LA GÉOLOGIE ET L'ORIGINE DE LA VIE A
longitudinal a deux pôles différents, par exemple Sithocapsa (et à côté Tripocalpis, Archicorys, Dictyocephalus, ete.), 8 genres de Spumellaria, 10 genres de Nassellaria.
Un certain nombre de formes indéterminées comme genre peuvent être cependant rapportées avec certitude aux Radiolaires (Dicyrtida (Ag. 4), notamment). M. Cayeux a fait une remarque intéressante, il constate que les roches de Bretagne {les plus anciennes par conséquent) renferment des Radiolaires plus parfaits que ceux des terrains paléozoïques plus récents.
La « marche progressive du développement de ces animaux s’est arrêtée au cours des périodes précambriennes ou cambriennes ». C’est là une donnée très curieuse, qui jette une lueur singulière sur la marche de l’évolution aux premiers âges du globe.
De l’énumération des genres retrouvés par Cayeux dans l’Algonkien breton, il découle que les deux groupes Spumellaria et Nassellaria étaient déjà très largement représentés et différenciés. Ces deux branches ont dùü se détacher d’un tronc commun et M. Cayeux conclut, avec un peu trop de timidité, selon nous, à « la possibilité — sinon la certitude — de l'existence de Radiolaires plus anciens, moins éloignés de leur architype ».
En résumé bien qu’en somme la Géologie ne nous permette pas de résoudre le problème de l’origine de la vie, les documents qu’ellenous fournit sont du plus vif intérêt. Ces restes certains d’êtres déjà très variés (Bactéries, Algues, Radiolaires, Mollusques, etc.), nous apprennent que la vie avait déjà énormément progressé dans «a partie supérieure de l’Algonkien, car il faudra (et cela a déjà été entrepris), subdiviser cet énorme système si on doit le considérer comme équivalent, au point de vue de la durée, à l’ensemble des autres terrains paléozoïques. Si ce facteur temps
n’était pas envisagé, il Pod admettre que cette éclosion primitive de la vie aurait eu, peut-on dire, le caractère d’une véritable création, c’est-à-dire d’une. production accélérée de formes sous l'influence d’une évolution raccourcie.
C'est là d’ailleurs une conception qui avait été déjà entrevue et formulée autrefois par Naudin car, selon lui, l’évolution aurait fonctionné pendant une période très courte ettout se serait figé dans une stabilité qui semblait donner satisfaction à ceux qui défendaient alors la fixité de l'espèce. Les naturalistes à l'heure actuelle n’en sont plus là, mais les données de la Géologie peuvent s’harmoniser avec l'hypothèse. naudinienne.
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CHAPITRE I HYPOTHÈSE DES COSMOZOAIRES L'évolution accélérée dont nous venons de men-
lionner la possibilité n'exclut pas une origine extra- terrestre de la vie. L'hypothèse assez étrange d’une
origine interplanétaire des êtres extraordinaires qui
ont été appelés Cosmozoaires a été formulée, pour la première fois, en 1821, par le comte Sales-Guyon de Montlivault, chevalier de Malte. Cette conception un peu bizarre était complètement tombée dans l'oubli, quand un grand esprit, William Thomson anobli et
devenu lord Kelvin, la ressuscita en 1871 lorsqu'ilenvi-
sagea la possibilité de l’origine de la vie terrestre aux dépens de fragments provenant des ruines d’autres
mondes. En 1873, Helmholtz, dans la préface du pre-
mier volume de la 2° partie de la traduction allemande du « Traité de physique théorique » de Thomson et Tait, exprima à nouveau cette idée sur laquelle il est revenu en 1884. Elle a d’ailleurs été complètement . adoptée par Van Tieghem en 1891. «La végétation de la Terre, dit ce dernier auteur, n'est qu’une très petite partie de la végétation de l'Univers. Une fois apte à la vie végétale, elle s’est peuplée de plantes comme se
peuple encore aujourd’hui une île émergée ou un
rocher éboulé par l'apport de germes venus de leur
- HYPOTHÈSE DES COSMOZOAIRES: 2
voisinage. La seule objection qu'on puisse faire est le prétendu isolement matériel de la Terre dans l’espace. Mais tout le monde n’admet pas cet isolement. La chute des météorites est là d’ailleurs pour le démentir. Il aurait suffi qu’une fois, ou un petit nombre de fois, quelques germes enfermés dans un météorite ou apportés par tout autre moyen parvinssent au globe terrestre après son refroidissement. La Terre une fois ensemencée, tout se serait développé à partir des germes positifs. La végétation de la Terre a eu un commencement et aura une fin; mais la végétation de l'Univers est éternelle comme l'Univers lui-même. » Bonnier s’est fait le défenseur des mêmes conceptions (1916).
