‹ Origine des Acadiens [microforme]Chapitre 26 sur 28 · REA · texte numérisé non relu

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s4 ORÎGINE DES ACADIENS.

de 1671, plusieurs tirent leur origine d'émigrés du même nom, arrivés après cette date dans le pays, comme nous pouvons nous en convaincre assez facilement, vous aurez devant vous le fait qu’un dixième séulementdes familles françaises que nous trouvons dans la Nouvelle-Ecosse, le Cap-Breton, l'Ile Prince Edouard, le Nouveau-Brunswick,descendent des 47 familles de 1671, etque les neuf-dixièmes sont d'immigration postérieure. Dans ce calcul je maintiens le chiffre de 380 familles nouvelles, car les noms marqués d’un signe interrogatif [?]}, ceux sur la nationalité desquels je ne suis pas certain, sont certainement moins nombreux que les noms de famille qui ne sont pas venus à ma connaissance, etque, par conséquent, je n’ai pas fait entrer dans la liste ; c'est sur l’Ile Prince Edouard et le Cap-Breton que mes renseignements sont le moins complets.

Voilà comment s'écroule la cinquième hypothèse de M. Rameau, devenue nécessaire pour soutenir jusqu’au bout la malencontreuse opinion que les Acadiens ont du sang sauvage. Ce dernier coup achève d’effondrer jusqu’à la base de son argumentation. Supposé même que les Acadiens de 1671 eussent été cousins, gendres et beaux-frères de tous les Souriquois de la péninsule, cette consanguinité partie de si loin, deux siècles et plus, ne suffirait pas pour laisser du sang indier dans les veines des "rançais de l’Acadie, les neuf-dixièmes à peu près d’entre eux pre ’enant d’une autre origine ; et malgré les fréquentes alliances que les familles, à cause de leur petit nombre, ont vontractées les unes avec les autres, je ne crois pas m'éioigner de la vérité en disant que près de la moitié de celles qui résident aujourd’hui en Acadie, ne se rattachent point ou se rattachent d’une manière infiniment faible, aux ancêtres de 1671.

Mais au lieu d’une race de métis, l'Acadie, en 1671, était peuplée de Français pur sang, comme il a été démontré ; sur 67 chefs de familles, un seul, Pierre Martin (1) était marié avec une fille du pays, et ce Pierre Martin, selon toute les apparences, a émigré ou a été déporté en 1710; de sorte que non-seulement les familles qui ne descendent pasdes 47 souches de 1671, mais celles mêmes qui en

‘proviennent, sont essentiellementexemptes de tout alliage avec les

indiens, de toute fusion avec eux. Voilà la conclusion finale de la longue dissertation qu’il m’a fallu faire pour réduire à néant une

enchaimement d’hypothèses habilement recouvert de faits et de.

chiffres, et qui, par cela même, semblait plus sûre et plus inattaquable. Us ñ

(1) de ferai remarquer de nouveau que sur quatre Martin établis à: Port Royak eu 167), celui-ci seul était marié avee une sauvagesse, ,

. Avec les mêmes pièces qui ont servi à cet éclaircissement, il me serait facile de démontrer, à présent, que la race acadienne non. seulement est exempte de. tout mélange avec les sauvages, mais qu’elle est de toutes les races blanches qui habitent aujourd'hui le continent américan, celle dont l'intégrité du sang a été peut-être le mieux conservée sous tous les rapports. Ce qu’il y a aujourd’hui d’Acadiens dans la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick et l'Ile Prince-Edouard est essentiellement Français ; il n’entre pas dans leur sang non-seulement de Micmac, mais d'aucune autre nationalité qui n'est pas française. Vous trouverez à peine quelques mariages avec les Anglais et les Irlandais. C’est d'une manière à peu près analogue que j'ai été amenée, sans sortir du tracé de mon étude, à prouver plus haut, en réfutant l’assertion que les mêmes ancêtres de l’Acadie étaient des demi-brigands aux ‘habitudes flibustières, ” qu'ils étaient, au contraire, des colons ‘‘ choisis avec soin ”, expression que plus d’une race de ce Continent ne pourrait pas appliquer avec la même exactitude à leurs ancêtres.

