‹ Origine de tous les cultesChapitre 148 sur 180 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

tuelie de 12,000 ans,

celle d'avant aura dû être 24,000 ans ou 2 fois 11,000

La troisième 36,oooansou 3 fois 12,000

La quatrième ....... 48,000 ans ou 4 fois 12,000

La cinquième 60,000 ans ou 5 fois 12,000

La sixième 72, 000 ans ou 6 fois 12,000

La septième 84,000 ans ou 7 fois 12,000

Enfin la huitième. . . . 96,000 ans ou 8 fois 12,000

Or, la somme de toutes , ces durées additionnées donne encore 4 3 3,000

ou la période chaldaïque dont nous avons fait voir la génération ci-dessus.

On y retrouve partout la même progression: croissante elle a engendré les quatre âges indiens , et leur somme 4» 3 10,000 ans*, décroissante , elle nous a conduits à son premier élément chez les Étrusques. La première progression était ascendante, parce qu'il s'agissait de chercher une période plus grande ; elle n'a eu que quatre termes parce qu'il n'y a que quatre âges. Ici elle est descendante , puisqu'il s'agit de trouver une période beaucoup plus courte. Elle a eu huit termes , parce qu'il y a huit générations. Mais le principe est toujours le même, et , dans l'une comme dans l'autre , la progression des nombres naturels est employée également pour exprimer la dégradation successive des mondes et celle des générations qui les habitent. Chez les Indiens la période chaldaïque est l'élément de plusieurs autres, toujoursplus grandes $ chez les Etrusques elle est la somme de plusieurs autres, toujours plus petites; mais toutes suivent la même progression, celle que la Nature offre pour être la première.

La période indienne, formée de la réunion des dix restitutions du monde ou des huit sphères distribuées suivant la progression des quatre premiers nombres , porte le caractère de la mysticité pythagoricienne, et nous présente la fameuse décade avec ses élémens naturels ou avec la tétrade (a). Car la somme des quatre premiers nombres de la progression numérique donne 10 ou la décade, terme des nombres premiers et source de tous les autres. Cette fameuse décade, quicomprcnd la durée totale du monde ou le nombre 4?3?o,ooo ans, exprime aussi le plus grand terme climatérique de la durée de l'Univers , suivant la théorie de la décade climatérique ou de l'échelle de dix dodécades , par lesquelles la vie humaine , comme celle du monde, s'élève à sa plus grande durée.

En effet, en prenant pour la monade la période chaldaïque ou pour premier échelon la première dodécade de la restitution des fixes ( ce qui revient au même , puisque 36ooo ans , nombre égal au premier règne chaldaïque ou aux dix sares d'Alorus , répétés i a fois ou réunis en une sbule dodécade, donnent 43 2,000) , nous aurons l'échelle suivante.

(41) Hierocles in Aorea Cann., p. aa6,édit. 16. Paris, i583.

MSSKRTATIU!*

Échelle de la série des i o dodécades climatériques de la

durée du monde (a).

Années du monde. Année* de l'homme.

Monade. 4^2i°°0 ans ou ia f°îfi 36,ooo ans ou la période des fixes.

Dyade... 864,000 ans ou 24 fois 36,ooo ans. Triade. i»ag6,ooo ans ou 36 fois 36,ooo Tétrade. 1,728,000 ans ou 48 fois 36, 000 Pentade. a, 160,000 ans ou 60 fois 36,ooo Exade... a, 58a, 000 ans ou 7a fois 36,ooo Eptade.. 3,oa4>ooo ans ou 84 fois 36tooo Ogdoad. 3,4^6,000 ans ou 96 fois 36, 000 Ennéad. 3, 880,000 ans ou 108 fois 36,ooo Décade. 4^ao,ooo ans ou iao fois 36,ooo

