TOME V. 3l
distances égales qui partagent exactement en quatre le tour du ciel ; que c'est dans le même ordre absolument sans aucun dérangement qu'ils se suivent. Toutes ces circonstances ne sont pas indifférente* pour prouver que les quatre animaux, que nous voyons an ciel, sont les quatre animaux qu'y voit le mystagogue qui va prédire l'avenir et interroger le livre des destins.
Mais ce qui achèvera de porter jusqu'à l'évidence la justesse et la vérité de notre opinion , sur le lieu où nous devons chercher ces animaux , c'est l'emblème des ailes qu'on leur attache. Ces ailes ont été ordinairem^t données au temps dont elles figurent la course rapide. On les a données par cette raison à Saturne. Mais nous avons quelque chose de plus précis dans Clément d'Alexandrie. Ce père , le plus instruit de tous les pères de l'Eglise chrétienne , né dans un pays où le goût des emblèmes était dominant, et où l'intelligence de ces emblèmes n'était pas entièrement perdue , nous parle des chérubins qui étaient dans le temple de Jérusalem (a). Il n'en compte que deux, ayant chacun six ailes; ce qui fait douze ailes , nombre en tout égal à celui des signes. Or, voici ce qu'il dit de ces ailes , et comment il explique cet emblème : « Elles désignent , dit-il , le monde sensible dans lequel se trouvent les douze signes à travers lesquels le temps achève sa révolution. » Il résulte de cette explication que , si les ailes font allusion au temps qui circule dans le zodiaque , et aux signes dans lesquels se partage ce même temps, et qui fixent la division de tout le zodiaque , les animaux auxquels sont attachées les ailes du temps et du zodiaque sont donc les animaux même
(a) Ora. Alex. Str., I. 5, p. 363.
ligures par l'astronomie dans le zodiaque , et qui en partagent la circonférence en quatre parties égales, ainsi que le temps que mesure le zodiaque. Clément n'a nommé que deux chérubins, et n'a fait allusion qu'à la révolution annuelle en 12 temps, en 1a mois, en 1? signes , au lieu qu'ici l'auteur a eu en vue la révolution journalière de tout le ciel en *4 heures , désignées par 4 fois 6 ailes, ou 4 f°'8 8'x Heures ; et celle du zodiaque coupé en quatre parties par le midi , le couchant , le minuit ou méridien inférieur, et le levant, distant chacun de trois signes ou de six heures, puisqu'il faut environ deux heures à chaque signe pour passer au méridien. Il est toujours certain que les ailes faisaient allusion au temps qui circule dans le zodiaque ; et conséquemment que les quatre figures d'animaux, auxquelles sont attachées ces ailes , sont celles des quatre animaux célestes ou des quatre signes qui fixent ces quatre divisions de six en six parties. Les animaux sont donc dans le ciel et dans le cercle même où circule le temps désigné par les ailes. Les deux emblèmes se tiennent nécessairement , et doivent se trouver unis dans le même ciel où roule le temps ailes rapides , entraîné tous les jours par la révolupremier mobile où s'appuie le trône de la divinité. On voit dans Kirker (a) une de ces figures de la révolution du temps , exprimée par un serpent qui se mord la queue ; emblème usité chez les Égyptiens pour peindre le monde et le «el.
Le contour circulaire de ce serpent est divisé en quatre parties marquées par la figure des quatre animaux , lion , taureau , homme et aigle , casés sur la tête du soleil , de
(a) Kirker, OEdip., t. * , par* a, p. ig3; Hor.-Àpoll., 1. 1, c. a.
484 EXAMEN f
Vénus , de Saturne et de Mars , qui sont précisément les quatre planètes qui ont leur domicile au lion, taureau, verseau et scorpion céleste. J'ignore de quel livre astrologique Kirker a tiré cette figure symbolique \ mais elle exprime absolument le véritable emblème du temps du zodiaque, pris dans ses quatre principales divisions ou déterminé par les quatre signes appelés fixes par tous les astrologues.
