LIVRE III, CHAPITRE IV. Ar
sent Hippolyte. Il était avec Hercule au combat des centaures (a) et des lapithes. Aussi disait-on de lui, remarque Plutarque , c'est un autre Hercule. Ce fut Thésée qui fit recevoir Hercule à l'initiation, et qui facilita sa purification. Îl dut, comme Hercule , limmortalité à ses hauts faits (b). Il avait les mêmes armes , les mêmes goûts. L'un et l'autre se déclarèrent les vengeurs de l'humanité opprimée (c). Leur caractère, en tout semublable, les unissait encore plus que les liens du sang ; car Thésée était de la même famille qu'Hercule ; ils étaient fils de deux cousines germaines, et petits-fils de la fameuse Hippodamie ou de la pleïade qu'épousa Pélops. C'est ainsi qu'Esculape ou le serpentaire, dans une autre fable , est fils de Coronis, autre pleïade. Toute cette famille est donc aux cieux, où nous trouvons, sous un mème titre ou sous une même constellation, les noms d'Hercule et de Thésée confondus. La fiction sur Thésée et la fiction sur Hercule sont deux fables solaires faites sur le mème astre, honoré sous des noms divers et par des peuples différens. La fiction solaire, connue sous le nom de Thésée [123] ou de poëme sur Thésée, nous paraît appartenir aux Athéniens qui le reconnaissaient pour leur fondateur et leur Dieu tutélaire. Quoique la vie allégorique de Thésée semble devoir tenir de plus près à l’histoire que celle de Bacchus et d'Hercule, néanmoins la liaison qu'il a avec ces êtres allégoriques , tant par sa filiation, que par plusieurs aventures où il figure avec eux, ne nous permet point de le soustraire au règne mythologique, ni sa vie aux allé-
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(a) Pausan. Heliac. 1, p. 157. — (b) Isoc. Qrat, ad Demon., p. 6. — (c) Idem. Laudat. Helen. 436, 457.
gories cosmiques auxquelles elle appartient tout entière. Plutarque lui-même, qui, dans ses parallèles ou dans les: vies comparées des grands hommes , nous donne ce qu'il! appelle la vie de Thésée , est forcé de convenir qu'elle: se prête diflicilement aux formes de l'histoire, et qu'il! n'est pas toujours possible de l'y ramener. Voici ce qu'il! dit au commencement de son récit (a). « Comme les géo=. graphes ont accoutumé de mettre à l'extrémité de leurs cartes les régions qui leur sont inconnues, et de marquer à côté de quelques-unes : Au-delà il n y a que des sables arides , et pleins de bêtes féroces , ou des marais impé-. nétrables, ou les frimats de la Scythie, ou la mer glacée ; de même, mon cher Sénécion , dans ces com. paraisons des vies des hommes illustres , après avoir parcouru tous les temps qu'une conjecture vraisemblable à pu pénétrer, ou qu'une histoire circonstanciée et suivie a pu nous faire connaitre, nous pouvons dire de tout ce qui est plus ancien : Au-delà c’est le pays des fictions et des monstres; les poëtes et les faiseurs de fables habitent ces terres ; tout ce qu'on y trouve n'a ni cerütude ni fondement. Le fondateur de la belle et fameuse ville d'Athènes nous présente , dans son histoire , beaucoup de fabuleux que je désirerais fort accorder aux formes de l’histoire ; mais, si l’on trouve des endroits qui s'y refusent opiniâtrément, et qui ne puissent souffrir le moindre mélange de vraisemblance, je prie le lecteur de les excuser et de recevoir favorablement ce qu'on peut leur donner d’une antiquité aussi reculée. » Plu-
tarque , comme on vient de le voir, n'ose garantir la
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(a) Plut. Vit. Thesei.
| LIVRE III, CHAPITRE IV. | 415 certitude de l’histoire de Thésée ; il n'ose espérer de donner à beaucoup de ses traits la vraisemblance qui doit accompagner le récit de faits réellement arrivés. Strabon appelle les malheurs de Thésée et les travaux d'Hercule des aventures mythologiques (a) ou des hauts faits, qui n’ont d'existence que dans l'imagination des mythologues. Aïnsi, en rendant la vie de Thésée à la mythologie, comme nous lui avons rendu celles d'Hercule, d'Osiris et de Bacchus , nous ne choquerons point la vraisemblance , puisqu'elle est choquée quand on veut la classer dans l’histoire. Cela posé , examinons dans ses détails le roman ancien , fait sur le fondateur d'Athènes, Thésée , cousin d'Hercule et rival de Bacchus dans ses amours avec Ariadne, dont la couronne est placée sur le serpent de Thésée, et voyons si les traits de cette fiction n’ont pas un assez grand nombre de rapports avec la marche des cieux pour qu'on doive regarder encore cette légende comme une histoire allégorique de la Nature et du soleil son principal agent.
Nous allons donner d’abord un précis de la vie de Thésée, d’après les récits de Plutarque, de Diodore de Sicile, d’Apollodore, de Pausanias , d'Isocrate, etc.
Thésée, du côté de son père , descendait de l’ancien Érechthée et des premiers habitans de l’Attique (8). Du côté de sa mère, il était issu de Pélops, qui fut le plus puissant de tous les rois du Péloponèse , non-seulement par ses richesses, mais encore par le nombre de ses enfans; car il maria plusieurs de ses filles avec les plus grands seigneurs du pays, et il trouva moyen de
(a) Strabon, l..1, p. 19. — (b) Plut, vit. Thesei., p. 7.
placer tous ses fils dans les états les plus considérables. Pithée, aïeul maternel de Thésée, fut un de ses enfans. IL fonda la petite ville de Trézène, et il fut un des sages de son temps. La ville de Trézène conservait les mêmes traditions qu'Athènes sur sa fondation; car Neptune et Minerve s'étaient disputé l'empire de ce territoire qu'ils finirent par sé partager, suivant la volonté de Jupiter (a). Aussi leur ancienne monnaie portait d’un côté l'image d’un trident, et de l’autre la figure de Minerve. Cette ressemblance entre les fictions sacrées de l’Attique et celles de Trézène, justifie l'opinion que nous avons, que Thésée , petit-fils de Pithée fondateur de Trézène, n’était que l’Hercule où le Dieu-soleil dont le culte fut établi à Athènes. Cette conjecture acquiert un nouveau degré de force, quand on sait que cette ville était dans le voisinage d'Épidaure , ville célèbre par le culte du soleil sous le nom d’Esculape, dont l’image, placée aux cieux, porte les noms de Thésée , d'Esculape et d'Hercule. On représentait souvent Thésée, tel qu'il est aux cieux, placé entre la couronne d’Ariadne et la lÿre ; et alors on mettait dans une de ses mains la lyre [124], et de l'autre côté on voyait Ariadné tenant une couronne (b). Cette lyre est celle qu'on appelle encore Iyre dé l'Zngeniculus où d'Hercule. C’est un des attributs caractéristiques du Dieu-soleil Apollon. Les muses, éompagnes du soleil , soit Apollon , soit Bacchus, soit Hercule Musagète , avaient leur temple à Trézène et un ancien autel sur lequel on leur sacrifiait (e). On y remarquait aussi les autels des divinités souterraines , et le lieu par où
(a) Pausan. Corinth., p. 93. Altie., p. 24. — (b) Ibid., Heliac. 5, p. 166. — (c) Ibid., p. 73, 74.