‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 17 sur 97 · TOME VI · texte numérisé non relu

TOME VI

ans. À cet âge , il est permis de commencer à avoir des visions. C'étaient là ces visions qu’on cherchait à se procurer à Pepuzza , et que les imposteurs , tels que lhiérophante Jean , ne manquent jamais d’avoir. C'était là le grand secret des prophètes et des prophétesses, qui éprouvaient des extases et qui tombaient dans le délire d’un illuminé.

Le reste du chapitre (a) est une attestation de la vérité de la révélation du prophète, qui prend à témoin de la certitude de ses paroles le Dieu qui inspire les prophètes ou qui donne l’esprit prophétique. C'est ainsi que dans Virgile (b) la harpie atteste Apollon pour justifier la vérité de ses oracles menaçans.

Les prêtresses de Pepuzza (c) n'épargnaïent rien pour persuader aux peuples qu’elles étaient saisies de l’enthousiasme prophétique. La sibylle de Cumes en fait autant lorsqu'elle révèle à Énée sa destinée, et qu'elle linitie à la doctrine des enfers et de l’élysée (d). Personne ne prend plus à témoin la vérité que celui qui ment. |

L'auteur répète ensuite ce qu'il avait dit dès le premier chapitre, que les choses (e) qu'il vient de prédire vont incessamment arriver ; que le temps est proche; que le grand juge viendra bientôt , et qu'il rendra à chacun selon ses œuvres. Il ne cesse de répéter que le grand juge va paraître. C'était la grande idée qu’on voulait surtout inculquer aux initiés, que le jugement redoutable ne tarderait pas long-temps à s'exercer sur

9 e ’ e l'Univers, et conséquemment qu’on ne pouvait prendre

(a) C. 22, v. 6. — (b) AEneid. 3, v. 251. — (c) Epiph., c. 49. — (d) AEneïd. 6, v. 58, etc. — (e) C. 29, v. 6; v. 10, v. 7, v. 19, v. 00.

trop de soins, comme dit Platon, pour se disposer à paraître devant le redoutable tribunal. C'était en dernière analyse le grand but de cetteinitiation pepuzzienne, où l’on s’afiligeait sur les maux de la vie, et où l’on attendait la résurrection et l'apparition de la Jérusalem céleste (a).

Ce but lui-même n'était qu’un moyen pour arriver à un autre but plus grand encore, à fortifier les initiés dans l'amour et la pratique des vertus qui devaient les faire jouir de cette félicité qu'on leur montrait toujours prochaine , afin de soutenir leur courage dans le sentier pénible des vertus, au milieu des assauts du mauvais principe et des contradictions de cette vie. On leur annonce ici que chacun sera traité selon ses œuvres (b); qu'heureux seront ceux qui seront fidèles à la doctrine consignéé dans cet ouvrage, et dont l’ame n'aura recu aucune souillure des vices et des grands crimes, tels que l’homicide et l’empoisonnement ; que les grands coupables, que les débauchés et les imposteurs seront exclus des promesses de l’initiation , auxquelles ne peuvent prétendre que ceux qui auront conservé à leur ame ou au vêtement de l'esprit (nos ) toute sa blancheur , et qui partagèrent la pureté de la lumière de l'agneau, auquel l'initiation les a consacrés. Ceux-là (c) seuls rentreront dans la vie et dans la sainte cité aux douze portes dont l'entrée est interdite aux grands criminels et aux profanes , c'est-à-dire à ceux dont les noms ne sont point écrits sur le livre de la confrérie de l'agneau.

Cette proscription , prononcée contre ceux qui ne se=

(a) Epiph ; ©. 49: — (db) C. 22, v. 12, v.7, v, 14, 15: — (oc) G. 27, Y. 27.

