cg' V^"^ Eoclidtec incipit»

Hv dcfkt tnEttbotuS f6#it quîd inique.

JTitjtuS aft Uetu» quis contulit otu dicit,

ta Tttytui

j^ itute teabû fub tegmlne Eagj

tcnui muta mcditadi auoB»

e (tnes|et dulcia Unqmus ans»

i (i^m'.tu tityce Unis in ôba îfonate docet anorvltida filuas; cltbcec dcus nobis b ocu (ecit> :ip deus-tlUus acacn Ssepe tencr noilds ab ouiltbus îmbutt agniu»

lUc-montaaa boaes(at eemls^t iplum Ludcct(qux ueUcm^laim petmifit agriU,»

ME* Non equidem inuldcoitmcaz tn^s*undl<{ totîs VCqpdeo tuclàtut agiCen ipfe capellas • Pcotcnut aget ^-hanc eciam obc tityie duco« Hic Inctr dénias cocilos modo nanc; gemcllosi Spcm gf:^s(ab filue in nuda^œnnixa teliquiti Sxpe naluin hoc nobis^fi mens non Icua (iii({et] Pe czTo tacias memùil p2iedtccrc quetnis' Szpe fmiftci caua pduat ab tliçe comix»

Sed tamcn itte deus quis fit^da tityte ndbit; TI. Vdjem quam dKunt tomamlmeUbote putaul Stultus ego-'hutc nofose Smileni<qua {sepe folcmus Paftotcs OUÏS tenetot depeUetc Tatus Su canibus caculos rnitteclfic matabus bxdos Noam-fic paniis componete nii^^ totebam* VcBt lac tantSalias intec capac c$tuht uths!

Première page des Bucoliques d« Virgile, conservÈet dans la bibliothèque de lord Spencer.

C'est absolument de la même manière, fait observer Brunet, que ce poème est terminé dans rédition de Virgile donnée par Gering en 1478 (1).

Il y a lieu de supposer qu'il a été imprimé dans les premiers mois de 1471, car il rentre dans la catégorie des chefs-d'œuvre latins que nos éditeurs sorbonistes semblent avoir eu à cœur de publier pour marquer leur bon goût et leurs aspirations littéraires élevées. Nous ne pouvons que nous étonner qu'il ne se trouve pas dans la collection de J. Heynlin, à Bûle.

Pour bien prouver qu'il y a identité parfaite entre le caractère des Bucoliques et des Géorgiques et celui des autres éditions de Sorbonne, nous reproduisons en fac-similé la première page des Bucoliques et la dernière des Géologiques,

Tous les volumes que nous venons de décrire peuvent être attribués ci Tannée 1471 ; quelques-uns en portent avec eux la preuve ; la fraîcheur du caractère, pour d'autres, permet de le supposer.

Mais outre ces volumes, on en a cité deux qui devraient être attribués aussi à l'atelier de Sorbonne qui les aurait imprimés dans cette même année. Malheureusement, on n'en voit plus, ou plutôt on n'en a jamais vu un seul exemplaire.

Il s'agit d'un Orator de Cicéron et d'un Valère- Maxime. Etant données les tendances littéraires de

(i) Manuel du Libraire, tome V, col. 1297.

Nanc| dabunt ucniam uodsâramq tctinttent* Sed modus ozandiiauta fitltmii» mAi^P^ Ai^^.

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pzxlbinti C02pQ2e taucos;

Dclige.<îr intaéU totidcm cecuice iutfencw Quattuoz bis acas alta ad dclobia dcacum Conftieuc»* faoum iugulis dimiCte onozem* Cozpozacj ipfa boum fcondofa defete luco»

Pbftubi noua fuos auto» oftendctit oztus-' Infecias oçbi lethca papaue» mittcf • Et nigcaro xmâàbis oucm4uçumcp rcuifes»

PJacatam curidiccn ultula ucnecàbcre csefa»

Haud moia.contlnuo matas p2aEcepu facdtit»

Ad dcluba ucnit»monftcatas cxatat atas»

Quactuoz eximiM piaKland C02p>2C taucos Ducit.<«r intafta toddcm ccttiicc iuuencas»

Pdtubi nouaf uos auana induxerat ojtus»' Infcrias ozpbi mitrit*lucurac| tcuifit»

