AO: ORIGINE DES ACADIENS
le nord-ouest du Cap-Breton. Ils seraient les ancêtres des Acadiens du comté Inverness, ceux de Chéticamp, de Marguerie, etc. Je ne serais pas éloigné de croire que les Acadiens des lles Madeleine et : des côtes du Labrador, descendissent également de cesmatheureux. Le reste des Acadiens de 1755, sont ceux que nous svons vus disséminés à Beauséjour, Memramcook, Petit-Codiac, Gédaïque, Bouctouche, jusqu'à Miramichi. Dans l'hiver 1756-7, il en périt plusieurs centaines, de misère et de faim, à cette dernière place. {1 est difficile de se former une idée précise des Acadiens qui moururent prématurément, des suites de l'expatriation de 1755 ; il est certain toutefois que le nombre en est très considérable. Sinous ajoutons aux 6,000 déportés de la Nouvelle-Ecosse, aux 8,000, ou à peu près, enlevés à l’Île St. Jean, ceux qui sont restés au Nouveau-Brunswick, depuis Memramcook jusqu’à Miramichi, et 1500 | personnes au moins qui se refugièrent au Canada, nous artive- “ xons au chiffre de 18,000, total de la population acadienne en 1755. Ainsi les 100,000 Acadiens que nous trouvons aujourd'hui au Nouveau-Brunswick, à la Nouvelle-Ecosse, au Cap-Breton et à l'Ile Prince-Edouard, ne forment que la mineure partio des des- ‘cendants de 18,000 habitants de 1755, supposé qu'ils se soient tous développés dans une proportion égale. Mais quelque désavantageuse qu'’ait été leur condition en Acadie depuis la grande expatriation, ils s’y son’ accrus d’une manière bien plus considérable que leurs frères déportés à l'étranger. Combien d'entre ces derniers, én effet, dans leurs longues et pénibles pérégrinations, ont péri de privation, de misère et de faim, soit dans les cales des navires anglais, soit au milieu des forêts inconnues, soit à la porte des villes américaines ? Combien d’autres ont usé le reste de leur misérable existence à la recherche des membres dispersés de leur famille ? Dans ces conditions le développement était impossible; et quand ils ont pu enfin, après des annéës de tortures morales et de privations physiques que Dieu seul connait, trouver the au soleil un coin de terre pour s’y fixer, soit en Europe, soit dans + la Méditerrannée, soit à l'Amérique du Sud, soit à la Nouvelle- Mas 2 Angleterre ou dans quelques îles de l'Atlantique, ils se sont ren- + contrés souvent dans des conjonctures où, pour un grand nombre, l'espoir et le droit de laisser des enfants de leur race était interdit, des mnaris séparés de leurs épouses ou des enfants de la même famille réfugiés dans un même établissement. Ensuite ils se sont mêlés plus ou moins aux habitants des lieux où ils ont été jetés ; de sorte qu’il est impossible aujourd’hui, de parvenir à une con- Le n'âissañce exacte ni même approximative du nombre de ane des- 4 *Céndatts dans les diverses parties du globe.
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ORIGINE DES ACADIENS,. 10r
Cependant l'on trouve encore à la Louisiane, au Canton de la Fourche, vingt lieues au Nord de la Nouvelle-Orléans, un groupe assez considérable d'Acadiens (1). À Samnt-DonINGUE également,dans la petite ville de Bombardapolis; en France dans la paroisse d’Archigny (arrondissement de Chatellerault) et à Belle-Isle en Mer ; dans le Maine, Etats-Unis, vis-à-vis du comté Victoria ; aux iles Sarnr-PIBARE et MiqueLon ; aux iles MapEeLeines; sur les côtes du LABRADOR; à TERRe-NEUVE, et au CaNapa, dans la paroisse de l’Acadie, de Saint- Jacques et surtout dans le comté Bonaventure, ils se sont moins qu'ailleurs, mêlés aux habitants originaires, et l’on pourrait obtenir la somme approximative de leurs descendants. Dans les autres paroisses du Canada, où ils sont disséminés en assez grand nombre, à la Guyane, à l’Ile-Corse, aux autres endroits de la France, des Etats-Unis et des Antilles, ils n'ont pus conservé leur identité, et leurs traditions, faiblement,
Aiïdé des recherches lahorieuses de M. Rameau, j'ai pu obteuir à un résultat assez exact de la “pulation des Acadiens établis autour du Golfe Saint-Laurent.