Il n’est pas besoin d’ajouter que depuis 1755, les Acadiens n’ont pasinauguré avec les sauvages un système de mariages réci. proques dérogatoires aux mœurs des ancêtres. J’ai fait à ce sujet de nombreuses recherches, d'autres ont travaillé avec moi en collaboration, notamment les messieurs du Collége St. Joseph de Memramcook, et le résultat combiné de nos recherches est de n'avoir pas un seul mariage à enregistrer avec les naturels du pays. Il ne pouvait pas en être autrement. Les Micmacs, qui étaient en si petit nombre en 1710, ne se sont pas relevés depuis. Ils ne comp tent pas, dans tout le Nouveau-Brunswick, 1500 âmes ; encore le plus grand nombre est-il dans le comté Northumberland près de la

. frontière canadienne. Dans la Nonvelle.Etosse et le Cap-Breton

réunis, ils n’atteignent pas 1700 Ames ; et à l’île Prince Edouard leur nombre est insignifiant. Ils ne sont plus, au reste, ces amis si dévoués des Acadiens, ni ces harangueurs impitov:kies d'autre fois ; la conquête en a fait des hommes sombres et taciturnes ; ils ont cédé, comme toutes les autres races du continent, le sol aux européens, et le flambeau ‘de la civilisation n’a pas lui pour eux. Sur une pointe de terre, près d'un rivage poissonneux, aux bords d’une forêt plantée de frènes ou d’érables, ils dressent leurs cabanes enfumées dans lesquelles ils passent de longs mois à faire tabagie, et quand l’aiguillon de la faim commence à se faire sentir, les hommés vont sur le marché vendre les paniers de frêne, les casseaux ouvrages de poils de porc-épic, les pan'sufles ornées de perles et autres objets de luxe, que les femmes confectionnent avec une

rare dextétité. De leurs anciennés qualités il ne leur reste guère qu'un goût prononcé pour la chasse, et ün attachement inébranlable à la religion de leurs anciens amis.

Les Acadiens, de leur côté, n'ont pu reprendre dans leur patrie la

position qu’ils occupaient autrefois. Les meilleurs terrains, les plus riches marais, et ce sont les terres et les marais que leurs ayeux cultivaiént, il y a cent ans passés aux Mines, à Beaubassin, à Beauséjour, à Tintamarre, appartiennent aujourd'hui à une race étrangère. Pour eux ils sont établis en partie le long des côtes où ils vivent de pêche lorsque le sol se refuse à la culture, et au milieu de forêts transformées aujourd’hui en villages où règne la tranquillité et l’aisance. Ils forment partout où ils se trouvent de petits groupes distincts, séparés des autres nationalités, ayant leurs mœurs et leurs coutumes à part. La religion catholique est la seule qu’ils professent, et la langue française la seule qu'ils parlent. Leur nombre au Nouveau Brunswick est de 45,000, à la Nouvelle- Ecosse de 22,000, de 12,000 au Cap-Breton et de 16,000 à peu près à l'Ile du Prince Edouard.

Il ne sera peut-être pas sans utilité, pour le géographe et l’historien, que nous indiquons les lieux où ils sont principalement établis. Au Nouve&u-Brunswick, le groupe le plus important des Acadiens est sur les côtes du Golfe St. Laurent, depuis le Cap- Pelé (près de la Baié-Verte) jusqu’au fond de la Baie-des-Chaleurs. Dans le comté Westmoreland ils sont environ 10,000, dont 3,800 dans la paroisse de Memramcook, 700 à 800 à Peticodiac et le reste au Cap-Pélé, Barachois, Shediac et la rivière Gédaïque. Dans le comté Kent, où ils forment la majorité de la population, ils sont près de 11,000, dont près de 3,000 dans la paroisse de Grandigue 1,612 à Cocague, 2,400 à Bouctouche {haut et bas) et 3,400 à

Richibouctou, Ardouane.et St, Louis. En remontant vers la Baie.

des-Chaleurs, le comté suivant, Northumberland, ne renferme que 1,400. Acadiens. établis surtout à Horwicke, à Miramichi et. à Alrwick. Ils comptent pour les deux tiers des habitants, 13,000, dans le comté Gloucester, à l'entrée de la Baie des Chaleurs; la côte est entièrement occupée par eux, et les paroisses de Caraquette, Tracadie, Poquemouche, Shipaghan, exclusivement açadiennes, sont les plus riches du Comté., C'est dans Gloucester que se trouve l'ancienne habitation du seigneur Enaud, Népissiguit ou Nepissigny, aujourd’hui Bathurst. Le comté Restigouche, au fond de la Baie-des-Chaleurs, ne renferme que 1200 Acadiens, vivant de pêche pour la plupart. Le célèbre Cap-Percé apparent À ce comté.

liens, rtient

1Ly a encore dans l’intérieur du Nouveau-Brunswick, à Mada- Waska, un noyau très-considérable d'Acadiens. Dans le comté Vic. totia ils sont au-delà de 7,000,établis principalement dans les belles paroisses de St. François; Madawaska, St. Basile, St. Léonard, et Grand-Sault. Dans les autres comtés, ils sont en très petit nombre, 300 environ dans St. Jean, 220 dans Charlotte, 500 dans King's, 140 dans Queen's, 200 dans Sunbury, 450 dans Carleton, 80 dans Albert ét 630 dans York. Tous les anciens établissements français sur la rivière St. Jean, Frédericton, le fort de Laïl'our, etc., sont occupés exclusivément par les Anglais; les Acadiens dépossédès de ces villages sa sont retirés au centre des montagnes du Madawaska où nous retrouvons leurs descendants.