Malheureusement lexplosion d’un astre (Cygne, 1876, Persée, 1902) résultant peut-être de la collision de deux planètes obscures, amène un tel dégagement de chaleur qu'il doit détruire toute trace d’êtres vivants sur les fragments de l’astre brisé. Les météorites charbonneuses (type de celles d’Orgueil, 1864) qui ont servi de base aux hypothèses panspermistes sont enveloppées d’une couche vitrifiée résultat de la fusion des parties superficielles par la chaleur dégagée pendant leur chute, D'ailleurs la matière organique qui s’y trouve ne viendrait pas d’êtres vivants mais serait formée d'hydrocarbures analogues à ceux qui se produisent fréquemment dans la fonte blanche (Berthelot, Schutzenberger et Bourgeois, etc.) (1). Pasteur a eu l’idée de faire des prises aseptiques dans cette météorite d’Orgueil, il est venu pour cela au Muséum, d’après le témoignage de M. Stanislas Meunier, et a fait des prélèvements ; les résultats de cette recherche ont été négatifs (2).
(4) Au milieu de la substance organique amorphe, il y a des granules de silicates magnésiens, mélangés: à de nombreux cristaux de brunnérite ef de pyrrhotine. Il ya des chlorures et sulfates alcalino-terreux, du nickel, du chrome, ete.
(2) Pour Renard, la vie est absente des météorites métal-
29 ORIGINE DE LA VIE SUR LE GLOBE. oo
L'intervention des méléorites ne donnant aucun résultat, Richter (1865), Ferdinand Cohn (1872) ont songé à la deuxième conception formulée plus haut par Van Tieghem de semences cosmiques susceptibles de flotter dans l’espace et ayant pu déposer sur la Terre des germes de vie. È
Arrhénius a fait sienne cette conception. Il à. rappelé que la lumière exerce une certaine pression sur les corps qu’elle éclaire. « Cette pression est larsement suffisante pour propulser avec une assez crande vitesse des corpuscules et les soustraire à laction de la pesanteur, lorsqu'ils ont une circonférence égale aux deux tiers de la longueur d’onde des rayons incidents ». Or, il existe des « microbes qui ont des dimensions voisines et souvent plus petites que celles prévues par cette théorie, Arrhénius croit que leurs germes invisibles sont certainement soumis à cette pression de radiation et qu'alors ils peuvent être envoyés avec une très grande rapidité à travers les espaces célestes, jusqu’à ce qu'ils atteignent un nouveau monde et l’enseméncement» (1). «Pour leur départ, la pression de radiation n'étant pas suffisante, . Arrhénius prévoit l’action de courants aériens qui peuvent emporter des germes à plus de 100 kilomètres d'altitude. Une fois arrivés dans ces hautes régions . de l’atmosphère, au contact des poussières électrisées négativement que l’on y rencontre toujours, ils se chargeront de la même électricité et ils seront repoussés. . brusquement dans les espaces célestes. C’est alors que subissant la seule pression de radiation du soleil, ils commenceront leur interminable voyage (2). »
liques ; il s’agit d'astres finis, aïrivés au terme de leur évolu-
tion, entrés depuis longtemps dans la phase apozoïque. Les «
silicates qu'ils contiennent sont ceux des péridotites. Ils proviennent de parties internes des corps planétaires ayant la fiease structure que la nôtre (Daubrée, Stanislas Meunier).
