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CHAPITRE Xll

L'auteur de l'Apocalypse , en finissant le onzième chapitre où se terminent les tableaux des malheurs du monde , gravés sur les sept tablettes du livre de la fatalité ou sur les sept sphères , porte ensuite ses regards sur le ciel des fixes, et particulièrement sur le zodiaque et sur la partie du ciel qui , à minuit, fixait le commencement de l'année au solstice d'hiver, et qui, au printemps , au coucher du soleil , montait la première sur l'horizon au bord oriental. Ces constellations étaient le vaisseau appelé arca, et la vierge céleste accompagnée

(a) Apocalypse, c. 1 1, t. i5 et 18.

DE L APOCALYPSE. 5oj

du serpent qui se lève à sa suite , et qui parait la poursuivre dans les cieux , tandis qu'à l'occident le fleuve d'Orion semble s'engloutir sous la terre en disparaissant à son coucher. Voilà les tableaux que nous présente le ciel astronomique au moment où finit Tannée équinoxiale , et au moment où va briller le soleil du printemps, qui porte le fameux agneau , chef des douze signes. Quels sont les tableaux que nous offre ici l'A poli calypse (a) ? L'arche qui brille dans le ciel , une femme ailée comme la vierge de nos constellations , que poursuit un serpent , et un fleuve que la terre engloutit. C'est à quoi se réduisent les tableaux mystiques du douzième chapitre , tels que Jean les aperçoit dans le ciel. Qu'on remarque bien surtout que le lieu de la scène pour lui , comme pour nous, est toujours le ciel ce ciel , le seul où l'on voie des vaisseaux ou arches , des femmes , des serpens et des fleuves.

Ce sont les mômes tableaux que les anciennes sphères orientales d'Aben-Ezra, rapportées par Seal iger dans ses Notes sur le poëmc astronomique de Manilius (b) , nous retracent encore , sur la fiu des divisions des poissons, et au commencement de celles du bélier ou du premier signe , de l'agneau ou Varies, On y lit au troisième décan des poissons de la sphère persique : Fin du fleuve \ au premier à'aries : Ici monte une figure de Jemme , et cette femme est incontestablement la vierge céleste , qui se trouve alors monter à l'orient. Au deuxième décan des poissons de la sphère indienne , on retrouve encore cette belle femme unie au vaisseau (c) ,

(a) Apocalypse, c. 11, v. 195 c. ia, v. 1, t. 3, i5, 16. — {b) Scalig. Kot^ad Maoil., p. 336. — (c) Ibid. 346.

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sur lequel on la représente assise, et partout on voit des hydres et des vipères , et des crocodiles en aspect soit avec les poissous, soit avec le bélier.

Cette même femme ou vierge , dans Seal» ger , au signe - de la vierge céleste (a) , est accompagnée soit d'une bêle noire , soit d'un dragon dont on aperçoit la queue. Ainsi les tableaux du ciel apocalyptique et ceux du ciel astrologique sont absolument les mêmes, par la raison que les pit> nostics de l'Apocalypse sont empruntés de l'astrologie des Perses et des Chaldéens, et en général de ceux que les Grecs appelaient des barbares ou des Orientaux. Revenons sur nos pas , et suivons l'examen des traits monstrueux de ce douzième chapitre , comparés avec le ciel et avec les tableaux que nous offrent les sphères anciennes des astrologues de l'Orient.

On se rappelle ce que nous avons ditplus baut,que, dans les premiers siècles de l'Eglise, on était persuadé que c'était à pâque que devait avoir lieu le second avènement de Christ, et conséquemment le jugement dernier, que c'était même là le but du petvigiliutn paschee ou de la veillée de pàque , où l'on attendait 1 ' a p pari tion du g ra nd j u ge . C'est ce qui est clairement marqué dans le dernier verset du onzième chapitre (b) de l'Apocalypse : « Le temps de votre colère est arrivé ; le temps de juger les morts et de donner la récompense aux prophètes (aux chefs de l'initiation), vos serviteurs , et aux saints (aux initiés), et à ceux qui craignent votre nom, aux petits et aux grands , et d'exterminer ceux qui ont corrompu la terre. Cette époque équinoxiale était fixée tous les axis , le soir , par l'apparition de l'arche ou du vaisseau céleste placé au midi de

(/i) Scalifi.Not.ad Mauil., p. V,i. — (b) lbid., r. iR.

