‹ Origine de tous les cultesChapitre 1 sur 180 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous voilà enfin arrives à la partie de notre ouvrage la plus attendue par le public , à celle qui doit présenter actuellement un plus grand intérêt , et qui doit faire une révolution dans le monde religieux et dans le culte de plusieurs grandes nations. Jusqu'ici le «lecteur n'a été occupé que par le spectacle des superstitions anciennes ramenées aux principes de la science , et réunies toutes dans un centre commun, dans le culte de la Nature universelle. Quoiqu'il soit toujours curieux de suivre la marche de l'esprit kumain dans ses erreurs , comme d'observer les vérités qu'il découvre, et cela dans tous les siècles et chez tous les peuples , il faut néanmoins convenir que , parmi les objets de nos recherches philosophiques, il n'en est point de plus important que l'analyse des opinions religieuses dans lesquelles on a été soimême élevé , et qui régissent le peuple chez lequel on est aé. La religion saisit l'homme dès son berceau , l'accompagne toute sa vie , et le suit par la crainte ou par l'espoir dans le tombeau même. Ce spectre plus effrayant encore par ses menaces, que consolant par ses promesses, a 1$é jusqu'ici v. i

une éuigme et pour ceux qui lui ont donné de la réalité et pour ceux qui n'y ont vu qu'un fantôme imaginé pour contenir les crédules mortels. Les premiers n'ont pas osé se rendre compte de leur croyance , ni regarder en face l'objet de leur respect superstitieux. Courbés servilement sous le joug des prêtres depuis l'aurore de la vie jusqu'à la nuit de la mort, ils n'ont pas voulu sentir que plus les dogmes qu'on nous enseigne paraissent absurdes et ré vol tans, plus la raison a droit d'être en garde contre l'erreur et l'imposture , et plus chacun a intérêt de les examiner, et de se rendre compte à soi-même des opinions que, malgré nous , l'éducation et l'exemple nous ont forcés de recevoir.

Dociles à la voix dn prêtre, qui commande la foi et défend de raisonner, ils ont oublié qu'il est de l'essence de la vérité de ne paraître jamais plus lumineuse que lorsqu'elle est soigneusement examinée et fortement approfondie , comme il est dans la nature de l'erreur et du* prestige de craindre un trop sérieux examen. La foi ou la crédulité, car ces mots en religion sont synonymes, est l'aveugle ignorance qui se repose sur les autres du soin de juger; c'est une paresse de l'esprit qui redoute le travail des recherches profondes ; et quand on est venu à bout de l'ériger en vertu, il n'y a plus de terme à l'erreur. Aussi le prêtre dit, crois-moi ; et le sage , écoute-moi et raisonne. C'est aussi ce dernier langage que je vais tenir à ceux qui jusqu'ici ont abjuré cette lumière sacrée de la raison , et ont assez méprisé la vérité pour fuir un examen qui seul peut faire évanouir le prestige religieux qui les environne de tontes parts.

Quant aux seconds , ils n'ont pas en plus de raison pour ne pas croire , ou au moius ces raisons n'étaient point tirées de la science , mais seulement de la répugnance qu'ils éprouvaient à admettre, comme des vérités, des faits et des dogmes qui ne portent pas le caractère de la vraisemblance. A peine , en effet , la philosophie a rendu k l'homme le droit de genser qu'il tenait de la Nature , et que lui avait

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ravi depuis tant de siècles l'autorité tyrannique de ses prêtres , que le premier usage qu'il a fait de sa liberté a été de combattre avec les débris dé ses fers l'antique religion de ses pères , et de faire retomber sur elle le mépris et la baiue que méritaient ses ministres tout à la fois avides, impérieux , vicieux et ignorans.

Cependant il eût été plus juste de chercher d'abord à l'entendre avant de l'injurier; et si la crédulité aveugle est une faiblesse qui dégrade la raison, la prévention précipitée, qui condamne, est une injustice que la saine philosophie désavoue, Le sage ne croit ni ne juge rien témérairement et sans examen. Il cherche à s'éclairer, et, s'il arrache le bandeau que l'autorité et l'éducation avaient attaché sur ses yeux dès sa plus tendre enfance, ce ne doit être que pour marcher plus sûrement û la lueur du flambeau de la raison et de la science.