SX

raient point sur le livre de vie de l'agneau, ni marqués de son sceau, c’est-à-dire, contre les non-initiés, n'était pas particulière à la secte des initiés aux mystères de la lumière de l’agneau, et aux diflérentes sectes chréüennes. Elle était commune aux anciennes initiations qui condamnaient à ramper dans le bourbier au milieu des ténèbres , non-seulement les homicides, les imposteurs, les impies, les scélérats , tous ceux qui niaient la Providence, ou qui étaient d’une secte qui ne reconnaissait pas les Dieux du pays (a), maïs encore en général tous les profanes ; et par profanes on entendait tous ceux qui avaient négligé de se faire initier, et que leur association à la sainte confrérie n'avait point sanctifés. Cette sorte d'exclusion était donc une formule usitée dans toutes les associations religieuses ; et l’auteur de j’Apocalypse n’a dit ici que ce que disaient tous les autres hiérophantes aux initiés pour les associer à leur corporation et à la pratique des vertus dont on s'imposait le devoir.

Tout était sacré dans ces formules et dans ces dogmes ; voilà pourquoi l’auteur menace des mèmes peines quiconque oserait en altérer la pureté, y ajouter ou en retrancher quelque chose (db). La doctrine des mystères devait être erue et pratiquée dans son entier.

Le chapitre est terminé par un souhait de l’hiérophante (c), pour que Îa prophétie s’accomplisse au plus 1ôt, et que linitié jouisse après sa mort de la vue intuitive de la divinité dont l’autopsie est une image ici-bas. |

(a) Meursius in Eleusin., c. 18 et 19. — (b) C. 22, v. 18 et 19. — {e) V.soet ar.

« Venez, dit-il; venez, Seigneur Jésus. » Et se tournant vers les initiés, l’hiérophante ajoute : « Que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen. »

Ainsi finit le grand sermon de la veille de pâque , jour où le chef de l’initiation aux mystères de la lumière équinoxiale, sous le signe royal de l’agneau , premier des douze signes, inculquait tous les ans aux initiés les dogmes importans de la destinée des ames précipitées ici-bas dans le séjour des ténèbres et du mal, et appelées à jouir d’un état plus heureux un jour, lorsque le grand Dieu , principe de la lumière et du bien, les aurait attirées à lui et les aurait rendues à leur première origine. Le sort des ames y est lié à celui de l'Univers et du monde, dans lequel elles sont descendues par la génération qui les a attachées aux corps et à la matière qui renferme en elle tout le mal et toutes les ténèbres existantes par l’action d’un second principe inhérent à la matière ténébreuse , et opposé en tout à la substance lumineuse dont la nature de l’ame est composée.

Les dogmes de la théologie des Perses et les principes de leur-cosmogonie sur ces deux êtres lumière et ténèbres, et sur les génies produits par chacun d'eux, et qui suivent leur destinée , sont développés dans cet ouvrage. On y voit quel doit être, suivant les mages, le sort du monde et des ames qui l’habitent, lorsqu’après plusieurs combats entre les deux principes opposés, après bien des fléaux répandus dans le monde par l’action du mauvais principe , ce génie destructeur sera enfin enchaîné, et par sa défaite aura assuré à son rival un empire éternel sur les ames qui se seront attachées à la lumière , et

qui n'auront point oublié leur origine, cette lumiere

pure d’où elles sont émanées , et où elles doivent toujours tenter de retourner promptement.

C'est une prophétie, c’est-à-dire, le sermon d’un prophète qui développe les grands principes de la cosmogonie, et, comme le dit Sanchoniaton en parlant de l’auteur de la cosmogonie phénicierne (a) , qui emprunte l'appareil imposant du merveilleux et les fictions cosmiques et physiques, pour étonner davantage la multitude.