Ces astrologues, tels que Manilius [147] > donnent au soleil , aux astres et au zodiaque des ailes , ou disent qu'ils volent.
La circulation rapide du premier mobile était représentée par des ailes dans la statue du Dieu Cneph chez les Égyptiens, et ces ailes désignaient, suivant Porphyre (a) , le mouvement : noerôs kineùaL On voit des cercles ailés destinés à représenter le monde et le soleil dans sa révolution.
Quant aux yeux dont sont semés les corps de ces animaux, il est évident que ce sont les étoiles dont chaque constellation est parsemée. Manilius appelle les étoiles les yeux du ciel [i48]. C'est le fameux Argus des anciens , suivant l'explication assez naturelle de ceux qui ont voulu interpréter cette fable (6). Personnen a mieux mérité que le ciel l'épi lliète de multioculus ou poliiophthalmos , que les Égyptiens donnaient à Os iris, mari d'Isis. On voit aussi dans Sanchoniaton que les Phéniciens représentaient leurs Dieux avec plusieurs yeux, plusieurs ailes, et que Thaut, qui les représentait ainsi , avait cherché à imiter Uranus ou le , ciel (c). Ces figures ou images allégoriques des
(a) Porphyr. aptid Euseb. Praep. cr., 1. 3, c. n, p. 1 15. — (b) Natal. Comes. — (c) Euseb. Prsep. ev., 1. i, c. 9.
DE LAPOCALYPSK. 485
intelligences , qui président à Tordre du monde , auxquelles on donne plusieurs ailes et plusieurs yeux , sont très-fi^uentes dans la théologie orientale et chez tous les cabalistes hébreux, qui ont emprunté leur théologie mystérieuse de l'Egypte , de la Chaldée et de la Perse , ou la théorie des anges et des génies est née , et chez qui on trouve, presque partout , de ces figures allégoriques , d'une forme monstrueuse , telles que nous en présentent le livre de Y Apocalypse et celui de Daniel etd'Ézéchiel, dont l'Apocalypse est une mauvaise compilation.
Les cabalistes donnent à Gabriel six grandes ailes (a) auxquelles sont attachées cent autres ailes plus petites. D'autres anges ont soixante-dix faces, et à chacune d'elles soixante-dix bouches. D'autres 36o yeux, 36o langues , 36o mains , 36o pieds , etc. , nombre égal à celui de 36o degrés du cercle , soit du zodiaque , soit de l'horizon , et avec cela quatre ailes qui s'étendent vers les quatre parties du monde , orient, occident , etc.
Il est aisé de remarquer, par les rapports visibles que le nombre de ces ailes , de ces yeux, de ces mains , a avec les divisions de la sphère , que ces figures d'anges , d'archanges ou de chérubins sont de la nature des figures symboliques que l'astrologie ancienne imagina, et dont la sphère nous conserve encore les traces dans la vierge , Persée et Pégase , qui sont munis d'ailes comme ces anges ou génies de la théologie chaldécnne. Un bœuf ou un lion ailé n'est pas plus extraordinaire dans une sphère qu'un cheval ailé , tel que Pégase ; qu'une femme ailée, telle que la vierge céleste*, et qu'un homme ailé , tel que Persée. C'est l'ouvrage du même génie.
(4t) Rirker, OEdip., t. a, part, i, p. 4ao.
4^6 LXAMEU
Les premières sectes chrétiennes avaient conservé a leurs sept archanges des ligures d'animaux , qui toute» sont dans la sphère , et en ont été vralsembia^ement empruntées*
Michel , qui sous ses pieds écrase le dragon , avait une tète de lion; Hercule , qui dans la sphère écrase le cnèrae dragon , avait une peau de lion (a)-, c'est-à-dire , que tous deux étaient parés de 1 attribut du signe qui sert de domicile au soleil et dont Hercule, chez les Grecs, était le génie conducteur. C'est la figure du premier animal de l'Apocalypse. Un second avait la tête du taureau , signe où Vénus a son domicile, et prenait le nom de Souriël , nom du taureau , sor en astronomie. C'est la figure du second animal. Un troisième était un homme amphibie à pieds de serpent, tel que l'on peignait Cécrops (6) que l'antiquité plaçait dans l'homme du Terseau , domicile de Saturne. C'est notre troisième animal. On l'appelait Raphaël , et Saturne s'appelait Rephati chez les Coptes.