Les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse sont établis principalement vers l'Ouest de la Péninsule. Dans le comté Digby ils sont au nombre de 6,600 répandus tout le long du rivage, à la Baie Ste. Marie, Wevmouth, Belliveau-Cove, Rivières-aux-Saumons, Tousquet et principalement à Metaghan et à Clare. Dans Yarmouth, au sud du comté précédent, ils sont près de 5,000 ; les villages où ils sont en plus grand nombre sont, Yarmouth, Pubnico, Argyle, Chebogue, Plymouth et surtout Tousquet. C’est dans le comté Sheldurhe, au sud de Yarmouth et de toute la Nouvelle-Ecosse, que LaTour avait ses deux forts; c’est là qu’ii avait laissé entre les bras des Souriquoises, ses compagnons aidant, toute une petite génération de Métis, desquels les historiens veulent faire descendre la race acadienne. Ce lieu mémorable que M. Moreau consacre à vénération filiale des Acadiens, est aujourd'hui en la puissance des Anglais. Dans ce comté il n’y a que 120 habitants d'origine française, dont pas un seul ne réside au Cap-Sable. Doüblant la péninsule et remontant vers Halifax, nous trouvons le comté Queen’s où il n'y a que 160 Acadiens; le comté Lunemburg où il y en a 1700, établis à Mahone-Bay, New-Germany et Mill-Cove, et le comté Halifax qui en renferme près de 3,000, résidant principalement à Pointe-Noire, au Vällage-Français, à Hagget’s-Cove, au hâvre Mousquodoboit et surtout à Chezettcook. Dans le comté Guysborough, à l'Est de la Nouvelle-Ecosse, sur le passage de Canseau, les Acadiens sont au nombre de 1200 établis pour la plupart au Hâvre-à-la-Mélasse. Tournant vers le nord, dans le comté Antigonish, nous trouvons près de 3,000 Acadiens, établis en grande partie à Hâvre-à:Boucher, le reste à Tracadie et à St, André. Dans le comté Pictou, ils ne sont qu'au nombre de 240; et 900, environ, dans Cumberland, dont 700 à la rivière Hébert. Cumberland est le comté limitrophe du Nouveau-Brunswick. Le Bassin-des-Mines est entouré de trois ee Col-

chester, Hants et Kings. Les Acadiens, dans Hants,ne comptent que 200 âmes, 80 dans Colchester, et 300 dans Xings.. Pendant que les riches marais, les terres fertiles que cultivaient leurs: pères, sont en là possession: des anglais, ils sont dissiminés, eux, dans toute l'étendue des trois comtés, par petits groupes de trois, cinq, dix familles, comme pour surveiller le travail des détenteurs du beau patrimoine qui leur appartient, et qu’ils ne recouvreront jamais! Le comté Annapolis est également entre les mains des Anglais. Nul accent français n’a été entendu sur les bords de Port-Royal, depuis le grand drame de 1755. Le sol qui.a bu tant de fois le sang généreux des défenseurs de l’Acadie, n’a été engraissé que pour le profit des étrangers; 1200 Anglais, 2,000 Irlandais, 1400 Ecossais, 1100 Allemands, 900 Hollandais et 700 Africains, trouvent aujourd’hui une existence aisée, là où 180 enfants de l'Acadie disputent leur subsistance aux rochers atides et aux rivages dépeuplés de poissons.

