CHAPITRE XIV
Voici comme débute l'hiérophante astrologue (a) : « Je regardai encore , et je vis l'agneau debout sur la xnoutagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient son nom et le nom de son père écrits sur le front. »
Je vis l'agneau, ou, comme dit le grec, un agneau debout sur la montagne. Cet agneau est évidemment celui que place la sphère au premier décan du premier
(ii) Apocalypse, c. 14 » ▼ ••
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signe. C est ce bélier que les Perses nomment l'agneau; ce bélier ou cet agneau que nous verrons ailleurs à la tète de la ville sainte qui a douze portes distribuées trois par trois , comme les saisons , sur lesquelles étaient écrits les noms des douze tribus , et douze fondement où sont lea douze noms des douze apôtres de l'agneau. Le ciel ici et l'Apocalypse nous présentent absolument le même tableau.
Daniel le nomme, comme les Grecs, le bélier on onVr, et il le place exactement aussi a la suite des quatre bêtea ou animaux, dont l'union a fait la bôte monstrueuse de l'Apocalypse. Daniel ne le met point à l'orient, mais au couchant avec ces quatre animaux , dont le quatrième , le dragon , est combattu par arièt ou par lagneau équinoxal. L'auteur de l'Apocalypse décrit, dans son c. i3, lea deux monstres qui seront vaincus et qui succomberont sous la puissance de l'agneau, et il place à lentrée du quatorzième , comme nous venons de le voir, l'apparition de l'agneau. Daniel décrit, dans son septième chapitre , le même monstre (a) qu'il. décompose en ses quatre parties, et il commence pareillement son huitième ou le chapitre suivant, en disant : a Je levai les yeux, et je vis un bélier qui se tenait devant les marets, et qui donnait des coups de cornes contre l'occident, l'aquilon et le midi; il devint puissant , en sorte que les bètes ne purent lui résister. » L'apparition du bélier qui est alors au couchant, est suivie de la chèvre et de ses chevreaux qui s'élèvent au-dessus sans être encore à l'horizon, mais qui y descendent et font fuir devant eux Persée et son bélier. C'est ce phénomène as-
'«) Daniel, o.JÎ, t. 3.
tronomique que nous peint Daniel (a), lorsqu'il ajoute à la description de son bélier ces mots : « J'étais attentif à ce que je voyais, et en même temps un bouc vint du côté de l'occident, au-dessus de la surface de la terre. 11 va jusqu'au bélier que j'avais vu se tenir devant la porte; il s'élance avec grande impétuosité sur lui, l'attaque avec furie, le précipite à terre, et personne ne peut délivrer le bélier de sa puissance. » Le bouc devint ensuite extrêmement grand -, mais sa grande corne se rompit, et il s'en forma quatre vers les quatre points cardinaux du monde. Je remarque ici en passant que les cornes du taureau descendent avec lui. Peut-être est-ce là 1 objet de l'allusion. Mais revenons à nos deux animaux : le bélier vaincu était à la porte lorsque sou adversaire le bouc l'attaqua et le fit disparaître. On saura que les astrologues donnaient au ciel deux portes , l'orient et le couchant. Il est évident que c'est de cette dernière qu'il est questiou , puisque Daniel aperçut le bouc ab occidente, du côté de l'occident ; et que d'ailleurs ce n'est qu'à l'occident que Je bélier peut être vaincu et dispa- , raitre. L'auteur explique la signification de ces deux emblèmes. Il dit du bélier qu'accompagne Persée à son coucher, et que la sphère barbare unit ensemble au troisième décan (b) , Perseus , corpus arietù, Persée qui » dans la sphère égyptienne de Kirker , est peint avec le bélier dont il porte les cornes pour coiffure , qu'il est le roi des Perses et des Mèdes (c). On disait précisément h même chose de Persée-, et on supposait que c'était lu1
(a) Daniel, v. 5. — (h) Salifier, INol. ad Manil., p. 3?3. — (0 r. 8 , v. uo.
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qui avait donné son nom à la Perse , et celui de Méduse aux Mèdes , comme on peut le voir dans Cédrénus.
Il dît que le bouc est le roi des Grecs (a) , leur premier chef. Ce bouc, ou plutôt la chèvre accompagnée des deux chevreaux, était précisément celle de Jupiter Dieu des Grecs , celle qui l'avait allaité et qui lui fit donner le surnom d\£giochus ou porte-chèvre ( Hygin , liv. a , chap. i4). Ainsi, ce que Persée et son bélier étaient pour les Perses , le cocher et sa chèvre Tétaient pour les Grecs. Chacun y voyait sa première divinité et le premier chef de la nation.
Les Grecs disaient que cette chèvre avait fait fuir les T«tans et les géans qui furent chassés du ciel (b). C'est bien là une victoire du bouc sur les forts du ciel qui sont chassés et écrasés.
On observera aussi que Daniel dit de ce bouc (c) qu'il éleva sa corne jusqu a l'armée du ciel contre les forts \ qu'il les fit tomber du ciel et les foula aux pieds.
Ce sont là les événemens qui doivent s'accomplir au dernier jour de la malédiction, c'est-à-dire , à la fin de l'hiver ou de l'âge de fer, au moment où le printemps ramènera l'âge d'or et régénérera la Nature , et où arrivera la fin et la consommation des siècles. Nous ne suivrons pas plus loin l'examen de la fiction myslagogique de Danfel sur la ruine de l'ancien monde et sur la consommation des siècles , caractérisée par les signes célestes qui devaient marquer cette époque et fixer le retour du soleil à l'équinoxe, époque de Tannée où nous avons déjà dit que les traditions anciennes des premiers
(/i) Daniel, c. 8, t. al. — (b) Ibid., v. 10. — (r) Hygin, I. a, c. ij. Lart , I 1, c. aij Eratosth., c. li.