On voit donc (b) encore ici que la loi progressive de l'échelle climatérique de la durée de la vie humaine, construite par les anciens astrologues , a été rigoureusement observée dans celle de la vie du monde dont le dernier échelon renferme dix fois le premier , comme le nombre 1 ao de la plus gi ande durée ae la vie de l'homme , et qui termine la série de 10 degrés de l'échelle , renferme 10 fois le nombre là qui est au bas de l'échelle , comme étant la première des dix dodécades entre lesquelles la vie était partagée. L'échelle de la durée des années du grand monde et celle des années du petit monde ou de l'homme ont donc ici , sous tous les rapports , une parfaite correspondance ; ce qui existe nécessairement dans un système astronomique. Car , comme

(m) Salmas. Ann. Climat. ^68. — (6) Finn., 1. 3. Pnrf.

SUa LES GRANDS CTCLES.

observe très-bien Firmicus , l'un doit avoir une parfaire ressemblance avec l'autre, et renferme en petit les mêmes élémeus. La distribution même du grand monde n'a été ainsi réglée , ajoute Firmicus , qn'afin qu'on eût un grand modèle , sur lequel on pût calquer le tbème génethliaque de la vie de chaque homme. Il n'est donc pas étonnant que les 120 grandes divisions du zodiaque des astrologues cbaldéens , qui comprennent la durée totale de la révolution complète des 8 sphères , ait aussi fait fixer à 1 ao ans la plus grande durée de la vie dé l'homme , afin qu'il y eût une entière conformité entre le ciel qui gouverne no3 destinées, et nos destinées elles-mêmes» C'est ainsi que la division du zodiaque en douze signes a fait imaginer aussi une division du corps humain en douze parties (a) , chacune desquelles était soumise à l'influence d'un de ces signes. Ceux qui ont admis la division en 36 parties , qui est celle des décans , ont aussi porté à 36 la division des parties du corps humain , dont chacune était subordonnée à son décan (b). Partout on retrouve ce génie itnitatif de l'astrologie, qui s'est toujours étudié à transporter dans la théorie sur l'homme les mêmes divisions qui avaient été imaginées pour le ciel. C'est sans doute cette décade climatérique qui partage la vie de l'homme, qui a fait distribuer aussi en 10 règnes par les Cbaldéens les 1 20 sares de la durée du monde.

Le premier de ces règnes est de 10 sares ou 36,eoo ans qui , répétés douze fois ou composés en dodécade, engendrent la première dodécade de l'échelle climatérique du monde , laquelle donne 43a,ooo ans. C'est peut-être

(a" Firmicus, 1. a, c. 17. — (£>) Orîgen. contr Ccl.%. \ih. ultim. ,

558 DISSERTATIOPr

ce qui a fait dire a la sibylle de Cumes, suivant Servi us, dans son Commentaire sur ce vers de la quatrième églogue :

Ultima cumaei Tenit jam carmiois a tas ,

que le dernier âge , qui devait tout terminer , serait le dixième $ de même que dans la fiction chaklaïque tout finit sous X mit rus , dixième roi des Chaldéens. Chez les Indiens , c'est à la dixième métamorphose de Vichnou qu'arrive la consommation des siècles. Le nombre 10 de la décade pythagoricienne, qui a servi à composer les quatre âges progressifs, semble avoirété exprès affecté dans ces fables mystiques sur la destruction et sur la régénération périodique des mondes , comme renfermant le* 10 dodécades dont est composé tout le zodiaque, et qui mesurent les restitutions des fixes et des planètes, et la durée des mondes. Le caractère «de la fiction et de l'astrologie perce partout dans les distributions imaginées dans l'hypothèse des quatre âges de la période indienne.

Il en est de même des huit générations étrusques qni y quoique formées dans un système différent , tiennent cependant encore à l'astrologie et aux divisions du ciel.

