LIVRE IT, CHAPITRE VIT
leur en coùta pas beaucoup de supposer cette amé essentiellement intelligente, et de placer en elle la source de l'intelligence des autres êtres à qui la Nature avait départi une portion d'intelligence. L'Univers futdonc, nonseulement animé, mais aussi doué d'intelligence, et presque toutes les parties du monde, qui participaient à l'ame , participèrent aussi, suivant les mêmes rapports, à l'intelligence de cette ame unique, répandue dans toute la Nature.
L'intelligence, suivant ces philosophes, ne pouvait être reçue immédiatement dans un corps; il fallait que l'ame fût son siége, et devint un intermédiaire entre l'intelligence et le corps auquel cette intelligence s’unissait. L’ame était done le véhicule et comme l'enveloppe de l’intelligence qui s’attachait âelle, et ne pouvaitse reposer qu'en elle. Tout ce qui était doué d'intelligence l'était nécessairement d’une ame ; et, comme il y avait une ame universelle, source de toutes les ames, on doua l'ame universelle d’une intelligence universelle, source de toutes les intelligences particulières. Dès lors l'ame du monde renferma enelle l'intelligence du monde, qui s'étendit du ciel jusqu’à l’homme et aux animaux, et ne suivit pas plus loin les courses de l’ame dans la maère des corps passagers ; mais elle l’accompagna pariout dans les élémens et dans toutes les parties de la matière , qui avaient le caractère de cause et le sceau de la perpétuité, tels que les fleuves , les montagnes, etc. , qui étaient autant de membres de la Divinité. Tous les agens de la Nature, où se répandait l'ame universelle , devinrent le siége d’une portion de son intelligence ; et l'Univers, dans ses parties et dans sa totalité, se trouva
rempli d'inteligences que l’on pouvait regarder comme
autant d’énfanations de l’intelligence souveraine et universelle. Partout où siéga l’ame divine comme cause, là fut aussi le siége d’une intelligence. C’est ainsi que le ciel, les astres , les élémens et toutes les parties de l’Univers devinrent Île siége d'autant d’intelligences divines. Chaque portioncule de la grande ame devint une intelligence partielle , et plus elle était dégagée de la matière grossière , plus elle était active et intelligente.
La gradation des intelligences suivit celle de l'ame, depuis le sommet des cieux jusqu'aux abîmes des eaux et de la terre. Toute la partie du monde, qui s'étend depuis le ciel de la lune jusqu'à celui des fixes, renferma les intelligences les plus pures, soit anges, soit Dieux, habitans de l’'Olympe. L'homme et les animaux doués d’un certain instinct se trouvèrent placés au bas de l'échelle des intelligences , dont les génies de l’air et des eaux remplissaient les degrés intermédiaires. La partie ténébreuse du monde eut aussi ses intelligences , comme la partie lumineuse, et toutes les divisions que nous avons marquées plus haut dans la Nature , se sont retracées dans les différens ordres d’intelligences , en sorte que notre méthode n'éprouvera aucun changement dans son application à un Univers animé et intelligent, et dont les parties et les agens sont doués d'intelligence.
Les rapports d'union ou d'opposition , les filiations , les combats, les victoires ou les défaites, la naissance ou la mort, l'exil, les courses, les fuites, et en général toutes Îles allégories qui ont pour base les situations réspectives des corps célestes ou terrestres , censés agens de la Nature, seront les mêmes pour les intelligences qui y président, et l’histoire de celles-ci ne sera que l'expression figurée du jeu des causes matérielles. En