‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 15 sur 240 · LIVRE J1, CHAPITRE VIE · texte numérisé non relu

LIVRE J1, CHAPITRE VIE

général, que l'Univers ne nous offre dans ses mouvemens et ses situations variées qu'un pur mécanisme , ou “qu'il nous présente l'action de causes vives, animées et intelligentes , c'est absolument la même chose pour nous | qui expliquons par le mouvement des corps celui qui est supposé appartenir aux intelligences qui y résident. Que le poëte, par une fiction ingénieuse, ait donné dé l'ame, du mouvement et de l'intelligence aux parties de la Nature , ou qu’elles en aient réellement et essentiel- lement, peu importe pour le succès de nos explications, puisqu'elles ne tombent que sur les phénomènes apparens, etque les phénomènes sont les mêmes dans tous les cas. Seulement l’histoire poétique, qui en a été faite, acquerra un degré de vraisemblance de plus, et aura presque Îa vérité d’une histoire , en donnant de la réalité aux personnages, et en leur prêtant des sentimens et des passions que leurs actions ou leurs fonctions semblent supposer. Nous ne dirons donc plus simplement que l'Univers et ses parties sont animés ; nous dirons encore qu'ils sontintelligens, et que tout dans la Naiure s'opère par l’action d’une foule d’intelligences répandues dans toutes les parties du monde, être vivant , animé et intelligent , qui renferme en lui l’origine et la source de toutes les ames et de toutes les intelligences particulières. De même que tout ce qui n’était que matière est devenu animé , de même tout ce qui est animé va devenir intelligent par une suite du même principe qui a fait donner une ame au corps immense et éternel du monde. ya, disait-on, dans la nature sublunaire des êtres animés et vivans ; et cela, sans doute , parce que Îa Nature elle-même estune force vive et animée qui pémètre toutes les parties de l'Univers, et que la vie de

chaque corps particulier, ainsi que l’ame qui le meut, font partie de la vie et de l’ame universelle , comme là matière grossière du corps fait partie de la matière uni verselle. En suivant le même raisonnement, on dit : Ces ames elles-mêmes sont douées d’une porüon plus ou moins grande d'intelligence, parce qu'il y à dans l’ame universelle une intelligence d’où découlent toutes les intelligences particulières. Donc l'Univers ou le monde est, non-seulement un animal, mais encore un animal intelligent, et souverainement intelligent. Tel l’a conçu Timée de Locres.

Le monde, suivant ce philosophe (a) , comprend tout. C'est un enfant unique , animé et doué de raison. Timée suppose que l'ame de l’homme n’est intelligente que parce que celle du monde l’est essentiellement. Car lame de l’homme , suivant lui (b) , fut composée des mêmes rapports et des mêmes qualités que l’ame du monde. Son intelligence fut tirée de la substance de l'être toujours le même , qui meut le premier mobile , ou le ciel des étoiles. Mélée à la partie raisonnable de lame, elle fut un germe de sagesse dans les esprits privilégiés. L'opinion de Timée , sur l'intelligence universelle qui réside dans l’ame du monde , a été celle de beaueoup d’autres philosophes ; ce qui leur faisait dire que le monde était animé et sage, au rapport de Cicéron (c). Cléanthe , disciple de Zénon, qui regardait le monde comme Dieu , où comme la cause improduite et universelle de tous les effets produits (d), don-

nait une ame et une intelligence à la Nature univer-

(a) Batteux, Caus. prem., t. 2, p. 12. — (b) Ibid., P. 43. — (ec) Cie, de Nat, Déor.,.l 1,.c. 10.—(dYIbid!, c. 15.

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