Le quatrième avait une figure d'aigle. C'est la figure du quatrième animal de l'Apocalypse. Il s'appelle Gabriel.
Le cinquième avait la figure d'ours , animal qui est aussi dam la sphère au nombre des constellations. On l'appelait Thauthabaoth.
Un sixième avait la figure du chien , animal caractéristique de Mercure ; et le chien est aussi une des plus brillantes de nos constellations. I) s'appelait Erathot.
Le septième était une figure d'âne, et l'âne est une constellation qui fait partie du signe du cancer , donii-
"(a) Origene contra Ccïs., I. 6, p. 3o4. — (b) Nonous. Dionys., 1- 4c.
DE L APOCALYPSE. ' ^Sj
cile de la Iudc ; on l'appelait Onoêl, nom composé de on os en grec, qui veut dire âne, et par lequel celle partie delà constellation est designée dans les livres d'astronomie. Un l'appelait aussi Thauthabaolb ou Tharthorath.
Cette doctrine parait à Origène avoir été particulière aux o phi les, et être entrée dans leur théorie sur les sept cieux dont parle saint Épiphane (a), et sur les sept éons, anges ou Dieux inférieurs qui se métamorphosèrent eu sept cieux qu'Ialdabaoth enveloppa de ses cou-^ tours.
Les gnos tiques (b) avaient aussi leurs sept cieux, présidés chacun par un génie, et chacun d'eux avait sa forme et sa dénomination particulières. Ils étaient soumis à l'action d'un huitième qui les comprenait tous, et qu'on appelait Barbélo , le Christ père et maître de toutes choses. On donnait la forme d'àne à sabaoth , à celui qui présidait au septième ciel ou au ciel de la lune , laquelle avait sou siège au cancer où est la constella ti on de l'âne. Tous ces rapports sont assez singuliers pour être remarqués et pour nous ramener à la sphère d'où furent empruntées ces figures bizarres d'anges, d'archanges et de génies tutélaires des sphères, et proposés à l'ordre du monde que l'on cherchait à retracer partout dans les mystères et dans les ouvrages de la mystagogie, où il est question de peindre l'ame qui traverse les sphères et qui cherche à s'élever par la contemplation et l'extase jusqu'à son principe. Car à peine l'homme fut-il formé, disent les ophites (c) , qu'il chercha par la force de sou intelligence à s'élever au-dessus des huit cieux, pour connaître
(a) Epiph. a<U. Hserc».. c. 38, I. i. p. iai . — [b) IbicJ . r afi, p. fi — (0 lbid. , p. 121.
et louer le père suprême placé au-dessus d'Ialdabaolh qui enveloppe les sept cieux inférieurs ; c'est-à-dire qu'il s'éleva au-dessus du moude et du ciel visible, jusqu'au monde et au Dieu intellectuel. Mais Ialdabaoth fâché cherche toujours à le repousser vers la matière où le principe du mal se mêle à celui du bien.
L'Apocalypse étant uu ouvrage mystique de cette nature • dans lequel l'ame s'affranchit de la matière et s'élève par la contemplation à travers les sept sphères, jusqu'au monde intellectuel qui brille dans la lumière première au-dessus des ruines du monde visible, dans lequel le mal se mêle sans cesse au bien , il n'est pas étonnant d'y rencontrer de ces figures d'anges ou de chérubins à têtes de lion, de veau , d'aigle, etc., que les ophites et les gnosliques avaient formées, d'après les tabltfeux de l'ancienne théologie orientale, d'où la théologie des Juifs et des Chrétiens est émanée.
