‹ Origine de tous les cultesChapitre 149 sur 180 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

SJO DISSERTATION

nèles , pour domicile , le signe qu'elle occupait à cet instant.

Firinicus (a) place également au lieu appelé l'horoscope, ou au bord oriental, le milieu du cancer, au moment où le ciel commença à se mouvoir. Les autres planètes, chacune dans leur signe , se trouvaient sons l'horizon et y montaient successivement pendant toute la durée du premier jour.

Cette tradition astrologique sur la position du cancer À l'instant où s'ouvrit la marche de la Nature , est confirmée par JEnée de Gaze (&), qui nous dit que les hiérophantes de TÉgypte , parmi leurs opinions sur l'origine et la formation du grand tout , faisaient présider le cancer à l'heure natale du monde. Ce qui s'accorde parfaitement avec le sentiment de Porphyre (c) qui fait commencer Tannée égyptienne à la néoménie du cancer, au lever de Sirius qui monte toujours avec ce signe , et qui présida à la naissance du monde , ainsi que Régulus qui, sous le ciel de Babylone , monte en même temps que lui. C'est ce qui fait dire à Solin , à l'occasion du lever de la canicule , que les prêtres de l'Egypte regardaient ce moment comme l'heure natale du monde (<f) -, c'est-à-dire qu'ils faisaient commencer le monde et toutes les révolutions au point même où commençait leur grande année ou la période sothiaque, que Firmicus appelle improprement la grande année de restitution des planètes. C'est son lever qui excitait l'intumescence des eaux, et qui faisait déborder le Nil dans les plaines qui , à cette

(a) Finnic. , 1. 3 , e. i . — (6) AEoeas Gazaeus in Theophraste Bib. mag. Patr. Pantin., t. ia, p. 647. — (c) Porphy. de Antro Nymph. , p. aÔ4 ; iet Ptolem. Tetrab., î. 1 , c. 10. — {H) Solm , c. 3u.

«poque , allaient être inondées par une espèce de déluge périodique (ci). Il était le dixième chef ou décan du zodiaque, comme Xixutrus était le dixième roi sous lequel arriva la grande inondation. Aussi lui donnait-on l'épithète à'hydragogos , et Solin ajoute qu'à son lever le fleuve se débordait avec la plus grande abondance.

Il était un paranatellon du cancer, dit Servius ; c'està-dire, comme il explique lui-même cette dénomination , l'astre principal qui accompagne toujours le cancer dans son lever (bi). Donc le cancer, montant sur l'horizon au moment natal du monde , Sirius y montait aussi , et l'un «t l'autre présidaient à cette naissance , l'un comme signe , et l'autre comme paranatellon du signe natal.

Voilà donc l'état des cieux bien déterminé ; et nous avons fixé de la manière la plus précise la position que doit avoir notre sphère an moment où. commence la révolution , et conséqucmment où elle finit. Car l'instant qui sépare la fin de la première du commencement de la seconde , est un instant indivisible , qui suppose conséquemment le même état des cieux. Mais, indépendamment de cette conséquence si nécessaire , nous avons aussi le thème du monde à l'époque du déluge, qui nous a été conservé par Nonpus , poète égyptien qui n'a pas manqué de le décrire tout au long dans sa fable du déluge -, ce qui prouve que ces fictions tenaient à l'astrologie , et étaient liées , comme dit Berose , au mouvement des astres dont elles dépendaient. La position qu'il leur assigne est a peu près celle que Firmicus et Macrobe assignent aux planètes au moment du départ.

