‹ Origine de l'universitéChapitre 2 sur 15 · UISTOIBB DIS ÉTUDES QUI ONT PRÉCÉDÉ L'UNIVERSITÉ DB PARIS · texte numérisé non relu

UISTOIBB DIS ÉTUDES QUI ONT PRÉCÉDÉ L'UNIVERSITÉ DB PARIS

Stat de« étude* à Paris, lous la première branche * des rois de France.

Clovis, docile aux conseils des évêques. éleva des lemples el des monastères qui furent , avec ceux qui existaient déjà, les seules écoles dans toute la partie des Gaules soumise

* Je (lis branche ou race, et non dynastie , pour éviter de faire penser, comme on l'a voulu à ceilaiiics époques, qu'il y ait eu autre chose que succession de lignée et hérédité de famille des Capétiens au\ Carliens, et des Carliens aux Mérovingiens. En effet, on lit dans le second volume de l'Art de vérifier les Dates , que les ancêtres de Hugues Capet étaient seigneurs de Paris, ducs de France et de Bourgogne, et de la même famille souveraine que celle de Charlemagne; et qu'ainsi les Capétiens et les Carlovingiens étaient issus de la même souche qu'était Arnould , descendant de Clovis. Les preuves s'en trouvent dans Blondel [Genealog. francic. plen. a$seri.) La même relation d(^ consanguinité »c retrouve enlrc les Carliens et les Méro\ingien8.

— 8 -^ 50» à ses armes. Paris, où il faisait sa résidence,

de . . , ■

j.c.dans le palais des Thermes, vit s'élever par ses ordres l'église de Saint-Pierre et de Saint- Paul , h côté de laquelle il se fit , dit-on, construire un palais sur l'emplacement actuel de l'abbaye de Sainte -Geneviève. Cette église, i)àlie en un lieu qui était auparavant le cimetière des chrétiens, reçut le nom de celte sainte qui y fut enterrée après ce premier roi, et le donna h la montagne au sommet de laquelle elle était située. Il se forma sur cette montagne de longs faubourgs séparés par des chemins qui aboutissaient du Petit-Pont à ce monastère et h d'autres points des environs, et ce cloître fut, après celui de la cathédrale, la première école de Paris hors des murs de la Cité.

L'école de Sainte-Geneviève n'élait pas la seule qui existât du temps de ('lovis, avec celle du cloîlre de la cathédrale. Il s'en était formé une autre dans le palais où le roi Childebert, fds de Clovis. avait été élové. Il v avait fait assez de progrès pour composer des vers latins qui sans doute n'étaient pas bien élégans, mais qui prouvaient toujours son goût pour l'instruction ; et qui nous prouvent, à nous, que cette instruction se bornait, dans cette ivCOLE PALATIN K , à pcu près .à l'élude du laÛQ»

L'existence de celle école, instituée pour l'instruction de la jeune noblesse, est attestée par Alcuin *, disciple d'EgÎ3ert " et d'Elbert, successivement archevêques d'York. Ceux-ci avaient été instruits par le vénérable Bède, disciple de l'école que le roi Sigebert avait formée en Angleterre dans l'année 750, à l'instar de celle où ce roi de \Yeslsex avait été élevé h la cour de France, où il avait reçu le baptême, et où il avait passé le temps de son enfance.

La cour des premiers rois de France, tout à la fois magnifique et barbare, était remplie de trop de laclions, et souillée de (rop de meur-

* Né à Yorkshirc, dans le viiie siècle, fut élevé par Egbert et le vénémble Bède. Il fut abbé de Canlorbéry; donna des leçons de rhétorique et de dialectique à Charlemagne. U avait pris, dans l'Académie qu'il fonda, le nom Flaccus Albinus. On le range parmi les défenseurs de la foi , parce qu il combattit Élipand et Félix, évéqne d'Urgcl, qui se rattachaient , en Espagne , au nestorianisme , ou hérésie de \estorius, qui niait que le Saint-Esprit procédât du Verbe et l'Union hypostatique du Verbe avec la nature humaine. Il mourut le 19 mai 804, âgé de 70 ans. Ses œuvres ont été publiées, en 1617, par André Duchesne.

*• Fils d'Alchmond, descendant en ligne directe de Cerdic, roi de Weslsex. « Il .ipprit .î la cour de Charlemagne, dit Hume, à polir la rudesse et la barbarie du génie saxon. » Un accident ayant fait périr Brilhric, en 799, Egbert fut appelé à monter sur le trône de ses ancêtres. Il mourut en 837. et laissa son fils Ethelwoif, héritier de la couronne. C'est Egbert qui donna aux îles Britanniques le nom A' Angleterre.,

très, pour qu'elle offrît à Técole qu'ils y avaient élablie, le calme et la tranquillité dont les lettres ont l)esoin pour être étudiées avec succès. Cette école périt dans le feu des guerres civiles qui suivirent la mort de Clovis. Les partages et les troubles qui renaissaient toujours à chaque mutation de règne , donnaient trop d'occasions à la noblesse de satisfaire son ambition, pour qu'elle préférât aux armes, des occupations sédentaires qui convenaient peu à son humeur turbulente.

Il ne resta d'enseignement que dans les maisons claustrales des cathédrales et des monastères. Il n'y consista plus guère que dans la grammaire latine et la théologie; dans la lecture et la transcription de quelques manuscrits échappés aux ravages des barbares; et dans la destruction ou la mutilation de plusieurs autres, pour substituer à ce qu'ils contenaient originairement, des sermonaires ou des légendes. L'instruction tomba enfin dans un afiaiblisscment pareil à celui de l'État sous les derniers Mérovingiens ; et Charles Martel lui porta le dernier coup, en distribuant les biens des monastères aux gens de guerre.

A Paris, les études se concentrèrent dans

— Il -^

l'enclos de revéché, doù elles passèrent dans celui du chapitre *. Le cloître de Sainte- Geneviève, celui de Saint-Germain-des-Prés, dont réglise avait élé construite par le roi Childebert, sous le titre de Saint-Vincent, en 537, avaient aussi leurs écoles particulières. Mais cette école était tenue par les moines que Saint-Germain, évèque de Paris, y avait placés. Celle de Sainte-Geneviève, depuis que les moines, à qui Clovis l'avait donnée, y avaient été remplacés par des chanoines séculiers , comme ceux de la cathédrale , n'était plus monastique, et les chanoines n'étant pas obligés à la clôture, comme les moines, leurs écoles étaient ouvertes à des auditeurs externes, tandis que celles de Saint-Germain leur étaient fermées. C'est la raison pour laquelle je ne parle pas des autres iïbbayes qui existaient alors à Paris et ailleurs, telles que celle de Saint-Laurent, et celle de Saint-Germainl'Auxerrois qui , l)àtie aussi par Childebert , ont encore moins contribué que celle de Saint-

* Grégoire de Tours .1. ï, c. 25) rapporte qu'après la mort de Ragneiuode, évèque de Paris, l'an 16 du régne de Childebert (52G de J. C.) , Faramode, son frère , voulant lui succéder, un marchand nommé Eusébe , Syrien de nation . se fit donner l'épiscopat par Simonie, et chassa de l'évéché l'école de son prédécesseur, elle remplit de domestiques. Syriens comme lui. 'Tlist'M'. l'rancor

Germaiii-des-Piés, à l'instruction du public, tant qu'elles ont été possédées par des religieux.

L'instruction publique fut donc réduite, pour Paris, aux deux écoles de Notre-Dame , rebâtie par Childeberl , et à celle de Sainte- Geneviève, qui succédait à la première école palatine dans le palais même que Clovis sétait fait construire , et où il élait mort. Mais elles ne servaient que pour les clercs ; car tout ce qui n'était pas du clergé, ne faisait aucune élude dans ce temps de barbarie et de confusion , qui dura jusqu'à l'avènement des Carlovingiens au trône. Les autres aljbayes de France, dont la plus fameuse était celle de Saint-Martin de Tours, fondée depuis deux siècles, étaient également les seules grandes études du royaume. De ces écoles sortirent saint Éloi, Grégoire de Tours, Fortunat, Frédégaire et Marculfe, qui sont les seuls sa vans de marque en ce siècle, dont les écrits nous aient transmis les noms, llsétaienl tous ecclésiastiques; et tous, excepté le dernier qui élait moine et Français de nation, étaient Romains- Gaulois et instruits dans les écoles épiscopalos 700 ou monastiques du septième siècle. Le buitième ne nous en fournit aucun. « Ce siècle est tout à la fois et le dernier terme de la déca-

dence des lettres dans les Gaules, et la première époque du soin que l'on prit d'y relever leurs ruines, et de les y faire refleurir. » *

Rétablissement des études sous la seconde brancha des roû de France.

Cliarlemagne , au milieu des occupations que lui donnait le gouyerncment de la moitié de l'Europe, trouvait encore du temps pour s'instruire. En France, en Italie, en Germanie, dans ses camps, dans ses palais, dans ses voyages, il étudiait , il conversait avec les savans , il composait. Génie élevé et avide de tout ce qui est grand et beau, il savait que la seule culture de l'esprit pouvait perfectionner les rares qualités qu'il avait reçues de la nature. Né dans les temps malheureux qui venaient d'éteindre les études, il sentait ce qui manquait à son éducation. Pépin, son père , avait vécu trop peu, et avait été embarrassé de trop d'affaires, pour avoir pu faire donner à ses fds l'instruction qu'ils auraient reçue si l'école eût encore existé dans le palais pendant leur enfance. Charles eut la gloire de la

* ni$t. litt. di la Franrt. (lénanlt , Abr. chr.

rétablir, et ce fut un de ses premiers soins, aussiiôt qu'il fut parvenu à la couronne.

780 II commença par prendre des leçons de grammaire de Pierre de Pise, qu'il avait connu à Pavie. Puis ayant fait connaissance, à Parme, avec le savant Alcuin, il l'engagea à le suivre en France. Et pour l'y retenir, il lui donna deux abbayes, celles de Ferrières et de Troyes, avec un prieuré dans le Ponthieu. Alcuin s'attacba dès lors à l'instruction du roi. Il lui enseigna les langues grecque et latine, la rhétorique, la logique, rarithmétique et l'astronomie, qui se bornait alors au calcul ecclésiastique du cours de la lune comparé à celui du soleil, pour la célébration de la fête de Pâques par laquelle se réglaient les autres fèies mobiles dans les calendriers.

