CHAPITRE I. %l
sAWgorique qui fasse évanouir les absurdités apparentes qu'ils contiennent. Mais il nous suffit de celles que nous venons de citer, pour prouver que notre marclie nous est déjà tracée par l'avis des docteurs les plus instruits , et que l'interprétation allégorique n'est pas une idée neuve , mais qu'elle est aussi ancienne que nécessaire.
Parmi les différentes espèces d'allégories qu'on a cru y voir, nous nous attacherons au système des thérapeutes, comme au plus simple et au plus naturel , et nous verrons dans la Genèse ce qu'on doit voir dans une cosmogonie, le tableau mystérieux de la Nature. Comme les docteurs juifs , fidèles à la loi du secret recommandé par leurs rabbins et leurs plus anciens sages , ne nous ont pas laissé échapper assez de lumière pour que nous puissions pénétrer le sens des énigmes sacrées contenues dans leurs livres , nous chercherons dans le code religieux de leurs voisins , dans les sources même de leur doctrine et dans les ouvrages originaux, la lumière qu'ils nous refusent, et qu'aujourd'hui ils seraient fort embarrassés peut-être de nous donner. C'est dans la Perse et dans les livres de Zoroaslre que nous trouverons la clef des allégories sacrées des Hébreux. Le législateur des Perses , comme celui des Juifs, place l'homme dans un jardin de délices et y fait introduire le mal par un serpent; en sorte que ces deux cosmogonies , aux termes près , n'en font qu'une ; mais celle des Perses, comme originale , en plus claire, et nous donne le mot de l'énigme , qui a été supprimé dans la seconde. Voici ce que dit le Zend-Avesta.
Ormusd , le Dieu-lumière, le bon principe ,.dit h Zorostre (a) qu'il a donné à l'homme un lieu de délices et
{a) Zcoil-Avesta , t. t, p. 3, p. 363, fargûnl. t .
d'abondance. « Si je n'avais pa» donné ce lieu de délices , aucun être ne l'aurai t donné. Ce lieu est Eiren-Vedio , qui , au commencement [1] élait plus beau que le monde entier qui existe par ma puissance. Rien n'égalait la beauté de ce lieu de délices que j'avais donné. J'ai agi le premier (Ormusd ou le bon principe) , et ensuite Petiàré (le mauvais principe). Ce Petiàré Ahrimane, plein de mort, lit , dans le fleuve la grande couleuvre , mère de fAiWr , donné par le dew(ou mauvais principe). L'hiver répandit le froid dans l'eau, dans la terre, dans les arbres. L'hiver fut extrêmement rude vers le milieu. Ce n'est qu'après que l'hiver a paru que les biens renaissent en abondance. »
Il résulte , d'après les termes de celte cosmogonie , que le mal introduit dans le monde par le serpent n'est autre chose que l'hiver , considéré comme l'ouvrage du principe du mal et des ténèbres ; qu'il n'est ici question que du mal physique et périodique que ramènent les saisons , qui arrête la végétation et dévaste la scène terrestre où la divinité a placé l'homme ; et enfin que celte cosmogonie n'est qu'un tableau simple des phénomènes annuels de la Nature.
L'auteur de la Genèse des Perses place ce jardin de délices dans l'Iran [a] , pays vraiment délicieux \ il l'appelle Eren , uoin que les docteurs hébreux ont corrompu en Éden, avec d'autant plus de facilité, que le I) et l'/J, ou le Dalethel le Resch dans leur langue, sont deux caractères alphabétiques presque entièrement semblables , et que , sans la plus grande attentiou , on risque de s'y méprendre.
Strabon fait de ce pays et de tous les pays voisins.de la Mer-Caspienne , le tableau le plus séduisant , et nous