(d) Plot, de Ind«, p. 363 j Herod,, I. a, c. 19. — (A) Serrii!?. Comm* In Oorg., 1. 1, «18.

v DISSERTATION

La lune est revenue au cancer; le soleil au lion. Donc le déluge arrive au solstice à l'instant du débordement du Nil et au lever de Sirius. Mercure est placé à son domicile de la vierge , Mars au scorpion , Saturne au capricorne. Vénus et Jupiter seuls sont déplacés, mais toujours dans leur domicile. Nonnus seulement a pris le second domicile pour le premier. On reconnaît aisément la méprise. Telle est la position que vont reprendre les planètes à l'instant précis où finit le monde pour se régénérer (a). Jupiter, irrité contre les géans et contre la génération coupable qui a mis à mort son fils, fait entendre au milieu des airs la redoutable trompette qui annonce la fin de l'Univers. La terre est bientôt submergée par les torrens qui se précipitent des sept cataractes du ciel. L'écume blanchissante s'élève jusqu'aux cieux , et se mêle à la voie lactée. Le feu de l'amour seul n'est point éteint par les eaux du déluge. Deucalion , porté sur son vaisseau , vogue près du sommet de l'atmosphère. Enfin la terre se dessèche par la retraite des eaux -, et le soleil durcit le limon d'où doit sortir la nouvelle génération à laquelle Bacchùs apporte le présent du vin ignoré des premiers hommes (&), et alors paraît avec lui le Dieu du siècle en cheveux blancs , tenant en main la clef des temps et de? générations.

Dans Nonnus, le déluge suit aussi l'incendie de l'Univers , comme la catastrophe solsticiale suit celle qui termine la période équinoxiale.

Telle est la position des cieux donnée par Pétosiris et Necepsos pour la position primitive, et par Nonnus pour celle qui s'était rétablie au moment où le monde

(a) Nonn. Diony*., K 6, a3o. — (b) lhid., I. 7, v. 10, etc.

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allait être renouvelé; position que Nonnus a tirée des vieux poèmes égyptiens sur les Cycles , dont les débris lui servirent à composer son ouvrage. Nous pouvons , d'après cela, mettre notre globe dans la situation où étaient » placées les sphères des prêtres , lorsqu'ils composaient leurs fables sacrées sur la Nature et sur les révolutions du temps. Le ciel va se présenter à nos yeux, tel qu'il s'otFrait à ceux du poëte astrologue , et nous apercevrons aisément l'origine des principaux traits de la fable de ce poëme.

Le dernier jour de l'Univers finissait , et la dernière nuit commençait sa carrière au moment où l'on voyait monter sur l'horizon le signe opposé au soleil , alors au lion ; ce signe était le verseau céleste penché sur son urne d'où se précipitent des torrens. 11 était immédiatement précédé de Saturne , alors au capricorne, qui , en finissant de monter , traînait à sa suite le verseau, et qui l'annonçait [i3o]. Ce verseau ou l'homme qui est figuré dans ce signe tenant en main une urne d'où coule un fleuve , a passé dans toute l'antiquité pour être le fameux Deucalion , sous lequel arriva le déluge , comme on peut le voir dans Hygin , Germanicus et d'autres auteurs qui ont écrit sur l'origine des dénominations différentes données aux constellations. L'urne qu'il tient entre ses mains était en Egypte le symbole du débordement, si l'on en croit Horus-Apollon (a\ Le verseau luimême passait en Egypte pour produire l'intumescence du Nil dont il soulevait les flots par le mouvement qu'il leur imprimait avec ses pieds , au rapport de Théon (&) , commentateur d'Âratus. Tout à côté de lui , un peu au-des-

(«) Hor. Apoll., 1. ip c. ai. — (Jb) Theon , p. i36.

sus, monte le chef al Pégase qui, de son pied, fait sortir aussi un fleuve, et que bientôt nous verrons figurer dans les fables indiennes où il au nonce également la fin du monde. Au couchant , on aperçoit le corbeau d'Apoiloa (a) , qui entre dans les feux du soleil, tandis que cet astre lui-même voyage tout ce jour et tous les suivans dans l'arche ou dans le vaisseau céleste qui correspond dans toute sa longueur aux divisions du lion que parcourt alor» le soleil. Ce vaisseau passait en Egypte pour être celui d'Osiris , et la belle étoile du gouvernail pou* Canopus , son pilote , placé dans les deux. Dans îa fable chaldaïque de Xixutrus , de son arche et de ses oiseaux r le pilote est aussi placé avec Xixutrus dans l'Olympe.. Cette correspondance du vaisseau avec le lion solaire est l'origine d'un des tableaux que nous présente la sphère paranateliontique des Égyptiens , imprimée dans Kirker. Ce tableau est celui d'un vaisseau dans lequel voyage le lion. Aussi dans les sphères orientales d'Aben - Ezra , imprimées dans Scaliger, Hfot. ad Manil., parmi les constellations qui , par leur lever ou leur coucher , fixent les trois décans du lion , on retrouve toujours le fameux vaisseau dans leauel s'embarauait le soleil au solstice d'été, et dans lequel il voyage tout le temps du débordement.

