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CHAPITRE IV

Après que l'ame du prophète, dans son extase, a franchi , d'un vol rapide , les sept sphères , depuis la sphère de la lune jusqu'à celle de Saturne , ou depuis la planète qui répond au cancer , porte des hommes , jusqu'à celle du capricorne où est la porte des Dieux , une nouvelle porte s'ouvre à lui dans le ciel le plus élevé et dans le zodiaque , sous lequel circulent les sept planètes , enfin au firmament ou à ce que les anciens appelaient crystaUinum primum, ou ciel de cristal [i45].

« Après cela , dit-il (b), je regardai , et je vis une porte ouverte dans le ciel , et la première voix que j'avais ouïe , et qui m'avait parlé avec un ton aussi éclatant que celui d'une trompette, me dit : Montez ici haut, et je vous montrerai les choses qui doivent arrivera l'avenir. »

(a) Orig. contr. Ccls., L 6. — (*) C. 4, v. i.

l'apocalypse. 4G9

On doit surtout remarquer l'expression de porte ouverte dans le ciel, qui est une expression empruntée des mîthriaqucs , où chaque planète avait sa porte , et où la huitième s'ouvrait pour laisser un passage à l'ame qui avait franchi les sept autres , a6n d'arriver au ciel des fixes et au zodiaque , dont les douze divisions sont figurées par douze portes dont l'agneau est le chef, et distribuées trois par trois , comme les signes et les saisons ; ce que nous aurons lieu d'observer au chapitre vingtun de cet ouvrage (a).

Cette même expression de portes est employée dans la vision d'Ezéchiel (fy , où l'on trouve également des portes tournées vers les quatre coins du monde , orientées et distribuées comme celles de la ville sainte que nous , verrons au vingt-unième chapitre : ce qui ne doit point nous surprendre \ car ces deux ouvrages mystiques ont le même but , la fin des anciens maux , et le passage à une cité plus heureuse [i4*>]. Ce n'est donc pas sans raison qu'Origène les met en parallèle avec la théologie des mithriaques , et qu'il compare les portes mystiques des uns aux portes mystiques des autres. Ces expressions appartenaient à la langue mystique et astrologique des Orientaux, et étaient usitées dans les mystères où l'on s'enveloppait toujours du voile merveilleux de l'allégorie, pour imprimer , dit Sanchoniaton , plus de respect à l'initié. Les Orientaux sont en général fort mystiques , observe ^uditieusement Bcausobre (c). Ils se servent d'emblèmes et de figures pour présenter leurs pensées. Ils parlent de vases , de ponts , d'échelles , par où ils font

(a) Apocalypse, c. ai, ta. — (b) Erechicl, c. \o , c. 4$, 3 1 . — V) Bcausobre, Traité du Manirh., t. a, I. 7, c. 6, Ç 1.

4fQ fcJAMhK

passer les aitoes -, mais on ne doit pas prendre ces figurç» à la lettre* Saint Pierre tient aussi la clef d'une porte par laquelle on entre dans le ciel. Le nom de porte des Dieux et de porte des hommes , donné aux signes do capricorne et du cancer , dans la théorie sur les voyages des hommes, appartenait à ce langage figuré de la science mystagogique. Il en est de même des différentes portes (a) par où passent les aines, dans la doctrine des Persans, des échelles de Jacob, dont le sommet était dans le ciel et le pied sur la terre, et le long de laquelle voyageaient les anges ; c'est une figure de la voix de lait , via Jacobi, et que d'autres appellent échelle de Jacob. Le Psalmiste (Pa. 77 , v. 5*7) parie aussi de portes des cieux qui ont été ouvertes.

Le génie annonce au prophète qu'il va découvrir l'avenir , et conséquemment lui ouvrir le livre de la fatalité. Or, l'astrologie était la base de cette science, et le ciel des fixes , modifiant les sept sphères , en était le grand instrument. Voila pourquoi l'auteur va ici nous présenter le tableau de la sphère et du zodiaque placé et arrêté sur ses quatre points principaux que l'astrologie appelait signes fixes et centres. Ces quatre signes étaient le lion , le bœuf ou taureau céleste , l'homme du verseau et le scorpion, auquel on substitua la brillante étoile du vautour, espèce d'aigle, la lyre qui monte avec ce signe, et qui en détermine l'ascension. Cette substitution eut lieu pour des raisons mystiques que nous développerons plus loin. Voilà donc le ciel appuyé sur quatre signes qui correspondent aux quatre divisions du contour du ciel; savoir, le milieu du ciel, le couchant, le bas

(a) Hydc , de Vct. Pers. Rdig., p. 401.