Au Labrador, sur vne population de 1,900 Français, les Acadiens compteut pour plus des deux tiers, pour la presque totalité ;
Dans le comté Bonaventure (Canada) sur 10,000 Français, plus de 6,000 descendent des Acadiens ;
Aux îles Madeleine ils sont près de 4,000 ;
Et M. Rameau, en 1855, évaluait la population acadienne des îles Saint-Pierre et Miquelon et de l'ile Terre-Neuve réunies, à 3,000 âmes.
Ces descendants des 18,000 Acadiens de 1755, aujourd'hui au nombre de 115 à 120 mille âmes, proviennent de pure descendance française ; ils sont tous aussi exempts de mélange dans leur sang, que leurs pères ne l’étaient en 1755, excepté quelques habitants de Paspébiac, comté Bonaventure, Canada, qui, parait-il, ont du sang sauvage.
C’est Monseigneur Plessis qui nous l'apprend. ‘Les premiers habi- ‘ tants de Paspébiac (étaient-ils acadiens?) s'étant, dit-il, alliés à des ‘ sauvagesses, toute là colonie formée par leurs descendants a ‘ une portion de sang sauvage, ce qui met entre eux et les autres “habitants de la Baie-des-Chaleurs une différence capitale. Ceux “du bas de la paroisse de Caraquet partigent cette ignominie ; “ les étrangers, les Acadiens surtout, se croiraient déshonorés.en s'al- “ liant à ces descendants de sauvages, et ne les regardent qu'avec
(t) Thibodeauville, chef-lieu de la Pointe-Coupée, a été fondé par un Acadien nommé Thibodeau. Voir, Vue du Mississipi, p.51. Duvallon, Editeur,
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mépris (1). Le fait isolé, loin d’invalider l’affirmation générale, telle que démontrée, que le sa1g acadien est essentiellement français, sins aucun alliage ni mélange, la corrobore au contraire, en nous montrant jusqu'à quel point ces mésa!liances sont contraires à leurs habitudes et répudient à leurs mœurs: s’allier à une famille qui a une portion de sang sauvage, est à leurs yeux uné ignominie (2).
XII[.—pE 1604 À 1632.
Où L’ON VoIT QU'IL VAUT MIEUX QUELQUES FOIS PERDRE SA CAUSE QUE LA GAGNER.
Ayant démontré, ainsi que nous l'avons fait au chapitre VIH que la filiation des familles acadiennes ne remonte pas plus haut que 1632, au temps de Razilly, il ne restait plus qu’à vérifier le nombre des mariages contractés depuis cette date, entre les sauvages et les Acadiens, et leur influence sur ces derniers jusqu’à nos jours. C’est ce qui a été l’objet de notre étude dans les chapitres suivants. Pourquoi, en effet, nous serions-nous arrêtés à déterrer les mariages mixtes dont M. Rameau remplit la première partie de l’histoire de l’Acadie, de 1606 à 1613 ? Les enfants provenus de ces unions étant passés en France ou ailleurs avec leurs pères, en 1607, en 1613 ct en 1614, ou étant demeurés dans la tribu avec leurs parents maternels, nous n’avions pas à nous occuper:de leur nombre ni de leur influence, attendu qu’ils ne se sont jamais mêlés aux ancêtres des Acadiens. Ensuite, le calcul de M. Rameau étant prouvé faux. et inexact dans la filiation qu'il avait établie, M. Moreau, l'Abbé Maurault et M. Sulte, perdaient la seule autorité sur laquelle ils s’appuyaient: leur
(1) Mission de 1811, par Mgr. Plessis, p. 129.
