LIVRE II, CHAPITRE III
quait l’intumescence qui devait amener le débordement du solstice d'été. C'était à la nouvelle Inne solsticiale que l'on fixait cette sortie du Nil hors de son lit, laquelle s'opérait d’abord lentement , et ensuite avec la plus grande impétuosiié, au rapport de Pline (a). Alors se levait Sirius à qui on donnait le nom d'Æydragogos , ou de moteur des e eaux, etc ’était à cette néoménie que commençait l’année avec le débordement, la lune étant nouvelle, non plus dans le signé de son exaltation rs dans celui de son domicile. C’est ce rapport de la nouvelle lune, tant de celle de l’équinoxe, qui donnait le premier mouvement d’impulsion aux eaux, que de celle du solstice, qui les faisait sortir du lit dn fleuve pour s’épancher dans les champs , qui a fait dire à Solin (b)que les eaux du Nil éprouvaient à leur source un mouvement d'intumescence, lequel était l'effet de l'influence des astres qui agissaient sur elles, suivant certaines lois , principalement au croissant de la lune. Plutarque (c) a cru même apercevoir enire la graduation des diverses coudées de hauteur du Nil, dans les différentes provinces d’ Égypte , une Ccorr bonds avec la progression g STraduée de la lumière de la lune, depuis le croissant jusqu'à la nouvelle lune. Quoique cette correspondance n'ait aucun fond de réalité, on peut au moins en conclure que dans l'opinion la lune était censée exercer une grande énergie sur le Nil, telle enfin que celle qu'on atiribuait à Isis, ce qui sin pour confirmer la proposition que nous voulons établir ici , qu'Isis et la June sont absolument une même divinité.
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Ca) Pline Hist: Nat. , 1. 187€ 18. — (b) Solin., c. 35. — (c) Plut. de Iside, p. 563.
Les inductions que nous avons tirées des attributs et des propriétés d’Fsis, qui lui sont entiérement communs avec la lune , ajoutées aux témoignages précis des auteurs que nous avons cités plus haut, et qui assurent formel lement qu’Isis est la lune, épouse d’Osiris ou du soleil, ne doivent plus laisser aucune espèce de doute sur la nature de cette divinité et sur son identité avec la lune. En conséquence, nous poserons, comme axiome fonda mental de la démonstration qui va suivre , que c’est par le ciel qu'il faut expliquer les voyages d’Isis, comme nous avons expliqué par le ciel les voyages de son époux Osiris. C’est une conséquence nécessaire de ce principe qui va acquérir la force de la démonstration la plus rigoureuse par la comparaison que nous allons faire de la course de la lune aux cieux, avec les courses attribuées à Isis dans le Traité fameux de Plutarque sur Isis.
Prenons Osiris au moment de sa mort , et suivons les pas d’fsis depuis l'instant qu'elle a été privée de son époux, jusqu'au moment où il lui est rendu, et qu'il revient des enfers ; c’est-à-dire depuis l’équinoxe d’automne jusqu’à celui du printemps. Car, si Osiris meurt au premier de ces équinoxes, il ressnscite au second, ou à celui de printemps, lorsqu'il remonte vers nos régions, et qu'il vient encore s'unir à la lune pour la féconder.
Plutarque suppose qu'Osiris, de retour de ses voyages et revenu en Egypte , est invité à un repas par son frère Typhon qui lui donne la mort et qui jette son corps dans le Nil. L'auteur nous donne les positions du soleil et de
la lune dans les cieux, au moment de ce tragique événe-
ment. Le soleil, suivant les traditions que rapporte Plu-
LIVRE LI, CHAPITRE IT, 345 tarque (a), oceupait le signe du scorpion, c’est-à-dire le signe qui, à cette époque éloignée, était placé à l’équinoxe d'automne. La lune était pleine, ajoute Plutarque (d) : donc elle occupait le signe qui est opposé au scorpion, ou le taureau qui répondait alors à l’équinoxe de printemps ; c’est-à-dire qu’elle perdait Osiris, au moment où elle-même se trouvait pleine, et seule dans le signe où , six mois auparavant, elle s'était unie avec lui pour recevoir les germes de sa fécondité universelle que lui communiquait le soleil , ou Osiris, sous la forme du taureau printanier. C’est ce taureau lumineux qui était le premier signe par lequel Osiris entrait dans l'empire de la lumière et du bien. Il montait avec le soleil, le premier jour du printemps; il restait six mois dans l’hémisphère lumineux, précédant toujours le char du Dieu de la Nature, et se trouvant sur l'horizon pendant le jour, jusqu’à ce qu’en automne , le soleil étant arrivé au scorpion , le taureau se trouvât entièrement opposé à lui, ne se levat qu'après son coucher, et achevât sa course entière sur l'horizon pendant la nuit. Alors il n'était plus le taureau qui amène les longs jours, mais celui qui préside, par son lever du soir, au commencement des longues nuits. Voilà ce qu’on voulut peindre dans les cérémonies lugubres qui se faisaient le jour de la mort d’'Osiris. On y portait en pompe un bœuf d’or couvert d’un crêpe noir , image frappante de l'ombre dans laquelle entrait le signe familier d'Osiris , et qui allait s'étendre sur nos régions boréales, pendant l'absence du soleil, en prolongeant la durée des nuits du.
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(a) Plut. de Iside, p. 356. — (b) Ibid, p. 36%.
y rant tout le temps que la terre resterait sous l'empire dé . Typhon , ou du principe du mal et des ténèbres [87].
