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fond des vaisseaux, peut-être dans les bois, peut-être, vendus en esclavage !
Peu-à-peu ils se hasardèr nt à sortir de leurs retraites, et se fixèrent vers le nord et l’est de la Nouvelle-Ecosse, Ils furent rejoints pendant quelques années par des déportés qui revénaient isolément, soit pour mourir sous le ciel qui les avait vus naître, soit dans l'espoir d'y retrouver, comme à un rendez-vous, quelque membre épars de leur famille.
Au Cap-Breton, le sort des habitants fut moins malheureux qu’à la Nouvelie-Ecosse. Ils furent, il est vrai, deux fois-expatriés, en 1745 et 1759 ; mais les Anglais alors usaient du droit de la victoire, et au lieu de détruire leurs prisonniers en les séparant dans leurs familles, et les dispersant ensuite à tous les vents, ils les débarquèrent, les habitants au moins (1), à la Rochelle, en France. Aux yeux des Anglais, Louisbourg et ses environs constituaient toute la partie habitée du Cap-Breton. Grâce à cette erreur, les quelques habitants disséminés le long des côtes, pècheurs pour la plupart, et apparemment originaires de la Bretagne, de la Normandie et de la Gascogne, ne furent pas molestés dans leurs humbles retraites. 115 sont devenus, avec un certain nombre d’Acadiens, principalement ceux qui habitaient près de la ligne du territoire français en 1755, et qui purentse sauver par la Baie-Verte ou par Chédsbouctou, la souche de la populatiou acadiennne que nous y trouvons aujourd’hui (2). Mais ni les uns ni les autres n'avaient jamais contracté d'alliance avec les sauvages qui étaient en tres-petit nombre au
(1) A la suite de la prise de Louisbourg, en 1758, les soldats au nombre de 5,637 furent transportés en Angleterre.—Haliburton, p. 206.
(2) M. Eameau croit qu'il vint au Cap-Breton un assez grand nombre d'émigrés de l'Ile St. Jean vers 1763, fuyant les Anglais. Je pense, au contraire, que ce nombre élait très limité ; d’abord parce que je ne reuouve pas parmi les habitants du Cap-Breton, aujourd'ui, ‘es noms des premiers colons de l'Ile St. Jean; ensuite, parcequ'en 1759,lors de la déportation des habitants de Louisbourg, le nombre de ceux qui restèrent dispersés sur les côtes s'élevait, d’après l'estimé de M. Rameau lui-même, ‘ à un milier d’âmes dont les deux tiers étaient originaires de l'Acadie,” et Haliburton dit qu'en 1772, quatorze ans plus tard, la population française du Cap-Breton était de 800 personnes à peu près. S'il etait venu un grand nombre d'Acadiens de l'Ile St Jean, en 1763-4, la popujation du Cap-Breton aurait augmenté d'autant; et même en admettant que le chiffre de ‘* un millier d’âmes” en 1758, donné par M. Rameau, soit trop élevé, et que celui de S00, en 1772, ne le soit pas assez, on ne saurait trouver place à l'installation d'un nombre considérable de nouveaux immigres venus duns l’irtervalle,
Dans l'un et l'autre cas, l'intégrité du sang, chez lès Acadiens qui résident aujourd'hui au Cap-Breton, est sauvegardee et prouvée, puisque les premiers colons de l'Ile St. Jean venaient de la Normandie, de Saintonge, de la Gascogne, du Bearn, de Bretagne, et que les habitants primitifs du Cap-Breton venaient de France également.
Cap-Breton et qui, aujourd’hui encore, n’y figurent que pour un chiffre très-insignifiant, et aucun de leurs descendants n’en a contracté depuis, à ce que je puis constater par les recherches que j'ai faites à ce sujet.
Ces quelques détails sur le: sort des déportés acadiens de 1755, nous font voir l'origine des groupes épars de leurs descendants que nous retrouvons aujourd’hui tant dans la vieille Acadie, qu’en diverses parties de l'Amérique et de l’Europe;et nous permettent de suivre la trace de leur lignée jusqu’à l’arrivée de leurs premiers ancêtres dans le pays.
Mais ici se présente une difficulté qui a coûté d'immenses recherches à M. Rameau: Ayant avancé l’assertion hardie ‘ qu'il est peu de familles acadiennes qui n'aient quelques gouttes de saug indien dans les veines,” et n'ayant plus, depuis 1686, de mariage mixte à enrégistrer, il lui fallait nécessairement rattacher, d’une manière directe, les Acadiens actuels aux prétendus métis dont Port-Royal, à cette date, était peuplé. C'est ce qu’il à entrepris de faire, malheureusement, avec un travail et une habileté dignes d’un meilleur sort. Ce résultat obtenu, ou plutôt s'imaginant avoir obtenu ce résultat, il ne lui restait plus en quelque sorte qu’à surveiller le travail, et la fusion s'opérait seule, comme par enchantement, En effet, le plus difficile était de faire descendre en droite ligne tous les Acadiens que nous trouvons aujourd'hui au N. Brunswick, à la N. Ecosse, au Cap-Breton, et à l'Ile Prinse-Edouard, des ancêtres de 1636 ; de 1686, il les fait sortir, par compression, des 47 familles primitives trouvées au recensement de 1671 ; et celles-ci, des compagnons de Poutrincourt en 1606. Commeilavait eu soin de multiplier les mariages avec les squaws en raison de la rareté des femmes européennes, et que les premières ne sont arrivées en Acadie qu'après 1632, les chefs de la race, ‘ les familles originaires ” avaient pris dans cette période de temps, de 1606 à 1671, cette dose de sang indien dont, malgré le système de dépuration religieusement suivi par leurs descendants, chacun des arrières-neveux conserve encore aujourd'hui une teinte légère.