Le nombre 8 des générations étrusques correspond aux 8 sphères qui , par leur mouvement , les engendraient, et dont la restitution parfaite produisait le nombre parfait du temps que Platon ,. dans son Timée , appelle la grande année , comme nous avons vu ci -dessus. Les périodes , ainsi que les catastrophes qui les terminaient , étaient réglées par les lois de la fatalité dont les sept planètes et le ciel des fixes étaient les véritables instrumeps. Aussi le fuseau des parques , qui servait à filer les destins de chaque gêné-

SUR LES GRANDS CYCLES. 35g

ration , et auquel Virgile abandonne le développement des siècles , dans ces vers (a) de la même églogue :

Talia saecla suis dixerunt currife fusis Concordes stabili fatorum nuroine parcae.

ce fuseau était formé de huit cercles concentriques qui décroissaient progressivement comme les sphères , qui s emboîtaient l'un dans l'autre et se mouvaient autour d'un même axe dans des rapports différens de vitesse.

Platon (b) nous le représente comme un grand péson, creux en dedans, dans lequel était enchâssé un autre péson plus petit, comme des boites qui entrent Tune dans l'autre : dans les deux il y en avait un troisième ; dans celui-ci un quatrième, et ainsi de suite, jusqu'au nombre de huit ; ils étaient disposés entre eux de la rnème façon que des cercles concentriques. Le fuseau tourne sur les genoux de la Nécessité dont les trois filles , qui sont les parques , entretiennent et règlent ses mouvemens. C'est au-dessus du huitième ciel , au milieu de la lumière éthérée, qu'est attaché le sommet du fuseau qui imprime le mouvement à toutes les révolutions célestes dont la coïncidence parfaite produit le nombre parfait du temps ou la grande année , qui comprend les huit générations des Etrusques. C'était aussi dans ces huit sphères (c) qu'étaient disséminées les ames destinées à habiter un jour les corps mortels , à former les générations successives du monde. C'était à travers ces huit sphères qu'elles descendaient pour venir s'établir sur la terre après s'être revêtues de qualités différentes , à raison de la nature différente des planètes (d) et du séjour plus ou moins

Fclog. 4, t. 46. — (6) Plat. d«? Rep., I. 10 , p. 6t6. — («•} Plat, ia Tirn., |». $1. — {fi) Macrob. Som. Scij»., I. i,r. uel 11.

360 DISSEATAT10W

long qu'elles y avaient fait. On voit donc que la division de la durée du monde en huit générations composées d'âmes plus ou moins vertueuses et d'inclinations différentes, ne fut point arbitraire dans la philosophie étrusque, qu'elle était empruntée des divisions même des sphères qui concouraient à produire la grande période , et qui gardaient le dépôt des ames destinées à peupler la terre successivement , durant l'immense révolution des siècles.

Aussi les divisions célestes et le système astrologique entrent dans la composition des périodes fictives sur la durée successive , tant des quatre âges de la grande année des Indiens que des huit générations de la grande année des Étrusques. Les âges eux-mêmes, gouvernés successivement par Saturne , Jupiter et Mars , décèlent encore leur rapport avec Tordre planétaire et la série descendante des sphères. Mars n'est pas nommé ; mais on dit qu'alors les hommes commencèrent les travaux de Mars, les guerres sanglantes et les terribles combats.

Et dans Firmicus, 1. 3, c. i , on voit les cinq planètes, à commencer par Saturne , prendre successivement l'empire des cinq âges que comprennent les grandes apocatastases , à la fin desquelles le monde est alternativement détruit par le feu et par l'eau. Hésiode compte aussi ces cinq âges. L'astrologie ayant tout réglé, elle doit tout expliquer. C'est donc aussi à elle à nous donner la clef des fictions qui se trouvent toujours liées à ces périodes , et qui amènent à la (in de chacune d'elles quelque grande catastrophe , qui vient terminer les jours de la généiation qui va être remplacée. Ce sera le dernier objet de nos recherches dans ce traité particulier.

