‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 23 sur 38 · XII. Gasparini pergamensis Orthographia. — In · texte numérisé non relu

XII. Gasparini pergamensis Orthographia. — In

Le premier volume qui fut imprimé dans Palelier de Sorbonne, en 1472, doit être celui qui porte le titre ci-dessus, in-4<*. Jusqu^à ce jour, on ne connaissait aucun document qui pût servir à fixer exactement la date de Timpression de ce volume ; mais les bibliographes avaient omis de consulter la collection des impressions de Sorbonne conservée dans la Bibliothèque de Bâle.

Lorsque nous visitâmes la collection de Jean Heyniin, dans Tété de 1881, M. Sieber, avec son obligeance habituelle, attira notre attention sur l'exemplaire de VOrthographia de Gasparino, pro-

venant de la bibliothèque du collaborateur de G. Fichet.

Ce ne fut pas sans un vif sentiment de joie que nous pûmes constater que cet exemplaire portait en tête une lettre, jusque-là ignorée, écrite par G. Fichet à Robert Gaguin, et placée là en guise de préface. L^exemplaire de Bâle est aujourd'hui le seul connu qui contienne ce document précieux.

Cette lettre de G. Fichet est un peu longue et remplie de dissertations prolixes à la mode du temps et qui n'offrent pas toujours un grand intérêt. Mais elle contient quelques passages importants que nous croyons avoir traduits exactement comme suit :

<c .... Autant que je puis me Timaginer, ils (les ami$ des lettres) retireront un grand secours de Tart inventé par les nouveaux imprimeurs que, de nos jours, l'Allemagne ( comme un autre cheval de Troie) a fait sortir de son sein pour les répandre partout.

a On rapporte, en effet, dans cette contrée, que ce fut un certain Jean Gutenberg {eut cognomen bottemontano [1]) qui, non loin de Mayence, fut jadis le premier inventeur de Tart d'imprimer, au moyen duquel, rapidement, avec netteté et élégance, on fait des livres avec des lettres de métal, et non plus avec un roseau à écrire, suivant Tusage anti-

(i) Traduction du nom de Gutenberg qui signifle en allemand bonne montagne.

que, ni avec la plume, ainsi qu'on a coutume de le faire de nos jours.

a Cet homme a réellement bien mérité que toutes les Muses, tous les arts et tous ceux qui les cultivent et qui se laissent charmer par les livres, le couvrent de louanges divines, le placent audessus des dieux et des déesses, et cela avec d'autant plus de raison quMl a apporté aide et appui aux lettres mêmes et aux hommes studieux.

a Bacchus, Cérès qui nourrit les mortels, ont été divinisés : le premier, parce qu'il inventa le jus de la vigne et qu'il en remplit la corne d'Achéoloûs ; la seconde, parce qu'elle remplaça le gland de Chaonie par l'épi gras et replet, et aussi (pour me servir d'une autre expression poétique), parce que la première elle fendit la terre avec le soc acéré de la charrue et en fit sortir des fruits et de savoureux aliments .

(c Gutenberg, lui, a fait une découverte plus féconde et plus divine encore, car il a trouvé le moyen de sculpter des lettres grâce auxquelles tout ce qui peut être dit ou pensé est immédiatement écrit et reproduit de manière à passer à la postérité I

« Je n'aurai garde d'oublier, à ce propos, que les premiers des maîtres habiles en l'art d'imprimer qui sont venus chez nous sont : Ulrich, Michel et Martin ; il y a déjà longtemps (Jam pridem), ils ont imprimé les Episiolœ de Gasparino de Bergame, que Jean de Lapierre a revues pour les rendre

plus correctes; en outre, ils se sont mis en devoir de reproduire V Orthographia y du même auteur, revue aussi par Jean de Lapierre. Cette œuvre, à mon sens, a un grand mérite, car elle sera non seulement bien reçue par la jeunesse, mais encore elle sera utile aux travaux des savants. »

Cette lettre, imprimée avec les caractères de l'atelier de Sorbonne, comme le volume en tête duquel elle se trouve, est datée des Kalendes de janvier, au point du jour.

Est-il nécessaire que nous cherchions à prouver qu'il faut lire: 1 janvier 1472? — Le seul fait rappelé par G. Fichet, que les prototypographes parisiens ont déjà imprimé depuis longtemps les Epis- /o/(r de Gasparino, tirées à la fin de 1470$ suffit pour démontrer que sa lettre a été écrite le 1*' janvier 1472.

Le volume de VOrthographia de Gasparino a donc été composé à la fin de 1471, et l'impression en a été achevée en janvier 1472, peu de jours après que G. Fichet eut écrit sa lettre; ceci résulte des termes mêmes de cette épître qui font entendre que le volume est prêta être livré au public.

Mais avant de décrire ce volume, nous voulons revenir sur les points intéressants que présente la lettre de G. Fichet, en dehors de la question de date.