de l'apocalypse. 5og

la vierge , qui tous deux montaient à l'orient la veille de paque , au commencement de la fameuse veille sacrée. Voilà pourquoi l'auteur ajoute, v. 19 : Alors le temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel, et on vit l'arche de son alliance dans son temple ; il se fit des éclairs , des voix , un tremblement de terre et une grosse grêle. Le temple de Dieu c'est le ciel , le premier temple de la divinité. Aussi l'auteur dit - il : <* Qu'on vit dans le ciel cette arche , ce fameux vaisseau d'Isis ou de la vierge céleste, appelée Isia par Ératosthène. » C'était même l'emblème sous lequel les anciens Suèves honoraient Isis , comme on le voit dans Tacite. C'est le même vaisseau qui accompagnait toujours Janus dont l'étoile brillante, suivant Plutarque , fait partie de la vierge céleste. Cette union de la femme céleste et du vaisseau , qui se lèvent ensemble le soir , lorsque le soleil arrive à la fin des poissons, à l'approche de l'équinoxe de printemps , a donné lieu a l'expression dont la sphère indienne se sert pour caractériser l'aspect céleste qoi paraît à ce moment : Mu» lier formosa , alla, sedens in navi in mari, etc. , cupiens exire in siccum. La vierge alors et le vaisseau, sortant de dessons l'horizon, sont censés, comme le soleil , se lever du sein des flots. Quant au nom à'arca ou kibâlos, c'est un des noms du vaisseau céleste dans certains livres d'astronomie (a) qui l'appellent arche de Noé. Effectivement , c est cette constellation qui figure dans la fable du déluge.

Le bruit du tonnerre, les éclairs, les trcmblemcns de terre qui sont censés accompaguer cette apparition, sont des phénomènes qu'on ne manquait pas d'imiter

in) Itio io!i,p. • -jrf>- et Ckûik, p.

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dans les mystères anciens (a) , surtout au moment où Ton allait découvrir la statue de la Déesse, soit Isis , soit Cérès, qu'accompagnaient toujours des serpens, soit la bonne Déesse aux pieds de laquelle était le dragon d'Ericthonius , comme le dit Plutarque dans la Vie de César, et comme on en voit ici un à la suite de cette femme ailée qui porte dans ses bras l'enfant sacré qui va régner sur le monde. On sent bien que le ciel, où la vierge est toujours accompagnée de l'hydre et suivie du serpent, est le fondement de cette ressemblance de tableaux. Le prophète , dit Themisthius, ou l'hiérophante ouvrait les portes du sanctuaire , et tout-a-coup, les ténèbres étant dissipées, on voyait paraître la statue de la Déesse tout environnée de clarté.

Que voit-on ici aussitôt que le temple de Dieu est ouvert ? Avec l'arche sainte on voit une femme (b) revêtue du soleil , qui avait la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête ; elle éprouvait la douleur de l'enfantement; et à sa suite était un grand dragon roux , couleur de Typhon , qui voulait dévorer le jeune enfant qui allait régner sur l'Univers ; c'est-à-dire on voit Isis grosse d'Orus ou du soleil , à qui le principe des ténèbres , Typhon, veut faire la guerre (c) , mais qui est bientôt vaincu par la force du sang de l'agneau ou d aries, lieu de l'exaltation du soleil et signe sous lequel le Dieu-lumière reprend son empire sur le principeténèbres, en faisant triompher la durée du jour sur celle de la nuit. Voilà à peu près , en dernière analyse , le sens

(a) Meursias. Elusîn., tt. Piéton. Schol. ad Oracul. Magica. Claad. tic Rapt. Proserp. et Themiôlh. Oral, in Patrcm. — (b) Apocal. ibid.f c. la , v. i . — (c) Ibid., v. 1 1 .