Le besoin de l'astrologie avait fait imaginer des périodes de restitution qui comprenaient la série immense

de tous les événemens produits parles lois de la fatalité; et qui , en s'achevant, terminaient un ordre de choses qui faisait place à un nouveau , et regénéraient la Nature. L'ancien ordre devait donc être détruit-, et la nécessité de le faire disparaître amenait conséqnemment quelque grand événement qui terminât la vie de l'ancien moude sur les débris duquel devait s'élever le nouveau ; c'est-à-dire , qu'une période. fictive fût terminée par une ca'astrophc qui ne pouvait pas avoir plus de réalité que les révolutions imaginaires qui les ramenaient dans l'ordre progressif qu'on supposait à leur durée.

Pour avoir dans le ciel les positions astrologiques qui fournirent les principaux traits des catastrophes imaginées a la fin de la grande année , il faut', i° remonter aux siècles auxquels ces événemens , ou plutôt ces fictions semblent appartenir; ce qui nous oblige de nous reporter au moins à deux mille ans avant l'ère chrétienne , au temps , par exempta , où le colure des solstices passait par Régulus , autrement le cœur du lion que les astrologues de Chaldée font le chef des révolutions célestes, suivant Théon (à). Une tradition, d'ailleurs, conservée par Murtady (&), porte que Régulus était dans le colure des solstices lorsqu 'arriva le déluge. Nous verrons bientôt ce qu'on doit entendre par le déluge ; nous nous bornons ici à remarquer que cette circonstance de la position des colùres , au temps où Ton fit des chants sur la fin de la période , s'accorde avec la fonction que les Chaldéens avaient attribuée à Régulus , et même avec le thème de la naissance du monde, que nous allons rapporter.

{a) Thcon. Comment, in Arat,, p. îai — (A) Murtady, trad.Vattier.

Il faut en second lieu, après avoir mis le pôle et les col ares dans la position où ils durent être à cette époque, placer la sphère elle-même relativement à l'horizon dans la situation où elle se trouvait lorsque la grande catastrophe qu'amenait le cercle de la fatalité , était •supposée arriver. IVJais la position des deux au moment où s'achevait la période, était nécessairement la même qu'ils avaient eue lorsqu'elle commençait, puisque la fin de toutes choses n'arrivait qu'au moment où le ciel reprenait sa position primitive. Donc , si nous avons l'état du ciel au moment où le monde fut censé commencer, nous avons, par une conséquence nécessaire , son état au moment où il finissait. Il en était comme de l'année qui n'est supposée finir qu'à l'instant où le soleil arrive au point d'où il est parti , et que l'ordre des levers et des couchers des astres se rétablit. Or, nous avons cette position primitive et l'état du ciel au moment où commencent les mouvemens célestes , et conséquemment auquel il revient lorsqu'ils s'achèvent.

On conçoit encore ici que cet état du ciel au commencement du monde, est, comme la période, purement hypothétique , et né du même besoin que la période elle-même. Dans le système philosophique de l'éternité du monde , le seul qui soit raisonnable , et celui qui a été admis par presque toute l'antiquité, la fixation des aspects célestes au commencement des siècles ne pouvait être qu'une fiction. Dans la supposition d'un monde créé, on ne pouvait admettre l'existence de l'astronomie dès l'origine même des choses , ni des observateurs qui eussent déterminé le lieu des planètes dans le zodiaque. Cette dernière remarque est de Firmicus (a). On était

[a) Firmic, 1. 3, c. i.

donc réduit à en feindre une pour donner une base à la science géncthliaque, et pour fixer un point de départ à la période qui sans cela eût été inutile. Le choix de ce point étant arbitraire, il ne fut pas partout le même, mais néanmoins il fut fixé à un des points où commençait Vannée ; chez les uns au point équinoxial ou d'ariej; chez les autres au solstice d'été. C'est à ces deux points que les deux traditions différentes du retour des planètes ont rapporté le départ etle retour des mouvemens célestes.