{1) Paul Becquerel.
1) Is mettront 20 jours pour arriver de la FOres à Mars,
HYPOTHÈSE DES COSMOZUAIRES 28.
Arrhénius a suivi les germes dans cette course errante à travers les espaces solaires, il les a vus adhérer aux poussières cosmiques qui forment des. nuages autour de tous les systèmes stellaires ; ces
L particules sont plus grosses que les germes et peuvent subir l’action des forces attractives des. astres ; il explique ainsi leur chute à la surface d’une planète et, selon lui, dans cetie dernière phase, la température qu’ils subiront ne dépassera pas 100°. Dans ces espaces célestes les germes, par contre,
- auront à supporter des froids de— 190° à 273* et de
D hauts vides, mais grâce à une extrème sécheresse ils peuvent résister à ces causes de destruction. Malheureusement il y a à envisager un autre agent nuisible, c’est la radiation ultra-violette. Or, d’après les expé-
… riences de Marshall Ward, Roux, Paul Becquerel et
“ d’autres chercheurs, après six heures de l’action de
» l’ultra-violet, les spores les plus résistantes sont tou-
… jours tuées. Aussi ce dernier auteur croit-il devoir
“ conclure que « l’ensemencement des mondes entre:
eux est impossible ». Il y à d’ailleurs une remarque
d'une autre nature qui paraît propre à faire rejeter hypothèse des Cosmozoaires, c’est que si l'ensemen-
… cement extra-terrestre était possible, ce phénomène
ne se serait pas produit une seule fois et les germes.
… successifs auraient dû donner naissance à des séries
très différentes d'êtres. Or ce n’est pas ce que semble
dire la Géologie. Tout en somme s’enchaine dans les”
7 règnes animal et végétal; on passe par des transi-
“tions des Invertébrés aux Vertébrés, des Vertébrés
inférieurs aux Mammifères, puis à l'homme. Il n’ap-
à parait pas, des filiations très différentes comme cela
aurait dû certainement se produire avec les germes
venus de toutes les parties des mondes stellaires.
Il y a lieu d’ailleurs de noter que la remarque pré-
“3 mois à Jupiter, 14 mois à Neptune, 900 ans à l'étoile du Centaure, lesystème stellaire le plus proche du système solaire.
UE GE gr AE Pet a gi ete RS DA a FE SEP PSE Man GE no € CE ME a QE PE AT
do à ORIGINE DE. LA VIE SUR. LE GLOBE | me
cédente semble impliquer, en outre, qu il n'yaeu. qu'une génération spontanée (ou création) à l’origine
des âges géologiques (hypothèse admise par Spencer, Huxley, Tyndall, Osborn). On peut être tenté de dire que les deux hypothèses qui viennent d’être exposées — génération spontanée des êtres vivants à l’époque algonkienne ou l’origine interplanétaire de la vie terrestre par les cosmozoaires — correspondent, pour ainsi dire, sous une forme moderne, à deux conceptions anciennes : l’une celle de la Bible, l’autre celle
des Bouddhistes qui admettent la persistance indéfinie. de la vie. Il est vrai que, dans ce dernier cas, c’est
la métempsycose qui intervient pour imposer à l’être la douleur de toujours renaître pour toujours souffrir. Bouddha n’a trouvé, pour échapper à ce cauchemar
des renaissances indéfiniment répétées que le refuge.
du «nirvana », c’est-à-dire du non être, récompense de la prière et de la sainteté. « Pour concevoir une
pareille doctrine, dit Taine, il faut renverser toutes
nos habitudes occidentales, effacer toutes Les cou-
leurs sombres dont nous entourons l'idée du néant,
ne plus considérer avec Pascal comme deux misères
égales « l’horrible alternative d’être éternellement
malheureux ou éternellement anéanti ». Cela est bon
pour les races fortes, actives, âprement attachées à … leurs projets, incessamment relevées par la salubrité … et la dureté de leurs climats, portées en avant par un
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