Au premier décan de la sphère persique , on lit ces

mots : Moitié du vaisseau montée par des matelots

Tête du cheval.

Au premier de la sphère barbare : milieu du vaisseau.

Au second décan de la sphère persique : autre moitié du vaisseau... Milieu du cheval.

(«) Hygin, I. iï.

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Au second décan de la sphère barbare : proue do vaisseau. Ici la proue est la dernière, parce que le vaisseau monte à contre-sens.

Enfin , au troisième décan du lion dans la même sphère pcrsîque : corbeau... Extrémité du cheval qui finit de se lever.

Cette liaison du soleil avec les astres qu'il parcourait au solstice et dans le mois suivant , le vaisseau et le corbeau céleste , les fit entrer dans la fable solsticiale , ainsi que le verseau qui se levait en aspect avec lui , et qni ouvrait la marche de la nuit.

Quant au corbeau, c'était l'oiseau du soleil et celni qu'Apollon plaça dans les deux (a) après l'avoir puni de son infidélité dans un message où il avait trop différé son retour.

Il me parait que ce sont ces circonstances astronomiques qui sont entrées dans la fiction du déluge solslicial imaginé par les Egyptiens , et qui était censé terminer Vannée et la période au moment où le Nil inondait leurs terres, et où, retranchés sur leurs digues, ils voyaient tous les ans le verseau penché sur son urne s'avancer dans les cieux, et par son influence ramener les déborderoens périodiques. Noift avons insisté sur le corbeau et sur larche, parce que la fable de Deucalion , de INoé (b) et de Xixutrus (c) y fait entrer la double circonstance du vaisseau et des oiseaux de l'arche, qui furent lâchés au moment où la terre se raffermit* Effectivement, lecorbeau reparaît; il sort des rayons solaires avec i arche, au moment où le Nil vient de se retirer et où le soleil appro-

(a) Hygin, 1. a, c. $i. — (b) Lucîao, t. i, p. 5k); in Timonc. îl»id.? p. g3©i de Sait a t. r t, i r; de Dca Syr., p. **3. — (<•) SyaetlW-. r ^

che (a) de la balance. Peut-être est-ce là l'origine de la tradition égyptienne , qui dit que c'est sub librd que la terre, sortie des eaux du chaos, devint propre à recevoir rhomme (&). Nous avons fait remarquer que c'est Saturne qui vient sur le capricorne annoncer la nuit dont le verseau ouvre la marche. Aussi la fable chaldéenne suppose-t-ellcque ce fut Saturne qui apparut en songe à Xixutrus, et qui vint annoncer le déluge; circonstance inexplicable dans toute autre hypothèse que l'hypothèse astrologique , et qui suit nécessairement de la nôtre , laquelle place Saturne au capricorne ou au signe qui précède immédiatement le verseau , et cela d'après l'autorité des astrologues égyptiens et de Nonnus , poète égyptien. Saturne avait d'ailleurs son domicile aussi au verseau de Dcucalion. Lucain nous a conservé ■ dans son poème la fiction astrologique (c) sur le retour de Saturne * à son domicile, et sur l'aspect du verseau au moment du déluge. L'état du ciel au commencement de la guerre civile est des plus eflrayans. Tout se réunit pour annoncer à l'Univers et à l'espèce humaine la plus terrible catastrophe. Il ne manque à ces signes pronostics que le retour de Saturne à son domicile; pour que le verseau par son influence ramène encore le déluge.