792 Charlemagne voulut que ses sujets, et particulièrement sa noblesse, participassent après lui, au bienfait de l'instruction. Il nomma, pour cet effet, Alcuin chef de l'école qu'il rétablit dans son palais. Cet ha])ile maître , de retour de sa patrie où il était allé pour la dernière fois, se chargea de la direction de cet le école qu'il forma sur le plan des études (pi'il avait fait suivre à son royal ('lève. Tbéodulfe * fut

* Né vers le milieu du viii<^ siècle, dans la haulo Ualie, d'une famille dlsliiifrv^V parmi les GoUis. Vers l'an "SI, il lut

appelé d'Italie, Leidrade * du borique, et Clément d'Hibernie , pour professer dans cette école. Ciiarlemagne alla même jusqu'à envoyer des clercs à Rome, pour y apprendre le chant ecclésiastique et le rapporter en France. Ne bornant point son zèle à l'école de son palais, ce grand prince ranima encore les études dans les écoles des cathédrales et des monastères, et pour piquer d'énmlation les jeunes élèves les plus riches de son école, il les inler-

appelé atipi t's de Cliaiioinagnc. Placé à l'abbaye de Fleury, il fut eiisiiile nommé évéque d'Orléans. Les historiens ont proclamé avec reconnaissance, qu'il avait ordonné à ions les pasteurs de son diocèse de distribuer tjrat'iilenient l'instruction au peuple. L'archevêque de Lyon, Leidrade, et lui, furent nommés missi dominici , et à ce titre chargés d'inspecter l'administration de la juslice d;ins les deux provinces narbonnaises. U fut du nombre des évéques qui signèrent le teslament de Charlemagne. Il mourut, le 18 septembre 831 , à Angers, où il avait été exilé, ayant été accusé d'avoir pris part à une conjuration dirigée par Bernard , roi d'Italie, contre son oncle Louis. On a de lui ses Capitulaires en 46 articles, où il donne des instructions à son clergé. On y voit bien décrits les usages de cède époque, et on peut en trouver un excellent abrégé dans le tome IX , p. 502, de Vllistoire ecclésiastique de Fleurtj; un Traité sur les cérémonies du Baptême; des Homélies; l'hymne : Gloria, laus et honor, que l'on chaule à la procession du dimanche des Rameaux est de lui. On trouvera dans la Storia délia Utleratura italiona, \\\, 2)1 à 20!), beaucoup de particularités relatives à la vie de Théodulfe, à l'époque où il fut évcque d'Orléans.

* Archevêque de Lyon, né à Nuremberg, vers 736, bibliothécaire de Ciiarlemagne ; il mwurut en 816. On a de lui : Liber de sacramento baptismi , ad Kardum magnum impcratorem, et dfi.tx lettres ù Ciiarlemagne.

wgeall .iN(<: les [dus pauvres , et opposait le travail ci lu capacité de ceux-ci ù la paresse et à l'ignorance des autres, «no Alcuin, à l'âge de soixante-cinq ans, demanda sa retraite à Cbarleinagne qui partait pour l'Italie. L'école palatine, en effet , suivait le roi partout, et Alcuin n'était plus d'âge à courir le monde. Charles lui donna l'abbaye de Saint-Martin de Tours. Alcuin s'y retira, et contiima d'y enseigner comme à Paris. Il y mourut, en 804, en y laissant pour son successeur son élève Fridugise qui ne montra ni la même ardeur, ni le même talent, et son école tomba dans le relâchement. 11 en fut de même de l'école palatine. L'Hibernois Clément qui la gouvernait voulut s'éloigner de la méthode d' Alcuin, mais bien loin de faire mieux que lui, il vit dépérir cette école, qui ne se releva que par les soins de Claude *, depuis évêque de Turin, sous Louis-le-Débonnaire, à qui ce Claude resta fidèlement attaché dans ses malheurs. Aldric ** etAmalain, sous Charles-

' Espagnol d'origine, disciple de Félix d'Urgel. Le seul de ses comnienlaires inipiimés est VExposiiion de illpitre aux Galaivs. Les autres sur le Lévilique, le Livre de Rulli, sont manuscrits. \\ fit disparaître des églises de son diocèse toutes les images et les croix. Aussi fut-il réfuté par un certain Jonas, évéïiue d'Orléans.

** Né \ers l'an 8()0, lils d'un gônlillionuiie saxon et de

l*>(lli-uiv(;*. l'un'iiî successivement les riKHlérateurs (le celle acadcniie; car c'en était une , et une illustre pour ce temps, faute de plus amples connaissances. Charlemague en avait été le chef sous le nom du roi David ; Âlcuin s'y nommait Albinus: Augilbert*, gendre de Charlemague , était Homère, et Riculfe, Damœtas. A juger de cette école par les écrits qui en sont sortis, on ne peut nier qu'elle ne se ressentît pleinement de la rudesse du temps. La latinité en était un peu moins mauvaise que la poésie, qui n'était qu'une prose mesurée, sans chaleur et sans élégance. Les Capitulaires " de Charlemague montrent quel était le

Gérilde de Bavière. Mort de paralysie le 7 janvier 836. 0» avail de lui un recueil de canons, extrails des conciles et des Décrétales des papes, nommé Capitulaires iTAldric, qui malheureusement est égare. Sa biographie a été faite par Bollaniires.

' l'ils d'un seigneur de la cour de Pépin-le-Bref. Abbé de Cenlulc, dans le ix'^ siècle, il fut disciple d'Alcuin. Cbarlemagne lui fit épouser secrètement sa fille Berlhe. Cliarlemagne l'appelait son Homère. Gravement malade , il fit vœu de se livrer à la vie mon;'.stkiue. Étant rétabli, il s'exécuta du consentement de sa femme, qui prit elle-même le voile. Tins tard, son beau-père le chargea de trois ambassades à Rome. Angilbert fut également premier ministre de Pépin, roi d'Italie. \\ mourut en 814.

" Lois et ordonnances rendues par les rois des deux premières races. Ils se composeut de ditïcrens articles destinés à être ajoutés à des lois générales des diverses nations qui conslituèreul le peuple français. Les Capitulaires comprcn- Ui'ut iroif! èporjiM^s Mou distiuclc-s de la législation française :

style de ce temps. C'est le seul monument des lois sous le règne de ce prince, comme les Fornmles * de Marculfc ** sous les Mérovingiens.

celle qui précéda Chaiicmngne, celle de ce roi et celle de ses successeurs. C'est par le travail si précieux de Baliize, publié dans le siècle dernier, qu'on peut avoir une idée de toute l'étendue de la législation des Capltulaires. Us n'avaient force de loi qu'autant qu'ils étaient approuvés par les grands, c'està-dire les ducs, les coniles, les barons, les évéïpies, etc. Quelquefois un capitulaire était précédé de la pétition du peuple sur laquelle il était fondé. U y en a un de Cliarlemagne qui est dans ce cas. « Lorsque nous tiendrons notre cour »> plénière, si Dieu nous fait la grâce de vivre et nous protège, » de l'avis et du consentement de nos féaux , nous établirons » par une loi expresse les demandes que noire peuple nous

• a faites. En vue du Dieu tout-pi 'ssanl, nous lèglerons

• tout ce qui peut intéresser le bleu généra! et convenir aux » différens ordres de l'Elat, aux ministres de l'Église et à » nos lidcles sujets, et dans notre procbaine cour plénière et

• assemblée générale, où assisteront un graïul nombre d'évê- » ques et de comtes, nous publierons une loi expresse pour » les maintenir. » Les papes ne se sont j.unais immiscés dans la discussion des Capilulaires. IMusicurs olfrcnl le pins grand intérêt, car on y trouve l'iiisloire la plus précise des mœurs de nos ancéires. I-a dénomination de Capilulaires a été eiilièremenl abaiulonnée sous les rois de la Iroisième race, qui ont adopté le terme û' Ordonnances, et ils n'ont cessé d'être en vigueur en 1 rance qu'an règne de Pbilippe-le-Bel.

* Composées de deux sections. Dans l'une sont celles destinées aux actes royaux, aux brevets, acies cl cliarles émanés du roi; dans l'autre sont les modèles de contrats de mariage, de pactes sur des droits successifs, de mandais, de louages, de ventes, de donation, de divorce par consentement muluel. Elles ont été publiées avec des notes, par Jérôme Bignon, Paris, 1613, in-80.

*' Moine français, sur Iccpiel on ne sait rien de positif, soit sur sa naissance, soit sur sa mort, auteur des Fvrmulen.

Le Code tliéodosien était le seul suivi. La médecine n'était qu'une pratique sans théorie , exercée par quelques prêtres charitables. Les actes du concile |de Francfort , tenu contre Félix d'Urgel * et Elipand de Tolède, à la sollicitation d'Alcuin à qui il reprochait d'avoir plus do vingt mille esclaves dans ses bénélices, car alors les paysans étaient serfs , montrent l'intérêt qu'on mettait à la théologie. Alcuin se ûiisait scrupule d'étudier les auteurs prolanes. Saint Jérôme ** et les autres pères latins étaient seuls en honneur chez les théologiens.

Tout se bornait donc à l'étude delà religion dans celte académie et dans les autres écoles. La princesse Gisèle, sœur de Charlemagne, et Riehtrude, sa fille , proposaient à Alcuin des

' Évéque d'Urgel en C;il;il()gne, nuulre d'Élipand, évêqiie de Tolède, qui p;)rtagea ses opinions. U enseignait que Jésus- Christ, selon la nature humaine, n'est que lils adoptif et nuncnpalif, erreur eondanmée, en 791, par le concile de Narhonue , celui de Frioul , tenu par saint Paulin , patriarche d'A(iui!ée, par celui de Ratisbonne , convoqué par Charleniagiie et envoyé à Rome pour ahjurer son hérésie aux pieds (lu pape Adrien. Cependant il retomha dans cette hérésie, piiis((u'il fut encore condamni; au concile de Francfort, en 7!)i, puis en 7!)7, et enfin déposé pour ses erreurs, en 799, p:u- le pape Léon III. Il nuuuut à Lyon, où il avait été relégué.

** -Né vers lan 331, à Stridon, aujourd'hui Sdrigna, en Uongrie. Saint Jérôme reprochait à ses compatriotes de n'avoir pour Dieu ([ue leur ventre. Mort le 30 septembre 420, joui' choisi par l'église pour iionori-r sa mémoire.

questions de îhéologie qu'il résolvait ^ Lonniie, mille ans après, on a résolu des problèmes de géométrie. C'est la marche ordinaire de Tesprit humain : Hésiode d'Ascra *, prêtre d'Apollon, a fait la Tliéogonic et décrit les ouvrages et les jours, long-temps avant qu'Archimède ait inscrit la sphère au cylindre.

La grande question qui alors agitait les esprits, était celle du culte des images. Le concile de Francfort, en 794, l'avait condamné; en 823 , celui de Paris confirma cette décision. A force de sophistiquer sur les matières de mysticité, on tomba dans les erreurs les plus graves sur la divinité de Jésus-Christ, que Félix et Elipand niaient en partie, ne le faisant, comme homme, que fds adoptif de Dieu.

L'Irlande a été de tout temps , pour la France, une pépinière inépuisable de scolasliques argutieux qui, jusqu'à nos jours, ont rempli nos écoles d'épines et de difficultés. Dans les recrues annuelles que fournissait aux écoles de Paris une île si féconde en esprits qui trouvent à disputer surtout, se ren-

' Son père, accablé de misère et de famille, abandonna la ville de Cnmes pour venir aux environs de l'Hclicon, dans un petit bourg nommé Ascra. Les Romains doivent à Hésiode les deux cliefs-d'œuvre de la latinité , les Géorgiqiies et les Métamorphoses, dont l'idée mère se trouve dans la Théogonii;.

contra un certain Jean Scot , que son habileté à obscurcir les choses les plus claires rendit fort reconimandable en ce temps-là. Elle lui procura l'honneur de gouverner l'école du palais sous Charles-le-Chauve. Mais son funeste talent fut cause de sa perte; car ayant jeté les premiers germes de la réforme que Bérenger et Calvin ensuite renouvelèrent sur la présence réelle , il fut chassé du palais, et obligé de se sauver en Angleterre où il fut tué par ses disciples, révoltés de voir en lui un philosophe plus payen que chrétien. C'est lui qui introduisit Aristote dans les écoles.