Tel étaitle génie des hiérophantes de l'Orient. C'était surtout à l’époque annuelle du triomphe périodique du principe-lumière sur celui des ténèbres, du jour sur la nuit, qui avait lieu tous les ans lorsque le soleil, foyer de la lumière divine , arrivait à l'agneau ou au signe de son exaltation, qu’on leur rappelait le grand triomphe qui devait avoir lieu à la fin des siècles, lorsque le mauvais principe et le monde qu'il habite, étant détruits, feraient place au monde d’Ormusd, qui seul devait s'élever sur les ruines de l’ancién monde. C’est à ce grand passage au séjour de la lumière éthérée que l’on préparait les ames durant toute la vie, et surtout à päque, par la célébration de ce triomphe momentané , faible image de l’autre , et dans lequel déjà le Dieu-soleil, par la force active de ses rayons , attirait à lui les ames épurées de la matière. Alors , il leur procurait une élévation assez grande pour pouvoir apercevoir déjà, d'avance , un échantillon de la demeure lumineuse où elles seraient transportées un jour par l’eflicacité de sa lumière, à laquelle les fidèles avaient été initiés, et dont les mystères augustes avaient consacré leur vertu. Tel est en dernière analyse le ré-

sultat de la doctrine consignée dans cet ouvrage, que

(a) Etñeb. Præp. Ev. L. 1, c. o.

nous regardons comme l’unique monument de la science sacrée des Orientaux, et comme un sermon de la fête . pascale de l'agneau.

Aussi apprend-on par un concile d'Espagne, qu'on avait coutume de lire en public l'Apocalypse pendant tout le temps que le soleil parcourait le signe d’aries ou le premier signe, autrement depuis pâque jusqu’à la pentecôte.

Le premier concile de Tolède, tenu l’an 633, c’està-dire , le premier concile qui se soit ténu en Europe pour réprimer la négligence de certains prêtres qui, au grand scandale des bonnes ames, méprisaient ce livre, et ne voulaient point le lire en public, crut devoir rédiger le canon suivant : « L'autorité de plusieurs conciles, dit ce canon, et les décrets synodaux ‘des saints évêques de Rome, portant que l’Apocalypse est de Jean l’'évangéliste, et qu'il faut le recevoir parmi les livres divins , si quelqu'un à l'avenir refuse de le recevoir ou de le prêcher dans l’église au temps des messes, depuis päque jusqu'à la peniecôte , il encourra la sentence d’excornmunication. »

Pourquoi recommander cette lecture précisément à cette époque pascale? Ce que nous avons dit en commençant cet ouvrage, et ce que nous avons répété plusieurs fois dans le cours de nos explications sur son objet, en marque évidemment la cause, et confirme nos conjectures sur ce sermon mystique fait aux initiés à la lumière solaire sous l'agneau, premier des signes. Ce n’est pas par hasard que les églises qui avaient reçu cet ouvrage mystique en firent usage à la seule époque de l’année pour laquelle il fut primitivement imaginé. C'était

alors qu'était censé se faire le renouvellement de toutes

choses. « Aussi le Dieu-soleil, ou le Dieu assis sur le trône de l'agneau , s’écrie-t-il : Je m'en vais faire toutes choses nouvelles (a). » Ce qui rentre absofument dans l'idée des mythologues aneiens qui ont parlé du premier signe ou d'aries, autrement de l'agneau, signe de l’exaltation du soleil. Jupiter, dit Hygin , plaça ce bélier dans les cieux, afin que, lorsque le soleil serait dans ce signe, tout ce qui naît se renouvelàt dans la Nature par une génération nouvelle ; ce qui arrive au printemps. De-là sans doute l’opinion théologique sur l’origine du monde ancien et sur celle du nouveau qu'on attendait, opinion qui enseignait que le printemps en avait été et en serait encore l’époque. L’agneau fut donc le signe de la régénération dans le système mystique , comme il Pétait dans le système physique ; et ceux qui s’attendaient à être régénérés se préparaient à cette époque à subir la grande métamorphose et la nouvelle palingénésie, dont la végétation leur offrait tous les ans l’image à l'époque équinoxiale du printemps.

(a) CG. 21. v. 15.

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