La fable chaldéenne suppose également que Xixutrus déposa tous les monumens des connaissances humaines à Siparis, ville du soleil, et qu'il les enfoui tau moment où commença le déluge, c'est-à-dire au moment où le soleil entrait au lion, son domicile, et dans le vaisseau d'Osiris, ou dans le vaisseau solaire , celui dans lequel l'astre du jour voyage tout ce mois. Cette fable ressemble assez

(«) Solin, «. 3a. — (6) Firmic. — (c) Lab. i, t. 65 1.

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à celle des Américains qui supposent que les eaux de leur déluge inondèrent tout l'Univers , excepté le mont Olagmi , oùélaii le temple du soleil. La même allusion existe dans la fable de Deucalion qu'on fait s'arrêter sur le mont Lycoreus (a) ou sur le mont de la lumière. D'autres font allusion au nom du vaisseau même , et nomment le mont où il s'arrêta, le mont Baris (&). C'est ainsi que l'appelle Nicolas de Damas, cité par Josèphe.

Nigidius le fait arrêter sur le sommet brûlant de l'Etna. Le lieu de la scène étant aussi varié, on doit croire qu'il ne s'agit point ici d'un fait historique.

Bcrose, comme nous l'avons déjà remarqué, donne aussi un pilote au vaisseau de Xixutrus (c) , comme les Égyptiens en donnaient un au vaisseau céleste , appelé chez eux vaisseau d'Osiris, auquel nos livres d'astronomie ont conservé le nom arca Noé(d). Dans la fable chaldcenne , Xixutrus disparaît de dessus la terre , et il est placé- au rang des Dieux , lui, sa femme , sa fille et son pilote (e). Cependant ses compagnons retournent à Siparis , ville du soleil, et y déterrent le dépôt des connaissances humaines. Syncelle appelle avec raison tout ce récit de la tératologie chaldéenne ou des fictions monstrueuses , fruit de l'imagination des Chaldéens , c'est-à-dire des premiers astrologues de l'Univers.

De même que le thème génethliaque du monde j conséquemment celui du déluge, place les planètes au quinzième degré des signes , et, par une suite nécessaire , Saturne au quinzième degré de son domicile , c'est pareillement au quinzième jour du mois , qui répond au quinzième du

(«) Luc , t. i , p. 59. Timon. — (b) Antiq. Jud. , I. 1 , c. 3. — («) Syncelle, p. 3o. — (<f) Casius Cœl. Astren. - (e) Syncelle, p. 3i.

aiguë (a) , que Saturne est supposé apparaître la uuit » Zixutrus , et lui annoncer le déluge qui va arriver.

Ces fictions de Berose, conservées par Alexandre Po« lyhistor, se trouvent rapportées à peu près dans les mêmes termes par Abydenus (b) et Apollodore (c) , qui ont tous pérpétué la tradition des cent vingt sares , sousdi visés en nères et en sosses } et celle de la vision de Xixutrus au quinzième degré du dixième signe, ou au quinzième jour du dixième mois , ainsi que la fable de l'arche et des oiseaux lâchés.

Plutarque parle aussi de la colombe de Denealion (d). Les conteurs de fables , dit ce judicieux écrivain , prétendent que la colombe qui fut lâchée du vaisseau de Deucalion , en y entrant annonça la tempête j et qu'au contraire, en s'euvolant , elle fut un signe pour lui du retour de la sérénité. La fable juive n'est qu'une répétition de ces anciennes fictions sacrées des prêtres astrologues.

Voilà quel nous a paru être le fondement de la fable égyptienne sur le débordement du Nil et sur les signes célestes qui l'annonçaient , et auxquels correspondait le soleil durant toute l'inondation périodique.

