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Origine de l'université

En étudiant l'histoire d'une nation , il faut connaître la marche de l'esprit humain dans les sciences et les lettres; parce que sans celles-ci les hommes n'ont pas été capables de recueillir leurs actions, élémens de l'histoire. C'est donc par cette étude qu'on devrait faire précéder celle de l'histoire générale.

La marche que l'esprit humain a suivie dans ses connaissances, est tracée dans un établissement d'éducation publique, le collège de Navarre *, où elles ont brillé avec le plus d'éclat. Non seulement l'histoire de cette maison , dans toutes les phases qu'elle a subies, intéresse, mais elle montre dans son seinl'in-

• Le Collège de Navarre n'a été qu'un des établissemens particuliers de l'Cnivcrsiié de Paris. L'enseignement y a suivi tous les diangemens, tous les degrés de perfection que rUniversité entière a épiooA'és.

2 — struction et l'éducation réunies, elle fait apprécier l'influence que l'une a exercée sur l'autre. Ainsi, l'histoire de la seule des écoles de la capitale , qui , de tous temps, a réuni tous les genres d'enseignement, n'est pas seulement l'histoire du progrès des lumières chez la nation qui s'est le plus distinguée par son ardeur à les recueillir, à les étendre et à les propager; mais déplus l'histoire même de sa civiHsation. Ainsi donc, au phiisir qu'on goûte naturellement à se représenter tous les degrés que les connaissances humaines ont parcourus, depuis leur naissance jusqu'à nos jours, on verra encore avec satisfaction dans les divers états de la maison dont j'écris l'histoire, les efléts de ce développement sur les mœurs, non seulement de ses élèves , mais encore de la société en général. Car on conserve, dans Tùge mûr, les principes qu'on a reçus dans la première éducation, on les répand dans les familles et ils se propagent dans le monde. Outre que le collège de Navarre est le seul qui, aux faihles lueurs des sciences dont il a été d'abord le berceau et ensuite le foyer, offre

aujourd'hui toute la splendeur des richesses qu'elles ont acquises. Il est le seul aussi qui ait démontré, par son exemple, quelles peuvent être les conséquences de la possession de ces trésors, selon que leur usage est plus ou moins réglé par les lois dune bonne morale , le seul enfin qui ait prouvé, par des faits, la nécessité d'appuyer cette morale dans l'éducation sur des principes bien posés, qui lui donnent cette autorité qui les fait observer pour l'intérêt de la conscience, comme pour le public.

Parmi nous, au iv* siècle, les écoles que les Romains avaient établies dans les Gaules, à Arles , à Bordeaux , à Toulouse , à Autun , à Lyon, cessèrent d'être fréquentées , et furent remplacées par celles que les évêques formèrent pour leur clergé dans leurs églises, quand la religion chrétienne eut fait disparaître le paganisme *. On comprendra aussi pourquoi

' A l'époiue du règne de Constantin , qui se déclara le protecteur de l'Église au concile de Nicée , en 325 , la langue des Romains se perpétua dans les écoles , parce qu'étant celle de ces premiers conquérans , elle était aussi celle des pasteurs qui les avaient formées et du culte dont ils étaient

les monarques français, sollicités par les pontifes, favorisèrent plus tard, de toute leur puissance, les elTorls qui tendaient à appeler hors des cloîtres les études que l'invasion y avait concentrées.

Ne dédaignons pas, dans notre siècle d'académies , d'athénées , de sociétés savantes et scientifiques, l'histoire d'un simple collège. Il a été l'origine des sociétés savantes * qui ont porté au loin la réputation littéraire de la France. On peut dire que, racine cachée d'un

les ministres, et qui était venu avec eux de Rome même où résidait le chef. Le pontife, alarmé des dangers que courait ce culte dans l'Orient, expose comme lui aux divisions intestines et aux attaques des barbares, et, dans l'Occident, en proie aux invasions des nations envahies par l'arianisme (*), se tourna vers les chefs français, ses uniques appuis. Ces rois d'une nation redoutable par ses victoires, instruits par les évêqiîcs de la nécessité de fonder sur l'instruction morale la soumission de leurs nouveaux sujets, prêtèrent leur secours à l'Église romaine contre ses ennemis. C'est ainsi que la France a toujours été l'alliée de l'Ualie.

* Le fondateur de cette Académie française , modèle de toutes celles qui ont été formées depuis, sans en égaler la gloire, avait puisé dans ce collège le goût des lettres et le sentiment du beau.

(*; Formé du nom propre Arius, riiéresie d'Arius; ceux qui la soutenaieiil se nommaient Ariens : ils soulenaienl que le Père et le Fils n'étaient poiiil de môme nature.

arbre riche de tleiirs et de fruits, une école est comme le laboratoire où se préparent les élémens des productions qui sortent des branches poussées au dehors par ce tronc vigoureux.

L'attention qu'ont toujours apportée les nations policées à former des écoles, a toujours été un des premiers soins des législateurs. Platon et Aristote disent que la première sollicitude de l'État doit embrasser l'éducation de la jeunesse. Le premier suppose des écoles quand il dit, qu'au lever du soleil les enfans doivent se rendre chez leurs maîtres. Et son académie n'élait elle-même qu'une école , comme celle de Socrate ou des autres philosophes de la Grèce.

L'éducation n'a pas été plus négligée dans les premiers temps de la monarchie française, et nous en devons au clergé les premiers établissemens. L'histoire nous montre nos premières écoles dans le voisinage des églises épiscopales, les monumens en existent encore. Les évoques attachèrent la même importance à l'instruction de la jeunesse, qu'aux soins charitables dus au malheur et à la pauvreté.

Il est vrai que nos premières écoles languirent long-temps dans des erreurs absurdes, pires que Tignorance. Mais il faut considérer que, comme une terre sauvage ne produit qu'après plusieurs années d'une ingrate culture, l'esprit humain, abruti par la vie sauvage qu'Horace nous dépeint, quand il dit qu'Orphée a détourné les hommes de s'enlretuer, a eu besoin de plusieurs générations , avant que de pouvoir féconder les semences précieuses des connaissances humaines.

Combien de siècles entre Orphée et Homère! que d'essais infructueux, que de pas rétrogrades, que d'erreurs et de chutes avant que les études aient pu arriver à la perfection de notre époque! Un ûge renvers^ût les édiiices naissans du précédent. Ces oscillations sans cesse renaissantes, ces alternatives de raison et de démence, ces variations d'opinions et de systèmes, furent comme les degrés qui ont conduit les études à ce haut point de gloire où nous les voyons aujourd'hui parvenues.

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