‹ Origine de la race égyptienneChapitre 2 sur 2 · Diodore de Sicile, liv. I, ch. ix · texte numérisé non relu

Diodore de Sicile, liv. I, ch. ix

2. Menés et ses successeurs de la I'« et de la n« dynastie ne sont peut-être eux-mêmes que des personnages légendaires ; telle est du moins Topinion de M. Maspero (Histoire

Dans Tétat de la science, peut-on assigner une date certaine à la fondation du royaume d'Egypte? Cette date serait un jalon précieux pour nous aider à remonter les siècles à la recherche de Torigine de la race elle-même. Malheureusement, rien de précis ne peut être espéré de ce côté : les Égyptiens ne comprenaient pas comme nous la chronologie : ils n'eurent jamais la conception d'une ère dans laquelle les années pouvaient être comptées. Chaque règne commençait en quelque sorte à leurs yeux une ère nouvelle et, pour fixer la date d'un événement, ils disaient par exemple : l'année 1 0® de tel roi, tel événement est survenu. On comprend de suite à quelles difficultés de calcul doit se heurter à chaque pas celui qui veut entreprendre une histoire générale de l'Egypte. Dans les bibliothèques des temples, il existait certainement des papyrus contenant les résumés numériques des règnes : seul, l'un d'entre eux a survécu, c'est le célèbre papyrus du Musée de Turin, qui renfermait précisément une liste des rois d'Egypte avec la durée de leurs règnes et une récapitulation par dynasties; mais ce document inestimable est en mauvais état de conservation, et ses lacunes ont fait le désespoir de ceux qui l'ont étudié.

Au ffl® siècle avant notre ère vivait un prêtre

ancienney p. 240). L'absence de monuments royaux contemporains de ces premiers pharaons s'expliquerait alors, et l'on devrait renoncer à l'espoir d'en retrouver un jour.

égyptien du nom de Manéthon : il avait composé une histoire d'Egypte d'après les documents anciens existant de son temps dans les temples; mais de cet ouvrage ne nous sont parvenus que des fragments conservés par quelques auteurs anciens tels que Josèphe et Eusèbe, et encore ont-ils dû être souvent altérés par les copistes. Cependant, de la comparaison de ces fragments avec ceux du papyrus de Turin est ressorti ce fait que les historiens égyptiens avaient classé les règnes des Pharaons en dynasties, divisions que les égyptologues ont conservées et qui, en somme, répondent aux besoins de Fhistoire aussi bien que nos divisions de Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens. Les changements de dynasties indiquent d'ordinaire un changement dans l'ordre régulier des règnes, soit par extinction naturelle de la race royale, soit par usurpation. Mais, comme aux yeux des Égyptiens le Pharaon était considéré comme le descendant direct du dernier roi divin, on peut constater souvent, au début d'une dynastie nouvelle, le soin que prend le nouveau souverain de faire entrer dans son harem une descendante de famille royale, afin de légitimer aux yeux du peuple son intronisation.

Cette série de trente dynasties semble, aux yeux du public, un monde au milieu duquel il est difficile de se reconnaître : ces dynasties ont bien dans l'histoire chacune un nom particulier leur venant du pays d'origine de leur fondateur ; ainsi

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OEIGINE DE LA EAGB ÉGtPTIENFffi. 9

telle dynastie sera dite Thébaine, Memphite ou Saïte, selon l'origine de la nouvelle famille royale; mais, pour qui ne veut pas descendre dans les détails, ces qualificatifs compliquent plutôt qu'ils n'éclairent l'aspect général de l'histoire. Conservons donc provisoirement ce terme de dynasties qui correspond malheureusement trop bien au vague de la chronologie égyptienne^. Pour arriver à fixer une date, il faudrait, pour les temps les plus anciens de l'histoire de l'Egypte, rencontrer par exemple, dans une inscription datée d'un règne, la notation certaine d'une éclipse ou de quelque autre phénomène céleste^, ce qui n'est pas impossible, soit, dans les siècles plus récents, arriver à prouver la concordance d'événements connus par la chronologie d'autres peuples.