Chrétiens fixaient l'avènement du grand-juge , la fin de l'ancien ordre des chôses ei l'établissement d un nouvel ordre, dont aries ou l'agneau symbolique du soleil serait le chef. Revenons à cet agneau que Fauteur de FApocalypse nous montre ici sur la montagne avec le cortège duodécimal du soleil. La montagne de Sion 9 sur laquelle parait l'agneau, me semble être le bord oriental ou la montagne sur laquelle , à son lever, parait le signe où le soleil a le lieu de son exaltation. Son arrivée à ce point était fêtée de tout FOrient , comme on peut voir dans M. Hyde , de vet. Pers. rcîîg. , c. 5, »• ia5 , etc.
Les cent quarante-quatre mille personnes qui avaient le signe sacré sur le front sont évidemment les mêmes qui , dans le c. 7 , v. 3 et 4 » sont appelés les serviteurs de Dieu , choisis dans les douze tribus a raison de douze mille par tribu. Les rapports que cette fiction , comme nous l'avons fait voir, a avec le zodiaque, doivent trouver ici leur application. C'est la suite naturelle des douze signes dont le premier est aries , qui porte le soleil. C'est avec raison que Fauteur de l'Apocalypse dit d'eux : « Ceux-là suivent Fagneau partout où il va (a). »
Ils s'unissent aux vingt-quatre vieillards (b) ou aux génies compagnons du Dieu de la lumière , et aux génies tutélaires des heures pour former le concert des cieux et pour concourir à l'harmonie universelle du monde dont l'impulsion première était censée partir du premier signe. C'est ainsi que dans Nonnus Jupiter Àmmon ou le Dieu paré des cornes du bélier , tne le dragon Typhon, et entre dans sa gloire avec le piin-
(«;. Apocalypse, y 4. — (*) Ibid. 3.
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temps a a moment où se célèbrent les noces d'Harmonie, fille de Vénus.
Mais avant que le renouvellement de toutes choses s'opère, il faut préalablement que le grand jugement ait lieu. Nous avons vu que l'auteur, après avoir placé son globe sur ses pivots et ses points fixes dans le cb. 4 > avoir ouvert le livre de la fatalité dans les ch. 5 et 6 , et tracé dans les chapitres suivans , jusqu'au onzième , l'esquisse des tableaux efîrayans des malheurs qui doivent précéder le grand jour des vengeances, nous a conduits jusqu'au moment où le jugement va arriver, comme on peut le voir (a) dans l'avant-dernier verset de ce onzième chapitre : « Le temps de votre colère , Seigneur, est arrivé , dit l'hiérophante j le temp* de juger les morts et de donner des récompenses aux prophètes , vos serviteurs , et aux saints (les initiés) , et d'exterminer ceux qui ont corrompu la terre. » Arrivé à cet instant fatal , l'auteur a appelé nos regards vers les cienx , et nous a montré les signes célestes placés tels qu'ils devaient l'être d'après les traditions mystiques et astrologiques au moment de ce grand événement ou à l'époque éqtiinoxjale du renouvellement périodique de la Nature. Ces signes étaient, à l'orient et a l'occident, le vaisseau, la vierge céleste , le dragon , la baleine et Méduse , et aries qui occupait le bord oriental le matin de ce grand jour, et qui traînait À sa suite l'ordre duodénaire des signes , qui , avec les vingt-quatre heures , forment l'harmonie universelle.
L'auteur porte ensuite ses regards sur le milieu du ciel , qui était encore un des points principaux des dé-
fa) Apocalypse, c II, T. 18.
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terminaisons astrologiques. Il y voit trois constellations brillantes qui sont l'aigle , le vautour céleste et le cygne. L'un de ces trois oiseaux est un des quatre animaux qui caractérisent les quatre évangélistes -, c'est celui de Jean. Comme, dans les principes desChaldéens et des Perses, les constellations et les étoiles renfermaient des génies et des intelligences, ou étaient conduites par des anges, l'auteur de l'Apocalypse les désigne sous le nom de trois anges qui volent au milieu du ciel (a). « Je vis un ange qui volait par le milieu du ciel, portant l'évangile éternel pour l'annoncer à ceux qui sont sur la terre , à toute nation , à toute tribu , à toute langue , et il disait d'une voix forte : Craignez le Seigneur , et rendez-lui gloire , parce que l'heure du jugement est venue, » H était suivi de deux autres , dont l'un annonçait la destruction de la grande Babylone , qui doit s'accomplir dans les 17 et 18* chapitres , et dont l'autre prédisait la défaite de ceux qui auraient adoré la bète et son image, et qui seront jetés dans l'étang de feu et de soufre ; ce qui s'exécute dans le 19e; après quoi le jugement arrivera, comme il arrive en effet au no9 chapitre. Le jugement une fois exécuté f la Nature se renouvelle , et un ordre de choses plus admirable se rétablit dans les deux derniers chapitres 21 et 22.
Ainsi tout ce chapitre contient une inspection des signes célestes qui présagent les deux grands événemens qui vont accompagner le jugement*, c'est-à-dire le jugement et la condamnation de Babylone, et celui des adorateurs du mauvais principe ou de la bète. Voilà ce
(<i) Apocalypse, c< 14, 6.
qu'annoncent les intelligences qui volent au milieu du ♦ i