de l'apocalypse. 5i I

de ce chapitre. Voici comme il commence : « Il parut encore un grand prodige dans le ciel ; c'était une femme revêtue du soleil , qui avait la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête. Elle était grosse , et elle criait comme étant en travail (a) et ressentant les douleurs de l'enfantement. Un autre pror dige parait ensuite dans le ciel (£) : un dragon roux , qui avait sept tétés et dix cornes, et sept diadèmes sur ses sept têtes. » Tous ces tableaux, comme on le voit, se présentent dans le ciel aux yeux des initiés. C'est donc aussi dans le ciel qu'il faut les chercher. Effectivement , nous voyons à l'Orient, à cette époque du printemps, ^ outre le vaisseau , une femme que suit immédiatement un serpent ou un dragon ; celui-là même qui , dans un autre endroit de cet ouvrage, nous sert à expliquer l'introduction du mal dans le monde. Cette femme est, comme nous l'avons déjà dit, la constellation qui , à, minuit, annonçait, le a5 décembre , le renouvellement de Tannée luni-solaire. Voilà pourquoi on la fait accompagner des deux astres dont le commencement de la révolution , à partir du solstice d'hiver, était fixée par son ascension. C'était donc la Déesse qui présidait à l'année. C'est là , sans doute, cette femme symbolique dont se servaient les Egyptiens , suivant Horus - Apollon (c) , pour désigner l'année sous le nom d'Isis. Les Égyptiens , voulant désigner l'année , peignaient Isis ou une femme , mais Isis est le nom qu'Eratosthène donue à la vierge de nos constellations. Il n'est donc pas étonnant que la constellation qui annonce , par son lever, le départ de l'année, ait été prise comme symbole de l'année elle-même. Il est

(«) Apottl., t. a. — (b) Ihxâ. 3. - (c) Hor.-Apol., I. i, c. 3

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vrai que l'auteur applique ce nom à la belle étoile du grand chien' ou du chien d'Érigone, autrement dite la vierge , et qui se trouve précisément au méridien, lorsque l'épi ou la belle étoile de la vierge monte sur l'horizon. Mais ceci n'est pas contre ncus. Car, si l'année ou la période caniculaire prit son nom de l'astre qui en fixait le départ au solstice d'été; l'année luni - solaire , qui commençait à minuit au solstice d'hiver , put emprunter le sien de la vierge ou du signe céleste qui en ûxait le départ à minuit , et qui a encore conservé jusqu'à nos jours le'nom d'Isis et de Cérès, Déesse dont on découvrait la statue ou l'image rayonnante , dans les mystères. La couronne de douze étoiles qui orne sa tête désigne les douze mois ou les douze signes que le soleil parcourt durant une année, et la lune à chaque révolution. Les Romains exprimaient la même idée par douze autels (a) qu'ils mettaient aux pieds de leur Janus ou de l'étoile des pieds de la vierge qui , tous les ans , à minuit , ouvrait la carrière des douze mois que devait parcourir le soleil. C'est la couronne aux douze rayons , dont Manianus Capella orne la tête du soleil dans son superbe hymne à ce Dieu [i53] :

Radinque sacrât u m Bis senis perhibent caput aurea lumina ferre, Quod totidem ratn«cs, to^em quod conticis hor*s.

C'e3t la couronne de douze pierres précieuses dont \v. même auteur pare la tête de Junon , et dont les couleurs sont analogues aux nuances de la terre dans les douze mois. Ici les douze mois ou les douze signes sont dési-

(«i) Macrob. Sat, I. i.

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gncs par douze étoiles ; ca qui revient au même. Nous avons déjà vu les sept planètes figurées par sept étoiles. On dut , par une suite d'analogie , désigner par douze étoiles les intelligences des douze signes. C'est effectivement ce qui s'est fait. Nous avons , dans la Description des pierres gravées du ci-devant duc d'Orléans, t. I, p. 297 (n), une agathe-onyx dont une face représente Méduse ou la constellation qui , la première , au signe du bélier, annonçait le printemps, et dont le revers représente le Dieu Ammon entouré des sept planètes et des douze signes rangés dans deux espaces circulaires et concentriques. Les planètes et les signes y sont gravés avec leurs véritables caractères symboliques \ et en outre désignés chacun par une étoile. Sept étoiles occupent les sept figures planétaires , et douze étoiles les douze animaux du zodiaque. Ainsi , les douze étoiles qui composent la couronne de cette femme qu'accompagnaient le soleil et la lune , sont les douze signes que parcourent ces deux astres durant leur révolution qui était censée commencer tous les ans à minuit le a5 décembre , au lever de la vierge et du vaisseau de nos constellations que suit immédiatement celui du serpent d'Opbiucus et du dragon du pôle. On reconnaît évidemment dans cette femme poursuivie par un drago% qui veut dévorer son fruit, la fameuse Latone, mère d'Apollon et de Diane, que poursuit le serpent Python , dont la mythologie plaça, dit -on, l'image au pôle, et qui commence à lever sa tète aussitôt après le lever de la vierge

(a) De script, des pierres gravées du cabioet cTOrlom, par MM. Le Blond et Lachau x.

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