En nous résumant , nous conclurons que les quatre ligures d'animaux que l'hiérophante aperçoit dans le ciel, ne doivent être cherchées ailleurs que dans les constellations, et principalement dans le zodiaque où circulent toutes les planètes qui dirigent la marche du temps et de la fatalité dont le livre va s'ouvrir aux yeux du prophète.
Il est bon, en effet, d'observer que le destin ou la fatalité résultait de l'acliou combinée des sept planètes avec les étoiles fixes, et surtout avec les figures ou signes du zodiaque. Aussi, dans le poëme de Nonnus (a) où Ton voit Gérés qui va consulter l'astrologue Astrée , celui-ci commence par bien établir la sphère sur ses
lu; INonuus , Dionys., 1. 6, v. 68.
de l'apocalypse. 4^9 points principaux, et il jette ensuite ses regards, dit le poële , sur le zodiaque , sur les sept planètes et sur les fixes. C'est ce que fait ici le prophète Jean , qui jette d'abord les yeux sur le ciel, en haut et en bas , comme Astrée, qui observe le soleil au méridien inférieur, Mars au couchant, et qui consulte les points principaux que les astrologues appelaient centres , et sur lesquels Jean place les quatre signes ou les quatre animaux, lion, taureau , etc. , en mettant le lion au méridien supérieur. Nous le verrons bientôt les jeter aussi sur le système planétaire désigné dans le chapitre suivant (a) , sous le nom de livre aux sept sceaux, d'où il tire , comme Astrée, des conjectures de ce qui va arriver. Ces points cardinaux sur lesquels nous disons que le prophète astrologue pose sa sphère, comme sur les quatre signes fixes, sont le méridiitusupérieur , le couchant, le méridien inférieur et l'orient. Ces quatre points s'appellent centres et gonds , ou cardines par tous les astrologues anciens ; et ils étaient comme la base et la position fondamentale des génethlîaques et des spéculations astrologiques , comme on peut s'en assurer par la lecture des astrologues et des auteurs qui ont parlé des principes de cette science. Origène , dans son Commentaire sur la Genèse (b) dit que le fondement de toute observation astrologique était l'inspection des astres et des signes qui occupent le levant, le couchant, le méridien supérieur et le méridien inférieur. C'était dans ces quatre points principaux que se concentrait la plus grande force des influences ; et les Egyptiens , dit Kirker (c), y fixaient la demeure
(ii) Apocal., c. 5, t. i. — (b) Comment, in Genesi, p. nj id. »\ ucL Eu*eb. Pr. er., I. 6, p. agj . — (c) Kirker, OKdip., t. a, p. a, p.i9hl\)\
^9° EX.AMEW
principale de leurs génies ou de leurs Dieux. On les appelait angles, contres, gonds, rayons. On y plaçait les génies présidens et arbitres souverains de la fatalité. Souvent on donnait au milieu du ciel, suivant Sauxnaise (a), la première place snr les antres points cardinaux, et voilà, sans doute, pourquoi ici le lion, signe du I>teu-soleil , se trouve nommé le premier, et c est la raison qui nous le fait placer au haut du trône , tandis <fue les trois autres animaux on occupent les contours. Isaïe (b) qui , dans son chapitre six , nous peint Dieu assis snr son trône, près duquel sont aussi les génies ayant six ailes comme ceux de Jean , et qu'il nomme séraphins, génies qui, comme ceux de Jean, répètent )e trisagion on trois fois saint, dit que le bruit de leur voix ébranle cardines ou les gonds du temple de la divinité. Ce temple de la divinité est le* tiel , dont les quatre points cardinaux, Orient, occident, méridiens supérieur et inférieur s'appellent cardines cœli , et c'est à eux que se trouvent ici attaches les quatre animaux aux six ailes , Mon , bœuf, homme et aigle.
