‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelleChapitre 170 sur 240 · LIVRE INT, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE INT, CHAPITRE IV

Hercule et Bacchus , deux noms et deux formes du soleil, sortirent des enfers. Or, Thésée, ou son image, soit Ophiucus, soit l'Ingéniculus, placés aux limites d’automne , se lient aux divinités infernales et à la couronne boréale , ou à Proserpine, amante de Thésée et de Pluton , et dont les mystères se célébraient à Athènes où l’on honorait Thésée.

… Après avoir tracé le tableau des rapports qui lient la tradition de Trézène et celle d'Athènes, revenons à Thésée et à Égée , son père , roi d'Athènes (a).

Égée , n'ayant point d’enfans et souhaitant d’en avoir, alla pour cet effet consulter l’oracle du soleil ou d’Apollon. La réponse fut une défense de voir aucune femme , avant qu’il fût de retour à Athènes. Maïs, comme cette réponse n'était pas assez précise , Fgée, à son retour, passa par Trézène pour communiquer à Pithée l’oracle du Dieu dont voici les expressions : Grand prince, ne délie point le pied de l'outre ou du bouc, avant que tu sois de retour au milieu de ton peuple (b).

On ignore ce que Pithée se promit de cet oracle ; mais, ou par persuasion, ou par adresse, il fit coucher Égée avec sa fille Æthra. Égée, ayant découvert que c’était avec la fille de Pithée qu'il avait couché, et se doutant qu'elle était grosse , cacha sous une grande pierre une épée et des souliers : il fit part de ce secret à Æthra seule , et lui recommanda en la quittant que, si elle aceouchait d’un fils , et que ce fils, étant devenu homme, eùt la force de lever cette pierre et de prendre ce qu'il avait mis dessous , elle le lui envoyät avec ces signes de

(a) Strabo, 1. 9, p. 392. Pausan. Attic, p. 5, 37. — (Lb) Plut. vit. Thesci, p. 2. |

reconnaissance ;, le plus secrètement qu'il serait possible.

Æthra accoucha d’un fils, prés du port de Trézène, dans un lieu nommédepuis Genethlion [ 125 |: il futappelé Thésée. Plutarque donne diverses étymologies de ce nom. Si je pouvais hasarder ici quelques conjectures , je penserais que c’est le nom de Thasius, donné à Hercule adoré dans l'ile de Thase où les Phéniciens portèrent son culte.

Æïthra cacha long-temps la véritable origine de Fhésée avec beaucoup de soin, et Pithée fit courir le bruit qu'il était fils de Neptune que les Trézéniens adoraient. particulièrement. Dès que ce prince fut parvenu à l’âge d’adolescence , et qu'il'eut fait paraître qu'il joignait la force du corps, le courage et la grandeur d’ame à la prudence et à la fermeté, sa mère le mena près de la picrré. Après lui avoir découvert tout le mystère de sa naissance, elle lui ordonna de retirer le dépôt caché sous la pierre, et d'aller à Athènes retrouver son père. Thésée leva facilement la pierre [126]; mais il refusa de se rendré à Athènes par mer, quoique ce füt'le chemin le plus sûr, et que sa mèreet son aïeul l’en priassent avec les plus vives instances , parce qu'il y avait beaucoup de danger à aller par terre. Il n’y avait pas, en effet, de chemin qui ne füt rempli de voleurs. Ce siècle-là portait des hommes d’une taille prodigieuse et infatigables dans les plus grands travaux ; des hommes qui, en force et en vitesse , surpassaient tous les autres, et qui, abusantdes forces’ extraordinaires que la Nature leur avait accordées, exercaient toutes sortes de brigandages et de violences. Hercule , dans ses voyages, dit Plutarque, en avait déjà exterminé une grande partie, et les autres épouvantés se cachaient dans les cavernes. Le séjour de

Page 1