C'était La Tour surtout et ses compagnons par qui cette fusion avait été opérée. Les documents de l'Histoire en mains, nous avons radicalement extirpé La Tour, ses compagnons et leurs prétendus enfants du grand arbre de la famille acadienne, et prouvé que l'implantation de cet arbre dans le pays ne remonte pas plus haut que 1632. D'autres documents vont faire voir l’inexactitude de cette nouvelle supposition de l’auteur de La France aux Colonies,
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cinquième erreur dans laquelle il est tombé en voulant soutenir jusqu’au bout ure hypothèse insoutenable.
“ En compulsant, dit-il, et en comparant les recensements, ‘ nous sommes arrivés à acquérir la preuve à peu près rigou- ‘“ reuse que les quatre cinquièmes (des Acadiens) sortent des qua- # rante-sept familles primitives que nous signale le premier re- “ censement de 1671” (1).—Au renvoi, pages 152 à 154, il commente longuement cette assertion qu’il termine par ces mots: [1 nous parait donc évident que plus des trois quarts de la po- “ pulation acadisnne proviennent de 47 familles (souches) de ‘ 1671, qui, formant alors 400 personnes, se trouvent en avoir pro- “ duit aujourd’hui (1850) près de 80,000... Sans la déperdition ‘“ éprouvée dans les proscriptions de 1755 et de 1763, nous trouve- “ rions peut-être que les 47 familles de 1671 auraient donné le ‘“ jour à une véritable petite nation de 130 à 140,000 âmes.”
La première énonciation ne rattachait que les Acadiens du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et de l'Ile du Prince- Edouard, aux métis de 1671; celle-ci, et M. Rameau ne pouvait pas l’éviter, y rattache sans restriction tous ceux qui descendent des Acadiens. Voilà donc qu'aux Antilles, en France, dans l'Amérique du Sud, aux Etats-Unis et surtout au Canada, il se trouve une partie de la population qui a ‘ quelques gouttes de sang indien dans les veines.” Remarquons l’empiétement de la conclusion sur les prémisses. C’est d’abord ‘“ les quatre cinquièmes” des Acadiens, soit 65,000 sur 80,000, qui proviennent des 47 familles primitives, ensuite plus des trois quarts; mais dans la récapitulation ce sont tous les descendants des Acadiens, à l'étranger et au pays, 30 à 140,000 qui en proviennent. Je veux bien que ceci soit passé inintentionnellement sous la plume de l’auteur. Voyons les faits.
Nousconnaissons, par l'extrait que j'ai donné du recensement de 1671 (2), les noms des familles acadiennes dans le pays à cette date. Au recensement de 1686, je trouve, à Port Royal même, vingt-trois nouveaux chefs de familles venus de France dans l'intervalle, un Arsenault, Bastarache, Barillot, Benoit, Jeanne Rousselière, veuve de Chatillon dit Godin, Deforest, Douaron, Fardel, Garault, Guillaume, Godin, Henry, Joan, LaPerrière, Larivière (décédé), veuve M. Brun, Le Borgne (seigneur da lieu), Leuron, Lort, Mius D'Autremont (épouse décédée), Margery, Prince, Pré-
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(1) Rameau, p. 94.
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jean, Tourangeau. Au Cap-Sable il y a deux Mius, mariés à deux filles de LaTour par sa seconde femme ;
Aux Mines.—Martin Aucoin, âgé de 35 ans, LaBoue, LaPierre, Pinet, Rivet ;
À la Rivière St, Jean.—Deux Damours mariés à deux Guignon, un autre Damours, Martignon;
A Passamaquoddy.—Aubin, Desorcis;
À Megaïs.—Dubreuil et quelques domestiques, Martel;
A Beaubassin—Cottard, Cochu, LaBarre, LeNeuf et cinq domestiques ; Léger, Gabriel, Larché, Lagassé (fille) et Pertins; Lavallée, Lagassé, Mercier, Miraude, Mignault.
Il y a encore à Mirligquaiche, un Laverdure ; à Port-la-Hève, un Prévost, Petit-Violon, Vesin, Michel, deux Lejeune ; à l’Ile-Percée, un Lépine, LeGascon, Boissel et Lamothe; et quelques familles à Pentagoët.