Quant a ce dernier animal qui ne se trouve pas dans le zodiaque avec les trois premiers, il est à propos de douner la raison de la substitution qui en a- été faite à la place du scorpion avec lequel il se lève, et qui naturellement devrait être la quatrième , si des raisons mystiques ne l'eussent souvent faitécarter. Le scorpion était, dans les principes des astrologues , un signe malfaisant et de mauvais augure. Les Egyptiens y plaçaient le siège de leur mauvais principe Typhon, qui tua Osiris ou le Dieu
(n) Salmasi. Ann. Clim., p. i3o. — {h) Isaïc , c. 6, p. i , a et 4-
d by Goo
à lète de bœuf pendant le mois où le soleil (a) , dit Plutarquc , parcourait le scorpion. Les Hébreux lavaient affecté à la tribu de Dan d'où devait naître l'Antéchrist, suivant leurs traditions de Dan, que Jacob, dans sa prophétie , compare au serpent ou au céraste [i4o/j. Ces raisons mystiques le firent écarter comme étant de mauvais augure , et lui firent substituer la lyre ou le vautour céleste , belle étoile qui monte sur l'horizon eu même temps que le scorpion , et qui se trouve à l'orient avec lui , mais plus au nord. Cette 'substitution nous est attestée par Rirker qui nous a donné une description du camp des Hébreux dont les douze tribus et les douze pavillons étaient sous l'inspection d'un signe , et en portaient l'empreinte dans leors drapeaux.
Kirker (b) s'appuie de l'autorité d'Aben-Ezra dans la description qu'il nous donne de cette distribution calquée sur le zodiaque , et des enseignes de chaque tribu [i5o]. Le drapeau de la tribu de Ruben, suivant ce savant, portait pour empreinte une figure d'homme. Sur celui de Juda était peint un lion/ Sur celui d'Ephraïm était dessiné le bœuf. Le drapeau de Dan devait représenter le serpent ou céraste. Mais, suivant les docteurs juifs, le refus que Dan fit de cet emblème engagea à y substituer la figure de l'aigle ou du vautour, animal belliqueux. Aben - Ezra observe*, avec raison , que ces quatre emblèmes sont aussi les figures des quatre animaux qu'Ezéchiel désigne sous le nom de chérubins dans sa vision. Effectivement ce sont eux, et conséquemment ce sont aussi les quatre animaux de l'Apocalypse, ouvrage composé dans les mêmes principes, et qui, en
{a) De Iside. — (b) Kirker, OEJip. ,t.3, pars i, p. ao.
4i)2 EXAMEN
général, n'est qu'une copie du premier, ou peut-être qu'une copie d'un ancien ouvrage qu'Ezéchiel lui-même compila : ce qui me paraît aussi vraisemblable ; car il y a plus d'exactitude dans l'Apocalypse qui donne six ailes à ses chérubins, comme Isaïe six ailes à ses séraphins, que dans Ézéchiel qui n'en donne que quatre : ce qui me ferait croire que l'ouvrage d'Ezéchiel n'est pas l'original , puisqu'il s'accorde si mal avec la Nature et la sphère à cet endroit , tandis qu'ailleurs ces deux ouvrages y ont des rapports marqués.
Ces quatre animaux caractérisent les signes du zodiaque appelés solides (a) et fixes, dans lesquels les anciens plaçaient le commencement des saisons, comme on pcutlevoirdansVarron (6),etoùbrillaientlesquatre étoiles de première grandeur, appelées royales parles astrologues; dénomination qui est restée à une seule, à la première ou à celle du lion , régulus. Ces quatre animaux forment aussi les quatre angles du quadrilatère , dans lequel étaient distribuées les douze tentes du camp des Hébreux , dont chacune était casée sous un signe céleste. On trouve dans Kirker (c) le plan gravé de cette distribution mystérieuse. Le tabernacle du Seigneur est au milieu environné des quatre élémens, des sept planètes et de tout le zodiaque rangé sur les quatre faces d'un quadrilatère , tel , à peu près , que la ville sainte de l'Apocalypse , et tel que l'est l'année distribuée en quatre saisons de trois signes et de trois mois chacune, et dontles quatre faces regardent les quatre coins du monde.