(2) Une opinion reçue parmi les Acadiens leur a fait croire longtemps qu’un sauvage ne pouvait être admis dans les ordres ecclésiastiques, considérant une espèce de sacrilège qu'une personne de cette condition fût reçue dans un ordre non-seulement le plus sacré, mais le plus digne et le plus haut à leurs yeux. Ce qui montre à quel point d’infériorité ils tiennent les Micmacs et les Souriquois. J'ai entendu moi-même des Acadiens, pères de femilles, discuter très vivement la question, savoir si un Français, dans le cas qu'il eût du sang sauvage, pourrait être fait prêtre ; jugez à présent si les Acadiens seraient disposés à recevoir dans leur famille, un gendre ou une belle-fille hujus farinæ ; si les filles se sentent d’inclination à embrasser, sous une cabane enfumée,la vie à deux avecun vigoureux Micmac, et si un jeune homme serait fier de conduire à l'autel ‘une sauvagesse aux pommettes dorées ! F
opinion, séparée de celle de M. Rameau, n'avait plus de poids que pour tomber.
Mais cette même discontinuité qui sauvait la race acadienne de l'inoculation. du saig micmac, par un effet bizarre des circonstances, ne détournait des veines acadiennes le flot envahisseur que pour en'infuséer celles des Uanadiens.
En effet, après la prise de Port Royal par Argall, en 1613, un assez bon nombre des colons acadiens parvinrent au travers des bois ‘à gagner Québec dont Champlain venait de jeter les fondements (1). A cette date reculée, Québec. était moins important et moins populeux que Port Royal. Ainsi les compagnons de Poutrincourt, auxquels il suffisait de rattacher la descendance des Acadiens pour que la presque totalité de ceux-ct eussent encore, après plus de deux siècles de dépuration, quelques gouttes de sang indien dans les veines, deviennent effectivement les premiers ancêtres de la colonie canadienne. Et à moins qu'il ne soit démontré positivement que la supposition de M. Rameau est inoxacte jusqu'au bout; que les colons acadiens n'ont pas épousé de Souriquoises de 1606 à 1613—et remarquez que M. Rameau multiplie ses unions avec les squaws en raison de la rareté des femmes européennes, c’est-à-dire dans les commencements de la colonie—les rôles sont changés, et les ‘‘ gouttes de sang indien ” passent fatalement dans les veines d’un peuple ami, avec la différence pourtant qu’elles se trouvent un peu ciarifiées.
Pour obtenir cette preuve, l’auteur de la conférence sur le # Canada en Europe” serait contraint d'agrandir considérablement le format de sa brochure, et qui pis est, de désavouer tristement, étant lui-même sur la défensive, son ancien appui, M. Rameau. Il ne pourrait alléguer le fait que les colons ont laissé derrière eux leurs tendres moitiés ; ils avaient pour guides et compagnons jusqu’à Québec, les Souriquois même, et à cette époque les femmes étaient d’une trempe à ne pas abandonner des maris beaux et bien faits, pour la bagatelle de marcher à leurs côtés jusqu’à Québec. Au reste M. Rameau n'hésite pas à les associer aux péri-
grinations et aux misères de leurs époux ‘‘ aux habitudes flibustières,” jusqu'au retour de l’Acadie sous la domination française, en 1632, pour les mêler alors aux nouveaux colons.
Avec la permission de M. Sulte (2), et pour la satisfaction
(1) Moreau, p. 98 et Haliburton, p. 38, etc.
(2) J'avois transmis à M. Sr'te l'épreuve de cet article, afin qu'il put d'avance “commencer sa réfutation s’il ugeait À propos de le faire. En répouse, j'ai reçu cette fêttre que je donne aux lecteurs, en retranchant quelques passages qui me «sont personnels.
4, Je vous remercie d’avoir fait comprendre à vos lecteurs que l'opinion émise
d'âvoir rétabli sous son vrai jour un point d'histoire dont on faisait. le premier échelon d’ure série d’inexactitudes, je mettrai volon-tiers sous les yeux du lecteur un exposé succinct de la véritable conduite morale des premiers fondateurs de Port Royal, et de leurs relations avec les Souriquois. De transformations en transformations, on parviendra à en faire des hommes continents, comme on a réussi à en faire des colons honnêtes, de brigands qu'ils étaient, selon l’auteur de la France aux Colonies.