DE LAPOCALYPSE.

du ciel et l'orient , qui forment une espèce de croix dont le sommet est au zénith > le pied au nadir , et les deux bras s'étendent à l'orient et à l'occident. Donc en faisant le tour du ciel, à partir du sommet, nous rencontrons à quatre distances égales ou à six heures Tune de l'autre , quatre figures qui sont celle d'un lion , celle d'un bœuf, celle d'un homme et celle d'un aigle , ou les quatre animaux célestes qui divisent en quatre parties égales le contour du ciel et le zodiaque , dans lequel circule le temps dont la révolution est de a 4 heures ou de 4 foi» 6 heures. Au-dessus de ce eiel ou de ce firmament, les Orientaux plaçaient un vaste Océan, et même ils donnaient le nom d'Océan à ce vaste contour des cieux. Us regardaient le ciel lui-même eomme le trône de la divinité. Sous ce firmament , ou au bas de ce trône, étaient les sept sphères planétaires qui roulaient en sens contraire , et qui étaient censées mues par sept intelligences principales appelées les sept archanges , les sept esprits de Dieu, les sept chandeliers , comme nous avons vu plus haut. Voilà sous quel aspect se présente à nos yeux le système entier du monde , composé de sept sphères planétaires , au-dessus desquelles se trouve placé le zodiaque , aux quatre grandes divisions et aux signes fixes duquel sont quatre animaux , lion, bœuf, homme et aigle , et le ciel firmament ou des fixes , le premier cristallin des anciens , surmonté de l'Océan ou mer immense que l'astrologie chaldcenne et hébraïque plaçait au - dessus. Voilà donc la sphère astrologique fixée sur ces quatre centres, et disposée telle qu'elle doit l'être pour celui qui va consulter les décrets du destin, qui résultent de l'action des planètes combinée avec celle des fixes. Voici maintenant le tableau que le

4j2 EXAMEN

ciel offre à l'hiérophante à qui on va révéler l'avenir. On remarquera que c'est au ciel que le génie l'appelle , et que c'est sur le ciel qu'il arrête ses regards. Ëcoutonsle parler. V. a : « Et ayant été soudain ravi en esprit , je vis au même instant un trône dressé dans le ciel, et quelqu'un assis sur ce trône. Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine ; et il y avait autour de ce trône un arc-en-ciel qui paraissait semblable à une émeraude. » V. 4 • « Autour de ce môme trône , il y en avait ^4 autres sur lesquels étaient assis ^4 vieillards vêtus dérobes blanches, avec des couronnes d'or sur la tête. » V. 6 : a II sortait du trône des éclairs , des tonnerres et des voix , et il y avait devant le trône sept lampes allumées qui sont les sept esprits de Dieu.

» Vis-à-vis du trône (a) , il y avait une mer transparente comme le verre et semblable à du cristal , et, au milieu du trône et autour du trône , il y avait quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière 5 V. 7. Le premier animal était semblable à un lion 5 le second à un veau (ou bœuf). Le troisième avait le visage semblable à un homme , et le quatrième était semblable à l'aigle ; V. 8. Ces quatre animaux avaient chacun six ailes, et ils étaient pleins d'yeux à l'entour; V. 9. Et lorsque les quatre animaux rendaient gloire à celui qui est assis sur le trône et qui vit dans le siècle des siècles (b) , V. 10, les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône , et adoraient celui qui vit dans le siècle des siècles. »

