À L'HABITATION DU CAP NAIGRE
Lalloue Armand, Ecuyer, 58 ans ; femme E. Nicolas ; 5 enfants, ainé 24 ans. A LA RIVIERE AUX ROCHELOIS.
Poulet Guillaume, sa femme et un enfant.
Ces soixante et septfamilles ne font, en réalité, qu’une cinquantaine de souches (1), par le fait que Martin Blanchard, François Bourc, Jean Bourc, Bernard Bourc, Charles Bourgeois, Etienne
(1) Il y a trois coions, Pierre Lenoux, Pierre Melanson et Etienne Robichaud qui ont refusé de répondre ; et deux autres qui ne sont pas mariés, Mathieu Martin et Michel Poirié. Ce Michel Poirié est le premier ancêtre de la famille de ce nom. Nous le retrouvons, en 1686, à Beaubassin, marié à Marie Boudrot de laquelle il a six enfants. Le même recensement mentionne également un Pierre ro dit La Verdure, marié avec Marie Mius d’Antremont, et établi à la Baie
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Commeaux, Jacob Girrouard, Claude ‘Terriau, Bonaventure Terriau, Germain Terriau soit mariés et probablement nés dans la colonie ; et que les Doucet, les Gaudet, les Hébert, les Landry, les Martin, les Melançon ne forment probablement que six souches. Or voici les renseignements directs que nous retirons de’ce précieux document :
10. Que la presque totalité des familles acadiennes, en 1671, est établie et réside à Port Royal;
20. Que les femmes, les mères de familles, ne participent pas au mélange du sang indien, qu’elles sont nées en France, vu qu'il n’ÿ était pas venu dans la colonie de familles du nom d’Aucoin [?] (f' de Beau, de Bour {2}, de Brode, de Bugard, de Baïols [3], de Chebrat, de Colleson, d’Elie, de Gauthier, de Guyon, de Lambert de LeFranc, de LeJeune [2], de Lefebvre, de Lambelot, de Ma: , de Mercié, de Nicolas, de Pelletrat, de Vigneau ; et que l’âge de la presque totalité des autres ne leur permet pas d’être nées dans la colonie, vu qu’il porte la date de leur naissance avau: 1654,
Il est entendu que je ne parle ici que des premières familles, des souches. Le même raisonnement s'applique, in extenso, aux hommes de la première génération. Il faut nécessairement qu'ils soient venus directement de France, qu'ils y soient nés, et j'ajouterai, que la plupart d’entre eux fussent mariés avant de passer en Acadie. Est-il vraisemblable, en effet, que les chefs de famiile, pères et mères, mariés, en 1671, depuis vingt, viagt-cinq, trente-cinq ans, soient venus isolémentsur une terre aussi lointaine et aussi inconnue, les hommes pour y chercher des épouses, et les filles seules au milieu d’émigrants étrangers, matelots, soldats et colons, “courir la fortune d'une union légitime,” comme dit M. Moreau sur un autre stijet? (1).
Il a pu se faire que les gouverneurs du Canada envoyassent en France chercher des convois de filles pour les marier aux colons. Mais en Acadie lesconditions n'étaient pas les mêmes. Au Canada ces immigrations de femmes étaient presque toujours destinées aux soldats licenciés auxquels on avait octroyé des terres. Les colons de l’Acadie, hommes et femmes, étaient cultivateurs ; ils étaient venus ensemble chercher la fortune ou l’aisance, sur des terres qu'on leur représentait et qui effectivement étaient riches et faciles à la culture, pour là s'établir et établir après eux leurs enfants. Quant aux soldats de la garnison,les balles des fusils anglais n’en laissaient
(f) Le chiffre placé après les noms de famille, indique le nombre des femmes du même nom, mariées dans la colonie, (1) Moreau, p. 156.
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reste,corrobore cette opinion, la seule vraisemblable : les faits et les documents. Quoique l’Acadie soit rentrée sous la domination de la France en 1632, toutes les familles nommées au recensement n'y sont pas arrivées à cetle date, La compagnie ne les faisait passer qu’au fur et à mesure que les gouverneurs avaient des terres et des habitations à leur fournir, et des provisions pour lesnourrir. Razilly, le premier commandeur, en fit venir un grand nombre. Mais de 1636 à 1659, sous l'administration de d'Aunay, les documents portent à vingt, ou à peu près, le chiffre des nouvelles familles qui vinrent de France s'établir à Port Royal.
Quelques-unes de ces familles sont à leur deuxième génération dans le pays : M. Rameau en conclut qu’elles datent de l’établissement de Poutrigcourt. Cette conclusion, bonne au temps des patriarches, tombe ici en complet désaccord avec les faits. Selon M. Rameau, Jacob Bourgeois, Antoine Bourc, Pierre Commeaux, François Girrouard et Jean Terriau, font remonter aux compagnons de Poutrincourt, en 1606 ou 1610, la filiation de leurs petits-fils. Mais Jacob Bourgeois n’est âgé que de 50 ans ; l’année de sa naissance répond par conséquent à 1621, c’est-à-dire huit ans après la dispersion de la colonie de Poutrincourt par Argall. il en est de même de François Girrouard, également âgé de 50 ans. Antoine Bourec, dont l’âge est de 62 ans, est né en 1609, lorsqu'il n’y avait pas un colon français er Acadie ; tandis que Jean Terriau et Pierre Commeaux y seraient arrivés—sans être accompagnés de leurs mères—presqu’au berceau.
Ce qui a jeté la confusion dans le calcul de M. Rameau, c’est qu’il fait ces petits-enfants de la troisième génération dans le pays (1), tandis qu'ils n’y sont véritablement que de la deuxième : il faudrait autrement que les ayeux fussent nés en Acadie. Pour accorder ses chiffres avec les faits, Jean Terriau et Pierre Commeaux se seraient trouvés, l’un avec cinq ans et l’autre avec dix ans d’avance, pour naître en 1606 des compagnons de Poutrincourt, le premier étant âgé de 70 ans et le second de 75. Le fils aîné de Jean Terriau, Claude, est âgé de 35 ans; ce qui porte la date probable du mariage du père à 1634 ou 1635, pendant l’administration de Razilly. Cette démonstration toute seule nous fait voir que les familles acadiennes mentionnées au recensement de 1671, ne peuvent tirer leur origine des compagnons de Pou-
(1) ‘II est donc évident que plusieurs en sont déjà à leur deuxième et troisième génération dans le pays,—Rameau, p. 127.
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trincourt restés en Acadie avec Biencourt et LaTour,après la prise de Port Royal en 1613. C’est un appendice à la preuve que j'en ai déj\ faite plus haut.
La troisième irfcrmation que nous donne le même recensement, et la plus importante par rapport à la question qui nous occupe, c'est de mettre sous nos yeux le tableau rétrospectif des mariages des familles acadiennes, depuis leur première arrivée en Acadie, c’est-à-dire depuis 1632. Fendant toute cette période il n’a été contracté qu’un seul mariage entre les Acadiens et les squaws, celui de Pierre Martin à Anne Oxihnoroudh. Nous laissons à M- Rameau ‘* cette alliance ” pour le dédommager de toutes ses hypothèses perdues.