1. Les comparaisons entre les différentes listes royales retrouvées sur les monuments et les papyrus et celles qui ont été conservées par extraits chez les auteurs anciens font ressortir des différences, tant dans le nombre des règnes que dans le calcul de leur durée, et, si elles amènent par leur confrontation avec les monuments épigraphiques à un classement général, la chronologie n'en acquiert pas jusqu'à présent de données fixes et positives.

2. Vicomte E. de Rougé, Mémoire sur quelques phénomènes célestes, etc, {Revue archéologique, 1851). — Note sur les coU" ditions préliminaires des calculs qu'on peut tenter sur le calen' drier égyptien (Revue archéologique, 1864). — Travaux de M, Biot sur le calendrier et l'astronomie des anciens Égyptiens (Revue contemporaine, 30 novembre 1862). — Leçons du Collège de France, cours de 1865, rédigé par M. Robiou (Revue de l'Instruction publique, janvier et février 1866).

40 ORIGINE D£ LA EAGB éGTPTIElflICE.

On peut apprécier de suite, par les explications précédentes, l'embarras où se trouve rhistorien de bonne foi, quand il veut donner des chiffres même approximatifs applicables à la première période de Thistoire égyptienne, et, en disant que les débuts des dynasties pharaoniques peuvent être placés un peu au delà de 4,000 ans avant notre ère, c'est tout ce que la critique permet aujourd'hui d'indiquer, encore l'erreur peut-elle être considérable.

Un problème parallèle à la recherche de l'origine de la race doit se présenter à l'esprit : la civilisation égyptienne est-elle née sur place par le perfectionnement des siècles? ou bien le peuple immigrant avait-il apporté avec lui un lot de connaissances acquises dans son pays de départ?

Cette question est grosse de conséquences au point de vue de l'histoire monumentale et de la chronologie, mais son élucidation pourrait d'un autre côté servir grandement à l'étude de l'origine elle-même du peuple égyptien.

C'est à la IIP dynastie que semblent appartenir les plus anciens monuments découverts jusqu'à ce jour ; on peut citer entre autres le bas-relief du roi Sozir, retrouvé dernièrement par M. Bénédite dans l'Ouadi-Maggarah S aux mines de cuivre et de turquoises de la presqu'île de Sinaï, non loin

1. Georges Bénédite, Le nom d'épervier du roi Sozir au Sinaï. Recueil, etc., t. XVI, p. 104, 1894.

ORIGINE Dfi LA RAGE éGTPTIHTINE. U

de celui déjà connu de Sénéfrou, dernier roi de cette IIP dynastie. La pyramide à degrés de Saqqarah aurait été le tombeau du premier, comme celle de Meïdoum, d'une forme si particulière, devrait être attribuée au roi Sénéfrou.

Quelques tombes de personnages importants datent également de la IIP dynastie, et parmi elles il y a lieu de citer les tombes du prince Ror-hotpou et de la princesse Nofrit, découvertes du temps de Mariette à Meïdoum ^ (pi . Y) . Les statues de ces deux personnages ont été retrouvées intactes et elles dénotent un art déjà consommé : celle de la femme surtout, où le corps se moule chastement sous le tissu léger de la robe, peut être considérée comme un chef-d'œuvre de la statuaire égyptienne*. Le bandeau qui serre la coiffure de la princesse égyp-

1. Daninos «-Pacha, La découverte des statues de M&idoum. Recueil, etc., t. VIII, p. 69.

2. La statue de la princesse Nofrit a été déjà plusieurs fois reproduite : en premier lieu par Mariette, dans sa Notice des principaux monuments, etc.; puis par M. G. Perrot, Histoire de Vart dans l'Antiquité, t. I, p. 639, et en dernier lieu par M. Maspero, Histoire ancienne, etc., p. 363 et pi. II. Un très bon dessin de la tête du prince Rahotppu est donné également dans Y Histoire ancienne, p. 347. J'ajoute à cette liste une nouvelle reproduction de la charmante statue de la princesse Nofrit dans la planche V de ce Mémoire, parce que, à mon avis, parmi toutes celles déjà données, la planche seule de Mariette fournit l'impression vraie, et il est difficile de se procurer cette planche. On peut se reporter également à la planche U de l'Histoire ancienne de M. Maspero, la tête de la princesse y est reproduite très fidèlement.

