‹ Origine de tous les cultesChapitre 20 sur 180 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

50 HELIGIOK CHRÉTIENNE.

Gbérémon , faisaient le demiourgos et l'architecte du grand édifice du monde. C'est lui qui engendre Tannée divisée en douze temps , répartis dans les douze signes du zodiaque, laquelle comprend le commencement, le milieu et la fin de chaque organisation annuelle et périodique que subit la matière , et durant laquelle se consomme le grand ouvrage des générations sublunaires opérées à chacune de ses révolutions. En effet , comme le remarque très - bien Pluterque (a), « Tannée contient en elle le commencement et la fin des effets produits par les saisons et des biens que la terre fait éclore de son sein. »

C'est là ce qu'ont voulu dire les Perses (&), en supposant que le temps sans fin ou Té ter ni té engendre de son sein une période bornée et limitée à douze mille ans. Pendant Gette période , Ormusd est établi roi de TUnivers : mais d'autres fois elle se partage entre lui et Ahrimane , ou Je* chef du mat et des ténèbres. Elle est occupée par la guerre des deux principes et par les victoires qu'ils remportèrent alternativement l'un sur Tautre , et terminée enfin par le triomphe d'Ormusd , après quoi se fait le rétablissement général de la Nature. Il est bon d'observer ici que toutes les traditions cosmogoniques fixent à Téquinoxe de printemps la création et la régénération de la Nature. On en voit la raison , puisqu'il ne s'agit , dans toutes ces fictions, que de fixer l'époque de Tannée ou le soleil exerce son énergie féconde s&r notre hémisphère. La cosmogonie des Perses la fait commencer au mois farvardin , à Téquinoxe où se célébrait

(,t) Vlutarch. Cur Oracnla desierint., p. 4»6. — (*) Zend-A resta, 1. 1 ; fioundesh., p. 345 j Zcnd-Arcsti, t. a, p. 59a.

'CHàPJTRK f, 5l

le neuroux (a), ou la nouvelle révolution. Virgile la fixe aussi là : « VeriUuderat (b). »

La Chronique d'Alexandrie (c), Abulfarage(</)7 le Syncelle, Cedreniis (e) , Saint-Cyrille (,/*), tous s'accordent à fixer à l'équinoxe de printemps la première création, on a Pâques. Us attendent aussi à cette époque la seconde , ou le rétablissement de toutes choses au second avènement , fixé , dit Cedrenus , à la féte que Ton appelle le passage du Seigneur , d où doit partir le nouveau siècle et le nouvel ordre de choses.

Le père Petau a remarqué que les rabbins ont coutume d'employer le mot bara (g) , qui signifie proprement renouvelery quand ils parlent de la création.

Les Perses appellent le mois d'avril le mois du paradis (h). On trouve dans l'hymne des Manichéens une description du paradis (i). Ce ne sont que campagnes couvertes de fleurs et de plantes qui exhalent un parfum délicieux. C'est un printemps perpétuel, le zéphyr y souffle toujours.

C'était donc à l'équinoxe de printemps, au mois farvardin, au soleil de l'agneau, que commençait cette période fameuse dans les allégories sacrées, période dont le retour ramenait les mènves effets , le même ordrè de choses, voyait commencer, mûrir et finir les ouvrages du Dieu-soleil. Elle se divisait tantôt en douze parties , tantôt en quatre âges , dont l'altération successive exprimait celle même de la végétation et de l'harmonie , que

(«} Hyd. de Vet. péri. Relig., c. 19. — (b) Georg. t |. y. 338. — {e) Chromo. Alex., p. 4"3. — (d) Abulf. Dyn., p. 3. — (e) Ceci r en., p. i. — (f) CrriU. Cal. 14» p* 1 45; — (g) Beausobre, t. af p. «08. — ih) Hjrde, c. 19, p. aji. — (0 Augiut. Ont. Faust., I. i5, c. 5.

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52 BEUGIOW CHRÉTIENNE.

le ciel , ou le feu éther sacré et intelligent mettait dans le monde élémentaire, au moment où il descendait au sein de la matière et la fécondait. L'instant qui précédait cette époque équinoxiale du printemps , était celui où tout était censé iinir par une destruction universelle appelée tantôt incendie , tantôt déluge , pour renaître aussitôt par l'action du feu céleste qui ranimait la Nature et qui lui donnait une nouvelle jeunesse à laquelle succédait 1 âge mûr et la vieillesse. Après cela tout finissait et renaissait encore avec le temps périodique mesuré par chaque révolution du soleil , à partir du moment où ce Dieu créateur tirait la matière de l'inertie dans laquelle elle avait été plongée pendant l'hiver, et organisait cette espèce de chaos.