11 n'est pas difficile de reconnaître dans ce trône le

de l'apocalypse. 47 3

ciel ou le firmament , trône sur lequel on place la divinité et l'Eternel qur vit dans tous les siècles. Les vingtquatre parties du temps que le ciel engendre par sa révolution , ce temps toujours représenté sous l'emblème d'un vieillard , sont désignées par vingt-quatre vieillards qui entourent le trône de l'Éternel , père du temps et des heures. La division de ce temps en quatre parties de six heures en six heures, temps que chacune des grandes divisions du zodiaque en signes fixes sur lesquels s'appuie la sphère , mettent à passer au méridien , est désignée par six ailes , symbole ordinaire du temps et du mouvement de la révolution du ciel. Les figures des quatre animaux sont les quatre figures célestes qui sont attachées à ces quatre divisions principales du zodiaque où circule le temps, ainsi que les sept planètes. Enfin les yeux sont les étoiles dont le ciel , véritable Argus de la fable , est parsemé. Voilà à quoi se réduisent tous ces emblèmes. Nous allons donner un plus grand développement à notre explication, en l'étayant de preuves qui ne laisseront aucun doute sur la vérité.

D'abord il est certain que le firmament ou le ciel a été regardé comme le lieu de l'Univers sur lequel pose le trône de Dieu. Le Seigneur a placé son trône dans le ciel , dit le Psalmiste (Psal. 102, v. 19) ; et dans Isaïe , c. 66, v. 1, Dieu dit: Le ciel est mon trône. Le trône de Dieu que l'auteur de l'Apocalypse aperçoit est donc dans le ciel appelé firmament. C'est donc là qu'il faut que se portent nos regards.

Quant à la grande mer ou aux eaux qu'il aperçoit auprès de ce trône , ceci tient encore aux idées physiques «les Orientaux, Chaldécns , Juifs , Arabes , Syriens. Le Psalmiste (Ps. 1 v. 4) parle de ces eaux qui sont

au-dessus du firmament : Laudate eum cœli cœîorum et aquœ quœ super cœlos sunt. Les Arabes rappellent la grande mer sans fin, placée au-dessus du firmament; les Syriens, le grand Océan, immense et sans terme (a). Les trois jeunes gens que Nabuchodonosor est supposé jeter dans la fournaise (Daniel, c. 3, v. 60) invitent toute la Nature à béuir Dieu , dans le fameux cantique dont chaque verset commence toujours par benedicke. Ils invitent entre autres les eaux qui sont étendues au-dessus du ciel à louer le Seigneur : Benedicite cœli (b) Domino. Go.Benedicitcaquœ quœ super cœlos sunt. Et ils avaient dit, quelques versets plus haut, v. 54$ 55, 56 : Benedictus es in throno regni tuù Benedictus , qui intuerù A hyssos et sedes super cherubim. Benedictus es in firmamento cœli, etc»

Saint Justin (c) enseigne comme une doctrine de l Kcriture que la convexité des cieux est chargée d'eau.

Théophile (d) parle également du ciel visible comme ayant attiré à lui , au moment de la création, une partie des eaux du chaos.

Saint Augustin (e) prétend que le firmament a été formé entre les eaux supérieures et les eaux inférieures ; et qu'il prit le nom de ciel , de ce ciel où sont attachés les astres , et cela d'après l'idée que la Genèse elle-même donne de la formation du firmament (/).

Cette vaste mer, cet Océan supérieur aux autres, était le lluîdc lumineux qui compose Téther, suivant l'évèquc

(a) Kirker. OEdip., •• 1, par» 1, p. 4^3; ibiU., p. 4*6. — (&) V. 56o — (c) S. Justin. Qusst. et Respon. Orlh. 9V — (</) ThcophU aJ AuT > I. a, c 9. — (c) Augutt. de CiTÎt. l)ci , 1. a , c. 9. — (/) Croc*., c. i, v. G et 7.

de Prusc , on Patrice , cité par Cédrénus (a). L eau supérieure qui circule au-dessus du firmament., est le fluide éthéré ou l'éthcr : ce qui explique assez bien l'idée d'Ezéchiel (6), qui fait jaillir des étincelles et des feux des pieds des quatre animaux , au milieu desquels on voyait comme des flammes 'et des éclairs. Il compare ce firmament étendu sur la tète de ces quatre animaux à un cristal étincelant; ce qui caractérise bien la substance éthérée dont est composé le ciel des fixes.