Faisons d’abord une distinction: Les enfants nés du commerce des premiers Français avec les Souriquoises étaient-ils le fruit d'unions furtives, un peu à la manière de celles des Canadiens du Nord-Ouest avec les filles des Cris et des Pieds-Noirs, ou bien le fruit de mariages légitimes et bénis par l’Eglise ?
Je réponds tout d’abord aux deux questions par la négative. Ces unions n’ont pas été iliégitimes. Nous en avons les preuves morales les plus fortes et les plus convainquantes. Ni les gouverneurs de Port Royal, ni les missionnaires, ni les Souriquois euxmêmes, n'eussent toléré ce scandale. Le premier but de la colonisation, je l'ai dit plus haut et je le répète, était la conversion desindigènes au christianisme. Persuadé que l'exemple est plus fort que la parole, le gouvernement français prenait toutes les mesures nécessaires pour que colons et gouverneurs fussent choisis avec sain et eussent toujours à leurs côtés de zélés missionnaires qui travaillassent à répandre au milieu des Indiens la lumière de l'Evangile, tout en veillant sur la conduite de la colonie. Avec De Monts, en 1604, nous voyons le Père Aubry; avec Poutrincourt, en 1640, le Père Jessé de Fleuchey, qui ne retourne en France que deux ans après la prise de Port Royal par Argall (1); en 161 les Pères Jésuites, Biard et Massé ; en 1612, le Père Gilbert du Thet, tué à la prise de St. Sauveur l’année suivante. Nous trouvons encore le: Père Lallemant et le Père Quantin,avec La Saussaye,à St. Sauveur,.
‘“ par moi est celle de la généralité des personnes qui étudient ou lisent l'histoire: “ de l’Acadie ou du Canada. Si je ne me trompe, nul avant vous n’a élevé même P ‘un doute au sujet du mélange de sang que l'on prête aux Acadiens. Vous avez ne “ tout-à-fait bien agi en protestant les armes à la main, contre une croyance “ qui menaçait de devenir irréfutable, attendu que plus le temps s'écoule plus le
" « passé réel nous échappe; bientôt, il n’en restera ee ce que les écrivains en ‘“ auront dit, et s'ils se sont trompés!.. Vous serez lu en Canada; en Acadie et ‘“ aux Etats-Unis, mais cela est insuffisant parcé que les auteurs dont vous re-- « futez les assertions habitent la France, ou y ont vécu. C’est en France surtout « qu'il faut envoyer votre brochure, et puisse-t-elle là-bas comme ici détruire ‘ l'opinion que l’on s'était formée touchant la race que vous représentez encore «“ seul aujcurd’'hui dans la littérature canadienne..."
(1) Moreau, p. 52. Je crois néanmoins que M. Moreau fait ici une erreur, Le P. J. de Fleuchey passa en France le 17 juin 1612. Péut-être retourna-t-il en. Acadie. | Si
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en:1618. Peut-on supposer que tant de missionnaires, Récollets et Jésuites, qui avaient déjà, en 1607, opéré la conversion du grand Sagamos Membertou et de presque toute sa tribu, n'aient pas d’abord. surveillé les actions des Français, dont le libertiiage eut rendu inutiles tous leurs travaux apostoliques ? N’en auraient-ils. pas porté plaintes à leurs supérieurs, à la Cour de France, eux qui étaient plus que les pères spirituels de la colonie, les associés. mêmes des gouverneurs ?
Les moindres détails de ce qui se passe en Acadie ne sont pas omis dans leurs Relations : tout y est rapporté. Le Père Biarden fait un livre capable le contenir les faits et gestes d’Alexandrele-Grand. Dans ce livre il n’épargne pas plus les missionnaires d’un autre ordre que le sien, que les gouverneurs eux-mêmes, sûrtout Biencourt avec qui il était en brouille ouverte. 11 morigène le Père Aubry de sa précipitation à baptiser les Souriquois, se plaint de la mauvaise foi du fils de Poutrincourt et des Associés mêmes ; et il n'aurait pas mentionné un fait qui eut inévitablement valu aux Associés la révocation de leurs privilèges ?
