TOME VI
bile et rétrograde , a donné lieu à une distinction entre les animaux ou signes intellectuels , et qui n'existent que dans l'imagination qui les conçoit, et les animaux visibles des douze constellations du zodiaque. Ces derniers sont les configurations d'animaux ou les images qui groupent un certain nombre d'étoiles d’une étendue plus ou moins grande , et qui mettent plus ou moins de temps à monter à raison du plus ou moins de longueur de la consteilation et de son obliquité : ces temps sont appelés temps anaphoriques. Les anciens supposaient que tous les cent ans chaque image avançait d’un degré dans l’ordre des maisons, par l'effet de la rétrogradation du point où commençait la division duodécimale (a). Ce mouvement des images célestes les tirait des cases auxquelles elles correspondaient dans la division duodécimale que limagination concevait indépendante des astérismes qui y répondaient, mais elle n’affectait en rien les dodécatémories ou maisons intellectuelles qui étaient toujours attachées au colure des équinoxes, et qui ne variaient jamais leurs rapports avec les cercles principaux de la sphère dont elles suivaient exactement la rétrogradation. La première division ou la première maison était toujours renfermée dans les trente premiers degrés, à compter de l’équinoxe, quoique la constellation ou limage qui y répondait autrefois n’y fût plus. Ainsi aujourd’hui le bélier, ou les étoiles sur lesquelles est peint un bélier, sont éloignées de plus de trente degrés du colure, et en conséquence ne sont plus comprises dans la première division duodécimale. Ce sont les astérismes des poissons qui y répondent. En conséquence, le zodiaque
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(a) Euseb. Præp. Evang., 1. 6, et Origen.
sensible et mobile , et le zodiaque intellectuel et fixe ne s'accordent plus dans les divisions ; la différence est de tout un signe. Maïs quand il est question de suivre le soleil et les astres dans les maisons célestes, c’est toujours dans le zodiaque intellectuel , et non dans le zodiaque sensible qu’on fixe son lieu. C’est au zodiaque intellectuel que sont liés les équinoxes et les solstices , ou les colures qui y passent.
Deux cents ans environ avant le siècle de Ptolémée, les pieds du taureau posaient sur le cerele équinoxial ; aujourd’hui ils en sont fort éloignés.
Saumaise (a) prétend que , dans les déterminations astrologiques , on n'avait égard, au moins chez les Chaldéens et chez les Égyptiens, qu'au zodiaque intellectuel, et non au zodiaque sensible ; et qu’on ne considérait que la position respective des planètes suivant les différentes maisons où elles se trouvaient , et nullement les figures symboliques des animaux , comme firent depuis les astrologues grecs. Voilà, dit Saumaïse, quelles étaient les dodécatémories intellectuelles qui ne sont autre chose que les douze lieux ou stations , par lesquelles voyagent les planètes pour produire ou annoncer les destinées humaines ; lesquelles stations étaient égales entre elles, et chacune de trente degrés.
Outre la division duodécimale dont nous venons de parler , on imagina encore une autre division du zodiaque en trente-six parties de dix degrés chacune; c’est celle que nous avons déjà indiquée sous le nom de décans (b).
On la trouve dans Manilius (c), dans Firmicus (d),
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(a) Salmas. , p. 25-26. — (b) Ci-dess., t. 1,1. 2, c. 3, p. 180-216, — (ce) Manil., 1 4, v. 205. — (4) Firmic., L 4, c. 16. | 1
dans Saumaise (a). Firmicus attache une haute importance à cette théorie. Chérémon dit qu'elle entrait dans la composition des anciennes fables sacrées des Égyptiens 2 et Celse qu’elle servait à la médecine astrologique. On attribuait à Nécepso l'invention de cette science des décans , Qui a linprimé son sceau à tous les monumens de l'astrologie ancienne , et souvent à ceux de la religion. Aussi Firmicus n’en parle-t-il qu'avec le ton respectueux du mystère. Il ne place pas néanmoins leur énergie dans toute l'étendue du tiers de signe , mais dans certains de-, grés ; et il distingue les lieux vides et les lieux pleins. C’est d’après l'inspection de ces lieux pleins ou vides, auxquels répondaient les planètes, qu'on trait l’horoscope de l'enfant naïssant. Il donne les noms égyptiens des décans. Comme nous les avons fait déjà graver ailleurs, nous ne les rapporterons pas ici.