Mannon, qui lui succéda dans l'école du palais, se conduisit avec plus de prudence et de sagesse. C'était un homme de bon sens, qui avait été tiré du monastère de Condat, aujourd'hui Saint-Claude, et qui s'appliqua uniquement à faire de bons élèves. Il y réussit, car Francon et Etienne, évèques de Liège, et Ratbod, évèqued'Utrecht, qui furent ses disciples, se distinguèrent entre les prélatsdeleur temps, par leurs qualités vraiment épiscopales. Mannon, après avoir fourni sa carrière de modérateur dans l'école du palais, retourna paisiblement dans sa retraite cfe Condat, où il vécut sans désir et sans rien demander, comme ;iu>si o;i l'v laissa sans lui rien donner.

Après lui, nous ne connaissons i)lus de modérateurs de celte école. Elle tomba peu à peu avec la puissance des rois. Les ravages des Normands dans les faubourgs de Paris, où ils brûlèrent les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain, obligèrent les chanoines et les moines à se retirer au loin , et les études cessèrent Elles se ranimèrent pourtant après le départ des barbares. Ce fut par les soins de Rémi d'Auxerre, disciple de Heiric, élève de Loup de Ferrières , instruit par Raban * qu'Alcuin avait formé à Tours. Raban souîe-

* Nommé aussi Urabanus Magneiiliiis. îS'é vers 77j, à Mayence. Consacré à Dieu dans l'abbaye ele Fulde, dés l'âge de dix ans. C'est Alcuin nui le surnonnna Mano. Il fut ordonné prêtre en décembre 814. \\ fut élu abbé de Fulde en 822. C'est le premier qui enseigna la langue grecque en Allemagne. En 842 , il donna sa démission pour se retirer dans la solitude du Mont-Saint-Pierrc. îîais, cinq années après, il fut élevé au siège de Mayence; donna tous ses biens et nourrit jusqu'à 300 personnes à sa table, lors de la famine qui accabla son diocèse, en S.'iO. Mort le i février 8"i6 Parmi ses ouvrages, on trouve un Extrait de la Grammaire de Priscien, un Traité de l'Vtiivers, en vingt-deux livres, un Traité des louanges de la Croix en deux livres, des Commentaires de la Bible, un Eomiliaire, un Recueil d'allégories sur la Bible , un Traité de l'institution des Clercs et des Cérémonies de l'Eglise, un Hlartyrologe, des Poésies, au nombre des(iuelles est le Vent, creator spirltus, di Incentione linguarum ab liebrœci iisque ad tlieoliscam, et notis anliquis; cet ouvrage se trouve dans le tome II des lierum Akmanicarum seriptores , avec les alpliabels ludesques. scythe.^ , latins ^ ?rccs et hébreux, recueillis p;.r llaban.

nait l'erreur de Pelage * sur le libre arbitre, qu'il relevait au détriment de la grâce. Loup**

* Pôhige , né en Angleterre. Le nom de son père était Morgan, qui, dans in langue du pays, a pour signification: né sur les bords de la mer. {Bayley's an riniversal etymological Victionnary. Étant à Rome, en 400, il s'associa à un Syrien nommé Ruiin, et ils se réunirent à un nommé Célestius pour professer des erreurs sur la foi, auxquelles participa Julien , évêque d'Eclaue , en 409. Ils visitèrent la Sicile et l'Afriqu'î, en 410, Uippone et Carthage, où ils trouvèrent saint Augustin. La doctrine de Pelage professe : « lo qu'Adam a été créé sujet à la mort; 2) que son péché n'avait nui qu'à lui , et ne s'était pas communiqué à sa race , ce qui détruisait la croyance du péché originel ; 3" que les enfans en naissant sont dans le même état où était Adam avant son péché ; 4o que le péché d'Adam n'est pas la cause de la mort de tout le genre humain, non plus que la résurrection de Jésus- Christ, la cause de la résurrection de tous les hommes; 30 que la loi de Moïse conduit au royaume des cieux comme l'Évangile; G' que, même avant la venue de Jésus- Christ, il y avait des hommes impeccables; 7" que les enfans morts sans baptême ont la vie éternelle. ' Après la mort d'Innocent ler^ Pelage et Célesliiis déclarèrent renoncer dans leur doctrine à tout ce ([ui serait condamné par le saint-siége. En mai 41S. un concile composé de 214 évéques frappa d'ana- Ihème le pélagianisme. On pense que ce fut saint Augustin qui rédigea les huit articles du concile. Saint Augustin, dans deux livres, l'un sur la Grâce, l'autre sur le Péché, combat les erreurs de Pelage. Le cardinal Norés et le P. Patouillet , jésuite , ont donné une histoire complète du pélagianisme.

** (Servatus-Lupus) Né vers 80^ , dans le diocèse de Sens. A dix-huit ans, il entra à l'abbaye de Ferriéres en Gatinais. II fut recommandé par Louis-le-Débonnaire à son fils, Cbarlesle-Chauve, et, en 842, nommé abbé de Ferriéres. Il occupait à la Celle -Sainl-Josse-sur-Mer des personnes pour copier les livres qu'il tirait de 1 Angleterre. On ignore l'époque de sa mort; mais on croit qu'il ne survécut point à Tannée 862. tn 88^^, le roi Eudes, duc de Bourgogne, comte de Paris, avait

le combattait avec douceur : ce qui était bien l'are dans un théologien , surtout en ce tempslà, où le plus souvent Tamour-propre l'emportait sur l'importance des questions.

Ce même Loup étant devenu abbé de Ferrières , devait le service militaire à son prince pour son abbaye, dont il était seigneur dans ce temps de vasselage et de féodalité; c'est pourquoi, tout prêtre qu'il était, il Sut l'ait prisonnier dans une bataille où il accompagnait Charles-Ie-Chauve contre Pépin. Tous ses équipages furent pillés; et, se voyant ruiné par sa rançon, il demanda comme ime grâce à rentrer comme simple professeur dans l'école pîdatine. Mais le dépérissement de cette école dans cette gueire et celles qu'il eut à soutenir contre les Normands et autres, fit retourner Loup à Ferrières et c'est de lui et de

défendu Paris contre les Normands , que la faiblesse des derniers Carlovingiens ne pouvait repousser, et sauva ainsi la France de la domination de ces barbares, comme Charles Martel l'avait préservée de celle des Sarrasins. Mais depuis que Charlemagne avait fixé son séjour à Aix-la-Chapelle ou à son palais d'Altigny , Paris , délaissé en quelque sorte , se trouva, sous ses successeurs, exposé aux insultes des étrangers qui y arrivaient du nord par la Seine. Sans le secours de ses seigneurs particuliers, qui étaient les ducs de Bourgogne, de la même famille royale que Charlemagne, Paris serait tombé au pouvoir de ces .Normands a qui il fallut céder la province qui porte leur nom. Ses ouvrages oui été publiés p.ir Babizc, en IGG2. Paris.

— Ât —

Haimort, moine de Fiilde, que lleiric ou Henri, moine de Saint-Germain dAuxerre, reçut son instruction.

CeHeiric ou Henri était homme de mérite. Dans sa jeunesse, il avait recueilli les conversations, les défis et les condjals littéraires de ses maîtj-es, Loup et Haimon. U en fit un livre qu'il dédia à Hildeholde, évèque dAuxerre, son protecteur. C'est ce qu'il raconte dans des vers latins d'une élégance extiaordinaire pour le temps. Ses talens et ses vertus le firent choisir par Charles-le-Chauve , pour être le précepteur de son fils. Il était directeur de l'école de Saint-Germain d'Auxerre, quand il apprit la mort de ce jeune prince, alors abbé de Monslier-en-Der. Henri en fut inconsolable, n écrivit en vers latins la vie de saint Germain, qu'il dédia à Charles-Ie-Chauve, en le louant de la protection qu'il accordait aux lettres, et il mourut en laissant, dans Hucbald * de Saint-Amand et dans Rémi d'Auxerre, deux élèves dignes de leur maître.

* Hiigbalde, Hiiabalde , Hucbold , Huohbalde, Hugbolde ou Ubalde, moine de l'ordre de Sainl-Benoîl, né en 84(J. Neveu d'un moine de ce monastère, nommé Milon, qui lui enseigna la musique, où il fit tant de progrés que son oncle, en devenant jaloux , le chassa d»; son école. Iiidependannnent de ses éludes musicales, il (Hait i)0<'te et iiliilosoplie. i\ mourut I' 2.H juin 9'W. âgé de quatre-vingt-dix ans. On cite de lui :

ihicbald enseigna dans l'école de Reims, on 900 l'archevêque Foulques lavait appelé. Il y eut pour successeur le célèbi-e Gerbert * qui fut ensuite pape, sous le nom de Sylvestre II. Et Rémi d'Auxerre enseigna à Paris, où celui de ses disciples qui lui fil le plus d'honneur, lut Odon deClugny, qui y professa après lui, et eut

Plusieurs Vies des Saints, en latin; un 0/7îce de saint Théodoric ; un Commentaire latin sur la règle de Saint-Benoît; un poème latin De laude calvorum, dédié à Cliarles-le-Chaii\e. Tous les mots de ce poème, (jui a iievers, commencent parla lettrée publié àlîàlc en l3iT, in -S" ; une Epîlre en vers latins, à Cliarles-le-Cliaiive; des travaux sur la musique, recueillis par Gerbert dans ses Scripiorcs ecclesiastici de musicâ sacra, où on trouve : l'i De harmonica instHntione, où. entre autres choses, il explique la formation du tétracordc des Grecs, le tableau de leur diagramme, la division du monocorde, sa dimension ;(2n^iij musica, où se trouvent traités les nombres musicaux et les huit tons , et un chapitre intitulé : De mensuris organicarum fistularum ; S» Musica Enchiriadis, où il s'occupe de V/Iarmon/e, musique polyphonique, nommé diaphonia,(iu'i\ définit : diversarum vocum apta coordinatio. Une partie intitulée : Cff>nmemoratio brevis de tonis et psalmis modu^amentis , et notée avec des caractères qu'on dit avoir été inventés par Hucbald, en substitution à ceux des Grecs. Cet auteur dit que le bémol et le bécarre étaient connus avant lui.

* Né en Auvergne, il lit d'excellentes études dans un monastère d'Aurillac. L'empereur Othon le plaça à la tète de l'abbaye de liobio. Revenu en France, placé auprès de l'archevêque de Reims, il fut nommé instituteur de Robert, fds de Hugues-Capet. Après la mort de Grégoire V il fut élu pape, le 9 février 999, sous le non) de Sylvestre II. Il mourut le 12 mai 1003, dans un âge très avancé; Jean XVII lui succéda. Sa grande instruction le faisait passer pour sorcier; ce fut lui qui entreprit la première horloge à laquelle, eu 1650, on substitua le pondulc au balancier.

[!Our élève, enlie aiilres, Abbon * de Fleiiry qui alla enseigner en Angleterre. Cet Odon était de race française ; ear on faisait encore à cette époque la distinction entre les Francs et les Gaulois. A Fàge de dix-neuf ans, après avoir été élevé chez le duc Guillaume d'Aquitaine *', il reçut la tonsure à Saint-Martin de Tours où il étudia la grammaire. Puis il vint à Paris où il apprit de Rémi d'Auxerre la dialectique et le chant d'église.

Tous ces moines, Odon et Rémi entre au-

* Surnommé le Courbé , en latin Âbbo Cemuus. Né en Normandie , vers le milieu du ix'^ siècle, étudia à Paris sous Almoin-î'Ancien, il fut fait diacre et prêtre dans l'abbaye de Saint Gerniain-dcs-Prés , où il mourut vers l'an 023. l\ fut témoin du siège de Paris par les Normands, qui dura depuis le mois d'octobre SSfJ, jusqu'à celui de février 887. On a de lui un poème qu'il publia en 89(3, intitulé : DebeJlo Parisiœ urbis. Ce travail est précieux pour les détails et la certitude des faits. La meilleure édition est celle de Dom Toussaint Duplessis dans ses Nouvelles Âi nais de Paris, 17d.3; in-4», page 2io.