À défaut de missionnaires, le caractère et la conduite de Pou- :incourt seraient une garantie suffisante cour convaincre tout homme de bonne foi, de la stricte continence des premiers colons français avec les Souriquoises. Poutrincourt, aux vertus et à la sévérité duquel tous indistinctement rendent témoignage, qui employait son fils à traduire pour les missionnaires leurs prières et leurs instructions aux sauvages, qui lui-même leur ensei-"ait les chants et les hymnes de l'Eglise, Poutrincourt n'eut jamais permis que ses hommes se fussent livrés au dévergondage avec les indigènes à la conversion desquels il épuisait sa fortune et consumait sa vie. el
Et Lescarbot, l'ami et compagnon de Poutrincourt, qui avait laissé au Palais sa charge d'avocat ‘ pour fuir un monde corrompu,” que nous trouvons à Port Royal,malgré sesidées frisant le jansénisme, l'Ev-ngile à la main, prèchant la parole de Disu à ses compagnons avec une ardeur toute apostolique, aurait-il passé sous silence un fait qui lui eut permis de mettre en relief sa prédication et de trouver du louche sur celle des Jésuites ? Pendant les qui :: mois qu'il resta en Acadie, il trouva matière à former trois volumes! Si les Français eussent mené, avec les filles des. Souriquois, la vie que suppose M. Rameau, quelle occasion pour lui de dérouler son érudition! Il eut trouvé dans les secrètes unions des Acadiens et des Souriquoises, maints rapprochements savants à faire avec maints peuples de l'antiquité; nous, eut détaillé l’histoire des castes chez les Hindouset les Egyptiens ; fous
eut raconté toutes les particularités du premier mariage à Rome
eûtreiun patricien et une plébéienne ; puis, après nous avoir mon-'
tré l'effet du croisement des races chez certains animaux, du gréf: fage sur les plantes, il nous eut persuadés en grec et en latin, que dans le libidinage des colons français et des indiennes, il y avait une hérésie, parce qu'en hébreu, dans le mot femme et le mot homme, le mot Dieu est compris, at que, si l’on retranche les deux lettres qui font ce nom de Dieu, il y demeurera deux mots qui signifient feu et feu (1). Au lieu de trois volumes, nous en aurions cinq.
Les indigènes eux-mêmes, que le Père Biard (2?) nous montre, à l'arrivée des Français en Acadie, faisant ‘ une guerre implacable ” aux pêcheurs, parce qu'un Basque leur avait fait un ‘ méchant rapt”’, auraient-ils laissé des étrangers, des envahisseurs, suborner impunément leurs filles ou leurs femmes, eux pour qui l’adultère, comme pour les Hébreux, était puuissable de mort ?
Rien de plus édifiant que ce que nous racontent les mission-
.naires sur les mœurs des sauvages de l’Acadie. Dans un voyage de six semaines que j'ai fait chez les Armouchiquoÿg, écrit le Père Thury, cité par Mgr. Plessis, ‘ j'ai vu qu'on ne disait ni ne faisait rien de trop libre, même dans le parler ” (3). Le respect du frère pour la sœur était poussé jusqu’au ridicule (4). Or ies relations des Français avec eux ne les ont jamais fait départir de ces extellents principes. Nous avons mille preuves du contraire. Monseigneur Plessis, dans la relation de son voyage aux Provinces Maritimes, en 1812, est plein d’admiration pour les bonnes mœurs des Abénaquis et des Kanibas. ‘La continence, dit-il, est en vénération chez eux” (5).