La religion chrétienne ne redoute point l'examen d'une critique éclairée, ni l'éclat de la lumière dont elle enseigne les mystères. Elle n'écarte de son sanctuaire que le vice et l'ignorance. Formée dans les écoles de la philosophie la plus ancienne , elle ne peut craindre de trouver une rivale et une ennemie dans sa propre mère; et, si de nos jours celle-ci a semblé vouloir l'avilir par le ridicule et le mépris 9 c'est que les nouveaux philosophes n'ont point appelé à leur secours la science. Efle senle pouvait lever le voile sacré qui dérobait le corps auguste de la Nature à la vue du vulgaire profane. Us ont cru que ce qu'ils n'entendaient pas était inintelligible et absurde; que le mépris de la science ancienne lenr tiendrait lieu de savoir, et ils n'ont pas aperçu qu'en s'afifranchissant de la crédulité du peuplé, ils n'avaient pas cessé pour cela d'être plongés dans les ténèbres de la commune ignorance. Il leur a paru plus aisé de ccn* Mirer que d'apprendre, et plus court de rejeter les énigmes sacrées que d'en deviner le sens.

Cependant ils devaient leur en soupçonner un , et asses

raisonnable, pour que de pareils dogmes aient été admis par une pa r lie assez considérable de la terre, et aient fait uue fortune aussi étonnante dans les opinions religieuses des peuples qui nous ont précédés.

Les grands événemens sont ordinairement produits par de grandes causes ; et comme les philosophes rejettent avec raison ces causes surnaturelles, imaginées par les sages de l'antiquité pour accréditer leurs opinions dans l'esprit du vulgaire, ils auraient dû en chercher la source dans la science ancienne , et étudier le caractère philosophique des sages de l'Orient , afin de saisir le mot des énigmes sacrées , dont la multitude se trouve dépositaire sans espoir de les jamais comprendre. L'antiquité de ces dogmes, leur universalité, et le respect profond que tant de milliers d'hommes ont eu pour eux, leur courage à les défendre, le soin qu'ils ont toujours pris de les perpétuer et de les propager, loui. devait leur empêcher de croire que ce ne fût qu'un assemblage il'idées bizarres et monstrueuses, sorties d'un cerveau mal organisé, dont le délire fût devenu un délire presque universel. Ce n'est pas ainsi que marche la Nature. Le monde moral , comme le monde physique , a des lois invariables, dont on reconnaît l'empire dans ses plus grands écarts.

La religion chrétienne , comme toutes les autres, est l'ouvrage de l'homme; l'homme doit y avoir laissé l'empreinte de son génie , qui n'est point extravagant quand il reçoit les idées que la Nature lui imprime, et qui ne le devient que quaud il s'efforce de donner de la réalité aux ombres et aux images.

Placés entre les uns et les autres, entre ceux qui croient tout , et ceux qui rejettent tout, nous leur dirons: Examinons et rendons-nous eufin compte de notre croyance et de celle de nos pères ; voyons ce qu'il y a de vrai et ce qu'il y a dé faux, sous quel rapport nos idées religieuses peuvent avoir un fond de réalité, et soûs quel autre rapport elles