Cette expression de mer et d'Océan , destinée à caractériser la couche du fluide qui circule au-dessus du firmament , et dont les écoulemens se manifestent de toutes parts dans les astres qui brillent au ciel , était empruntée de la philosophie chaldéenne et syrienne, ondes peuples sarans avec qui les Hébreux eurent le plus de communication.

Un auteur syrien (c) , qui a recueilli les principes de leur astronomie physique, divise en dix couches ou sphères toute la masse ou la profondeur des ci eux , jusqu'à la sphère de la lune, et suppose que le tout est surmonté d'un vaste océan qu'il appelle la grande mer, immense et sans bornes. Chacune de ces sphères est présidée par une intelligence dont l'ordre hiérarchique est celui des anges, archanges , principautés , puissances, vertus , dominations , trônes , jusqu'à la huitième sphère ou à celle des fixes , présidée par les chérubins , c'està-dire , par les intelligences même que l'auteur dé l'Apocalypse nous présente avec des ailes et des yeux, et avec la figure des quatre animaux qui, dans Ezéchicl,

(a) Cedren., p. — (b) C. 1, v. 7 et v. i3, v. m. — («?) Mor f«aac in Philosoph. Syriac. apud RîrLcr, OEdipe, t. a , pars 1, p. 4'i5.

47^ EXAME*

sont appelas chérubins (n). La philosophie syrienne les attache à des orbites, et Ezé*chiel les fait mouvoir avec des roues ; ce qui revient au même. C'est dans cette huitième sphère, ou au huitième ciel, que l'auteur syrien place les étoiles fixes au nombre de onze cent vingtdeux , et qu'il les assimile au chœur des chérubins , tout brillant de lumière et semé d'yeux. Il place encore audessus deux étages d'étoiles non moins lumineuses et de différentes grandeurs : les nébuleuses et les petites étoiles de la voie de lait; et le tout est surmonté des eaux célestes qu'il dit se répandre sur tout le firmament , et qui composent , comme nous l'avons déjà dit , la grande mer de lumière et l'Océan sans fin et sans bornes.

On donnait le nom d'Océan (b) à l'horizon et à la calotte sphérique qui borne dans le ciel notre vue. Cctie calotte sphérique était représentée dans le temple de Jérusalem, où toute la Nature était retracée par une grande cuve circulaire à laquelle étaient attachées ces quatre figures d'animaux qui la soutenaient, et conséquemment la sphère et le ciel , trône de Dieu ; et on l'appelait la grande mer.

L'Arabe Abulchassen (c) prétend que Dieu ordonna à la partie supérieure des eaux de monter en haut, et qu'il en créa ou forma la substance 'du ciel , et que les anges qui habitaient le ciel avaient la forme d'oiseaux ou étaient ailés. 11 leur donna pour chef Samaël, nom formé de Samaïm , cieux ou chef du ciel , et plusieurs de ces génies ont la figure de vautours, d'aigles, etc., comme on en voit un ici à figure d'aigle. Ces figures

(n) Kzech., c. 10, v. i, i{, i5, rte. — (J>) Thron , p. i3a — -c) Kirk. O: dij> , t. i, i>r. i, p 4 19.

d by Go<

de l'apocalypse. 477 monstrueuses étaient familières dans la théologie chalv déenne.

Un auteur sarrasin, cité par Rirker (a), place au septième ciel une grande mer présidée par l'archange Michel. Ces dénominations de mer données aux sphères sont connues des Indiens qui ont la mer de lait, de £ nectar, etc.

0 Empédocle était persuadé que la substance du ciel

v était formée d'eau et de feu, dont il était résulté une

-cristallisation (6). C'est ce qui fait dire à Jean qu'il voit une merde cristal, et à Ezéchiel qu'il aperçoit un fir-

? marnent de cristal , auquel sont attachés les quatre ani-

maux ou chérubins (c).

