CHAPITRE I. It
nière , au risque d'être inconséquent , c'est qu'il fût tombé dans une contradiction plus grande encore ; savoir , de reconnaître la mission réelle de Christ , en même temps qu'il eut admis le premier chapitre de la Genèse pour une pure allégorie. Il a bien senti la conséquenc , et que la réparation d'une faute allégorique ne pourrait être qu'allégorique elle-même. Comme il voulait que la réparation du mal par Christ fût un fait historique , il (allait bien que la faute d'Adam et d'Ève et la séduction du serpent fût aussi un fait historique. Mais d'un autre côté , l'invraisemblance de cette histoire lui arrachait un aveu précieux , celui du besoin de recourir à l'allégorie pour la ramener au bon sens et y trouver quelque trace de sagesse. On peut même dire avec Beausobre qu1 Augustin abandonne en quelque sorte Moïse et le vieux Testament aux Manichéens , qui s'inscrivaient en faux contre les trois premiers chapitres de la Genèse , et il avoue qu'il n'y a pas moyen de conserver le sens littéral des trois chapitres de la Genèse sans blesser la piété , sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui; qu'il
Y voir
une allégorie (a).
Augustin suivit en cela l'exemple d'Origène (o) qui s exprime ainsi sur cette prétendue histoire : « Quel homme de bon sens se persuadera jamais , dit-il , qu'il y ait eu un premier, un second , un troisième jour , et que ces jours- là aient eu chacun leur soir et leur malin sans qu'il n'y eût encore ni soleil , ni lune , ni étoiles ? Quel homme assez simple pour croire que Dieu , faisant le personnage de jardinier, ait planté un jardin en Orient?
(a) Augnst Coutr. Munich., !. ix, a. — (b) Orig. Phi local., p. ia.
Que l'arhpc de vie fut un arbre véritable , sensible , dont le fruit eut la vertu de conserver la vie , etc. »
O ri gène suppose donc qu'il y a dans F Ancien-Testament plusieurs histoires qui ne sauraient s'être passées , comme l'auteur sacré le rapporte , et qui ne sont que des fictions sous lesquelles sont enveloppées des vérités secrètes. Il compare l'histoire de la tentation à la fable mystérieuse de la naissance de l'Amour qui eut pour père Porus , père de l'abondance , et pour mère la pauvreté. Quoi qu'il en soit, on voit, par ces passages des docteurs juifs et chrétiens, que la clef allégorique est nécessaire pour entendre les premiers chapitres de la Genèse, ■et qu'on ne peut, sans absurdité, les prendre à la lettre.
Hiérax , savant Manichéen , avait composé des Commentaires sur l'œuvre des six jours, qu'il rappelait à l'allégorie, suivant saint Epiphane. Il était, dit Beausobre^), daus le sentiment où ont été plusieurs pères , que l'histoire de la création et celle de la tentation ne devaient pas s'expliquer à la lettre.
Le même Beausobre(à), ayant rapporté les raisons qui déterminèrent les anciens auteurs juifs et chjétiens à regarder le premier chapitre de la Genèse comme une allégorie , termine ce passage en disant : C'est pour cette raison que de très-habiles interprètes ont jugé que l'histoire de la tentation n'est qu'une parabole dans laquelle Moïse a imité le style des Orientaux , qui disent une chose pour en faire penser une autre.
Nous pourrions rapporter une foule d'autres autorités qui nous conduisent à chercher dans ces livres un sens
(a) Beatisobrc, t. t, p. — 0&) Ibîd., I. 9, p. ^5i.