** Né le 2i octobre 107!; fils de Gui-Geofioi , ou Guillaume VIÏI et d'Aldéarde de Bourgogne. Duc d'Aquitaine et comte de Poitiers , c'est le plus ancien des troubadours dont les noms sont restés à l'iiistoire. L'évéque de Poitiers vint un jour jusqu'à lui en le menaçant de son excommunication s'il ne renvoyait pas la vicomtesse de Cbâfellerault, qu'il avait enlevée à son mari. Guillaume mit l'épée à la main; le prélat ayant prononcé rapidement son excommunication, lui dit : ■< frappez maintenant, je suis prêt! —Je j" ne vous aime pas assez, répondit Guillaume, pour vous " envoyer ou paradie. "

1res, éludièreiil ou enseignèrciil bien à Paris, mais non dans l'école du palais, car elle ëlait ruinée; ni dans l'école de Sainle-Geneviève, car la jalousie et l'inlérèl de corps entre deux comnuinaulc'S religieuses de diirérens ordres s'y op})Osaienl. Ce ne lut pas non plus dans l'école de la cathédrale , elle n'était que })Our les clercs séculiers. C'était donc dans celle de l'abbayede Saint-Germain qui, en effet, fut pour les religieux de son ordi-e, ce que les écoles de Notre-Dame, de Sainte-Geneviève et de Saint- Victor étaient poui' les clercs séculiers. El non seulement les nationaux, mais encore les éti*angers, affluaient à ces écoles. Elles se voyaient fréquentées, à cette époque , par Stanislas de Pologne, Adalbéron de Wurtzbourg, Gebhard de Saltzbourg, Altmami dePassaw, Ilarding* d'Angleterre, Pierr'e de Home, et autres en grand nombre, qui répandirent au loin, à leur retourdansleurspays, ladoctrinequ'ilsavaient puisée à Paris. La répulaiion de ces écoles y appela d'autres disciples en plus grand nombre

* Théologien anglais, né en \'i\2 à Comb-Martin, dans le Pevonshire, nommé, en l.'iW, pri)fessenr (Vhébreu à l'Université d'Oxford. Il fil l'éducalion religieuse de Jane Grey, sous le régne d'Édonard, ctdevinl catholique romain. Il mourut â Louvain le 10 seplemhre I7.%i. De l.'):;i à l.";67, il publia contre le docteur .Jewell , évcque de Salisbury, des Traiiét de controverses pleins d'é.rmlition..

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encoie, depuis que la troisième l)raiîehe régnanie eut ramené la paix et le repos dans la caj)itale.

Se i'école de Paris sous la troisième branche des roi« de France.

Hugues-Capet étant parvenu à la couronne, 997 Paris neut plus d'autre seigneur immédiat que le monarque qui régnait sur toute la France. La résidence des rois dans ses murs lui rendit la splendeur que l'absence des Carlovingiens lui avait enlevée ; et la tranquillité dont celte ville jouit, depuis que les comtes Eudes et Robert en eurent écarté les ennemis, avait déterminé les anciens habilans des faubourgs h y revenir et à rebâtir leurs maisons. Les chanoines de Sainte-Geneviève y avaient rapporté le corps de cette sainte, et rétabli leur église et leur maison ; et avec eux étaient revenus les études et les étudians.

C'est en effet an commencement du onzième 1000 siècle, que Hubold de Liège vint à Paris, où il se joignit aux chanoines de Sainte-Geneviève pour enseigner dans leur école. Une inscription, rapportée par Dubreul , nous apprend que du temps de Notger, évèque de Liège, Ilubold étudia d'abord sons les religieux de Sainte-Ge-

neviève, et fut ciisuile cliargé par eux d'euseii^ner dans une école de leurs environs. On doit conclure de cet aftcien témoignage, que Sainte- Geneviève avait des écoles hors de ses murs l)0ur le pul)lic, et une intérieure pour ses jeunes novices.

Trithême * nous dit bien dans ses Annales d'Hirschlieini, qu'en 1004, Wilram , abbé de Mersbourg, qui avait l'ait ses études à Bam-

* Né le l^f février \Am, à Triltcnheim , dans l 'élecloriU de Trêves. Son nom esl cahiué sur celui du lieu de sa naissance. Son père élait , suivant les uns, vigneron, suivant les autres, clievalior. A quinze ans, il ne savait point lire. Ayant terminé ses éludes à Trêves, il voulut retourner à Triltenlieini. Parti le 2j janvier 1482, les neiges rarrctérent ; il se réfugia dans un monastère, où l'idée lui vint tout à coup de se livrer à la vie monastique. Le 2 fivrier, il quitta l'iiabit séculier, fut au noml)re des novices le "21 mars, et le 21 novembre il lit profcssifln; enfin, il fut élu abbé le 9 juillet 1132. Dans ses instructions aux moines, il leur répétait souvent que le meilleur travail manuel élait de transcrire les livres. Par ce moyen . celte abbaye, où il n'avait trouvé en y entrant que li volumes, s'élaient élevés au nombre de iGiG, en t.'>02 11 mourut à l'abbaye de WurI /.bourg, le 2G décembre loKJ. On a de lui : Clironolo/jica myslini de sepleni sccundeis sice inti VAgentiis orbes posi Dcitin niovi^nlibiis ; Chronique des Franc, depuis Murcomir ['^•^ jusqu'à i'cpiii ; Origine de 'a nation d.'s Francs; Chroniques des ducs du Bavière et des comtes palatine. Ve luminnriôns (înrmnniœ. Do scriplorihus ccclesiasticis ; Chronique d'IIirsauge. Voltaire s'est servi de cet ouvrage pour son Essai sur les mœurs des nations, il a été impiinié à Cologne, en 1G()2. Chronique de l'abbatje, de Spnnheim , où l'aiiteur dcuuic de-, détails sur sa vie privée.

berg * , et reçu lliabit de Saint - Benoît ù Fulde. enseignait la philosophie dans le gymnase de Paris. Mais ce gymnase ne pouvait être que l'école de Saint-Germain pour les novices de cette abbaye : car >Yilram étant bénédictin n'aurait pas enseigné à Sainte-Geneviève ni à Notre-Dame, et nous n'avons aucun témoignage de Saint-Germain, pareil à celui de Sainte-Geneviève que je viens de citer, qui nous apprenne que l'abbaye Saint-Germain ait eu une école extérieure.

L'abbaye de Sainte-Geneviève soutenait sa réputation par celle des élèves qui sortaient de son école. De leur nombre fut Lanfranc **,

* Partie de rAllomagne, autrefois principauté et résidence de Franconie , maintenant appartenant au cercle d'Ober- Mayn. Son Université et le monastère des Carmélites y possèdent une bibliothèque de l.'i,OuO volumes. En 1583, il y existait un Gyinnanium academicum , transformé ea Académie en 1648. En 1739, il y fut ajouté des Facultés de droit et de médecine. Depuis 1803, c'est un lycée comprenant tous les genres d'cnseignemens.

*' Né à ravie vers l'an 100"), iils de HaniboKl appartenant à la magistrature, fil son droit et sa rhélorique à Cologne, où il donna des leçons publiques, d'où il alla à Avraneiies et se retira dans l'abbaye du l>ec , en Normandie, où il fit profession en iOiri, et où il ouvrit une école qui acquit bienlùt une grande réi)Utation. Nommé évéque de Rouen, il fut, en 1U70, placé sur le siège de Canlorbéry par Guillaume-le-15âlard , duc de Normandie, qui montait sur le trône d'Angleterre. U s'occupa des lors de rétablir partout l'enseignement. C'est lui qui couronna (luilhume-le-Koux , âgé de treize ans, à Weslminsler, le 2!» septembre 1087. Il mouiiii le '•28 mai los'i.

i'ïisuile arciievrquc dt* C^ai)U)ilx*]-y , Rulx-il d'Arl)nssellt's % Breloii, (jui fonda l'abbaye (le Fonteviaiilt , saint lîruno *% instituteur des Chartreux , Bérenger, qui réveilla les disputes sacranienlaii'es de Jean Seol, Jean Roscelin, auteur de la secte des .Yo/«m«w^, qui

Ses onvraj;>es sont : Commentarius in epislohts B. Pauli, Libellas de corpore et sanguine Vomini, contra Berengarium, OÙ il traite de la présence réelle et corporelle. Annotatiuncula in nonnuUas Joannis Cassiani coUationes Patrum. Décréta pro ordinc sancti Benedicti. Epistolarum liber. Pericope orntionis quam in concilio anglicano habtiit. De celandd confessione Ubellus. Senlentiœ. Ses œuvres ont été publiées par doui Luc cl'Achery, Paris, l(Ji8, in-foi.

* i\é en 1047, dans un petit village à sept lieues de Rennes, nommé Arbriselles. Vint jeune à Paris . où il obtint \c. titre de docteur en théologie. Après la mort de Sylvestre de LaGuerche, il alla enseigner la théologie à Angers, où Urbain II lui confia le titre de prédicateur apostolique, avec autorisation de prêcher per universum mundum. IMais fatigué des reproches que lui adressaient Marbodns , évéque de Kennes , qui avait succédé à Sylvestre de La Guerche, et Geoffroy, abbé de Vendôme, il prit la résolution , comme dit Bayle , de fixer ses tabernacles dam les solitudes de Fontevrault. C'est à dater de cette époque, en 1103, qu'il fonda l'abbaye de l'ordre de Fontevrault , où les hommes et les femmes faisaient vœu de stabilité , conversion des mœurs, chasteté, pauvreté nue., obéissance. En MOi, il assista au concile de IJeaugency. Quelques temps après, il mourut au prieuré d'Orsan, diocèse de Bourges.

** Né à Cologuf; vers l'an 1030, d'une famille noble. Il vint à l'école de Reims étudier toutes les sciences et fut bientôt nommé chancelier. Il se relira à Saisse-l'ontaine, diocèse de Langres. En 108i, Hugues, évèiiue de (irenoble, conduisit Bruno et six de ses compagiums, qui voulaient comme lui Nivre daus la solitude, dans nu endroil désert nommé f.hai-

niaient la réalité des idées universelles telles que celles de bonté , vertu , vérité , affirmées au contraire réelles par les Réaux, leurs adversaires.