42 OEtGtirE DE U JUGB ÉGIPTIENNE.

tienne mérite une attention particulière : il est orné de motifs que Ton dirait venus directement des bords du Tigre et de TEuphrate : c'est, à ma connaissance, le seul exemple en Egypte de ce genre d'ornementation^. M. Georges Perrot, dans son Histoire de Varty a d'ailleurs remarqué combien le profil de ces statues, ainsi que celui d'un personnage de la même époque nommé Hosiy rappellent avec leur nez aquilin et leurs lèvres minces la race sémitique plutôt que la race égyptienne, telle que nous la connaissons par les autres monuments K

Le grand sphinx de Ghizeh est également antérieur à la IV* dynastie, ainsi que le prouvent certaines inscriptions du roi Ghéops : c'est peut-être la relique la plus ancienne de l'art égyptien.

De la IV® à la VP dynastie, c'est-à-dire à une époque relativement voisine de la fondation du royaume égyptien, les monuments abondent. Depuis que Mariette a peuplé le Musée du Gaire des statues de ces premières dynasties, il est plus facile d'apprécier la culture artistique de l'Egypte

1. M. Maspero m'a dit toutefois connaître remploi sur d'autres monuments égyptiens de rosaces analogues à celles du bandeau de la princesse Nofrit.

2. Georges Perrot, Histoire de l'art dans ^antiquité, vol. I, p. 642. — La figure de Hosi est conservée sur des panneaux de bois d'une finesse admirable ; ces panneaux sont reproduits dans Touvrage de M. G. Perrot et dans VHistoire ancienne de M. Maspero, p. 404.

ORIGINE DE LA BACE lÎGTPTIBNNE. 43

à ces temps reculés. L'étude de ces monuments primitifs soulève un problème qui n'a pas encore reçu, à mon avis, de solution satisfaisante. L'art atteint alors une perfection qui ne se rencontrera plus en Egypte pendant la longue suite des siècles suivants : déjà la sculpture sait assouplir les matières les plus dures et donne quelquefois aux personnages une liberté d'allures qui nous étonne; les innombrables statues du Musée du Caire ont été une révélation dans cet ordre d'idées*. D'un autre côté, si l'architecte, dans la construction des pyramides, n'a pas encore conçu la variété de plans que les temples des époques postérieures nous ont révélée, il est arrivé cependant à une perfection d'exécution qui ne saurait, en certaines parties, être dépassée.

Gomment expliquer ce fait anormal, qui place presque aux débuts historiques d'un peuple l'efflorescence de son art? On a supposé tout d'abord qu'une longue série de siècles avait dû précéder

i. Les planches VI et VII présentent un spécimen des statues de ce premier âge ; avec leurs physionomies si différentes, elles donnent Timpression vivante de portraits : la recherche de la vérité dans les traits du visage et Tétude puissante de la musculature ne se retrouveront plus dans Tart des siècles suivants. La statue de Rânofir a été déjà reproduite par M. G. Perrot, Histoire de l*art, etc., p. 656, et par M. Maspero, Histoire ancienne, etc., p. 47; mais Théliogravure ci-jointe rend plus fidèlement qu'un simple dessin le caractère vraiment remarquable de ce chef-d'œuvre de la statuaire égyptienne.

44 OEIGINE DB LA AACE EGTPTIENIIE.

l'acte politique de Menés, constituant la royauté égyptienne ; il faudrait alors placer pendant cette période inconnue Tincubation de cette civilisation que Ton trouve tout à coup dans un état d'avancement extraordinaire.