Les Perses , qui commencent leur année à l'équinoxe de printemps, font partir tout le ciel de cette époque (a)y et ils mettent le soleil dans aries au moment où les astres commencent pour la première fois leur carrière. Du reste , ils distribuent les planètes dans les lieux du m ciel où les astrologues babyloniens (b) fixaient l'exaltation de chacune d'elles , c'est-à-dire , le lieu de leur plus grande énergie. La révolution totale sera donc censée achevée lorsque , le soleil étant revenu au premier degré Varies, les six autres planètes se trouveront encore être respectivement dans la même position, et formeront entre elles les mêmes aspects. D'autres qui fixent également le départ et le retour des mouvemens an point d'arirs, n'y placent pas seulement le soleil , mais encore avec lui , sur la même ligne , toutes les autres planètes ; et ils prennent , ce qui est plus naturel , pour origine du mouvement de toutes les planètes , l'origine même des divisions du cercle dans lequel elles circulent. Telle est l'hypothèse d'Abulmazar et de quelques astrologues égyptiens (c). C'est celle que nous allons d'abord suivre, et d'après laquelle nous placerons la sphère environ deux

K> Z<-nd-Avest., t. a, p. 353. — (b) Firmic, 1. a, c. 3. - « D'ih-rbeîot , Mb. Orient., p. a; et aSj Mtirtady, p. 35. Trad. Vatticr; Bailly,

mille ans avant noire ère, telle qu'elle dut être le jour de l'éqninoxe à l'instant où, l'ancienne révolution finissaut , la nouvelle recommençait. Le colure des équinoxes passant alors par les pléiades , qui long-temps annoncèrent le printemps (a) , le soleil se trouvait sur l'extrémité de la constellation du bélier, près d'entrer aux étoiles du taureau , précédé dans son lever par le cocher céleste et de la chèvre , dont la belle étoile se levait ut* instant avant lui et au-dessus de lui , et qui semblait conduire son char lumineux pendant le dernier jour de la révolution du cycle et de l'année, et à l'instant où le soleil allait passer dans notre hémisphère boréal et le brûler de ses feux; C'est même celte union de la chèvre .et de ses chevreaux à la néoménie équinoxiale d'aries , qui fut représentée par une figure hiéroglyphique dont parle Eusèbe (Prsep. Evan. 1. 3 , c. la). Le jour finissait, et l'on apercevait au couchant , près de la mer, le conducteur du char du soleil prêt à descendre au sein des flots avec le fleuve Éridan placé au-dessous de lui, et qui se couchait avec lui au moment où l'énorme scorpion du zodiaque montait 6ur l'horizon , et effrayait par ses affreux regards les chevaux du soleil , qui furent précipités du ciel avec- leur guide. C'est le même monstre qui tue Orion , lequel suit TÉridan et accompagne le cocher dans sa chute ; c'est lui qui fait périr Canopus ou la belle étoile du gouvernail du vaisseau céleste , qui se* couche aussi dans ce moment ; enfin c'est l'ennemi et le meurtrier de toutes les constellations qui disparaissent a son lever , et qui se trouvent border en même temps l'horizon occidental.

Astr. ind. Disc, pidim., p. i5a j ibid., p. 28. — (a) Thcon, p. iai,i35.

Quant au cocher céleste qui disparaît alors au sein des flots , Nonnus (a) dit formellement qu'il est le Pliaëton foudroyé y et que le fleuve qui est au-dessous est l'Eridan qui le reçut dans sa chute. Effectivement , tous les astronomes anciens donnent au fleuve d'Orion le nom d'Eridan et de phaetontius amnis*