Au Cap-Breton, les Acadiens sont particulièrement pêcheurs et caboteurs ; vers le sud, cependant, où les terres sont plus fertiles, ils vivent d'agriculture. C’est dans le comté Richmond qu'est leur groupe le plus populeux et le plus important. Ils jouissent d’une bonne aisance et comptent pour près de la moitié de la population totale du comté, soit, 7,500 âmes ainsi reparties: 2,200 à Arichat, 1800 à Petit-de-Grat, 1,250 à l’Escousse, 600 à la Rivière Bourgeois, 1200 à l’Ardoise, le reste à St. Pierre et à ‘“ River Inhabitants.” Dans le comté Cap-Breton, à l’est de l'Ile, leur nombre est d'environ 1200, établis à Sydney, aux Mines Sydney, à la Baie-de-l’Est, aux Mines Lingan, à*Balls-Bridge et à Hawley’s Ferry. Ils comptent pour une bien faible partie de la. population du comté Victoria, habité presqu'exclusivement par des immigrés écossais; mais au nord-ouest de l'Ile, dans le comté Inverness, les Acadiens sont assez nombreux, et ont une importance considérable. C'est à Chéticamp que se trouve leur noyau principal, 1800 âmes environ ; à ce nombre aïoutez 800 à 900, à Margarie, 250 aux Fourches et vous aurez la somme totale de leur population dans le comté, 2,9C0 à 3,000.

Il m’a été. impossible d'obtenir le chiffre exact de la population acadienne, de l'Ile Prince-Edouard ; en mentionnant 16,000 je ne crois pas cependant avoir été au-dessus du maximum. Leurs principaux ablissements sont, à l’ouest de l’Ile : Tignish, Miscouche, St. Jacques, Mont-Carmel ; à l’est, Sowris et Rustico. Ce dernier village est un des plus florissants, avec Tignish, non seulement de l'Ile, mais de toute l’Acadie, Ici, comme à la Nouvelle-Ecosse, les meilleurs terrains sont entre les mains des Anglais et des Ecossais

se

qui, les ont enlevés, tout défrichés, des Acadiens. Traqués de tous côtés, dépossédés de leurs biens à mesure qu'ils parvenaient à en acquérir à force de travail et d'industrie, ils n'étaient laissés en repos que lorsqu'ils pouvaient cacher leur existence. à leurs persécuteurs, ou lorsqu'ils choisissaient pour refuge des terrains ingrats et arides, et des rochers déserts. Toute la partie Est de l'Ile Prince Edouard, à l'exception de Souris et de Rustico, là où autrefois ils avaient des établissements flarissants, même Port- Lajoie (aujourd’hui Charlotte-Town) leur ont été enlevés, et euxriêmes ont été déportés... Dieu sait où. Un jour pourtant, il de-

| | mandera, ce juge équitable, aux autorités britanniques ce qu'ils ont fait,en 1763,de 8,000 colons paisibles etinnocents,qui habitaient ) l'Ile. Les Acadiens, qui ont perdu tout espoir du côté de l’Angle- ) terre et de la France, qui ont pardonné à leurs persécuteurs, se sont ; 1 4 habitués, depuis plus d’un siècle, à n’attendre de consolation et de rétribution que du côté d’en haut, de monte unde veniet auæilium. t Voilà tout ce qui reste de ces Acadiens, devant lesquels, autre- : fois, plus d'un bataillon ennemi a trouvé le salut dans la fuite ; 4 qui ont balancé longtemps la fortune de leurs puissants voisins, | les Anglo-Américains. Les premiers ancêtres étaient venus avec 8 l'espoir de fonder en Amérique une vaste puissance qui serait un “ jour l'héritage de leurs descendants, et les descendants, malgré À des efforts surhumains pour conserver cet héritage, sont aujour- ET “’hui comme des étrangers, sur le sol qui a bu le sang de leurs $ LS pères. Au lieu de la gloire et de la dotnination, ïls ont trouvé la pe misère, la persécution, la mort. En 1755, ils étaient 18,000 à la a Nouvelle-Ecosse, au Nouveau-Bruswick, au Cap-Breton et à l’Tle po Prinee-Edouard; neuf ans plus tard on n’en aurait pas trouvé 7,000, 4 , en comprenant ceux qui étaient revenus de l'exil! Cependant ils re comptent aujourd’hui pour près de 100,090 âmes dans ces mêmes un limites. Que sont devenus les descendants des autres dix :à douze ; mille ?

F Nous avons suivi, en exil, les cinq convois de prisonniers enle- 4 | vés à la Nouvelle-Ecosse, en 1755. Ils étaient au-delà de six mille \é, [7 personnes. Sur ce nombre, 600 à 700, peut-être plus, restèrent à la: Nouvelle-Angleterre, dans les environs de New-York, dans ae l'état du Maine et surtout à la Louisiane ; les autres furent disperes sés, comme nous l’avons vu, en France, à l'Ile Corse, aux Antilles, A à la Guyane, etc.

sa Sur les douze autres mille, près de 8,000 ont disparu de l’Ile St. ge Jean, vers 1763,.sans que nous sachions ce qu’ils sont devenus, pe M. Rameau et Haliburton pensent qu’un certain nombre d’entre 1e eux échappèrent aux recherches des Anglais et se refugièrent vers De:

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