Les décans ou génies inspecteurs des signes se composaient des formes du signe, du caractère de la planète qui y présidait , et des formes symboliques des constellations qui, par leur lever ou leur coucher, se liaient avec le signe ou avec les parties de signts, autrement appelés astres paranatellons, dont nous allons bientôt parler. Teucer le Babylonien avait composé un ouvrage sur ces Dieux paranatellons (b) et sur les décans. Il n’y avait aucune partie , aucun degré du signe (c) , qui ne fût caractérisé par quelque figure, quelque image d'homme, de femme , d'animaux; c’est ce qu’on appelait des formes célestes. Plusieurs auteurs arabes ont écrit sur ces formes célestes et sur les décrets de la fatalité qu’on en tirait.
(a) Salmas. ann, Clim. , p. 610. — (b) P. 26. — (c) P. 28.
Les Arabes et les Hébreux les appellent des faces (a); les Grecs ont traduit ce nom par prosopa. On en distinguait de visibles, et d’autres que l’imagination de l'as’ trologue créait, et qu’on nommuit intellectuelles. Il en était de même, suivant Saumaise, des paranatellons (b). On donnait aussi à ces images le nom de zodia ou d’animaux, comme à ceux du zodiaque, et de formes ou morphoseis (c).
La théorie des décans tient principalement au zodiaque ; celle des paranatellons se lie à l'horizon et au zodiaque tout ensemble. Car c’est à l'horizon que s’observent les paranatellons ou les astres, dont le lever et le coucher coïncident avec le développement d’un signe du zodiaque, au lever ou au coucher du signe. Les paranatcllons n'ont point lieu dans la sphère parallèle, ou pour un homme placé aux pôles de la terre, puisque pour lui les astres ne se lèvent ni ne se couchent. Toutes ces observations doivent se faire au méridien ; et alors les paranatellons de chaque signe , si on peut leur donner ce nom , Seront ceux qui seront compris entre les cercles de déclinaison qui passent par le commencement de chaque signe, ou qui passeront au méridien , depuis le passage du premier degré du signe jusqu'au passage du dernier degré. |
Dans la sphère droite , ou pour un homme placé sur l'équateur terrestre , la succession du lever ou du coucher des astres, comparée avec celui de tous les degrés d’un signe, sera absolument ce qu'elle est au méridien pour celui qui est dans la sphère droite , et sera également
(a) Scalig. Not. ad Manil., Î. 4; V. 294. — (b) Salm., p. 30-31. — {e) P. 380.
262 DE LA SPHÈRE comprise entre le lever ou le coucher du premier des gré du signe, et le lever et le coucher du dernier degré:
Il n’en sera pas de même pour la sphère oblique ; tous ces phénomènes varient à raison du plus ou moins d'obliquité de la route des astres, ou du plus ou moins d’élévation du pôle. Les paranatellons seront bien encore tous les astres qui se lèvent ou se couchent avec le signe, depuis le premier degré jusqu’au trentième degré ; mais ils ne seront pas compris dans le fuseau formé par deux cercles qui aboutissent au pôle, et qui passent par les deux extrémités du signe , autrement par deux cercles de déclinaison. Ils seront compris par deux cercles qui aboutissent au point nord et au point midi dans l'horizon, et dont le premier était confondu avec la demi-circonférence de l'horizon au moment du lever ou du coucher, et dont le second, ainsi que les intermédiaires, y était aussi confondu au moment du lever ou du coucher des derniers degrés du signe , ainsi que des degrés intermédiaires. C’est ainsi qu'on aura une suite de fuseaux terminés aux cercles arctiques , qui comprendront tous les paranatellons , et qu'on pourra construire une sphère paranatellontique.
Nous donnerons , à la fin de ce Traité, plusieurs distributions des astres en paranatellons, groupés sous chaque signe, telles que nous les ont laissées les anciens, et que nous les ont conservées les astrologues modernes.
Maïs, avant d'entrer dans quelques détails sur les astres placés hors du zodiaque, qui se lèvent ou qui se couchent en aspect avec les signes, il nous faut d’abord parler des signes eux-mêmes auxquels ces astres paranatellons se rapportaient, et qu'ils fortifiaient de leur influence, C’est
ce que nous allons bientôt faire quand nous aurons parlé des autres divisions de la totalité du ciel.
On distinguait dans le ciel deux portes (a), l’orient et l'occident : par l’une le soleil monte sur notre horizon, par l’autre il en descend et se retire. Théon les appelle, d’après Aratus , les cornes de l’horizon (à).
On donnait au ciel deux faces, l’une orientale, qui était sa tête ; l’autre septentrionale (c).
On appelait aussi le côté de lorient, par où nous vient la lumière, la contrée supérieure du monde; et le côté de l'occident, la contrée inférieure. On appelle aussi la partie du midi , la gauche du monde ; et celle du nord , la droite.
