‹ Origine de l'imprimerie à Paris, d'après des documents inédits;Chapitre 24 sur 38 · XIII. Universum Opus Officiorum m. Tullii · texte numérisé non relu

XIII. Universum Opus Officiorum m. Tullii

CiCERONis. — In-fol.

Après VOrthographia de Gasparino, et au commencement de Tannée 1472, nous pensons que Tatelier de Sorbonne imprima un in-folio que nous désignons par le titre ci-dessus, et qui contient le Traité complet des Devoirs de Cicéron, auquel on a ajouté les opuscules DeAmicitiâ, De Senectute, Sontnium Scipionis et les Paradoxa. Le tout forme un volume de cent vingt-trois feuillets, de trente et une lignes à la page, sur papier.

(1) Tome II, 2* partie, col. 4496.

(2) Ouv. cité, p. i75.

Comme pour V Orthographia, c'est grâce à une lettre-préface de G. Fichet qu'il est possible de flxer approximativement la date de l'impression de ce volume important. Au commencement de 1472, l'activité de nos éditeurs sorbonistes ne s'était pas ralentie, et ils nous donnent une preuve de leur zèle persévérant dans le volume de Gicéron. Nous allons les voir toujours animés des préoccupations littéraires qui avaient marqué leurs premiers essais; et pour le démontrer, nous ne saurions mieux faire que de donner la traduction de quelques passages de la lettre-préface de G. Fichet, curieuse à divers titres. Voici comment s'exprime notre docteur en s'adressantà J. Heynlin.

a Plus librement que je ne le fais avec aucun de mes amis, je vous impose de nouveaux travaux. J'aurais peine en efTet à trouver quelqu'un qui me fût plus dévoué que Lapierre, ou plus assidu à la culture des lettres, ou plus attaché au devoir dès qu'il s'agit d'être utile à tous. C'est pourquoi je ne crains pas que vous me refusiez ce que je vous prie instamment de faire au nom de voire gloire et dans l'intérêt général.

<c Lorsque naguère je me rendis auprès du roi, par l'ordre de Bessarion, cardinal de Nicée, pour exposer qu'il y avait nécessité de rétablir la paix entre les princes français, afîn d'entreprendre la guerre contre les Turcs (1), alors que j'attendais

(i) Allusion à son voyage à Tours en mars 1471.

Tissue de mes négociations, une bonne fortune me fit tomber dans les mains plusieurs œuvres de Cicéron, que des libraires étrangers (que nous appelons des imprimeurs) avaient apportées à Tours.

<c Au milieu de ces agitations de cour, la lecture de ces ouvrages me causa un plaisir plus vif même que celui que j'avais éprouvé à les lire et relire chez moi. Mais ce plaisir eût été infmiment plus complet si le texte eût été très correct et chaque livre bien divisé par chapitres, de la môme manière que l'ont été VOrator de Cicéron, Valère-Maxime et Laurent Valla imprimés sous votre direction (1). Ces divisions (qu'on nomme chapitres) donnent certainement à l'ouvrage une grande clarté, au point d'en rendre la lecture facile même aux enfants.

« Je viens en conséquence vous prier d'améliorer par votre méthode de correction et de division les Devoirs de Cicéron que les libraires parisiens doivent imprimer d'ici à peu de temps. Cela doit être en effet très facile et très agréable pour un homme aussi savant et aussi obligeant que vous l'êtes, et à qui il ne manque rien pour que ce travail ne soit pas trop pénible.

(( Adieu. Écrit très à la hâte, à Tours, dans la demeure de mon hôte, Rodolphe Toustain, le plus accueillant des amis, le 7 mars 1472. »

Cette lettre est datée de 1471, suivant l'ancien

(i) Voir ce que nous disons de Timpression des deux premiers de oes ouvrages, pages i54 et suiv.

style, mais il faut lire le 7 mars 1472, Pâques s'étanl trouvé, cette année-là, le 29 mars. Après sa lettre, G. Fichet a placé un quatrain dont voici la traduction : (c Sur le conseil de Guillaume, soyez attentif, Lapierre, à bien ponctuer et diviser les livres de Gicéron; par ce travail facile, ô vous, ma glorieuse espérance, vous pourrez être toujours utile et honoré I »

A la missive de G. Fichet, J. Heynlin a écrit une réponse qu'il a fait imprimer à la suite de celle de son ami dans le volume des Devoirs, et dans laquelle il rend éloges pour éloges à son confrère et collaborateur, en lui faisant connaître qu'il est toujours aussi empressé d'écouter ses conseils, de suivre ses avis dans l'intérêt de leur œuvre commune d'éditeurs.

La lettre de G. Fichet seule est datée; J. Heynlin n'a pas pris cette précaution pour la sienne; toutefois il suffit de connaître que la première a été écrite le 7 mars 1472, pour être certain que l'impression des Devoirs de Cicéron a été terminée vers cette date.

Mais une note manuscrite se trouvant sur un des exemplaires de cet ouvrage conservés dans la Bibliothèque Nationale, et que nous examinerons plus bas, permet de fixer d'une manière plus précise la publication du volume entre le 7 et le 29 mars. Cette note, mutilée par le relieur, a été restituée par M. Madden (1) d'une manière qui semble irréel) Ouv. cité, p. 171.

prochable ; nous la reproduisons suivant la leçon de ce bibliographe, mais en respectant les abréviations, en soulignant les mots qu'il a restitués:

Comparât^ et çinpttis est prœsens liber a me parisii anno millesimo Q u ad ri n ge n teslo Septuagesimo pimo.

Cette annotation indique, sans contestation possible, que le volume a été acheté en 1471, année qui, suivant l'ancien style, a commencé le 14 avril 1471 pour finir le 29 mars 1472, de Pâques à Pâques. Or comme la lettre de G. Fichet est datée du 7 mars 1472 (nouveau style), le volume a été acquis et, en conséquence, l'impression en a été achevée entre le 7 et le 29 mars de celte année.

Nous allons examiner maintenant les divers exemplaires connus de cet ouvrage, qui est un des plus importants de ceux qu'a imprimés l'atelier de Sorbonne.

La Bibliothèque Nationale en possède trois exemplaires. Le premier est celui que J. Heynlin offrit à Georges (1), évèque de Metz ; le second est relié avec les Tusculanes que les prototypographes parisiens ont imprimées vers le même temps et dont nous parlerons ci-après ; le troisième est incomplet.

C'est sur le premier que nous fixerons notre

(I) Georges I de Bade, évoque de Mclz (14ô<J-14b'i).

Page 1