(a) Sext. Emp., 1. 5; Ftol. Tetrab. , I. i, c. la. — (*) Varr. de re Hust.,1. i, c. a8; Isidore, t. 5j Firmic, I. 6, c. u. — (<0 Rirk. Ofcdip-, t. u, pars i, p. ai.
DE L APOCALYPSE. /{cfî
Nous avons chez les Indiens une distribution semblable des signes autour d'un quadrilatère dont le centre est occupé par une femme environnée de lumière, telle qulsis ou IVfinerve. Il est imprimé dans les Transactions philosophiques et dans le premier volume d'Astronomie aucienne de Bailly. Ainsi on voit que cette distribution des signes était familière aux Orientaux. On la trouve également sur le quadrilatère du rationaldu grand-prètre, comme on le verra.
On voit donc aux quatre coins du quadrilatère qui sert de plan a la distribution des quatre pavillons des douze tribus, les quatre animaux , lion , bœuf, homme et scorpion, placés aux angles et formant les quatre points
cardinaux de tout le système de cette distribution. Ce sont là les quatre signes qui paraissent avoir fait la base du système astrologique , puisque d'ailleurs nous les voyons appelés signes ou étoiles royales, et signes solides et fixes par les astrologues. Il n'est donc pas étonnant que le prophète astrologue porte son attention sur les quatre points cardinaux, sur lesquels s'appuie le trône de Dieu, et qui en forment le contour. On pourra consulter la description de ce camp telle qu'elle est dans Kirker. Origène (a), dans son ouvrage contre Celse, semble l'indiquer aussi, et il lui suppose un but mystéi rieux qu'on ne peut bien saisir si Ton n'est initié dans
le secret. Il rappelle cette distinction dont fait mention i l'auteur du livre des Nombres (/>), ou Moïse, et il au-
t nonce que ce furent des raisons graves et mystiques qui
déterminèrent le choix des tribus qui devaient camper t soit à l'orient, soit à l'occident, soit au midi, soit au nord,
{a) Origen. enntr. CcU., c. 6, p, 399. — (b) Numeri, c. a.
/f()4 EXAMEW
suivant l'ordre enCn <pii est exprimé dans le livre des Nombres, qui nous trace la disposition du camp avec ses tentes et ses enseignes. Ses quatre grands drapeaux, sous lesquels marchaient les tribus trois par trois, sont ceux dout parle Aben-Esra, et conséquemmenteeux qui portaient l'empreinte des quatre animaux fameux d'Eiéchiel, de l'Apocalypse et même de nos quatre évangélistes : enfin celles des quatre signes fixes et solides du zodiaque.
Les quatre grandes étoiles ou signes des saisons ont fixé l'attention de tous' les peuples. Les Égyptiens avaient quatre animaux sacrés qui marchaient à la tête des processions, et qui désignaient, dit Clément d'Alexandrie, les quatre saisons. L'aigle en était un.
Les anciens Perses (a) révéraient quatre étoiles principales qui veillaient sur les quatre coins du monde; et Bailly (b) fait voir que ce sont les quatre étoiles qui fixaient les saisons, taureau, scorpion , verseau et lion, ou les quatre belles étoiles de ces constellations.
Chez les Chinois (c), Iao veut que les astronomes observent les équinoxes et les solstices par l'inspection des quatre étoiles ou astres , miao , ho , hia et mao. La première détermine l'équinoxe de printemps, la seconde le solstice d'été , la troisième l'automne et la quatrième l'hiver.