On partagea le jour en quatre parties ; la première s'appela rubens (d) ; la seconde splendens ; la troisième urens; et la quatrième tepens. On appliqua à peu près la même fiction aux quatre chevaux du soleil, Æoüs, Æthon , Pyroeïs et Phlegon. Hygin donne les noms des chevaux du soleil, ainsi que ceux des heures (e). Les ‘uns les nomment Eoüs, Æthon, Bronté et Steropé; d’autres Zrythreus, Aciæon, Lampos , Philogeus ( f); d’autres Æbraæ, Asso, Therebo. Quant aux heures, voici les noms qu'il leur donne : Auxo, Eunomie, Pherusa, Caria, Odicé, Euporie, Irené, Orthesie, Thallo. D'autres en comptent dix, savoir Augé, Anatolé, Musia, Gymnasia, Nympha, Mesembria, Spondé, Eleté, Acté, Hecypris, Dysis. On les fait filles de Jupiter et
de la vierge Thémis.
(a) Esidor Orig., 1. 3, c. 5. — (b) Theon, p. 164. — (c) Isid., ibid.— (d) Mich. Neander. Elem. Spher., p. 152.— (e) Hygin, Fab. 185. — (f) Fulgent., L. 1,0. 12. Germ. Cæs., c. 41.
On divisait encore la sphère en quatre points cardinaux, savoir : l’orient, Anatolé, où était l’horoscope ; le milieu du ciel, Mesoura-nérma ; le couchant, Dysis ; et le bas du ciel, /ypogeion ou subierraneus Locus. On appelait ces quatre points, les centres, les angles, les parties et les points cardinaux (a), sur lesquels le monde s’appuyait. On les appelait aussi tituli et templa. Nous en avons fait usage en expliquant les quatre figures des quatre animaux de l’Apocalypse (b). Les anciens astrologues y atiachaient beaucoup d'importance, et ils étaient les principales bases des déterminations astrologiques (c). Ils étaient comme les gonds sur-lesquels roulait le système de la fatalité ; le méridien et l'horizon les fixaient.
Nous ne suivrons pas dans ses détails cette théorie, parce qu'elle tient plus à l'astrologie judiciaire qu'à notre objet qui est l’explication des monumens et des fables de l'astrologie sacrée.
Nous dirons seulement que l’on comptait encore huit autres lieux , savoir la Déesse, le Dieu, la bonne fortune et le bon génie (d). La Déesse était au troisième lieu, à compter de l’horoscope ; le Dieu au neuvième signe; la bonne fortune au cinquième ; elle suivait immédiatement le bas du ciel; le bon génie occupait le onzième signe , à partir de l’horoscope, en comptant dans l’ordre des signes. C'était celui qui suivait immédiatement le milieu du ciel.
(a) Salm. an Clim., p. 83-84.—(b) Ci-dess. , t. 3, p. 240.—(c) Mars. Fic. in Eunead. 2. Plut. 1. 5, c. 3. Sext. Emp. , 1. 5. Firm. , 1.2, c. 18. Kirk. OËdip. ,t. 2 , part. 2, p. 186-190.—{d) Salm. Ann. Clim., p. 85- 85-91.
Les quatre autres lieux s'appellent oiseux, parce qu'ils n'ont aucun rapport qui les lie à l’horoscope. Le premier se nomme AÆnaphore ; le second, Epicataphore ; le troisième, mauvaise fortune ; et le quatrième , mauvais génie. Ce dernier est à trois cent trente degrés de l'horoscope , toujours en comptant suivant l’ordre des signes. Parmi ces différens lieux (a), sept étaient heureux; savoir, la bonne fortune, le bon génie, le Dieu et les quatre points cardinaux. On appliquait cette division des quatre points cardinaux aux quatre àges de la vie. L'horoscope appartenait à l’enfance ; le milieu du ciel à l’âge fait ; le coucher à la vieillesse, et le bas du ciel à la décrépitude (b). On notait ces différens heux par des couleurs qui leur étaient affectées. L’horoscope, par exemple, et le septième lieu à conpies de l’horoscope, étaient blancs (c). Je ne suivrai pas f plus loin ces détails ; je ne parlerai pas non plus des rapports des planètes avec ces lieux, et des signes entre eux, ou de leurs aspects triangulaires , quadrangulaires GI opposés ; tous ces détails appartenant à l astrologie exclusivement. Je passe à la nomenclature des signes et aux fictions qui furent faites dessus.
(a) Salm. 191. — (b) Kirk, Œdip., t.2, part.2, p. 186-199. — {e) Salm., p. 67.