Tous ces noms sont étrangers au recensement de 1671, et forment, par conséquent, autant de souches nouvelles. Sur 143 familles établies à Port Port, aux Mines et à Beaubassin, en 4686, 103 sortent de celles de 1671, et 40 sont d'importation postérieure. Dans les autres établissements, nous trouvons encore une vingtaine de noms nouveaux, ce qui fait en tout une soixantaine de familles arrivées depuis 1671 ; soit, cinquante souches à opposer aux quarante-sept souches primitives. En voilà déjà assez pour secouer jusqu'à sa base la charpente de M. Rameau, même en supposant qu'il ne soit pas veuu d'émigrés nouveaux après 1686.
Mais si, à ces soixante famiiles, vous joignez celles qui sont venues de 1686 à 1710, pendant que l’Acadie appartenait encore à la France (1); si vous admettez que la population du Cap-Breton descend, pour la moité à peu près, des Français et le reste des Acadiens, vous arriverez inévitablement à la conclusion que les Acadiens d'aujourd'hui ne descendent pas, ni en entier, ni pour les quatre-cinquièmes, ni même pour les trois-quarts des ‘“ 47 souches” de 1671. Ajoutez à cela, celles d’entre les familles-souches de 1671, qui ont été déportées en France en 1710, celles qui se sont éteintes ou qui ont disparu de manière ou d'autre du sol acadien, et celles qui ne sont pas revenues de l'exil après 1755, et la proportion du sang des 47 familles primitives se trouvera en-
{l) Je ne puis préciser, par moi-même, n'ayant pas eu l'avantage de me procurer le recensement de 1709, le nombre des tamilles érnigrees en Acadie pendant ces 24 ans. M. Rameau en mentionne 19, Ce nombre me semble limité vu le chiffre des immigrations antérieures, mais je veux m'en tenir au calcul de M. Rameau,
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core affaiblie d'autant chez les Acadiens actuels. (1). Je ne fais pas mention non plus de l’Ile Prince-Edouard dont les premiers colons venaient directement de France ; douze familles sur quatorze en 1620, et 29 sur 60 en 16928, étaient françaises, lies autres acadiennes.
Pour avoir une plus juste idée de la proportion dans laquelle les 47 familles-souches de 1671 entrent dans la procéation de la race acadienne actuellement existante, j'ai fait un petit relevé des familles que nous trouvons aujourd’hui au N.-Brunswick, à la Nouvelle-Ecosse, au Cap-Breton et à l'Ile Prince-Edouard. Je n'ai pas la prétention de croire ce relevé complet, n'ayant pu par moimême visiter village par village ces trois contrées, mais tel que je le donne, il est amplement suffisant pour faire rabattre immensement M. Rameau dans ses conclusions. Les noms de familles que j'indique sont des noms étrangers aux 47 noms de 1671 (voir page …………). S'ils sont en grand nombre, j'ajoute après le nom du village où ils résident un petit astérisque (*), et s’ils sont très nombreux j'en ajoute deux (**)
Amirault, Metaghan, N. E. (2), New-Edimburgh N.E. Pubnico** N.E, Saulnierville * N; E, Weaver Settlement N.E,, St. Basile N.B.
Aubé, Metaghan, Saulnierville, N. E.
Aubie, Petit Rocher * Madisco, N.B.
Arseneaull, Alexandria, Ellerslie, Mud1y Creek, Skinners Pond, St, Félix, Tignish &e, l'Ile P, E.; Shediac, Poquemouche, Madisco, Négaouac (Haut), Petit Rocher, Poguemonche (Bas\, Eel River, Dalhousie *, Shocpish, Ardouane, CapPélé, Barachois, Grandique, Bouctouche, Tracadie *, St. Louis dans le N.B.; Menoudie, N. E.
Allard (Canadien), Pictou, N.E.; Madisco, N.B,
Allain, Bouctouche *, Neguonac* (Haut), Kajibougouette, Dalhousie, Shocpish, N. B.
Avary, Poulamond, Descouse au Cap-Breton. (3).
(1) I y a un assez grand nombre d’entre ces familles de 167! que nous ne retrouvons plus aujourd’hui en Acadie, (N.-Ecosse, N.-Brunswick, l'Ile Prince Edouard etCap-Breton) ou seulement en très-petit nombre. Tels sont les Courpon, Aacoin, Belou, Bertrand, Dupeux, Gougeon, Guillebaut, Grangé, Joffriau, Lanoue ou Lanaux, Labathe, Scavoye, etc. Or ces familles sont au nombre des 47 souches.
(2) N. E. signifle Nouvelle-Ecosse, N, B. Nouveau-Brunswick, 1. P. E. Ile Prince Edouard et GC. B. Cap-Breton.
(3) [l peut m’arriver quelque fois de placer dans la Nouvelle-Ecosse des villages situés au Cap-Breton. Ceci provint de ce que le Cap-Breton formant aujourd'hui une partie de la Nouvelle.Ecosce, la plupart écrivent N. E. au lieu de