La lune en ce moment et dans ce thème génethliaque du monde, qui fait partir les mouvemens célestes de l'équinoxe, était supposée être au taureau, lieudeson exaltation. Celte planète porte le nom d'Io chez les Coptes et chez les A rgiens, où nous trouvons la fable d'Io changée en vache et placée dans la constellation du taureau ou dans le lieu de l'exaltation de la lune. C'est laque cette planète était censée être au moment où la période finissait et faisait place à la nouvelle révolution. Or, on remarquera que la fable • d'Io métamorphosée en vache , et dont la garde est confiée au ciel étoile , est lice à celle de Phaëton dans Ovide ; que c'est Épaphus , fils d'Io , i'Apis égyptien , suivant Hérodote (à), qui propose au jeune Phaëton le défi qui cause sa chute \ et que ces deux fables suivent immédiatement le triomphe du soleil ou d'Apollon sur l'hiver , et conséquemment se lient essentiellement à l'époque équinoxiale et au retour du printemps : ce qui s'accorde parfaitement avec la tradition conservée par saint Epiphane , qui nous dit que de son temps encore on célébrait en Egypte, au moment même de l'équinoxe de printemps , au passage du soleil sous" aries ou sous Vagneau céleste , une fête en mémoire du fameux embrasement de l'Univers ; qu'on teignait de rouge les arbres , les brebis et beaucoup d'autres choses., et que le sang, dont

(a) Noonu*. Dionysiaq., 1. 33, r. ',V,. - (b) Herod., I. », o. i58.

la couleur imite celle du feu , était regardé comme un préservatif d'un semblable désastre. C'était à peu près dans le même temps que dans toute l'Asie on pleurait Adonis , Mi dira , Atys , etc. , comme on pleurait en Italie la mort de Phaëton. C est Plutarque qui nous apprend Ça) que les peuples qui habitaient les rives du Pô pleuraient , depuis plusieurs siècles , la mort de l'infortuné Phaëton. Hi^ien (&), dans son livre de Astmlogid , regarde l'aventure de Phaëton comme une fable incroyable dont il cherche l'origine dans l'astrologie. Quoiqu'il n'ait pas trouvé la véritable explication, il avait bien aperçu que cette fable et beaucoup d'autres qu'il rapporte appartenaient à cette science , telle que celle de Pasiphaë , celle des amours de Vénus et de Mars, etc.

Voilà quel nous parait avoir été le fondement de la fable de l'incendie de l'Univers , faite sur la fin de la période équinoxiale ou sur celle de Tannée qui partait de l'équinoxe ; le commencement et la fin en étaient marqués le matin par le lever héliaque du cocher, au moment où le soleil approchait des premières étoiles du taureau , et le soir par la chute ou par le coucher de ce même cocher. Il avait tout le jour accompagné le soleil, et il disparaissait au couchant, le soir, avec l'Éridan céleste, au moment où le scorpion, qui dans la fable effraie et fait tomber ses chevaux , monte à l'orient et ouvre la marche de la dernière nuit où tout doit finir, pour rendre à la Nature une nouvelle période et un nouvel ordre de choses.

Il ne nous reste plus actuellement qu'à examiner les

(a) Plutarch. de His qui sera punit! , p. 557} ctNonn. tbid., t. ioo. — {b) Lucian , t. a, p. 990.

Aspects célestes qu'offrait la seconde hypothèse, ou celle qui attachait au solstice d'été le départ de la période , et qui y fixait le départ et conséquemment le retour des astres.

Ici s'offre encore le même partage d'opinions sur l'arrangement primitif des planètes. Les uns les réunissent toutes au point solsticial, au trentième degré du cancer ou au premier du lion , si# le colure môme (à).

Les autres les distribuent dans toute la hauteur du zo-

diaque , depuis le cancer jusqu'au capricorne. La planète la plus voisine de notre terre était placée dans le signe le plus voisin de nos climats septentrionaux , ou au cancer qui culminait sur la tète d'un habitant de Syene. La plus éloignée était placée dans le signe le plus éloigné de nos régions. Les autres étaient casées dans les cinq signes intermédiaires, suivant l'ordre qu'assignaient aux planètes les Egyptiens et Platon qui mettaient le soleil immédiatement après la lune.

C'est cette distribution que nous avons désignée sous le nom de théorie des domiciles au commencement. Nous y renvoyons le lecteur (b).