Comme la lune se trouvait pleine dans le signe même de son exaltation, on faisait une image de cette planète (4) avec de la terre végétale mêlée d’eau , et dans la composition de laquelle on faisait entrer des aromates et des essences. On ornait cette figure; on l’habillait. Cette composition de terre et d’eau désignait, dit Plutarque , la nature de ces deux divinités. Pour entendre ce dogme théologique, il est bon d'observer que le taureau qu'occupait Jsis, ou la lune , était consacré à l’élément de la terre, et que celui du scorpion qu'occupait Osiris , ou le soleil, était consacré à l'élément de l’eau , comme il est aisé de le voir dans le tableau que nous avons donné ailleurs de la distribution des quatre élémens dans les douze signes , telle que l’avaient imaginée les astrologues anciens [88]. Ceci est une nouvelle preuve des rapports de cette cérémonie avec les divisions célestes, Quant au bœuf couvert d'un crêpe , Plutarque dit formellement que le bœuf était l’image d'Osiris ; ce que nous avons prouvé nous-mêmes déjà dans la vie de ce Dieu, ou du soleil-taureau.
Nous ne nous occuperons plus d'Osiris jusqu’à son retour des enfers; mais nous allons suivre Isis dans ses recherches. Le point de départ nous est donné. C’est le taureau céleste, ou le premier des signes qu’elle oceupat, lorsqu'elle perdit son époux, puisqu'elle était pleine , et que le soleil était au scorpion ; c'est-à-dire quelle allait le chercher en parcourant tous les signes supérieurs dans chacun desquels, tous les mois succes-
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(a) Plut. de Eside, p. 366.
LIVRE HI, CHAPITRE LI. 347 sivement , elle se trouvait pleine, sans rencontrer son époux dans aucun des signes affectés à son empire, et dans lesquels il Jui communiquait, six mois auparavant, les germes de bien, d'ordre et de fécondité qu'elle transmettait à la terre [89]. Relevons donc la carte de sa route dans les six signes supérieurs, en casant dans chaeun d'eux les paranatellons qui en marquent les divisions, de manière à rétablir le calendrier sacré qui fixait toutes les pleines lunes qui avaient lieu pendant tout le temps que le soleil était absent de nos climats, et qu'il'occupait les régions inférieures du monde, appelées vulgairement les enfers.
Avec le taureau se couchent Orion et son fleuve. Orion s'appelle, dans Plutarque , l’astre d'Orus (a); son fleuve s'appelle Le Nil(b); nous les avons projetés tous deux sous ce signe. Avec le taureau, Persée achève de se lever, et le cocher monte presque tout entier. Nous les avons également projetés. Persée était le grand Dieu de Chemmis en Égypte, ainsi que Pan. Or, le cocher, avec sa chèvre et ses chevreaux, fournissait les attributs de Pan et de ses satyres. On peut voir, dans le planisphère égyptien de Kirker (c), Pan représenté au-dessus du taureau ; et c'est évidemment le chevrier de nos constellations, celui qui tient la chèvre appelée Aiga, femme de Pan ,etles chevreaux ses enfans. Nous pouvons donc regarder ce chevrier comme une des images de Pan. Nous avons déjà placé sous le taureau les constellations
d'Orion et du cocher dans le planisphere destiné à \ /
peindre les voyages d'Osiris. Nous les avons également 2 Nr Et Re RE 2 Aa
(a) Plut. de Iside, p. 369.— (b) Hvygin.s, l12,6#33.—(c) OEgip.,
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placées sous ce même signe dans le planisphère des travaux d'Hercule, et nous avons rapporté les autorités qui justifient ces positions. Nous nous croyons donc dispensés de les rapporter. Quant au fleuve d'Orion qui porte le nom de Nil, Hipparque (a)le donne pour paranatellon au taureau , et l'inspection seule d’une sphère prouve qu'à son lever et à son coucher, le taurean est accompagné du lever et du coucher des deux extrémités de ce fleuve. Il n’y a pas non plus de doute sur les rapports du lever total de Persée avec le taureau. Hygin dit expressément : « Avec le taureau, Persée achève de se lever en totalité (b). » Ératosthène et Hipparque (c) en disent autant. Ainsi il n’y a aucune constellation casée dans notre planisphère , sous la division du taureau, qui n'ait droit d’y occuper une plac: comme paranatellon de ce signe. Voilà donc quel était le cortége de la lune lorsqu'elle perdit Osiris, et lorsqu'elle commenca ses voyages pour aller le chercher.
Le signe suivant est occupé par deux enfans : ce sont les gémeaux. Les oracles de Didyme étaient, suivant Lucien (d), sous l'inspection de ce signe : un des deux enfans gémeaux s'appelle Apollon , Dieu des oracles. Nous aurons lieu ailleurs de faire usage de cette remarque. C’est dans ce signe qu'avait lieu la pleine lune qui suivait celle où arrivait la mort d'Osiris ; car la lune, après avoir été pleine dans un signe, se trouve pleine dans le signe suivant, le mois d’ après, par la raison que le soleil change de signes tous les mois, et que le lieu de l’opposition du signe où est le soleil change aussi nécessaire-
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(a) Uranolog. Petav., t. 3. Hipp. , 1. 3. (b) Hygin., 1, 3. — »
FREE à (e) Hippa., L 2, ce. 18. — (4) Lucian de Astrolog., p. 993.