Hic uetxï fubitum,ac diôu micabile monftrum Afpiaunt Uqucfa&i boum ^ uifceca.toco &mdeac apcf utcro»«fc ruptis cffccuccc coftis» Immenrafcç tcabi nubes-wncç atboic furama Conf luece.cîr lentîj uuam dcmittetc tamis-

Harc rupcc acuœum cultU;pcco2umc| caneW Et fupet atb02ibus.Wat dum magnui ad altum Fulminât eufcatçn bcllo.uiclo«| uolcntis Pet populos dat iata.uUmc| affcâac olympo.

lllo Vugilium me tcmpozc dulaj alel»t Pattbcnope/ftudiU flo^t^tcm ignobilis oti. tj^acmina qui luf» paftowm.audaxc» iuucnta Tityrt te f»tulc cedni fub t^inc fari, Finis faltx Geo^coy VitgiUi,

nos éditeurs J. Heynlin et G. Fichet, on ne devrait pas se montrer étonné que ceux-ci eussent songé à publier ces derniers ouvrages. On pourrait croire qu'ils ont existé réellement, si Ton s'en rapporte à G, Fichet lui-môme. Notre docteur, en effet, écrivant à J. Heynlin une lettre-préface destinée à être placée en tète d'une édition des Offices deCicéron dont nous allons nous occuper^ dit en parlant du plaisir que lui avait antérieurement procuré la lecture des oeuvres du grand orateur qu'il avait vues imprimées à l'étranger : « Mais ce plaisir eût été infiniment plus a complet, si le texte eût été très correct et chaque c( livre bien divisé en chapitres, de la même manière « que l'ont été VOrator de Cicéron, le Valère^ « Maxime et le Laurent (Valla) imprimés sous votre a direction. »

On a connu de tout temps les Elegantiœ de L. Valla, tandis qu'on n'a jamais vu les autres. Fautil supposer que des trois ouvrages cités, préparés pour l'impression, celui de L. Valla seul a été mené à terme, et que VOrator et le Valère- Maxime n'ont pas été exécutés? — On pourrait le croire, sans l'affirmation de G. Fichet. D'autre part, ni l'un ni l'autre de ces volumes ne se trouve dans la collection deJ. Heynlin, qui est conservée dans la Bibliothèque de Bâle. Cette collection a passé intacte de la Chartreuse à la Bibliothèque de l'Université bâloise; on peut être à peu près certain qu'aucun volume n'en a été distrait. N'y trouve-t-on pas les représentants uniques des Lettres de Platon et du

DatuSy et dVn autre volume encore que nous citerons en ses lieu et place ? Comment alors expliquer que J. Heynlin n^ait pas soigneusement classé dans sa collection tous les ouvrages de Cicëron édités sous sa direction? Cela est difflcile à comprendre. Et, en second lieu, si on peut admettre comme possible l'absence d'un volume tel que les Bucoliques de Virgile, due à une circonstance fortuite, faudrait-il croire à la disparition simultanée de trois volumes, étant donné le respect religieux dont la bibliothèque de J. Heynlin a été l'objet de tout temps?

Hâtons-nous d'ajouter que nous ne faisons ces objections que sous toute réserve, et souhaitant que ceux qui nous suivront dans l'étude de cette question réussissent à trouver une solution définitive et indiscutable.

Quoi qu'il en soit, nos professeurs deSorbonne et leurs collaborateurs n'eussent-ils imprimé, dans la fin de 1470 et le courant de 1471, que les volumes décrits plus haut, qu'ils auraient donné une preuve suffisante de leur activité et de leur dévouement aux lettres : en bornant aux onze vollimes cités la production de l'atelier de Sorbonne dans l'espace de temps qu'on peut évaluer à quatorze mois, on trouve que ce labeur des prototypographes parisiens comprend sept cent quatre feuillets în-4^, et trois cent vingt-huit feuillets in-folio, et encore sans compter ceux qu'ils ont pu composer à la fin de l'année 1471, et dont l'impression ne fut terminée

que dans le commencement de 1472, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.

Certes, ces chiffres n'offriraient rien d'extraordinaire, ils paraîtraient même plus que modestes, si on argumentait sur la production d'un atelier de nos jours ; mais il faut tenir compte des difficultés que rencontrèrent forcément nos imprimeurs dans l'installation de leur outillage et dans sa mise en train ; il ne faut pas oublier que pendant la première année, tout au moins pendant une partie de cette année, ils ne furent que trois pour composer et pour tirer, car il leur a fallu nécessairement quelques mois pour former des élèves.

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