Tout le monde sait que les partisans de Ptolémée attachaient les planètes à des cieux de cristal, et qu'audessus du ciel des fixes ils plaçaient le cristallin premier et le cristallin second. Cette expression de mer ou de firmament de cristal est prise de celte ancienne opinion sur la substance dont sonjt composées les sphères, et surtout le firmament, que l'on croyait être d'une substance dure et diaphane telle que le cristal. Empédocle faisait le ciel de forme cristalline (d).

| Marsilius Ficin (e) , dans son Commentaire sur Plotin ,

regarde chaque sphère comme une mer, relativement à la sphère inférieure. H y a des eaux, dit-il , dans le firmament j il en entre dans sa composition. Il y en a audessus du firmament. Au-dessus de ces eaux, les théologiens ont placé la sphère du feu éthére ou l'empyrée ,

(a) Kirker, OEdipe, p. 4?o; ei Kaab it>Hist. Saraceni. — (b) Ezech., c. i, m. — (c) lhid. — (d) Diogen. Lafirt. Vit. Empedoc, p. 616. — (e) Marsil. Ficin. in Plotin. Eonead. a, h 3, c. 6

qui enveloppe le ciel cristallin et qui a plus d'étendue que lui. Ces dénominations de cieux de cristal étaient dans tous les livres d'astronomie avant Copernic, et avaient été empruntées des livres astronomiques et astrologiques des Arabes , qui commentèrent Ptoléméc. Ceux-ci, sans doute, les avaient empruntés des Chaldéens , les maîtres de tous les peuples en astrologie , et dont les idées ou les erren rs physiques furent adoptées par les Hébreux. Il n'est pas étonnant d'en retrouver des traces dans leurs livres et dans les distributions qu'ils font des deux et des génies ou des anges qui y président.

Les Chaldéens appelaient aussi les sept sphères les sept firmamens (a). Ces cieux ou Grmamens sont souvent désignés par une pierre précieuse , dont ils sont censés être composés. Ainsi il y a des cieux d'émeraude , d'hyacinthe , de perle*, d'autres d'or et d'argent, etc., comme on peut le voir dansKirkcr et dans la figure gravée, extraite de son grand ouvrage sur l'Égypte et sur le culte de l'Orient en général , intitulé Œdipus œgjptiacus.

Clément d'Alexandrie (6) prétend que les cinq perles et les cinq escarboucles qui ornaient l'habit du grandprêtre, désignaient les sept sphères planétaires; ce qui s'accorde parfaitement avec la théorie des Chaldéens qui désignaient , comme on le voit ici , les sphères par différentes pierres précieuses.

Josèphe (c) dit pareillement que les deux sardoincs qui servaient d'agrafes au grand-prêtre, représentaient le soleil et la lune, et les douze pierres précieuses du rational,

(a) Cedrenus, p. 169. — (6) Clem. Alex. Strom., I. 5,- p. 564. — (c) Joseph. Ant., I. 3, c. 8. »

DE l'aPOCALY PSE . 479

les douze signes du zodiaque. Clément d'Alexandrie (a), au lieu de sardoincs , dit que c'était deux émeraudes qui représentaient le soleil et la lune. Il résulte toujours de leur explication, qui est conforme aux vrais principes de l'astrologie babylonienne et chaldéenne , que les cieux et les planètes étaient souvent caractérisés par des pierres précieuses de différente nature, analogues à la teinte de lumière que Ton supposait briller dans ces cieux et dans ces astres.

On trouve également dans Kirker (6) une table des sept planètes avec les différentes pierres précieuses qui caractérisent ebacune d'elles , qui sont soumises à leur influence, et qui semblent participer à leur nature. Cette table est tirée des auteurs arabes, et fait partie de leur système cabalistico-astrologique, ou de la science mystérieuse dont Fauteur de l'Apocalypse et Ézéchiel ont fait usage, d'après les principes de la théologie des Babyloniens leurs maîtres , ou des Cbaldéens , les premiers astrologues du monde , cbez qui d'ailleurs la théologie des anges, des archanges, etc., était établie dès la plus haute antiquité. Car c'est d'eux que les Hébreux semblent avoir emprunté l'ordre hiérarchique des génies ou des intelligences célestes. J'ai cru devoir entrer dans ces détails afin de faire rémarquer dans l'ouvrage de Jean tous les caractères de la théologie astrologique des Arabes, Cbaldéens et Syriens leurs voisins, et souvent leurs maîtres. On reconnaîtra ces traces dans la répétition des nombres astronomiques 7 et On les reconnaît dans les différens génies que l'on met

(*) Clem. Alex. Strom. 5 j ibid., P. 5G7.— (b) Kirker, OL'dipc, t. a, l>«rt. a, p. 138.