Parmi les maîtres, on nomme encore Lambert, qui se disait largement payer ; Drogon de Paris, qui se dégoûta du métier pour s'enfermer dans sa cellule, seul avec sqs livres de théologie; Manngold de Lurembacli, bon Allemand, laïc et marié, qui tenait école de philosophie pour les jeunes clercs , pendant que ses fdles tenaient école d'écriture sainte pour les jeunes personnes; en même temps que Anselme de Laon lisait publiquement la théologie dont les leçons

treuse, à quatre lieues de Grenoble. C'csl ainsi que fut établi l'ordre des Cliartreux, qui transforma une localité aride, déserte et fréquentée seulement par les bétes sauvages, en nombreuses usines; (it exploiter les mines, et vivifia par i'induslric un point du globe qui semblait voué à une solitude éternelle. Pierre-le-Vénérnbie, cinquante ans après, disait que l'occupallon principale des moines était la transcription des manuscrits. Saint Bruno fut appelé en 1089 auprès du pape Urbain II, dont il avait été le maître. Il refusa l'arclievècbé de Reggio, mais obtint, en 1094, d'aller fonder une autre Cbartreuse en Calabre,dans le diocèse de Squillace, dans un endroit solitaire nommé Della Torre, puis mourut saintement le 6 octobre llOI. La règle des Chartreux ne date cependant que du pape Innocent IX. C'est cet ordre qui a fourni les manuscrits les plus précieux et les plus corrects ; car jamais une erreur n'était corrigée qu'en assemblée générale de tous les moines. On trouve les œuvres de saint Bruno dans une édition publiée à Paris en 1525, par Josse Badins, iii-fol.

consistaient encore alors dans lexplicalion de récriture des Pères pour le dogme et des canons pour la discipline. La forme des éludes ihéoîogiqiies n'était pas encore dépravée comme elle le fut dans le siècle suivant par les 1100 maîtres dont nous allons parler. De tous ces professeurs qui régentaient les écoles de la Montagne, sous la présidence de celle de l'abbaye, le plus estimable fut Guillaume de Champeaux *, et le plus fameux, Abailard **, qui

* Né au commencement du xm siècle, son père était laboureur à Cliampeaux-en-Brie. Il fut nununé, en 1113, évéque de Cliàlons-sur-?«larne. En 1119, il prit l'habit de Citeaux.ct mourut dans ce cloître en 1121. Le P. ^lartcnne a inséré dans le lonie V de son Thesaurum anccdotoruin , un Traité sur î'orùjine de râmc, où Champcaux discute la que&lion du péché originel.

'* Né en 1079 à Palais, petit endroit ;i queltjnes kiioinélres de Nantes, dont son père, noaimé lîcrenger, était seigneur. Sa passion pour une jeune lille de dix -sept ans, nommée Louise ou Héloise, nièce du prêtre Fulbeit , chanoine de Paris, scinda ses succès. A l'époque où il s'était mis en pension chez l'oncle Fulbert pour tertniner l'éducation d'f/flo'ise , il avait complètement abandonné ses Iravaux. Aussi dit-il lui-même daiis une lellre , par laquelle il peint la naluî'e des leçons qu'il donnait à sa jeune élève : Plura erant oscula quàm scnlentiœ. sœpiù.'s ad s tium qnàm adlibros deducebantur maniis. Iléloïse étant devenue njcre, fut enlevée et menée en Bretagne ; elle mit au monde un fils que son pèie nomma Astralabe (asire brillant). Le délire d'îlèloïse fut tel, que , demandée en mariage à son oncle après son enlèvement, elle dit qu'elle a mmt mieux être la maîtresse d Abailard que sa femme. Cependant le mariage cul lieu ; mais on voulût le tenir secret, nu p^int qr.'.^bailard enleva sa

faisait profession de suivre et d'expliquer Arislote.

Guillaume, né à Champeaux en Brie, avait étudié sous Mangold et Anselme à qui il sucfemme une seconde fois pour la mettre au couvent d'Argenteuil. C'est ce qui excita la vengeance terrible du prêtre Fulbert, après laquelle Abailard se retira à l'abbaye de Saint- Denis, et Uéloise, àArgenteuil. Abailard lui écrivait, dansl'espérance de lui inspirer les consolations que donne la religion, ces vers, si tristement empreints de mélancoliques regrets : Vive, vale , vivant que lua>, valcant que soiores, Vivite, sed Chrislo, qusso, mei memoies.

En 112:2, il fut obligé de brûler lui-même, au concile de Soissons , son Traité sur la Trinité , mais en s'écriant les larmes aux yeux : Est-ce là le salaire de mes travaux et la récompense que mérite la droiture de mes intetitions? Retiré du côté de Nogonl-sur Seine, il fit élever, de ses propres deniers, un oratoire qui , dédié au Saint-Esprit, fut nommé le Paraclet, ou Coîisolatenr. Nommé abbé de Sainl-Gildas-deïloys, près cio' annes, il fit venir lïéloise et ses religieuses pour les installer au Paraclet. Sa doctrine devint encore suspecte, les accusations d'hérésie se renouvelèrent contre lui, il fut cité devant le concile de Sens, en 1140, qui le fit condamner, avec ordre de le priver de sa liberté. L'abbé de Clairvaux écrivait de lui, qu'il était un composé d' Ârius , de Pélofje et de Nestorias , un moine sans règle , un supérieur sans vigilance, un abbé sans religion , un homme sans mœurs, un monstre, un nouvel Hérocle, un Ante-Christ, etc.

Exténué de pareilles luîtes, où il avait employé tant d'énergie ; fatigué, rebuté, abreuvé de dégoûts, sous le coup de tant de calomnies, il revit saint Bernard, et fut envoyé au prieuré de Saint-Marcel , près de Cbàlon-sur-Saône. Pierrele-Vénérable dit de lui, qu'il ne vit jamais humililé plus profonde. Il gardait le silence perpéiucl; il se refusait, non seule' ment le superflu, mais l'étroit nécessaire. Il mourut en 1142, âgé de soixante-trois ans, regrettant peu les choses de ce monde, tant sa vie avait été empoisonnée par l'envie, laja-

céda , quanJ celui-* i lolourna à Laou. îi était de mœurs douces et paisibles. Étant devenu archidiacre de Paris , il tint son école dans le cloître de Notre-Dame, où il eut pour auditeur l'homme le plus présomptueux, le plus audacieux et le plus obstiné de son temps, et qui devint aussi son adversaire le plus fougueux, cet homme était Abailard. Breton dévoré d'ambition, il préféra, comme il disait, la milice de Minerve à celle de Mars. Après avoir cherché partout un maître, un maître qu'il pût juger Jigne de son attention, il s'arrêta enfin à Guillaume de Champeaux ; mais ce ne fut que pour le combattre et le supplanter. N'osant cependant élever école contre école à Paris, parce que Guillaume était seul autorisé, il alla ouvrir la sienne à Melun, et de là à Corbeil, d'où il ne cessa de décocher des traits contre Guillaume.

Celui-ci, ennuyé de cette guerre scolasti-

lousie et les calomnies de ceux qui redoutaient ses lalens. On trouve les œuvres d'Aballardet Héloïsc, recueillies et imprimées sous le titre de : Pétri Abœlardi et Ileloisœ conjugis ejus operœ, nunc primum cdita ex Mss. cood. Francisci Amboesii. Paris, 16 IG, in-4o On y trouve le récit de ses malheurs dans la 2'^ lettre adressée à Héloïse. En 1796, on a publié les Lettres d'JIéloïse et d' Abailard, en latin et en français, 3 vol. in-S". En 1787, on a publié en Angleterre une Histoire très estimée et intitulée : The Bistory of the lives of Abailard and HeloHsa, vith their original letter^, Birmingham.

que, quitta la partie, céda son école du cloître à un autre, et alla prendre l'habit de chanoine régulier de Saint-Augustin, près de la chapelle de Saint-Victor, où il continua d'enseigner dans un lieu qui devint depuis une autre école.

Abailard le poursuivit dans cette retraite, et l'attaqua sur les universaux. Guillaume les soutenait, quoiqu'ils tendissent à admettre que toute la nature existait en entier dans chacun de ses individus qui, dans ce système, ne différeraient que par les accidens. Abailard remporta sur lui une victoire complète, en lui prouvant l'absurdité de cette opinion qui allait à confondre le créateur avec la créature; et il triomplia avec tant d'insolence que le vaincu ferma son école et que ses élèves l'abandonnèrent pour celle d' Abailard. L'orgueil du vainqueur le fit écarter, par les personnes sensées et puissantes dont Guillaume était estimé, du concours pour la place de maître de l'école du cloître Notre-Dame, d'où le substitut de Guillaume s'était fait chasser pour sa mauvaise conduite; Abailard fut donc o])ligé de retourner à Melun , et Guillaume se retira dans une petite ferme qu'il avait près de Paris.

Melun n'était pas un assez grand théâtre pour Abailard, Il n'y avait que Paris qu'il crût

digne de lui. Il y revint aussitôt qu'il eut appris la retraite de Guillaume, et il s'établit sur la Montagne. Guillame, de son côté, rentra dans sa cellule de Saint-Victor. C'était se livrer à son ennemi, qui l'accabla de tout l'avantage de son poste , autant que de toute la hauteur de son caractère ardent et entier. La guerre recommença donc avec plus de violence que jamais. Guillaume, se défiant de sa douceur naturelle , ne combattit pas par lui-même. Il se fit remplacer par un champion à qui il avait cédé son école de Saint-Victor. Mais cet athlète n'était pas de force à lutter contre un Abailard. Il succomba bientôt, et s'avoua vaincu. Abailard alla chanter victoire en Bretagne , comme il avait déjà fait avant cette dernière prise d'armes; etGuillaume lui céda volontiers le champ de bataille pour l'évêché de Châlons.

Après bien des disputes, Abailard se sauva sur les terres du comte de Champagne qui le protégeait. Mais saint Bernard * abbé de

* Né en 1091 à Fontaine, village de Bourgogne, d'une famille noWe. Après avoir été terminer ses études dans l'Université de Paris, il se retira au cloître de Citeaux, et peu de temps après lut nommé abbé de Clairvaux , dans un désert connu alors sous le nom de Vallée d'absynthc. En 1128, il fut chargé par le grand-maître des Templiers de constituer les statuts de l'ordre. En 1130, il fut cl)argc, comme arbitre, par le roi Louis- Ic-Ciros, de se prononcer cnlre Innocent II et

Clairvaiix en 1115, apprenaiiî qu'il débitait des erreurs graves, ie fit condamner par les conciles de Soissons et de Sens. Abailard se soumit et revint à Saint-Denis. Mais les persécutions des moines recommencèrent, et il retourna en Champagne. Ses élèves Ty suivirent, et lui bâtirent la maison du Paraclet. Pendant qu'il y enseignait , il fut élu abbé de Ruys, en Bretagne, par les moines de cette abbaye. Il céda donc le Paraclet à Héloïse, chassée d'Argenteuii par Suger *, abbé de Saint-Denis,

Anaclot, à lefiel de savoir lequel des deux était successeur de snint Pierre. l\ se prononça en faveur d ninocent II, et tout ie monde chrétien fut de son avis. C'est lui qui, en 11-40, au concile de Sens, provoqua avec énergie la condamnation d'AJ)ailard. C'est encore lui qui , d'après les ordres d'Eugène lil, prêcha une croisade'', et cela avec tant de succès que , malgré les obstacles apportés par Suger, le roi Louis VII lui-même se croisa. Rentré dans son abbaye, il se livra compiélcmenlàla vie ascétique, et mourut leSOavril 1133, à i'àge de soixante-trois ans. Il fut canonisé avec pompe par le pape Alexandre III. Sa fêle se célèbre le 2Q août. La meilleure édition de ses ouvrages est celle de D. Mabillon, 1G90, -2 vol. in-fol.

* Xé à Saint-Denis, en lOST, de parens pauvres. Ses parens le placèrent à l'âge de dix ans à l'abbaye de Saint-Denis, où était élevé Louis VI , qui le lit venir auprès de lui aussitôt qu'il fut monté sur le trône. En 112i2, il fut nommé abbé de Saint-Denis. Il assista Louis VI à ses derniers monicns, et son crédit continua auprès de Louis VII. Il fut nommé régent pendant l'absence de Louis Vïl, qui s'était croisé. A son retour dans ses États, le roi lui donna le nom de Père de la Patrie. En Il.'iii, lui , (liii dans le principe avait été contraire il rémigralioii des croisés, alla visiicr sàul Mai tin de Tours,

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avec ses religieuses. Il lui donna une règle pour sa communauté , et partit pour Ruys. 11 n'y fut pas plus tôt, qu'il ne s'accommoda pas plus avec ses nouveaux moines qu'avec ceux de Saint-Denis. Il les quitta, et alla s'enfermer dans l'abbaye de Cluny; et de là, protégé par le pape qui avait été son disciple, au prieuré de Saint-Marcel où il mourut. Son corps fut rapporté au Paraclet, où Héloïse le fit déposer dans ie tombeau où elle devait lui êti-e réunie.