< Les plus anciens monuments que nous pos-

< sédions jusqu'à ce jour, dit M. Maspero, ne nous

< mènent pas au delà de 6,000 ans ; mais ils sont

< d'un art si fin, si bien arrêté dans ses grandes € lignes, ils nous révèlent un système d'admi- « nistration, de gouvernement et de religion si « ingénieusement combiné qu'on devine derrière € eux un long passé de siècles accumulés. On « éprouve toujours quelque difficulté à évaluer € avec certitude le temps qu'il fallut à un peuple € aussi bien doué que l'étaient les Égyptiens pour « monter de la barbarie à la culture élevée : je « crois pourtant qu'on ne se trompe guère si on € leur accorde quarante ou cinquante siècles, afin « de conduire à bien une œuvre aussi compliquée, € et si l'on place leurs débuts à huit ou dix mille « ans avant notre ère*. »

Voilà, en efifet, la seule explication donnée jusqu'à présent de la culture artistique des Égyptiens dès les premières dynasties. On pourrait cependant faire quelques objections à la donnée ordinaire de l'homme à l'état sauvage arrivant à la civilisation par le progrès que l'on applique à l'histoire du peuple égyptien.

i. Maspero, Histoire ancienne, etc., p. 44.

En premier lieu, on doit écarter du débat la constatation que l'on avait cru faire en Egypte, comme dans d'autres pays, d'une époque préhistorique par la découverte de gisements de silex taillés. Les remarques de Mariette, Ghabas^ et d'autres savants ont montré que ces instruments de silex avaient été employés pendant toute la durée de l'empire égyptien. Les couteaux de pierre servaient à pratiquer les premières incisions dans le cadavre avant l'embaumement, et les instruments de silex de formes les plus variées étaient en usage journalier dans la population égyptienne : Mariette a fait remarquer que les plus grands gisements se rencontrent près du site des anciennes villes. Enfin, au Sinaï, on a pu constater d'une façon indiscutable que l'instrument de silex, pointe, marteau, etc., avait été employé exclusivement aux mines de cuivre et de turquoises pour pratiquer les excavations dans le rocher.

Si l'on admet pour l'Egypte une marche progressive vers la civilisation à travers cinq ou six mille années avant l'époque des pyramides, comment expliquer que le sol sablonneux de la montagne d'Egypte, qui nous a conservé intactes des statuettes de bois datant de la IIP et de la IV° dynastie, c'est-à-dire depuis 6,000 ans peut-être, n'ait pas sauvé de la destruction un seul des

1. Ghabas, Études sur l'antiquité historique, d'après les sources égyptiennes et les monuments réputés préhistoriques, p. 328.

monuments de pierre éclos pendant cette longue période antéhistorique? Il y a là une objection très sérieuse, dont on ne me parait pas avoir tenu assez de compte dans la discussion. Pour croire à cette longue période antéhistorique, je voudrais qu'on pût me la prouver par qbelques monuments, et il devrait en exister, si Ton admet qn'elle a conduit l'art égyptien à son apogée. Il ne suffit pas, pour prolonger l'au delà de l'histoire, de s'appuyer sur ces légendaires serviteurs d'Horus^ ces héros demidieux dont l'invention est peut-être due à l'imagination des hagiographes postérieurs, comme M. Krall propose en effet de le soupçonner.

Nous sommes donc, on le voit, en pleine hypothèse, et il nous faut vérifier si, après les doutes qu'elle peut soulever, les faits ne viendraient même pas la renverser.

Dans les études historiques modernes, on a pris l'habitude de s'appuyer sur les données de la Bible lorsqu'elles confirment la thèse que Ton soutient, mais on s'empresse de rejeter, sans discussion quelquefois, ce qui pourrait gêner des théories toutes faites. Pourquoi faire ce partage dans ces renseignements précieux et ne pas chercher plutôt souvent à mieux comprendre ce qui parait obscur ou impossible au premier abord? Voyons donc si, dans les renseignements fournis par les livres saints sur la colonisation de la terre, quelque indication ne serait pas à retenir pour notre étude.