On peut se demander tout d'abord pourquoi on ne la trouve dans aucun des exemplaires connus

de V Orthographia y autres que celui de Bâle; elle a été écrite, on ne peut en douter, pour servir de préface à Touvrage dont elle aurait dû accompagner tous les exemplaires, comme d'autres ont fait corps avec les principales impressions de Tatelier de Sorbonne. On trouve sans doute des ouvrages sortis de cet atelier et dont un seul exemplaire porte une lettrepréface; mais alors il s'agit d'une lettre d'envoi qui n'existe que dans l'exemplaire adressé au personnage destinataire. La lettre de G. Fichet, placée en tète de V Orthographia, bien qu'adressée à Robert Gaguin, est une véritable préface, et l'exemplaire qui la porte est non point celui de Gaguin, mais celui de J. Heynlin. Nous ne faisons qu'indiquer cette singularité sans prétendre l'expliquer.

Il n'est pas sans intérêt, d'autre part, de constater la désignation expresse de Gutenberg comme inventeur de l'art d'imprimer, faite par G. Fichet. On a contesté à Gutenberg l'honneur d'avoir eu le premier l'idée de se servir de lettres mobiles; de nos jours môme, certains s'efforcent de remettre ce point en question. L'assertion de G. Fichet ne doit-elle pas dissiper toute espèce de doute à cet égard? G. Fichet était presque contemporain de Gutenberg; il tenait ses renseignements de J. Heynlin, enfant de la région berceau de l'imprimerie, de J. Heynlin qui avait connu à Mayence les successeurs des premiers imprimeurs; G. Fichet a pu se renseigner encore auprès des trois prototypographes parisiens qui venaient des pays allemands

tt^miCRKIVS ficbehis PmCtctiTis tbe ologus doâoTi Robecto GagutnOitiîio do4r âiKimo faUiCcm |

M a^ me uolapCas ciptt coidittfnftie Ro bcicciquu ittufasi d omâ eloqntix pctet (quas ^c Xtas tgnociuit^tn bac ucbe (lof tccc coraptao^Naro ut me pnmû adolcfcô^ Cibus 4mitS|botoo ex aiQxy luccoam contuU (tdcp Anftocelex dtfctpUnx auf A}mita* ■ bac fane ocaCDciiaat pocti pbocntoe cacioce lutcaa cota iiiuemn>Nemo CtccoonSfuti |>lenqr nîJc Cadûc^nocîna tiecTabac majâ* uec fabac dturoa*Ncmo cacmê ftogebac U^ft:^.

mu*nemo Ciâû ab altO|aeCucis nooeoC Ut brace fuis • deftiefafta (iç|clem a laïuncace ((jbola pitificnfiS|ad fennanis m(bacaciaii| orna penc dcodent* A.C bpiUo Iong;e mcf Itore dies noQa oomecanS^qiiippe quiboç.

ai|dejB| omcs Qoc poète kmÉutjbei i ediOBf di actcs|tndijes migjB mgAf afpicant-Siq dera^ ot miffos (aaani altos yu dqoeadeo jRw is jdc onû cnnii guuK plfts'ut f t non fàUî OUtggtHttt iBttldTwiiOihdiBJUi

Page de la lettre de Fichet à Robert Gaguin, existant dans un exemplaire de V Orthographia, conservé dans la Bibliothèque de Bâle.

et devaient connaître la vérité ; celle-ci n^avait pu être altérée dans le court espace d^une vingtaine d'années (1).

La lettre de G. Fichet est aussi intéressante par ce fait qu'elle estle seul document connu, signé par l'un des pères de la typographie française, qui cite les noms des trois prototypographes parisiens, Ulrich Gering, Michel Friburger et Martin Crantz.

L'exemplaire de la Bibliothèque de Bâle (2) étant le plus complet de ceux que nous connaissons, c'est d'après lui que nous donnerons la description du volume. Cet exemplaire sur papier tracé et rogné, porte une reliure contemporaine, plats en bois recouverts de veau fauve avec dessins repoussés, et coins en cuivre; les fermoirs ont disparu, mais on en voit encore les traces.

Il a, eii tète, sept feuillets, blancs dont un en vélin, et, à la fin, dix-huit feuillets blancs dont un aussi en vélin. Le texte imprimé commence par la lettre de G. Fichet qui occupe cinq feuillets et porte la suscription suivante:

GuiLLERMUs fichetus Parisiensis the^ ologus doctor, Roberto Gaguino uiro do% ctissimosalutem;

(i) Tout ce qui concerne la lettre de G. Fichet était écrit, lorsque M. Claudin a publié dans le Livre, 4* année, 1883, pp. 369-372, le texte latin des passages dont nous venons de donner la traduction. Ce maître bibliographe place Timpression de VOrthographia au nombre des premières de Tatelier de Sorbonne. Nous croyons avoir démontré que c*est là une erreur, grâce aux mots jam pridem, sur lesquels nous avons basé en partie notre argumentation.