Pendant qu'Abailard faisait retentir les écoles de son nom et de sa voix, Jean de Salishiiry * était allé l'entendre; e! quand il l'eut perdu, il le regretta : car Abailard, avec tous ses défauts et mémo ses vires, était l'idole de ses disciples. Entre tous ceux qui mirent en pratique les leçons de leur maîîre, on remarque surtout Arnauld de Bresce ** qui s'attira

pour obtenir la protection divine, et résolut de lever une armée, de l'entretenir à ses frais et de la mener en Palestine; 10,000 Polonais étaient prêts à l'accompagner lorsqu'il mourut.

* Né, vers l?>7r;, dans le comté de Cambridge. A trente ans il fut admis dans la société des Jésuites. U mourut subitement en lëâ.j, à cinquante ans.

'* Il était disciple d'Abaiiard; né à Brescia , ville d'Italie située au pied des Alpes-Rhétiennes. Il fut exconmiunié par Innocent II, pour avoir excité le peuple contre le clergé, et se réfugia en France en 1130. En llii, il alla à Rome, il anima encore par ses discours le peuple contre les hauts dignitaires de l'Église, il fut mtnv^ protégé par îe sénat jus^

la haine de tout le clergé pour avoir prêché publiquement que les ecclésiastiques ne devaient posséder aucun bien temporel : ce qui excita des révoltes qu'on fut obligé de repousser par les armes. Les troubles de religion sont toujours suivis de guerres civiles. La doctrine dArnauId fut condamnée au concile de Latran, sous le pape Innocent il ; Arnauld étant allé à Rome d'où il fit chasser le pape, fut ensuite pendu et brûlé par ordre d'Adrien IV *, en 1133.

Jean de Salisbury **, plus sage et plus pru-

qu'en lloo; mais Adrien IV ayani interdit la ville, les Romains se soumirent à ce pape, et Arnaud fut arrêté et brûlé à Rome, comme hérétique et provocateur. On peut consulter, pour étudier ses principes et cenx de ses adhérens (les Arnudistes), un ouvrage intitulé : Arnaud de Brescia et son remps pî>r le docteur H. Franck, 1825, Zuricli.

• Né vers la fin du xie siècle, près Saint-Albans, dans le Hertfordsliire, son nom était Brekspère , ou Brise-Lance, l] commença par mendier son pain, puis fut domestique comme son père l'avait été dans le monastère de Saint-Ruf, prés Avignon , où il fit ses premières études, mais avec tant de succès qu'il fut nommé abbé de ce même monastère, en 1J37. En 1146, il fut fait cardinal-évéque d'Albano, par Eugène III. Envoyé en Norwége et en Danemarck, en qualité de légat; enfin, il fut nommé pape, après Anaslase IV. Ce fut le seul Anglais qui occupa le saint-siège. Il mourut à Anagni , le lef septembre II.jO. Oh a de lui un Traité de la Conception de la Vierge, qu'on trouve dans la Ribliotlièque pontificale.

** Jean de Salisbury atteste qu'en liGO on se transportait de Paris à Salerne . ou Montpellier, pour apprendre la médecine. Il n'y avait donc point d'école de médecine à Paris.

dent, avait ëlc inoins élève qiraoditeur d'Abailard. îl élait proprement élàve de Pierre de Celles , et il forma ensuite Pierre de Blois *. Après Abailard, il suivit Albcric ** et Jean de Mehm. Il employa ainsi douze années à son conrs d'études sons diiïérens maîtres. Il s'appliqua sous Guillaume de Couches, à la dialectique, puis à la giammaire sous Bernard de Chartres qui;, sous on litre si simple, avait fait de cette partie de l'instruction un traité de littérature. On voit par ce détail qu'il n'y avait alors ni ordre dans les éludes, ni rang parmi les maîtres. On allait à l'un ou a l'autre selon ce qu'on voulait ap[)rendre. Jean de Salisbury, Anglais denalion, étant devenuévéque de Chartres, gouverna son diocèse avec une prudence admirable. 11 nous a laissé dans ses écrits une parfaite connaissance de son excellent esprit,

* Né à Blois dans le commencement du xïie siècle, il éliulia les belles lettres à Tours, et la théologie à ?a?'3. Après un voyage à Rome, pour visiter le pape Alexandre III, il revint à Paris où il enseigna la grammaire. En 1167, il devint précepteur du jeune roi Guillaume II, en Sicile. En 1175, il fut nommé chancelier de l'archevêque deCantorbéry, et archidiacre de Balh. De liOi à M9o, il fut secrétaire de la reine Éléoaorc. 11 mourut, on croit, vers 1198.

** Né dans les environs do Châ!ons-sur-Marne , au commencement du xiiie siècle. Il fut moine de l'ordre ce i •leaux. On a de lui une Chronique jusqu'en 1241 ; o' '^ '\- . a dans lo tome 1er des Scriptores rerum germa.. .. .. tf

saxonir., de Menckcnius, Leipzig, 1CD8, in-4'^.

et de l'état où étaient les éludes et les maîtres à Paris, dans le temps qu'il les suivait. Elles consistaient en disputes interminables qui ne menaient à rien de solide ; les unes entre les élèves, les autres entre les maîtres et les élèves, et la plupart entre les maîtres.

Ceux-ci étaient en grand nombre. C'étaient, après Joscelin et Gautier, contemporains d'Abailard, sur la Montagne, Richard-l'Évêque, Hardouin-le-Teutonique, Giibert-î'Universel, Robert Pool, Simon-de-Poissy, Âdam-du-Petit- Pont, Adani-du-Grand-Pont, ainsi nommés des lieux où ils tenaient leurs écoles; car en ouvrait qui voulait après avoir fourni la carrière des études.

Ce Gilbert-rUniverscl n'était pas le Gilbert de la Porrée *, fameux par ses sopbismes ,

*Nc, en !070, à Poiliers. Appelé à Paris pour remplir une chaire de diyleciique el de Ihéoiogic, il trionipha des nominaux, dont Abaiiard était le chef, s'étant déclaré celui des réalistes. Il fut cité devant le concile de Paris, en 1147, pour être interpellé sur les proposilioKS suivantes : !<> L'essence divine n'est pas Dieu ; 2» les propriétés des personnes divines ne sont pas les personnes mêmes ; S" les attributs divins ne tombent pas sur les personnes divines ; 4^ que la nature divine ne soit pas incarnée, mais la personne du Verbe; o" il n'y a point d'autres mérites que ceux de Jésus-Christ; 6" le baplème n'est réellement conféré qu'à ceux qui doivent être sauvés. l\ s'y défendit si bien, ijue ce ne fut que l'année suivante, à Fveims; qu'il se soumit à une coudamnalion. Il mourut. regretté de son diocèse, en ll.'ji. On conserve de lui,

^ il .

sous qui Jean de Salisbury étudia la logique et la théologie. Il se livra ensuite aux mathématiques sous Adam-du-Pelil-Pont, son compatriote, homme rude et bizarre, mais qui l'aimait, parce qu'il n'en était pas contrarié. Jean était pauvre , et pour fournir aux frais de ses études, car il fallait payer tous ces maîtres-lh, il allait par les maisons où on l'appelait volontiers à cause de son honnêteté et de son instruction, donner des leçons particulières aux enfans des plus grandes familles de Paris, oii on lui faisait beaucoup d'accueil. Il nous a dépeint le caractère de ces maîtres, et le genre de mérite propre à chacun. Richard avait plus de fond que de dehors. Guillame innova en abrégeant le cours de gi'annnaire. Adam affectait d'être obscur pour paraître plus savant et se faire payer plus cher. Robert était tout l'opposé, et n'en était que plus estimable. Gilbert de la Porrée était trop aristotélicien dans la distinction qu'il mettait entre Dieu et la divi ■

(inns quelques bibliolliéques, queUpies mannsciits dont plusieurs ont clé imprimés De ce nombre sont : Un Commentaire sur le Ltïre <'e la Trinité, do Boèce , Bàle, 1470. Une Lettre à l'abbé de Saint-Florenl, de Saunnir , sur un cas de conscience, dans le 1er vol. des Anecdota , de dom Marlène. Un Traité de philosophie des six principes, dans les anciennes éditions d'Aristote. Un Commentaire sur V Apocalypse, Paris , ^•512, in-8«».

nité. Le pape le condamna à Ja solliciiatiuii de saint Bernard , l'oracle de ce teinps , mais ne l'empêcha pas de jouir de son évèchë de Poitiers.

Presque tous ces grands théologiens parvenaient à des bénélices. Cette espérance entretenait ce grand nombre de clercs étudians à Paris, dans les écoles du Monl-Sainte-Geneviève, et dans celle même de Saint-Victor, alors régie par Hugues * et Yves qui en ont reçu le surnom, ainsi que dans celle de jNotre-Dame, où des papes envoyaient leurs neveux, tels qu'Ottobon , neveu du pape Innocent ïlï. Tant de lumières de l'école , tant d'écrits si vantés dans leur temps, furent tout à coup effacés par un ouvrage inattendu qui, semblable à l'apparition subite d'un météore brillant de l'éclat le plus Yif, s'éleva sur l'horizon scolaslique, et s'attira l'admiration générale.

Jusque-là , tous ces grands maîtres de la science théologique avaient traité leur sujet avec une diffusion, une prolixité, une subtilité qui tenaient plus du style d'Aristote et de ses sectateurs que de celui de l'Ecriture , quand un seul livre fit oublier tous ceux qui l'avaient précédé, devint l'unique objet delà méditation

* En 1199 mourut un médecin célèbre nommé Hugues, auquel, dans son épitaphe, on donne le nom de phy$ieien.

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des maîtres eldeFéiiide des écoliers, et opéra dans renseigîicment une réforme qui fait époque dans l'école.

Ce fut le livre des Sentences. Son auteur, Pierre Lombard *, homme de génie, laborieux, et d'un excellent jugement, recommandé par saint Bernard à ïlikîuin *% abbé deSaint-Yictor, perfectionna à Paris ce qu'il avait appris à Milan, h Reims et à Laon. îl conçut l'heureuse idée d'un livre qui, sous un modique volume, renfermerait toute l'essence de la théologie et qui purgerait l'école de ce déluge de divagations arbitraires dont elle était inondée. Il y travailla, y réussi!, et aussitôt que ce livre parut, il réunit tous les suffrages et lut reçu dans toutes les écoles.

Daulrcs théologiens avant lui^ et particuliè-

* Né dans ic xiie siècle,. de parens inallicureux, a élé surnommé le Maître des Sentences. U était d'un bourg de Lombardie, près de Novare. Il ût ses éludes à Cologne et vint à Reims, recommandé par l'évèque de Li!C(iues. !1 fit son testament eii favcnr des pauvres, et niouriit le 21 octobre iî8j (suivant d'autres, ea 1178). I! est l'auieur d'un livre fameux iiiiilulé : Scolast'ica lnsloi\a, dédié à Gul'ilaiiine-au\- Elaiicbes-Maiiis, arcbevèquc de Sens. La première édition a été imprimée à rircchl, en 1-470, in-folio On croit que c'est le premier livre qui fut imprimé en îlollandc.