D'après tout cela , nous conclurons qu'il est indubitable que les figures d'animaux à six ailes , semés d'yeux, qui entourent le trône de Dieu ou le ciel, et qui célèbrent
(a) Zend-Avcsta , t.i, pars a. — (b) BailJy, Aslron. ancienne, t. •• — (c) Soucift, t. 3, p. 6} Bajlly, Astron. ancienne, t. 1 j Eccl., I. 3, •ect. 3î.
de l'apocalypse.
sa gloire, sont les quatre grands génies des Perses, chargés de surveiller les quatre coins du inonde ; les quatre animaux du zodiaque peints sur les quatre grands drapeaux des Hébreux ; les grands signes des saisons , les quatre étoiles royales de l'astrologie ; et enfin ces quatre signes fixes et solides, sur lesquels l'astrologue appuyait la sphère ou le ciel qui s'offre en cet instant aux yeux du prophète, au moment où il va y lire les arrêts du destin qui, chez les Chaldéens ou les Babyloniens , était régi par l'astrologie.
Il ne reste plus qu'à dire un mot des vingt -quatre vieillards qui forment avec eux le cortège du Dieu de la lumière, ou du génie bienfaisant qui en est la source et le principe.
Nous avons cru qu'ils représentaient les vingt-quatre intelligences qui surveillaient chacune des parties du jour et de la nuit, ou de la révolution dn ciel chaque jour. Les Perses ont des anges (a) qui président à chaque mois, à chaque jour et à chaque heure du jour. Les sept planètes «distribuées dans les vingt-quatre heures présidaient aussi à chaque heure, et celle qui se trouvait eh tour de présider donnait son nom à la semaine. De-là les dénominations, suivant plusieurs, de lundi, mardi, etc., ou de jour de la lune , de Mars , etc.
On peut y voir aussi les vingt -quatre bons génies qui , dans la théologie de Zoroastre, dont celle de l'Apocalypse est empruntée, entouraient le trône d Ormusd et formaient sa cour et son cortège (A). Ces vingt-quatre Dieux ou génies étaient distribués dans l'œuf symbolique qui figurait le monde, et combattaient vingl-
(«) Ilj.U*. dc;Vet. Persar. Religion. — (b) Plat, de Iridr. p. 370.
quatre autres génies ténébreux qui formaient la cour d'Ahrimanc ou du mauvais principe. Cette dernière conjecture est d autant plus vraisemblable que le reste de l'ouvrage de l'Apocalypse nous présente la théorie des deux principes qui en fait lè fond, comme elle le faisait de la théologie des Perses , et qu'il finit par le tableau du monde de lumière où passent les amis d'Ormusd , pour ne^former qu'un môme peuple , jouissant d'une félicité inaltérable. D'ailleurs, les robes blanches, dont sont revêtus les vieillards , caractérisent assez les génies qui accompagnaient Ormusd, principe du bien et de lumière. Le génie lumineux dont ils environnent le irônc placé au - dessus des sphères , ressemble assez à Ororoaze né de la lumière la plus pure, suivant Plutarque, et qui s'éleva autant au-dessus de la sphère du soleil, que celle-ci est élevée au-dessus de la terre pour y former le corps lumineux des étoiles fixes , dont il établit Sirius chef. Les couronnes d'or qu'ils portent , métal affecté spécialement à la lumière, confirment encore cette opinion. Ainsi nous regarderons cette dernière explication au moins comme aussi vraisemblable que la première» Quant aux génuflexions de ces génies , elles sont absolument dans les principes de la théologie des Arabes sur les cieux de jaspe, d'émeraude, etc., et sur les anges qui y résident, comme on peut le voir dans Kirker (a) , lequel s'appuie d'un passage d'Abulchassen-Ben-Abcsch, qui nous représente ces génies louant , adorant Dieu , se prosternant devant son trône jour et nuit, au milieu des montagnes de feu qu'ils habitent. Ils louent Dieu
(a) OEUipe, t. a , pars 1, p. 410.
en diverses langues , avec un bruit qui imite celui du tonuerre.
Je crois qu'il ne nous reste plus rien à désirer pour prouver tous les rapports qui lient ce chapitre à l'astrologie ancienne et au système des Chaldéens ou des Babyloniens sur les spbères et les deux diflerens, et sur les génies , souvent monstrueux , qui y étaient attachés. Suivons le prophète astrologue dans ses spéculations mystico-astrologiques sur l'avenir. /