Lies Indiens , dont le sol n'était pas tous les ans exposé, aux mêmes inondations périodiques qui changeaient en

une espèce de mer toute l'Egypte , ne firent point entrer dans leur fable sur la fin de la période solsticiale le fameux Dencalion ou signe du verseau ; mais ils choisirent la constellation qui se trouve à côté de loi , qui se lève en même temps que lui, un peu au-dessus vers le

(a) SyDcelle, p. lo. Ibîd., p. 38 et 40. - {<} Apollod. Bikli. Deor., c 7. - {</) Plut. deSoiert.Aaim., p. 966.

nord , et qui fixait également le terme de la période et de la consommation des siècles. Cette constellation est le cheval céleste ou Pégase , dont le pied droit , élevé et porté en avant ainsi que la tète , monte sur l'horizon avec la tète du verseau, et dont tout le corps monte successivement au commencement de la nuit, dans tout le mois où le soleil parcourt le lion et où se termine la période. La nuit achève son cours , et la période finit à l'aurore. Alors le cheval, qui toute la nuit a fait sa révolution audessus de l'horizon, est près du bord occidental où il pose son pied , tandis qu'on aperçoit un peu plus au nord, sur le bord de la mer, la lyre , appelée testudo par les Latins , et chelys par les Grecs. Le dragon du pôle est tout entier hors du méridien, et il penche vers le couchant. Voilà les aspects qui fixent le terme de la période. L'union du Pégase ou du cheval boréal aux divi^ sions du lion a été bien marquée dans les sphères persiquo et barbare , comme nous l'avons vu plus naut. La sphère indienne même en fait mention au deuxième décan où on lit ces mots : Là est un cavalier regardant vers le nord.

Voyons maintenant quels sont les signes célestes qui annoncent la consommation des siècles et la fin de la période , autrement dit la fin du monde, chez les Indiens. Ce n'est point au dixième mois, sous le dixième roi « comme les Chaldéens , ni au dixième âge , comme les sibylles , qu'ils le font finir : c'est a la dixième métamorphosé de Vischnou.

Cette dernière métamorphose (a) n'arrivera qu'à la consommation des siècles. Alors Vischnou paraîtra dans-

(a) OoUmtdH)nrUrc,t.i,r.5i.

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toute sa gloire , monté sur le kallenqui ou kelki, cheval qui demeure actuellement dans les cieux , dont le pied droit est levé , et qu'il ne posera sur la terre que pour l'écraser et pour châtier les impies et les méchans. C'est dans ce moment que le serpent , qui soutient le monde, manquera de force et pliera sous le poids ; que la tortue (mauvaise traduction de cheljs) plongera dans la mer , et que les hommes périront à cause de leur corruption [ 1 3 1 J. Alors l'âge d'or reviendra.

On voit donc ici que nous n'avons rien changé à la position que nous avions donnée au glohe au moment où s'achève la période solsticiale*, position qui a été prise d'après les déterminations de Pétosiris et de Necepsos , astronomes égyptiens , et d'après le poëme de Nonnus , poète égyptien. Avec ces élémens cependant, par un seul et même principe, par la seule inspection des paranatellons , par celle des signes et des constellations qui fixaient la marche du temps et la position du ciel , au moment où tout est censé fini , nous avons retrouvé , arrangés comme d'eux -mêmes aux deux bords de l'horizon , les signes célestes qui entrent dans les deux fables égyptienne et indienne imaginées pour célébrer la fin de Tannée et le renouvellement de la période solsticiale. La correspondance des traits de la fiction les aspects du ciel en ce mrfment, et l'unité de position pour les deux fables , nous portent à croire que le pur hasard n'a pas produit cette multitude de rapports si singuliers entre la fable sacerdotale sur la fin du monde , au moment où s'achève la grande année , et la position du ciel et des constellations qui la fixent.

Si , comme nous l'a dit Chérémon , toutes les fables sacrées de l'Egypte ont pour base les mouvemens cé-

lestes , le soleil , les planètes , les signes du zodiaque et les constellations qui , par leur coucher ou leur lever, en fixent les divisions , celle-ci certainement porte le caractère de la fiction astronomique , et doit être une preuve du système d'explications que Chérémon et tous les prêtres de l'Egypte avant lui ont dit être le seul qu'on dût employer pour analyser les fables anciennes.