*" Né vers la lin du vîîî» siècle, il fut successivement abbé de Saint-Denis, de Saint-Médard de Soissons, de Sainl-Gormaint-dcs-Prés. Il fut, sous Louis-le Débonnaire, arcbicbapelain du pnh-.is, 1! >7)ournt vei's l'an Si-2.

reiiienl PicîTe-le-Cliaiilre, de Notre-Dame, dans son Verbiim ahbreviatum, avaient publié sous divers litres , comme d'antres après lui , des abrégés de théologie. Mais la forme en était si hérissée, ou le fond si défectueux, ou Ténsemble si décousu, qu'à rexce})l!on de celle de saint Thomas, bien postérieure aux sentences, ces extraits ne purent jamais prendre faveur.

T.cs Sentences, au contraire, plus claires, phis précises, plus méthodiques, hrcnt une révolution dans les études. Leur forme d'aphorismes renfermant plus de sens que de mois, leur doctrine parfaitement conforme à celle de 1 Église, leur brièveté si favorable à la mémoire, tout s'y réunissait pour en faire le livre des livres. On le commenta, on le critiqua, mais il ne perdit jamais rien de son mérite aux yeux de ses lecteurs; et son auteur lui dut sa promotion h lévêché de Paris que son élève, le prince Philippe de France , fds du roi Louisle-Gros, qui y avait été nommé, lui céda par reconnaissance de i instruction qu'il avait reçue de lui.

Des écoles, les Sentences passèrent dans les monastères et dans les pays étrangers, et elles devinrent le texte et la règle infaillible de cette théologie scolastique qui régna pentlanl six siècles entiers dans tout le monde (•hr('tien.

Ni Pierre Conieslor ' par son histoire scolastiqiie, ni Pierre-le-Chanlre par ses écrits contre Arislole, qui depuis les premières traductions qu'en avait faites Jean Scot, et celles qui venaient des écoles arabes d'Espagne, gagnait beaucoup dans les écoles de Paris, ne purent éclipser la gloire de Pierre Lombard, de qui, comme les disciples de Pythagore disaient de ce philosophe, pour trancher les questions difficiles, ceux de Pierre Lombard disaient aussi : Le maître Va dit.

Cependant Gautier de Saint-Victor attaqua Pierre, Abailard, Pierre Lombard , Pierre de Poitiers et Gilbert de la Porrée^, sur leur méthode scolastique hérissée d'argumens, qu'il appelait des labyrinthes où la France se perdait. Pour dire ce qui en est effectivement, on ne peut nier qu'ils n'aient, pendant plus de six siècles consécutifs , détourné les écoles de la route droite et simple de la vérité. Et Pierrele-Chanlre comparait plaisamment cette méthode h des arêtes de poisson, qui piquent sans nourrir. Pierre Comestor voulait subsliluer à cette théologie épineuse son Histoire scolastique, qui était un recueil des faits sur lesquels

• Nommé Comestor p:ircc qu'il avait dévoré beaucoup de livres. Doyen de l'église de Troyes. Depuis llG4jnsqu'cn 1169 fui à la Icle de l'enseignemenl de la théologie.

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est établie la uécessilë de la religion, (hélait une exeellente idée ; et si elle eût été bien exécutée, celte histoire eût été fort utile. Il avait remarquéque tous ces sophistes, si habiles dans l'art de la dispute, étaient Tort ignorans en matière d'histoire. Il pensait avec raison que la théologie positive, toujours la meilleure parce que, étant fondée sur des faits authentiques et sur la tradition, elle est la vérité même, était préférable à toutes ces opinions ingénieuses qui tordaient le texte sacré au gré de leurs conjectures et de leur orgueil. Mais malheureusement, celte histoire qui est un abrégé de l'histoire sainte, depuis la Genèse jusqu'aux Actes des apôtres, ne fut pas goûtée parce qu'elle ne prêtait pas à rargumenlation. Comestor échoua également contre Arislote. Mais de tous les ennemis de ce chef de tous les péripatéticiens *, il n'en estaucun qui l'ait combattu avec plus de succès, que Hildebertde La^ardin **,

* De ■Kip<- autour et ttkt-sw je me promène, disciples d'Aristote. Les péripatéliciens disputaieiil dans le lycée et se promenaicnt.

'* >'é, en lO'j", à Lavardin, dans le Vcndùmois. Dirigé dans ses études par Bercnger, il se plaça bientôt à la télé de l'école du Mans. Nommé, en 1097, évêque de cette ville , il fut en butte aux persécutions de GuilIaume-le-Roux, roi d'Angleterre, qui avait envalii la ville du Mans. Aussi alla-l-il à Rome pour se dénuHtre de son sié^e, mais Pascal II s'y opposa f'orm(;llem''nt. 11 y lelourna pour être appelé au siège dci

cvèque du Mans, et Jeaiide Salisljury, tous deux inorls avant Comeslor et le Chiintre, mais tous deux célèbres par la pureté de leur laliuilé , Hildehert en poésie, et Jean en prose.

Le français était une langue étrangère dans les écoles de France, et les étrangers qui y venaient pour la philosophie et la théologie, avec la langue latine qu'ils avaient apprise dans les écoles de leur pays, n'avaient pas besoin d'interprètes dans les écoles de Paris. Mais l'introduction d'Aristoledans ces écoles y gala le latin par la nécessiîé d'inventer des locutions propres à être adaptées à la foriiie géométrique de sa logique, de ses catégories et de ses distinctions. Roscelin, Abailard, Gilbert de laPorrée avaient mis ce philosophe à la mode en s'appuyantde son autorité, et en imitant sa manière de raisonner, sur la loi des interprètes latins, plutôt qu'en le lisant dans sa langue, si l'on en excepte pourtant Héloïse et Abailard, les seuls peut-être de leur temps qui pussent le lire en grec.

Pendant que Piene Lombard rédigeait le dogme en sentences, un petit moine ulti'amontain ramassait tous les extraits des canons des

Tours en 11:20, et mourut le iH cléceml)rc 1134. On trouve ses œuvres d-ins l'édition de D. Beaugeudre, Paris , 1708, in-fol.

conciles et des décrétales vraies ou fausses des papesj pour en former une règle succincte de discipline ecclésiaslique.

A la fin du \uf siècle, Riculfe, archevêque de Mayence, avait apporté dans la France occidentale le recueil des décrétales d'Isidore ' Mercatar ou Peccalor, car on ne sait pas encore bien au juste iecpiel de ces deux surnoms on doit donner à ce compilateur ou plutôt à cet imposteur qui vivait enviion cent ans avant Riculfe. Sa compilation éiail un ramas défausses ordonnances <|u"il attribuait aux premiers papes. « C'est en grande partie à celte collec- » tion, remplie de pièces fausses et fabriquées » à dessein, dit Ladvocat, que les papes furent M l'edevabies de raiiîoriié exorbitante qu'ils » exercèi'cnt pendanl [)liisieurs siècles.» «L'i- » gnorance de 1 liisloiic et de la critique, dit » l'abbé Fleujy, a fait lecevoir ces décrétales, » et prendre les nouvelles maximes pour les » anciennes.» Les évêques, qu'elles rendaient iiidépendansde leurs souverains, et seulement justiciables du pape, les adoptèrent unanime-

* Il vivait dans le Vïiie siècle. Le Recueil des Dèerélales conlenaiU des lettres supposées de Ions les papes, depuis saint Clément Jusiiu'a saint «irégoire-le-Grand, lui est aUribué. Les Fausses Décrétales ont été publiées par Jacques Merlin, Paris, l",2-i, in-l'ol.

inent. « Eiiguerrani, ëvèque de Metz, en pré- » senta un extrait au pape Adrien, en 785. ïsii) dore, leur piemierauleur.dit danssa préface, » qu'il a été obligé par quatre-vingts évoques » et autres serviteurs de Dieu h faire cet ou- » vrage. »

Elïectivement , les évêques s'en servirent généralement pour se soustraire à l'autorité royale, après le règne ferme et vigoureux de Charlemagne qui les contenait, eux et les papes, dans leurs devoirs de sujets sous le rapport politique. Mais sous les règnes de ses faibles successeurs, ils s'érigèrent en souverains dans leurs diocèses, à l'exemple des gouverneurs bénéficiaires qui se déclarèrent seigneurs héréditaires des provinces où ils n'étaient qu'officiers du roi. Ces déc ré taies inspirèrent ensuite à certains papes la prétention de se porter rois des rois. Elles n'eurent pas de moindres conséquences dans le régime des écoles, parce que, créées par les évèques, remplies par des ecclésiastiques, et ne traitant d'abord que de matières relatives h la religion, elles parurent ne devoir être que du ressort de l'Église, et du pape par conséquent, puisqu'il en est le chef.

Telle a été l'origine de- l'autorité que nous verrous exercée par les papes sur les grandes

écoles qui , sous le nom (I'Universités , membres du clergé, ne reconnaissaient point d'autre supérieur que le pontife romain. Ces écoles n'eurent aucune peine h admettre les principes des décrétales, parce que, composées d'ecclésiastiques qui parvenaient par leurs études aux dignités et aux bénéfices de l'Église, elles étaient pour eux le garant et la sauvegarde de leurs pi'iviléges contre les agressions des laïcs.

Le Décret de Graticn \ car tels étaient le

* Né à Chiiisi, en Toscane. Il se voua à la vie religieuse dans le monaslère de Sainl-Félixetde Sainl-Xabor, à Bologne, où il mourut on ne sait quelle année. Il publia , en 1151, un ouvrage inlilulc : Décret , auquel il doit sa grande célébrité. Ce travail est divisé en trois parties : dans la première est traité tout ce <iui est relatif au droit et aux ministres de l'L"glise ; dpus la deuxième sont les jugcmens, et la troisième est consacrée, sous le titre de Consécrationes, à tout ce qui est relatif aux sacremens et aux cérémonies. Le Décret fut d'abord enseigné dans l'école de Bologne, d'où il passa en France, d'abord dans les Universités de Paris et d'Orléans, d'où il se répandit dans toutes les directions. On le regarde généralement comme ayant été le premier auquel l'Université de Paris ait conféré le grade de docteur. En ll.")9 il siiccéda à Tliibaud, évoque de Paris. Il mourut le !20 juillet 1160, et fut enterré dans le cliœur de l'église Saint-Marcel. Il est l'auteur d'un cours de théologie intitulé : Senientiarum libri ir, Nuremberg, Mii; Venise, 1477, 1480, ii86, in-folio. Le nombre des commentateurs de cet ouvrage est iumieiise, on pourrait en citer plus de trois cents.

En 1777 , le savant Ch.-Scb. Berardi. professeur à Turin , publia un ouvrage critique sur le trailé de Gratien, intitulé : Gratiaui Canones gensrini ah opocnjphis discrcti ; corrufiti

litre du livre el le nom de l'auteur, étant imite des décrétales d'Isidore, les représentait sans critique et sans distinction des vraies d'avec les fausses. Il y ajoutait les nouvelles avec les canons vrais ou su])posés des conciles, comme également obligatoires. Ce nouveau livre épargnant des recherclies, les écoles le reçurent avec la même avidité et la même satisfaction quelles avaient moni rées pour le Livre des Sentences; car le Décret était pour la discipline ce que les Sentences étaient pour le dogme : il réunissait les mêmes qualités qui lui donnaient le même prix aux yeux des maîtres et des écoliers; et il fit bientôt loi, non seulement dans les écoles, mais encore dans tous les tribunaux ecclésiastiques.