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peuvent être fausses. Pénétrés de respect et d'amour pour la vérité , nous irons la chercher jusqu'au fond de nos sa netu aires , et nous écarterons le voile mystérieux qui la Couvre. Peut-être y trouverons-nous encore la Nature. J'avoue néon m oins que, s'il est une religion qui semble devoir échapper à l'analyse que nous avons entreprise de faire des cultes , par te moyen de l'astronomie et de la physique, et ne pouvoir être confondue avec les autres, dont elle a dans tou» les temps affecté de se séparer, c'est sans douté la religion des Chrétiens. Née depuis peu de siècles en apparence , sortie tout-à-coup de son obscurité, au milieu des générations instruites, et au sein des lumières qui éclairaient l'Asie et l'Europe sous le règne d'Auguste, appuyée de monomens soi-disant historiques, ou au moins qui ont passé jusqu'ici pour avoir toute l'authencité de l'histoire chez les peuples qui la professent , attaquée et défeudue presque dès son berceau , et victorieuse , sinon par la force du raisonnement, au moins par celle de la crédulité, on pourrait imaginer qu'elle demeurera encore victorieuse du combat que nous allons livrer à ses fictions sacrées et à ses dogmes obscurs ; que son Dieu seul restera en possession de cette réalité historique que pendant tant de siècles il avait usurpée, et que , près de ses sanctuaires , va enfin échouer la méthode nouvelle qui nous a ouvert ceux des autres religions. La haine qu'elle a toujours vouée aux adorateurs de la Nature , du soleil et des astres, aux divinités grecques, romaines et égyptiennes , confirme' encore cette conjecture , et donnerait à penser qu'elle n'appartient eh aucune manière aux diverses sectes de la religion universelle, si Terreur d'un peuple sur le véritable objet de son culte prouvait autre chose que sou ignorance, et si le culte d'Hercule cessait d'être celui du soleil , parce que dans l'opinion des Grecs ce n'était que le culte d'un grand homme et d'un héros.

Jjes Romains tournaient en ridicule les divinités de l'Éprple f et cependant les Romains les adoraient sous d'au-

très forme» et tous d'autres noms. Ils bannissaient de leur ville Sérapi , et Anubis et Isis ; ils révéraient Platon , Mercure et Cérès. Platon croyait que les Grecs avaient un culte différent de celui de leurs pères, parce qu'à la place du soleil , de la lune et des astres , qu'adoraient les anciens Grecs , on adorait de son temps Hercule, Jupiter, Esculape , Bacchus , que nous avons cependant prouvé plus haut n'être que ce même soleil qu'il reconnaît avoir été l'objet du culte des premiers Grecs. Convaincus de cette vérité, que l'opinion qu'a un peuple de sa religion ne prouve rien autre chose que sa croyance, nous avous osé porter la lumière de l'érudition et de la philosophie dans le labyrinthe sacré des prêtres de Rome moderne, comme nous l'avons déjà porté dans celui des pontifes de l'ancienne Rome. Nous avons encore trouvé Jupiter- Ain mou, ou le Dieu-soleil de l'agneau, consacré au Capitole, et le vieux Janus avec ses clefs à la porte de son temple. Cette assertion, d'après les préjugés de l'éducation, et l'habitude de croire tout sans jamais raisonner, en fait de religion , paraîtra d'abord uu paradoxe ; mais nous nous engageons ici à lui donner toute l'évidence de la démonstration la plus rigoureuse. Nous détruirons du même coup les erreurs du peuple et celles des nouveaux philosophes, et nous dépouillerons Christ de ses deux natures en même temps. Le peuple eu fait un Dieu et un homme tout ensemble ; le philosophe aujourd'hui n'en fait plus qu'un homme. Poumons, nous n'en ferons point un Dieu, et encore moins un homme qu'un Dieu ; car le soleil est plus loin de la uature humaine, qu'il ne l'est de la nature divine.

Christ aéra pour uous, ce qu'ont été Hercule , Osiris , Adonis, Bacchus. Ii partagera encouimuu avec eux le culte que tous le> peuples de tous les pays et de tous les siècles oui rendu à la Nature universelle et à ses agens principaux; et s'il semble prendre un corps mortel , comme les héros de anciens poëme* , ce ne sera que dans les fictions d'une le-

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pende. Ici peut-être aurons-nous plus d'obstacles à vaincre de la part des philosophes que de celle du peuple. Car celai qui se croit par sa raison placé au-dessus des autres hommes consent plus difficilement à faire l'aveu de ses erreurs , surtout quand il faut -étudier une science , et une science nouvelle dont le résultat doit être un sacrifice de l'ainourpropre. Nous osons néanmoins espérer que le" sincère ami de la vérité nous suivra dans nos recherches, et si quelque chose peut le consoler de s'être trompé, c'est de se souvenir que son erreur a été celle de plusieurs tifecles et de plusieurs militera d'hommes.

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