Loin de leur avoir donné scandale sous le rapport des bonnes mœurs, la conduite des Français était pour eux un sujet d'édification, et la sévérité des gouverneurs leur inspirait la plus grande confiance. Dans un voyage qu'il fit chez les Armouchiquois {Abénaquis), Poutrincourt reçut les plaintes des sauvages contre un jeune Français, Robert Gravé,dont nous avons parlé plus haut, qui entretenait une sauvagesse. Le coupable fut arrêté et condamné à mort. Les suppliques du Père Biard ne désarmaient pas le gouverneur inflexible, ‘“ Mon Père, disait-il, laissez-moi faire 4 ma charge ; je la fais bien et espère aller aussi bien en paradis
(1) Lescarbot, vol. III,
(2) Relations du P. Biard p. 33...
(3) Mission de 1812, p. 47.
(4) Voir Dierville, p. 166.
(5) Mission en 1811-19, pp. 434.
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“avec mon épée que vous avec vôtre bréviaire” Lescarbot ajoute qu’en céla Poutrincourt suivait les instructions de De Monts, son prédécesseur, l'avertissant, ‘ de prendre garde à ce que de tels “abus ne se commissent pas au-delà des mers.” Le P. Biard n'obtint la vie du jeune délinquant qu'après beaucoup de prières. Poutrincourt savait, par la “ guerre implacable ” faite aux Basques, que les sauvages n'entendaient pas qu’on se jouât de leurs filles, ni de leurs femmes.
Ces exemples et ces témoignages, que je pourrais multiplier |‘), sont pour nous des preuves aussi convainquantes que les Français n'ont pas entretenu de commerce illicite avec les Souriquoises, que ne le seraient tous les recensements du monde.
Il est encore plus facile de démontrer que les Français n'ont pas épousé de sauvagesses pendant cette période de temps, qu'il ne l'a été de prouver qu'ils n’en ont pas entretenues illicitement. Ce fait relèverait immédiatement des missionnaires, et certainement les Révérends Pères Jésuites n'auraient pas manqué d’en faire mention.
Lescarbot et le Père Biard, qui tous deux relatent volumineusement les plus minutieux incidents de la vie des colons français, qui écrivent, entre autres détails, non-seulement le nombre des indiens baptisés, leurs noms, mais les noms mêmes des parrains et marraines, auraient-ils omis de mentionner un fait aussi important qu'eut été le premier mariage célébré en Acadie ? surtout quand l’un des contractants aurait été gravement accompagné de harangueurs Micmacs? Evidemment non.
Et d’un autre côté, quel colon français eut voulu avouer une épouse dont les ancêtres portaient des ‘ matachias ” aux oreilles, et sur la tête “une couronne de poils d’ellans peints en rouge, collés à une bande de cui large de trois doigts ” (2), tuer pendant six mois des cariboux et des castors pour en faire hommage à un beau-père cuivré (3), eux qui dédaignaient de s'asseoir à table avec tout autre que les chefs, et encore avec ceux-ci pour raison politique ?
(tj: Nous ne nous sommes pas dégradés ainsi que: Villegagnon au Brésil.” Lescarbot, p.556.
(2) Lescarbot, vol. 3. p. 710. Ù
(3): Ces cérémonies préliminaires étaient de rigueur chez les Micmacs comme la, publication des bans chez les Français; personne n’en eut été exempt, pas même Biencourt. ‘“ Un certain Sagamos ayant entendu Poutrincourt dire que “le Roi était jeune et & marier, peut-être, dit-il, pourrâi-je lui donner ma fille “ pour femme; mais il faudrait que le roi lui fit de grands présents, savoir quatre “où cinq barriques de pain, trois de pois ou de fèves, une de peteux, quatre ou “ cinq de chapsaux de 100 svls, avec, quelques arcs, flèches, harpons etc.”— Leltre du Père Biard, datée 11 Juën 1611. FER
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11 demeure donc clairement établi qu’il n'y eut aucun mariage contracté entre les Français et les sauvages, depuis leur pre. mière arrivée en Acadie; en 1603-4, jusqu’à la conquète. du même
pays par Argall, en 1613 (1). Ainsi les Français qui retournèrent sous leur ciel natal en 1607, en 1613 et en 1614, et ceux qui tra-: versèrent au Canada à cette dernière date, n'emmenaient pas avec:
eux d'épouses du pays des Souriquois, et ne laissaient pas ‘apres eux de Jeunes métis.