TOME VI
allait ètre consommée. Remarquons que c’est toujours dans le ciel qu'il nous les montre, et conséquemment que c’est à qu’il les faut chercher , à la suite de l'agneau qui est sur la montagne, et de l’homme à la faulx placé sur un nuage blanc.
«Je vis dans le ciel , dit l’auteur de l’Apocalypse (a), un autre prodige grand et admirable. C'était sept anges qui avaient les sept dernières plaies, par lesquelles la colère de Dieu est consommée. »
L'auteur fait sortir du tabernacle du témoignage, qui s’ouvrit dans le ciel , ces sept anges qui portaient les sept plaies (b)..
Ce tabernacle , d’où sortent ces sept génies , offre une allusion à la constellation elle-même, appelée chez les Phéniciens et les Hébreux succoth benoth (c), nom que l'on traduisait par tabernaculum filiarum , comme on peut le voir dans Selden et dans Kirker. C’est cet assemblage d'étoiles, appelées vulgairement poussinières, que l’on voit représenté dans le planisphère égyptien sur le taureau céleste , à la division duquel réellement il appartient.
| Ce taureau est un des quatre animaux et des signes ‘fixes dont nous avons parlé plus haut. Aussi l’auteur de J'Apocalypse dit-il (ibid. v. 7 ) que ce fut un des quatre animaux qui leur donna les sept coupes d’or pleines de la colère de Dieu. C'est-à-dire , que le taureau, sur le dos duquel sont les pleïades , leur communique toute la force qu'il exerce conjointement avec elles sur toute la Nature. Cette force ou cette influence était , suivant les auteurs
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(a) V.s.—(b) V.5.— (0) Hyd. Comm. ad Ulugbeigh., p. 33; Selden. Syntagm. 2, C7, P 3og et 310; Œdipus ,t. 1, p.356, etc.
DE L'APOCALYPSE. 3 ‘anciens , terrible pour la terre et pour la mer. Germanicus César, parlant de leur coucher au printemps , les caractérise ainsi : Sydus vehemens et terrd marique turbidum. Aussi allons-nous bientôt voir que les deux premiéres coupes qu'elles versent portent le ravage sur la terre et sur la mer (a). L'expression même de coupes peut contenir une allusion à ces astres pluvieux, ainsi qu'aux hyades qui les accompagnent, et qu'on représentait comme des nymphes qui versaient de leurs urnes la pluie sur la terre. C’est ainsi qu’elles sont représentées dans Montfaucon, dans un monument où les hé pleurent la chute de Phaëton leur frère.
L'auteur (b) les voit placées près d'une mer de verre , mêlée de feu , que nous avons déjà vue représenter la partie supérieure du firmament où sont les Quatre animaux et les pleïades groupées sur la section du taureau ou d’un de ces quatre animaux (c). |
liades
C'est sur cette mer où au-dessus du firmament > que les initiés vainqueurs de la bête , et les compagnons du ‘Dieu-lumière sont réunis, et chantent le cantique du fameux passage sous aries, ou le Cantique de l'agneau “équinoxial qui se dégage en partie des rayons du soleil. IL annonce le retour du Dieu à l'hémisphère supérieur , iorsqu'aprés avoir franchi la ligne qui sépare l'empire du mal et des ténèbres de celui du bien et de la lumière, il va rendre à la Nature sa première beauté. En même temps , dit Julien , il attire en haut les ames vertueuses que l’analogie de leur nature attache à ses rayons victorieux. «€ Et je vis une mer [9], continue l’Apocaen ee à:
(a) V.7, — (6) V. 2. — (c) Hygin. L 2 ; Germanic. ad Arat., OR LE
lypse (a), comme du verre mêlé de feu; et ceux qui étaient demeurés victorieux de la bête , de son image et du nombre de son nom, étaient sur cette mer de verre, et avaient des harpes. Ils chantaient le cantique de Moïse et le cantique de l’agneau , et ils le louaient de ce qu’il allait manifester ses jugemens (b). »
Ce fameux cantique de Moïse se chante encore tous les ans au jeudi-saint , au trait de la seconde prophétie. Ce cantique de Moïse et de l'agneau , comme l'ont trèsbien observé les interprètes, est celui que chanta Moïse après la délivrance du peuple soustrait à la tyrannie de l'Égypte, après le fameux passage de la Mer-Rouge , avant d'arriver à la terre heureuse où coulaient le lait et le miel. Ce cantique ne pouvait nulle part trouver mieux sa place que dans une fiction mystique qui est absolument de la même nature , quoique d’une broderie différente , et il devait naturellement être amené au moment où nous sommes. Car c'est iei le temps où l’ame va être affranchie de l’empire du mal et des ténèbres, et passer dans le monde-lumière après la défaite du dragon et la fuite du peuple initié loin de Babylone , qui va être anéanue à l'instant où l'agneau régénérateur associera les ames vertueuses à sa victoire. Dans l’un et l’autre ouvrage, ce sont les douze tribus , soit d'élus , soit de fils d'Israël, qui par le sang de l'agneau vont être soustraites aux fléaux terribles dont le monde, désigné sous les noms, soit d'Égypte , soit de Babylone, va être frappé. C’est absolument la même idée mystique rendue en deux facons. Dans l’une et dans l’autre , le salut arrive par l'agneau ou par aries', sous lequel se fait le passage à un
(a) V. 2. — (db) V. 3.
meilleur ordre de choses dans le monde, soit physique, soit mystique. C’est alors qu'en Égypte on marquait tout de rouge, dans une cérémonie commémorative de l’embrasement du monde (a).
Nous voilà donc arrivés au moment fatal de la destruction universelle qu’accompagne le grand jugement. Jusqu'à ce moment, personne n'entrera dans le ciel de lumière, qui doit s'élever sur les ruines du monde de ténèbres. Il faut que tout soit consommé dans ce que Daniel appelle l’ancien des jours ; et que la séparation des amis de la lumière d’avec ceux des ténèbres soit faite, afin que ceux-ci restent sous les débris de la matière du monde, avec le prince du chaos et des ténèbres , tandis que les premiers passeront avec Ormusd dans l'empire de la lumière et de la félicité éternelle. Voici le véritable moment de la crise du monde , dont sept grandes plaies vont être les préliminaires.