Mitzraïm, fils de Gham, est indiqué comme le père de la race égyptienne : à quel moment ses

ORICmB DE LA RACE l^GTPTIENNE. 47

descendants seraient-ils venus se fixer sur les rives du Nil ? Pour répondre à cette question il faut se reporter au récit même de la Bible. Les hommes commencent à se multiplier; ils sont à Tétroit dans cette partie de l'Asie, berceau de leur race ; il faut songer à se séparer pour trouver à vivre, et alors ils disent : « Venez, faisons-nous une ville « et une tour dont le faîte touche au ciel et ren- < dons notre nom célèbre avant que nous soyons € dispersés dans tous les pays » (Genèse, XI, 4). Mais Dieu, dit la Bible, confondit leur langage et les dispersa dans tous les pays. Laissant de côté, si l'on veut, le fait miraculeux de la confusion du langage, on constate, d'après le récit biblique, que le départ des différents rameaux de la famille humaine a lieu après la tentative de construction de la tour de Babel. L'entreprise d'un pareil monument dénote une civilisation déjà très avancée et des connaissances considérables en architecture. Ne pourrait-on pas admettre que, parmi la tribu des enfants de Gham qui se dirigea vers l'Egypte, les traditions scientifiques se soient conservées d'une manière spéciale et se soient perfectionnées rapidement après un séjour relativement restreint à son pays d'élection ? Il ne serait plus nécessaire alors de recourir à une longue série de siècles pour expliquer l'enfantement de la civilisation égyptienne. Ge n'est là aussi, je le sais, qu'une hypothèse, mais n'est-elle pas aussi admissible que l'autre qui, sans preuves, veut

48 ORIGINE DE LA BACE ^GYPTIEHNE.

établir la réalité d'une longue période antéhistorique?

Faut-il d'ailleurs abandonner tout espoir de voir apparaître au jour quelques documents nou* veaux qui viendraient à l'appui de ceux qui croient à un épanouissement rapide de la civilisation primitive en Egypte? Je ne le pense pas. Il faut peut-être attendre de la Ghaldée, dont l'histoire en ce moment marche à grands pas dans l'étude de ses origines, des éclaircissements inattendus pour l'histoire artistique des temps les plus anciens. Les découvertes successives de M. de Sarzec à Tell-Loh fournissent à ce point de vue des documents inestimables : elles ont eu en outre l'avantage d'appeler l'attention sur ces époques primitives de la Ghaldée. Gomme date de ces statues et bas-reliefs, que l'on peut admirer maintenant au Musée du Louvre, on parle déjà du XXX® siècle avant notre ère, peut-être plus haut encore pour certains de ces monuments. Or, il est impossible de ne pas être frappé de l'air de famille de ces épaves de la civilisation primitive de la Ghaldée avec les produits de l'art égyptien des premiers temps : tout concourt à la ressemblance, jusqu'à la matière des statues de Goudéa, qui rappelle le diorite des figures égyptiennes.

Gette ressemblance, du reste, n'a pas échappé à l'œil exercé de M. Maspero : à propos d'un monument récemment découvert et dont l'antiquité parait même supérieure à celle des statues

OSIGINE DE LA BICE JGIFTIENNB. 19

de Tell-Loh, il a fait admirablement ressortir la similitude des procédés artistiques et les points de contact de l'art de ces deux peuples à leur origine; je ne puis mieux faire que de citer ce passage dans son entier* ;

Bas- RELIEF DE Narahsin.

1 . Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie Égyptienne et assyrienne, vol. XV, p. 65, 1893. — Le

20 ORIGINE DE LA RACE EGTPTIENIfE.

€ Le bas-relief découvert et publié par le Père

< Scheil est un des morceaux de sculpture les € plus précieux que la Ghaldée antique nous ait € rendus jusqu'à ce jour. La facture en est à la « fois très fine et très large et ne rappelle que € d'assez loin celle des monuments qu'on est habi- « tué à considérer comme représentant les ten- « dances de l'art sur les bords de l'Ëuphrate et « du Tigre. Elle n'offre pas ces exagérations de « musculature, cette sécheresse de ligne, cette « lourdeur de dessin et d'exécution qu'on remar-