De-la sont nées ces opinions philosophiques sur les mondes détruits et recréés , dont parlent les philosophes de Flnde et de la Grèce. Cette opinion ne peut être vraie que sous ce rapport-là. Elle revient à celle des stoïciens, qui regardaient le monde comme un Dieu qui de son sein tire successivement un nouvel ordre de choses et le replonge dans le chaos (n).

Tout ce qui avait été produit durant une révolution était censé lui appartenir et former un ordre de choses distingué de celui que l'année suivante devait rétablir. Les productions d'une nouvelle révolution devenaient , pour ainsi dire , un nouveau monde reconstruit sur les ruines du premier , et dont la durée était mesurée par la durée de la révolution de chaque soleil , divisée en douze parties , sous-diviséé en millièmes , qui formaient une période de douze mille ans en style mystique , laquelle

(«) Diog Laër., I. 7, c. i, p. 5a.

CHAPiTRB 1. 53

ûnîe , faisait place à une nouvelle, et, pour ainsi dire , à un nouveau monde. Ce renouvellement fut désigné soiis le nom de rétablissement général (a) , lequel s'effectuait à la même époque où s'était faite la création censée primitive , c'est-à-dire , a l equinoxe de printemps , et il s'opérait anciennement par le taureau , et ensuite par l'agneau ou bélier réparateur.

l)e-là l'idée d'une régénération par le taureau chez les Perses : « Les hommes seront de nouveau tels qu'ils ont été d'abord , dit le Bonndesh , et les morts ressusciteront par ce qui viendra du taureau (b). »

Chez les Chrétiens , c'est par l'agneau , comme on le voit dans l'Apocalypse et dans tous les autres livres sacrés des Chrétiens : ce qui fait voir que les allégories du christianisme sont de l'époque la plus récente et ne remontent pas au-delà du temps où aries était à l'équinoxe de printemps* Tout était consommé au retour du soleil à l'équinoxe, et finissait avec l'ancienne période ou avec l'ancien monde. C'est ainsi qu'il faut entendre l'expression dont se sert l'auteur toscan , lorsqu'il dit que tout est consommé dans l'espace de douze mille ans que dure la période.

Ce sont les six gliaambars dont la somme fait trois cent soixante-cinq jours, et dans lesquels les sectateurs de Zoroastre , suivant l'auteur du livre Pharing Gihanghîri (c) , distribuent l'action demiourgique du grand Dieu.

Ainsi la cosmogonie des Toscans, rapportée par Sui-r

Perses , dont elle emprunte la division duodécimale et

(«) Zeo<l-AT«»« , t. a, p. 5Q3. - (b) BouinUah, p. 4»»» — Je) Hjde, p. i65.

54 RELIGION CUBéTrElflTE.

l'expression millésime pour désigner Tannée dorant laquelle se consomme 1 'œuvre de la Nature.

Faisons voir maintenant ses rapports avec fa Genèse.

11 nous suffît pour cela de^ rapporter les termes mêmes dans lesquels la cosmogonie hébraïque est conçue , pour voir que c'est absolument la même chose.

Ier jour. Au commencement , dit la Genèse , Dieu créa le ciel et la ferre.

Au a* jour, il fit le firmament qu'il appela ciel.

Au 3', il rassembla les eaux et fit la mer.

Au 4e, il fit les corps de lumière qui sont dans le ciel et les deux grands flambeaux qui président, l'un au jour, l'autre à la nuit»

Au 5*, H fit les reptiles, les oiseaux, les poissons et tous les animaux qui ont la vie et le mouvement.

Au G9 jour , il fit l'homme..

On ne peut trouver deux cosmogonies plus semblables que celle des Hébreux et celle des Toscans , de manière qu'on peut dire qu'elles partent d'une source commune. Quelle est cette source ? Elle nous est indiquée par le seul trait qui les différencie ; par la distribution qui est faite de l'ouvrage de la création dans les six signes du zodiaque , aries , etc. , et par l'allégorie millénaire qui ne se trouve point dans celle des Hébreux , mais qui se retrouve dans celle des Perses , avec laquelle la cosmogonie des Toscans a cette allégorie commune ; de même que celle des Hébreux a l'allégorie du serpent commune avec celle des Perses , allégorie qu'on ne retrouve point dans l'auteur toscan. Celle qui réunit les traits allégoriques des deux cosmogonies , et qui donne la clef de l'une et de l'autre , en suppléant ce qui leur manque , nous parait être la cosmogonie originale.

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