Ajoutons à cela que ces prétendus déluges se reproduisaient à des intervalles diiïerens et progressifs , suivant la progression décroissante du nombre naturel 4 » 3 , a , î , on celle de la durée des périodes qu'ils terminaient. Car on supposait toujours un déluge à la fin de la durée de chaque âge. Or, cette marche n'est certainement pas celle de la Nature (a) , mais bien celle de l'imagination et du génie de l'homme. La marche des catastrophes, toujours asservie nécessairement à celle des périodes , est une preuve la plus complète que ces événemens n'appartiennent pas plus à l'histoire que les périodes elles - mêmes ne tiennent à la chronologie. Tout est le fruit du même génie.

Nous n'avons point fait mention dans nos explications de la tradition chaldéenne sur la conflagration et l'inondation universelles, qui forment l'été et l'hiver de la grande année , et qu'elle renferme dans son cercle ; tandis qu'ici ces catastrophes terminent la période et ne la divisent pas. Mais l'origine astrologique de cette tradition est trop manifeste pour que nous ayons eu besoin de la faire remarquer et de prouver qu'elle est une pure fiction des astrologues. En effet , les anciens astrologues regardant tous les effets sublunaires comme produits par

ta* Bailly, Astron. ind. Disc, prrflim. pari. p. toi.

Faction des planètes, plus il y avait de planètes réunies , plus l'action était forte, et plus reflet était supposé grand. Donc , le plus grand effet était celui qui était le résultat de l'action des sept planètes réunies dans le même signe et soumises à la même influence. Donc , la plus grande somme de chalenr possible , et conséquemment celle qui produisait la conflagration, devait avoir lieu au moment où les sept corps se trouvaient unis et agissant sur une même ligne dans le point solsticial ou au maximum de l'été , dans le signe le plus chaud ou au cancer. Car les anciens astrologues attribuaient à l'énergie des signes célestes les phénomènes météorologiques qui arrivaient lorsque le soleil leur était uni. De- là vint que Si ri us , qui se lève avec le cancer *, était censé être la cause des ardeurs brûlantes de la canicule. Il en fut de même du lion qui occupa autrefois le solstice. On appliqua le même principe au signe solsticial d'hiver, autrefois le verseau, et ensuite le capricorne , notés tous deux comme signes humides dans les livres d'astrologie. Donc , la réunion des sept influences planétaires , confondues ensemble dans le même point du ciel le plus humide, donnait la plus grande abondance d'humidité possible, et conséquemment avait produit et devait toujours produire celle du déluge ; car on n'en connaît pas de plus grande. En un mot , le plus grand effet appartenait nécessairement à la plus forte cause qu'on pût imaginer.

JNous ne disconvenons pas que la terre n'ait souvent éprouvé de grands changemens par des explosions volcaniques, par des tremblemens de terre, des affaissemens et des inondations locales. Nous croyons même qu'il est possible que ces catastrophes réelles aient fourni des traits aux fictions astrologiques , et un

moyen de les accréditer dans l'esprit des peuples intimidés par les hiérophantes qui ne négligeaient rien de tout ce qui pouvait affermir leur empire sur les mortels

crcxiuies et uuiiues.

Mais nous soutenons que ces destructions périodiques , qui se reproduisaient à la fin des grandes années et à la consommation des siècles, dans les poèmes sacrés de l'rtgypte et de l'Orient, et qui. ont été prédites ou chantées sous le titre de déluge de Deucalipn , de Xixutms , de Noé , etc. , ou d'embrasement de Phaëlon , sont de pnres fables qui peuvent tout au plus amuser des enfans , bien loin d'avoir dû intimider des hommes et devenir l'objet de la croyance et de l'effroi de l'Univers. Employer l'érudition pour donner à ces chimères astrologiques les couleurs de l'histoire et de la vérité , c'est faire de l'esprit le plus coupable abus ; et la science alors est un malheur de plus pour l'humanité. Les vrais savans ne s'y sont point laissé tromper. Platon , observe judicieusement M. Fréret (a), contribua plus que personne à accréditer la fiction du déluge , qui lui était nécessaire pour donner quelque apparence à sa fable de l'Ile Atlantique, qu'on ne doit, ajoute ce savant, regarder que comme une fiction philosophique. Nous n'avons aucun détail des inondations d'Ogygès et de Deucalion. Mais peu après Alexandre , on trouva dans l'Histoire chaldéenne de Berose de quoi embellir cette tradition grecque. Sanchoniaton , dans sa .Cosmogonie phénicienne , n'en parle point. Le silence que gardent Homère et Hésiode sur les déluges d'Ogygès et de Deucalion , montre