(2) Inv. A. L. VI. 3.

La souscription est ainsi conçue:

Vale et episto le lôgitudinê, tribue amori nostro q maximo.

Aedibus Sorbone raptim a me Kalêdis lanua riis diluculo scriptum;

Trois feuillets blancs séparent la lettre de G. Fichet du texte de VOrthographia qui occupe deux cent dix-neuf feuillets et qui porte ce titre:

GASPARINI Pergamensis, Or=5:

thographiae liber fœliciter incipit :

Le traité de Gasparino comprend deux parties, dont la première occupe quarante-huit feuillets seulement sur les deux cent dix-neuf; il se termine par les lignes suivantes, sur le recto du dernier feuillet :

Orthographias Gasparini secun^ da pars fœliciter finit ;

Viennent ensuite les deux petits traités dont voici les titres :

1^ Est diphthongandi ratio (sic credo) sepulta Gasparine tua. Viue Guarine doce;

Guarini Veronensîs, de diphthongis libellus fœliciter incipit;

Sept feuillets, et au verso du septième :

2® Compendiosus de arte punctandi dialogus fœliciter incipit;

Deux feuillets.

Ce dernier opuscule est sans doute Tœuvre de J. Heynlin, et celui dont Trithème a cité le titre dans la liste des ouvrages composés par le savant sorbonistc. Cette remarque, croyons-nous, n'a été faite jusqu'à présent par aucun bibliographe.

A la fm du dernier feuillet on a ajouté les vers que Gaguin avait composés en l'honneur de G. Fichet pour être insérés dans le volume de la Rhétorique^ et auxquels nous avons déjà fait allusion. Il est à remarquer que cette adjonction est restée ignorée jusqu'à ce jour ; on ne la trouve dans aucun des autres exemplaires connus et qui seuls ont fixé l'attention des bibliographes. Mais les vers de Gaguin ne sont pas complets; les dix-neuvième, vingtième, vingt-cinquième et vingt-sixième ne sont pas reproduits, et à la fm de la pièce on lit :

Vale ex Maturinis primo die lanuarii.

Gaguin n'ayant pas le temps de préparer une réponse à la lettre de G. Fichet, aura peut-être prié ce dernier de faire reproduire ses vers de l'année précédente, en y ajoutant la date du premier janvier (1472). Il nous paraît difficile d'expliquer autrement la présence des distiques de Gaguin à la fin de V Orthographia.

L'exemplaire de Bâle est orné^ à la première page du texte de l'ouvrage, d'une dentelle peinte en or et en couleurs et portant sur l'angle droit de la

page. Les deux premières lettres du texte sont peintes aussi en or et en couleurs ; les autres initiales sont peintes en couleur bleue ou rouge. Dans ce volume, les capitales, au commencement des lignes, sont séparées par un blanc du reste du mot, ainsi qu^on Ta vu pratiquer dans quelques-unes des pièces de vers qui accompagnent certains volumes imprimés en Sorbonne. La composition du texte présente aussi de curieux spécimens d'abréviations pour la défînition et Torthographe des mots, verbes, etc. Le signe {j étant nécessaire, et la fonte ne le possédant pas, oh s'est servi, pour le représenter, de la lettre G renversée, la partie convexe en bas.

La Bibliothèque Nationale de Paris possède un exemplaire de V Orthographia^ mais sans la lettre de G. Fichet à Gaguin et sans les vers de ce dernier, ce qui est d'autant plus singulier que cet exemplaire provient de la Sorbonne même, dont les volumes auraient dû être complets. Il est relié et a ses premières pages tachées. On n'y remarque pas d'ornements particuliers ; les lettres initiales sont simplement peintes en couleur rouge ou bleue. Dans les deux petits traités de la fin, les alinéas sont marqués par des signets bleus ou rouges.

La Bibliothèque Mazarine a aussi un exemplaire du môme ouvrage (1), avec une reliure moderne, et dont les feuillets sont numérotés jusqu'au trente- Ci) N« 10,097, Incunables.

huitième. Comme texte, cet exemplaire est semblable au précédent, mais il est orné, sur la première page, d^une dentelle peinte en or et en couleurs et portant sur toute la marge de gauche et la moitié de celles du haut et du bas ; la première lettre initiale est peinte de la même manière ; le tout est assez grossièrement fait. Le nom de Gasparini est souligné à Tencre rouge. On remarque quelques annotations d^une écriture du xvi^ siècle. Panzer et Hain ne citent pas cet ouvrage ; on ne le trouve pas davantage dans la plupart des catalogues des collections célèbres. Brunet en parle, mais sans grands détails (1), ainsi que M. Madden (2).

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