Mais combien de volumes, d'interprétations, de gloses el de scolies ces deux livres n'onlils pas enfantés! Ceux qu'ils faisaient dispai-aitre furent remplacés en foule par ceux qu'ils firent naître, et comme dans le même temps les Pandecle^ de Justinien * furent dé-

ai emendatiorum codicum fidem exacti; difficUiores commodà inlerprctationc illustrati. Venise, i vol. iii-4o.

La première édition du Traité de Gratien a été pnbiiiie à Strasbourg:, en liTi, in-fol., chez Henri Eîigestein. C'est aussi le premier livre imprimé, daté de Strasbourg.

* Justinien, empereur d'Orient. Né le il mai 483, à Taurcpiuni, dans le district de Bederiano, dans la Dardanic, fron-

couvertes à Amalfi *. enseignées li Bologne, et adoptées par les tribunaux laïcs , elles furent

ticre (le l'Illyrie et de la Thrace. Fils de Sabatius, cnltivateur, et de lîigleiiiza on Vigilaiitia, s^fiir de Jiisfin-/-4nct>rj, proclame empereur d'Orient le 9 juillet 518, à l'âge de 68 ans, Couronné par son oncle maternel, Justin, le lei- août 5:27. W épousa la fiimcuse Théodora, femme sans naissance, mais renommée pour son esprit, ses débauches et sa beauté.

n institua les préteurs { prœtorcs phbis ) pour surveiller les mœurs du peuple. Il manqua d'être renversé par la sédition appelée nika, dont il faut lire les curieux détails dans l'ouvrage de Gibbon. Sans le calme et la fermeté de Théodora, le sceptre lui échappait. Il reconstruisit l'église de Sainte- Sophie sur les plans du célèbre architecte Anlhéniius. Juslinien s'écria , lorsque ce beau morceau d'architecture fut terminé : Gloire à Dieu, qui m'a jugé digne d achever itn si grand ouvrage ! 0 Salomoîi , je t'ai vaincu ! Ce fut de son temps que des moines apportèrent en Grèce des vers à soie qu'ils trouvèrent en Chine. Vers la lin de son réègne , il adopta l'opinion de Julien d'Halicarnasse sur ïiinpassibiliié de Jésus- Christ. Il mourut le li novembre .565, âgé de 83 ans.

On le regarde comme l'auteur de l'hvmne chantée dans les églises grecques avant la connnunion.

La vilie appelée aujourd'hui par les Turcs Djustendil, fut bàlie par lui.

Le Code Justinicn fut publié en 529 et modifié en 534. En 530, il chargea Tiibonien de réunir tout ce qui avait été publié par les jurisconsultes, ce qui conslKua le Digeste, nommé Pandectes, qui signifient : qui comprend tout ce qui était du ressort du droit à cette époque. Ce travail immense égaré, perdu*, lors des invasions des barbares, fut retrouvé cinq cents ans après au pillage d'Amalfi.

Les Insiitutes conslituent les élémens de la jurisprudence pour servir de prolégomènes à 1 étude du droit. Elles sont dues à Tribonien, Théophile et Dorothée, professem-s de droit, (l'.ii les ptihiièront d'après les ordres de leniperour JusîinieM.

Les constiUUions que Icuiperenr ajouta ensuite, lorri'.cnt

la l'ëgle du droil civil, coiiiiiie le Décret de Gratien celle du droil canonique, et les écrits fourmillèrent pour expliquer l'iin et l'autre, mais « c'est princii)alemenl au Décret de Gra- » tien que les papes soiu redevables d'une » i>arlie de la grande autorité qu'ils ont exer- » cée dans le xiiT siècle et les suivans. »

Causes de l'afîluencc des étudians à Paris.

Tous les livres étaient désormais réduits à deux^ dans les écoles de Paris, les Sentences elle Décret. Mais cela ne suffisait pas. 11 fallait en connaîti'C lesendioils iaihies, il fallait entendre les docteurs ([ui les expliquaient, il fallait venir aux écoles.

Depuis l'invention de rinjj)rimerie, introduite à Paris dans l'Université en 1470, les

les Tfovelles qui modifient et souvent conlredisenl le Code Justinien.

Les Institutes ont été traduites, en i807, par Hiillot, 5 vol. in-l2. Le Digeste, par MM. Hullot et Berllieiot , :r; vol. in-l;2. Le Code, par Tissot, 1807, 18 vol. ln-I2. Les Aurelles, pur M. Béranger lils, 10 vol. inia.

* Anialfi , Anialphis , ancienne ville archiépiscopale de Naples. Saccagée en IIS'J |)ar les Pisans, qni en rapportèrent les Pandectes, Pisannes, ou Florentines. Ses habitans bâtirent à Jérusalem, auprès du Saint-Sépiilcre , une chapelle qui a èlé le berceau des chevaliers de Saint-.Iean de Jérusalem (chevaliers de IMalti-)- Mavio Gioia. inventeur de la boussole, en i.W2. y e^t né.

livres sont devenus nos maîtres, et des maîtres commodes, qui coulent peu à se procurer, et qui sont toujours prêts à répondre. Ils viennent à noire commandement nous trouver et nous olli'ir leurs services. On les consulte, on les rejette, on les reprend, on les laisse ou on en change, ils ne se rebutent de rien. Ils sont toujours également disposés à nous instruire, toujours égalemenl complaisans; ils n'ont rien de caché pour nous, ei tout ce qu'ils possèdent est à nous. La multiplicité de ces maîtres muets est un mérite de plus qui les rend présens en plusieurs lieux à la l'ois, dans toute la série des lemps sans aucune inlerruplion. On ne craint plus que les découvertes meurent avec leurs auteurs, puisqu'on peut , sans se déplacer, converser avec leur esprit, leur âme et leur génie.

Il n'en était pas de même avant l'imprimerie. Tous les livres, étant manuscrits, étaient rares et chers. Une bible avec ses ornemens à la mode du lemps, se transmettail comme un héritage de grande valeur. Marguerite de Sicile légua , par son testament , un bréviaire au roi de Sicile, son père. Plus tard , le cardinal Bessarion * estimait plus un commentaire ma-

* Xé À Trébizonde eu 1389. Il passa vinf^r-iin ans dan* un

nusci'il de Théoii qu'une province. Et^ de nos jours uîèiue, où nous vivons dans un océan de livres imprimés, les manuscrils sont encore hors de prix, [tarce qu'ils sont la pierre de touche de la fidélité et de lexactilude des éditions imprimées. 11 n'est pas étonnant que les manuscrits , seule espèce de livres que l'on eût au xn*" siècle, fussent d'un prix si fort au dessus de la fortune des particuliers, que dans les églises un bréviaire commun, enfermé dans une cage de fer, servît à tous les prêtres pour leur office. On l'exposait dans le lieu le plus élevé, pour que tous ensendjle pussent y lire à la fois. Et dans les bibliothèques, les manuscrits étaient attachés par des chauies de fer , afin que les étudians pussent les lire, sans pouvoir les emporter.

MaJs il n'y avait de ces bibliothèques que

iDOiiaslcre tlii réloponùse à l'oludc dos belles-lcllics. l.n 1438, il fui nommé évoque de Nicéc, et enfin cnrdinal-prètic du titre des saints apôtres par le pape Eugène IV, en récompense des services qu'il rendit en secondant les projets de Jean Paléologue pour la léunion des grecs schismatiques. n faillit être nonmié successeur du pape Nicolas V. Le pape Sixte IV l'envoya en France pour obtenir une réconciliation entre Louis XI et le duc de Bourgogne. Il mourut à Ravennc, le il novembre 1172, âgé de 83 ans. On a de lui plusieurs travaux qui traitent de la liliiiosopliie do Platon et de la réunion des deux Eglises Ou les ti'ouve d;uis le lou)0 XVI de la Bibliothèque des Pércs.

diïus les oloities de cathédrales el de monastères; et les livres y étaient en très petit nombre , Les écoles en manquaient et Ton ne pouvait rien apprendre qnen écoutant les maîtres. On était obligé , pour s'insîruire, de venir à ces écoles. Il en contait moins pour se rendre à Paris, des extrémités de l'Europe, que pour acquérir un cxeinplaire du livre des Sentenres ou du Décret. Et encore quand on l'aurait eu, ce n'était pas tout , il {'allait y joindre la glose et la glose de la glose : et la plus nouvelle étant toujours la plus en vogue, sinon la meilleure, il fallait venir renlendre de la bouche même des professeurs. Car ces malti-es ne dictaient pas. Ils lisaient un texte et l'expliquaient verbalement. Les auditeurs, pour ne rien perdre, écrivaient par des abréviations rapides qui rendent aujourd'hui la lecture de ces manuscrits extrêmement difficile. Ouvrez-en un du xh' siècle, vous le voyez en lettres gothiques, noires, serrées, à demi exprimées, sans finales, et plus propres à dégoûter de la lecture qu'à y inviter.

Les leçons de philosophie, également orales, obligeaient également ;i venir les entendie. Le texte en était pris d'Aristote , mais les commentaires étaient innombrables, arbitraires , vai'iables. Les plus renommés étaient ceux

que les professeurs savaient le mieux soutenir par le raisonnement. Les cahiers que l'on formait des paroles qui tombaient de leur bouche , étaient plus ou moins incomplets et informes, et ne pouvaient tenir lieu de l'audition. D'ailleui's, pour se former à la controverse, il fallait venir écouter ces maîtres qui savaient si bien manier l'arme de la dialectique, percer un sophisme, et se couvrir d'Arislote contre Âristote même.

Or, il n'y avait que Paris oii l'on rencontrât tous ces avantages réunis : des écoles existantes depuis des siècles, une succession constante de maîtres fameux, des livres manuscrits qu'on ne trouvait pas ailleurs, une communication immédiate de science par le nond^re et la présence des prolesseurs et des disciples dans le même lieu. Tout contribuait à la perfection par l'émulation qui résultait de ce concours. Toutes ces causes, qui avaient autrefois rempli les écoles d'Alexandrie et d'Athènes pour les sciences exactes et les lettres, appelaient à Paris des jeunes gens de toutes les parties de l'Europe pour les études théologiques, qui menaient aux bénéfices ecclésiastiques alors si nombreux , si liches et si puissans. Rome , centre du monde chrétien , était livrée à trop de factions de ses citoyens conti-e les papes ,

pour que les études n'y fussent pas troublées, ni les étudi.ins compromis; et lltalie. remplie de brigands , ne présentait que des dangers sur les cbemins, à ceux qui s'y seraient exposés pour se rendre à celte capitale.

La France seule, quoique encore dans la féodalité , offrait la sûreté que le roi assurait aux étudians étrangers et nationaux; lÉglise, toute puissante alors, aurait frappé de ses excommunications et dépouillé de ses États au profit de la couronne, celui de ses vassaux qui aurait osé conti'evenir à la volonté du roi , dans cet objet qui intéressait également l'Église , dont l'école de Paris perpétuait la doctrine, et le roi dont la capitale s'enrichissait par l'affiuence de tous ces étudians parmi lesquels on voyait des princes et des rois. L'archiduc Léopold d'Autriche y avait fait ses études, et dans le siècle suivant , à la fin , Charles de Luxembourg, roi de Bohème et ensuite empereur d'Allemagne, pril , dans l'école de Paris où il était élevé, le modèle de celle qu'il fonda depuis à Prague.

(il —

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