(«) Aca*î. Jmcri|>t., t. 3i, p. i.î*.

que cette tradition était fort obscur%dans son origine. Le silence des plus anciens poètes a été imité par les plus anciens et les plus respectables écrivains de la Grèce, Hérodote, Thucydide et Xénophon, quoique cet événement dût naturellement trouver sa place dans ce que les deux premiers rapportent de l'ancienne histoire et des diverses révolutions des nations pélasgiques et helléniques. Hérodote nomme Deucalion (à) , et dît qu'il régna sur la Phtiotide , canton de Thessalie , qui fut le premier séjour des Hellènes. Si la tradition du déluge , dont parle Pindare , lui avait paru une tradition historique , continue toujours M. Fréret , il en aurait sans doute dit quelque chose.

Ces réflexions de M. Fréret se trouvent justifiées par la théorie astrologique que nous venons de développer, et par l'accord des traits delà fiction avec les positions astronomiques. La seule erreur de Fréret est d'avoir cru que les petites inondations de la Grèce avaient donné lieu à l'exagération et à la fable du déluge. universel de Deucalion, tandis que c'est dans l'inondation périodique de l'Egypte , d'où étaient parties plusieurs colonies pour s'établir en Grèce , qu'il faut en chercher i l'origine. Il y a «n fond, sans doute, de réalité dans le ciel , du côté des aspects qui fournissent des traits à la fiction \ et sur la terre, dans le débordement qui, tous les ans au solstice , change en une vaste mer les campagnes de l'Égypte; mais ce fond ou ce canevas brodé de tant de dessins merveilleux , appartient à la physique et au ciel, et non à l'histoire -, et cette fable contient encore, comme toutes les autres , l'histoire de la Nature embellie ,

(a) Hciod., 1. ), p. 36.

et non pas, comme on l'a prétendu tant de fois , celle des hommes altérée et défigurée. Retranchons donc des annales des peuples ces fictions qui, prises pour autre chose que ce qu'elles sont , les déshonorent; mais qui, rendues à leur origine , souvent sont ingénieuses et même philosophiques. Que ces immenses périodes , qui enhardissent certains chronologistes , et qui en alarment d autres, soient réduites à leur juste valeur , c'est-à-dire , à de pures fictions qui ne doivent ni gêner , ni mettre à Taise l'érudition;, et que la raison , qui doit toujours marcher avant l'autorité et la ju^er , décide enfin du sort de toutes ces traditions merveilleuses que créa l'imagination , que perpétua l'ignorance , et que la fausse érudition respecte et encense encore. Il vaut mieux , après tout , risquer de perdre une ou deux vérités que de recevoir et de perpétuer une foule d'erreurs qui flétrissent la raison , avilissent la science , et qui portent aux siècles les plus reculés les témoignages honteux de notre crédulité.

Dans l'explication que nous venons de donner de la fiction de la vache dont les quatre jambes répondent aux quatre âges de la période indienne , et dans l'explication des déluges , on trouvera quelque différence avec les conjectures que nous hasardâmes , il y a quelques années , sur cette matière (a). Mais en les donnant , nous nous étions réservé le droit de revenir sur nos pas , lorsque le temps et un travail plus mûr , dans une carrière toute nouvelle , nous auraient fouYni des solutions plus sûres et plus exactes. C'est un droit même auquel nous

(a) Mercure de France, année 1783, samedi 14 juin ; Astronomie de La lande , vol. 4*

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