‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 1 sur 240 · DE L’AME UNIVERSELLE, OU DU MONDE ANIMÉ · texte numérisé non relu

DE L’AME UNIVERSELLE, OU DU MONDE ANIMÉ

J usQU'Icr nous avons considéré l'Univers comme une immense machine mue par des ressorts puissans, et agitée d’un mouvement éternel, qui de la circonférence se porte au centre, agit et réagit dans tous les sens aux environs de ce centre , tandis qu'aux extrémités tout est entraîné par un mouvement infiniment rapide dans un même sens, à l'exception de sept corps lumineux, lesquels constamment luttent contre la force céleste, qui chaque jour les subjugue et les ramène sur l’horizon, après les en avoir fait disparaître avec les autres astres. TOME IX, ï

9 RELIGION UNIVERSELLE. bd

Nous avons vu une partie de cette machine agir impévieusement sur l’autre, lui eommuniquer Pactivité et la force vive qui lui appartient, vaincre son inertie naturelle , la ramener sans cesse à l’ordre et aux formes auxquelles éternellement elle se soustrait, la modifier, l’organiser, la configurer ; et reproduire, malgré elle, dans son sein une foule d'effets merveilleux, qui font sa richesse et sa beauté. Ce sont ces phénomènes admirables, tant ceux des causes que ceux des effets, leurs mouvemens et leurs situations. respectives, leurs apparences variées, qui composent ce bel ordre que les poëtes et les théologiens ont décrit et chanté, et que les peintres de la Nature ont cherché à rendre dans leurs tableaux, et les sculpteurs dans les statues et les

images religieuses.

Dans tout cela, nous ne voyons encore qu'une opéra-

tion purement mécanique, dans laquelle la matière et le mouvement sont seuls employés, et qui rigoureusement même peut ne supposer rien autre chose, au moins dans les/tableaux qui en onv'été faits, fesquels

euvent s'expliquer sans rien supposer de plus uis- P P PP pius ; P

qu'ils n’expriment que le jeu des causes naturelles, et ne portent que surles agens sensibles-et visibles des grandes opérations de F'Univers-Dieu: C’est dans ee sens qu’il faut entendre Chérémon , lorsqu'il mons dit que toutes les fables sacrées roulent sur des êtres physiques, et sur Pordre et le jeu des mouvemens du monde visible; et qu’elles n’ont nullement pour objet des êtres abstraits , ni ces substances intellectuelles et vivantes que la métaphysique inventa dans la suite, et par lesquelles Proclus et les nouveaux platoniciens a expliquer les anciennes fables. |

ji LIVRE I, CHAPITRE VI. 3

Mais il s'en faut de beaucoup que Chérémon eût . raison de dire que les anciens Égyptiens , qui firent les fables sacrées, et qui adoraient le soleil et les autres astres, n'avaient vu dans l'Univers qu’une machine sans vie et sans intelligence, soit dans sa totalité, soït dans ses parties ; et que leur cosmogonie se rédnisit au pur épicuréisme, qui n’a besoïn que de matière et de mouvement pour organiser son monde et le gouverner [r]. Une pareïlle opinion philosophique exclut nécessairement tout culie religieux; car on n’adresse point des offrandes et des prières à des êtres sourds et muets ) Êt à des corps brillans à la vérité, mais qui sont censés n'ètre qu'une matière morte, dont laction nécessaire ne peut être modifiée ni changée, et qu'inutilément on imvoquerait. Partout où l’on trouve un culte, 1à on doit supposer des Dieux intelligéns qui le recoivent, et qui sont sensibles aux hommages de leurs adorateurs. Or , nuülle part le culte n’a été aussi magnifique, aussi savant et aussi varié qu’il la été en Égypte dès Ia plus haute antiquité. Nul peuple n’a passé pour être aussi religieux que le peuple égyptien. Done sa théologie et ses fables cosmogomiques ne faisaient pas de l'Univers une simple machine qui ne renfermât que de la matitre et du mouvement, et qui mangüât de cette vie et de cette intelligence qu'on remarquait dans l’homme ét dans les amimaux , c'est-à-dire , dans une partie infiniment petite et passagère de l'Étre imménse , immuable ét éternel qu’on appelait Dieu ow l'Univers. Il avait au contraire , éminemment et dans toute sa plénitude , cé que lés êtres sublunaires n'avaient que dans un degré beaucotip inférieur et en très-petite portion. Il était en quelqüé sorte comme FOcéan, dont les ruisseaux, lés fontainés et les 1*

fleuves sont sorts par évaporation, et dans le sein duquel ils rentrent après avoir parcouru plus ou moins d’espace, et s'être séparés plus ou moins de temps de la masse immense d’eau qui les avait formés. L'homme n'avait pas encore la sotte vanité de se croire plus parfait quele monde, et de reconnaître dans une petite partie quelque chose qui ne füt pas dans le tout.

La machine de l'Univers était, comme celle de. l’homme, mue par un principe de vie qui la tenait dans une activité éternelle, et qui cireulait dans toutes ses parties. L'Univers était vivant et animé comme l’homme et comme tous les autres animaux; ou plutôt ceux-ci ne l'étaient que parce que, l'Univers l’étant essentiellement, il leur communiquait pour quelques instans une infiniment petite portion de.sa vie éternelle, qu'il versait dans la matière inerte et grossière des corps sublunaires. Venait-il à la retirer à lui, l’homme et l'animal mouraient ; et l'Univers seul, vivant et circulant autour des débris de leurs corps par son mouvement éternel , organisait el animait de nouveaux corps , en y reversant le feu actif et la substance subtile qui le vivifiait luimême, et qui incorporée à sa masse immense en était l’ame universelle.

Voilà les idées que les anciens s'étaient faites de ce” grand Dieu , père de tous les Dieux ou du monde, de cet Être principe de tout, et qui n’en a point d'autre que lui-même ; enfin, de la cause universelle que nous avons dit avoir été appelée Dieu. L'ame du monde, éternelle comme lui, immense comme lui , SOuVErainement active et puissante dans ses opérations variées, pénétrant toutes les parties de ce vaste corps, imprimant

un mouvement régulier et symétrique aux sphères,

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