Ce fut au milieu de chaque signe que l'on établit le trône de la planète qui y avait son domaine ; et ce fut là que semblaient se concentrer toute l'énergie et l'influence du signe qu'elle occupait. En conséquence , on supposa qu'au commencement du monde , chacune des planètes se trouvait précisément au milieu des signes où elle avait son domicile. Voilà pourquoi Firmicus, qui nous a donné le thème génethliaque du monde , les place toutes au

(a) Nicctas Choniutc The*. Orlliod. fidei , 1. 9. — (b) Ci-de»si», I. 1 , c. 3.

quinzième degré de leur premier domicile. Voici (a) , dit-il , quelle fut la position des planètes au moment où le monde fut formé , et cela d'après les principes d*Escu« lape et d'Ànubis , à qui le grand Mercure conGa les secrets de notre science. On place donc le soleil au quinzième degré du lion, la lune au quinzième du cancer, Saturne au quinzième du capricorne, Jupiter au quinzième du sagittaire, Mars atf quinzième du scorpion, Vénus au quinzième de libra , et Mercure au quinzième de la vierge. Celte position est la même que Celle que fixent Macrobe et l'auteur grec cité par Saumaise, avec cette différence qu'ils ne parlent que du signe sans déterminer, avec la précision de Firmicus , jusqu'au degré même du signe. Mais il est aisé de voir que cette précision-là même est une fiction , et il y règne trop de symétrie pour y méconnaître le travail de l'homme et le fruit de l'imagination des astrologues. Aussi Firmicus nous avertit , et sa remarque était assez superflue , de ne pas êtredupesN de cette fiction , et de ne pas croire que ceux qui imaginèrent cette hypothèse n'eussent pas de bonnes raisons; que le besoin qu'avait l'astrologie d'un thème primitif qui servît de modèle aux autres , l'avait rendue nécessaire; que certainement la position des deux à l'origine du monde n'avait point été telle; que cette origine même n'était pas assez connue ; et qu'au moment où la divinité forma son ouvrage , il n'y avait personne pour en observer les mouvemens ; et qu'enfin il n'était pas possible , même par la voie du calcul , de remonter à cette époque primitive, puisque la graude période de restitution ou la grande apocatastase était de

t«) Firmic, 1. 3, c. i.

trois cent mille ans , au bout duquel temps la Nature se régénérait par le feu ou par l'eau.

Il ne suffit pas de savoir quelle était la position des planètes dans les différons points du ciel au moment du départ des sphères ; il faut encore connaître quelle était la position du ciel lui-même relativement à l'horizon, et conséquemment au jour, afin de retrouver exactement la position des cieux à l'instant où brilla le premier rayon de lumière , et conséquemment celle qu'il doit avoir encore au moment qui terminera la* nuit qui doit être la dernière de chaque péiiode , lorsque l'aurore viendra en ramener une nouvelle. Cette position nous est encore donnée par Firmicus et par Macrobe. Voici ce que dit ce dernier (ci) : ci Au moment où commença le jour qui éclaira le premier l'Univers , et où tous les élémens sortis du chaos s'arrangèrent sous celte forme brillante qu'on admire dans les deux , jour qu'on peut appeler avec raison le jour natal du monde ; on dit que le bélier en ce moment occupait le milieu du ciel. Or, comme le point culminant est en quelque sorte le sommet de notre hémisphère, le bélier fut placé pour cette raison à la tête des autres signes , comme ayant occupé , pour ainsi dire, la tète du monde au moment où parut pour la première fois la lumière. A l'horizon , montait le cancer , portant le croissant de la lune , suivi immédiatement du lion que montait le soleil ; puis Mercure avec la vierge , etc., et enfin Saturne sur le capricorne fermait la marche. » Conséquemment Saturne se levait le dernier, au moment où finissait le jour et commençait la nuit. Ce fut, ajoute Macrobe , la raison qui fit assigner à chacune de ces pla-

fa) Macroh. Soin. Scip., 1. i, c, ai, p. 90.

Page 1