< que sur les meilleurs morceaux de la sculpture « assyrienne : elle n'a pas le relief maladroit et la « gaucherie de ciseau qu'on observe sur beau- « coup des reliefs de Tell-Loh. Ce qui frappe à « première vue, c'est l'aspect égyptien de la « figure : on dirait presque qu'un artiste est venu

< des bords du Nil pour la tailler, et l'on serait « tenté d'y reconnaître une influence directe de « l'Egypte, s'il était vrai, comme on l'a dit, que

< Naramsin ait conquis le Mâgan et que le Mâgan « fût, à cette époque-là, une partie de la pénin-

< suie sinaïtique. En y regardant de plus près, « on aperçoit des différences : le relief est plus « haut sur fond que le relief égyptien, le rendu € de la tète est plus poussé et plus dur. Il n'en

bas-relief de Naramsin, dont la gravure a été prêtée à la Société par la maison Hachette, est reproduit à la planche IV ; la môme reproduction de ce monument a été donnée par M. Maspero dans son Histoire ancienne, etc., p. 602.

ORIGÎNB DE LA RAGB E'GTPTlEFfffE. 24

c reste pas moins assez de ressemblance avec les c figures analogues de certains bas-reliefs un peu € surhaussés des tombes de la V* et de la VP dy-

< nastie, à Dashour et à Saqqarah, pour qu'on

< garde, au second examen, beaucoup de l'im- « pression première. La courbe des épaules, l'ai-

< longement du bras, l'absence de biceps, la

< manière dont les tailles qui ont modelé le nu

< sont descendues de haut en bas et dont le relief € se rattache aux fonds, sont identiques à ce qu'on « voit en Egypte vers le temps de Naramsin^ € c'est-à-dire vers le règne d'Assiy d' Ounas ou des « Papi. S'il était permis de tirer une conclusion

< aussi large de notre fragment et de deux ou

< trois débris analogues qu'on a découverts à Tell- € Loh, on pourrait dire qu'une même manière de « traiter le bas-relief régnait alors chez tous les

< peuples civilisés qui nous sont connus, au moins

< dans les grands centres comme Babylone ou « Memphis, une manière égyptienne ou égypti- € santé. Il est prudent toutefois de ne pas insister € sur ce sujet et de ne pas construire une théorie

< de l'histoire de l'art sur une demi-douzaine de « morceaux incomplets. Le bas-relief est daté par € le nom du roi qu'il porte. Les Ghaldéens disaient

< que Naramsin avait régné dans un temps que € nous pouvons placer entre 3800 et 3700 avant « Jésus-Christ, et, jusqu'à nouvel ordre, je ne € vois pas qu'il y ait lieu de les accuser d'erreur

< grave; leur calcul est probablement exact à

22 ORTGTNE DE LA EAGB ÉGTPTIBl^Nfi.

< cent ou deux cents ans près. C'est donc un jalon € à peu près fixe que nous avons dans l'histoire « de Fart chaldéo-assyrien, et la beauté du travail « nous montre que, de même qu'en Egypte, il

< faut chercher la bonne époque très haut dans € le passé. »

Le D*" Fritz Hommel, de Munich, a été entraîné plus loin encore par l'étude de ces comparaisons : à son avis, la civilisation égyptienne dériverait directement de la Ghaldée ; il est frappé non seulement des ressemblances étonnantes de la statuaire, des constructions pyramidales de l'Egypte, dont il rattache la genèse aux temples à degrés de la Chaldée antique, mais il croit même retrouver des analogies intimes dans les noms et les rôles des divinités principales de ces deux peuples. Il rapproche enfin d'une façon curieuse le système hiéroglyphique égyptien du mode d'écriture des inscriptions primitives de la Ghaldée. Sans admettre les conclusions du D"" Hommel, dont la preuve reste à faire, il y a lieu d'enregistrer les comparaisons intéressantes qui ressortent de son travail*.

Dans un autre ordre de rapprochements, M. Mauss, l'architecte érudit à qui l'on doit de savants travaux sur les monuments de la Palestine, amené à étudier les étalons de mesure qui

i . Derbabylonische Ursprung der agypiischen Kultur, D^ Fritz Hommel, Mûncben, 1892.

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