à chaque instant sur la scène, et dans l'usage fréquent que l'on y fait des pierres précieuses , telles que le jaspe, Témeraude, le saphir, etc. , qui servirent à caractériser des planètes , des sphères etdiûerens cieux, chez les Arabes et les Syriens. On ne sera plus surpris de voir dans le ciel des trônes àc saphir (a) , des sphorcs de jaspe et de sardoinc , et une ville (b) qui ressemble à une pierre de jaspe , transparente comme du cristal , dont les murailles sont de jaspe, dont les fondemeas sont ornés de toutes sortes de pierres précieuses , et dont les portes sont des perles. Ce sont ces idées orientales qui ont fourni à Lucien (c), né en Orient, sa fiction de sa ville sainte qu'habitent les bienheureux dans l'élysée , et le type de la construction de cette ville , toute d'or , environnée d'une muraille d'émeraude , comme la Jérusalem céleste qui était toute d'or, et qu'environnait une muraille de jaspe (d). C'est dans la même carrière orientale qu'il a pris les riches matériaux dont il a bâti son temple eu pierres de bérylle, ses autels d'améthyste : c'est en Orient qu'il a trouvé l'ivoire dont il pare sa ville , et la cinamome dont il fait les sept portes qui ferment les sept entrées de sa ville sainte. Il suffit de lire les romans arabes et les contes persans , pour reconnaître le luxe de leurs descriptions et pour saisir le véritable caractère du roman mystagogique de TApocalvpsc. Nous avons cru cette petite digression nécessaire au commencement de cet ouvrage, surtout au moment où nous voyons un génie brillant par l'éclat du jaspe et de la sardoine (e) , environné d'un arc semblable à une émeraude

(a) Ezechiel, c. i, v. a6. — {b) Apocal., c. 4 , v. 3; c. ai, v. uv 18 , 19, ai. — (c) Lucian, Hist. ver. a, p. 75a. — {d) Apocal., c. ai, t. 18. — (e) D>id.,c. 4, v.3c*4.

de l'apocalypse. I

et siégeant sur un trône devant lequel sont allumées sept lampes , qui désignent évidemment le ciel planétaire , au-dessus duquel s'élève celui des fixes , trône naturel de la divinité , et figurée , comme les sept autres cieux , par des émeraudes , des jaspes , etc.

"Revenons maintenant aux quatre animaux placés aux quatre coins du trône et à sa circonférence , et sur les* quels semble s'appuyer le trône de Dieu (a). Ces animaux sont quatre chérubins ; c'est donc dans le huitième ciel , dans la sphère a plane, ou des fixes, affectée aux chérubins, comme^nous lavons vu plus haut dans le système du monde , que nous devons les chercher.

Nous trouvons effectivement dans la sphère , dans la circonférence du ciel , trône de la divinité, à des distances égales , et aux quatre points fixes qui divisent la sphère , quatre figures pareilles à celles que le prophète voit ici , et nous les trouvons , comme lui , dans le ciel et dans le seul ciel où Ton puisse trouver des animaux , c'est-àdire dans le zodiaque ou dans le cercle des animaux célestes. En parcourant la sphère contre l'ordre des signes , et en partant du signe affecté au soleil , ou du lion son domicile astrologique , nous trouvons de trois en trois signes , dans le même ordre que l'auteur de l'Apocalypse les nomme, le lion , le bœuf ou taureau , l'homme du Terseau , et l'aigle ou vautour qui porte la lyre , et t la belle étoile , par son lever simultané avec le scorpion , fixe et marque tous les jours l'ascension de ce quatrième signe, qui, sans des raisons mystiques, figurerait a ]a quatrième place avec les trois autres. On remarquera que c'est dans le ciel que nous les voyons ; que c'est à des

(a) Apocalypse , c. 4 , 6.

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