‹ Origine des Acadiens [microforme]Chapitre 4 sur 28 · RAC US LU OA · texte numérisé non relu

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Le gouvernement français n’épargnait rien pour entretenir toujours au milieu de ces tribus des missionnaires nombreux et zélés qui, tout en travaillant aux intérêts de la religion, devaient en faire autant d’alliées en cas de guérre. Son attente ne fut pas vaine : les Indiens sauvèrent maintes fois la colonie et retardèrent de beaucoup d’années la domination anglaise en Acadie. Aussi la haine des Anglo-Américains contre les missionnaires eatholiques, fut-lle poussée jusqu’au délire. Une peine de mort leur défendait de passer la frontière, leur tête était à prix. Quelquefois, pour s’en débarrasser quand même, ils envoyaient des pelotons d'hommes surprendre et massacrer un missionnaire au milieu des sauvages de l'Acadie. Que gagnaient:ils à ces actes de vandalisme? De rendre les Abénaquis plus intraitables encore, Montés, alors au paroxisme de la fureur, ils ne s’arrêtaient que lorsqu'ils avaient porté le deuil et la désolation jusqu’au cœur des colonies américaines, que des villages entiers avaient été saccagés, que des flots de sang avaient coulé. Dans les expéditions, ils avaient toujours des Français pour les commander ; de là leur admiration pour ceux-ci.

Les chroniqueurs puritains se vengeaient de tant de massacres,-en répétant parmi leurs compatriotes que les Jésuites enseignaient aux sauvages ‘ que-Jésus Christ avait été crucifié par les Anglais’ Un autre écrivait: ‘“ Le Jésuite n’a pas porté la civilisation à l’Indien, il n’a fait qu’adopter sa vie de sauvage; ni l’Evangile, il a seulement supplanté le potwwow. La nouvelle superstition ne valait pas mieux que l’ancien diabolisme ; il n’a pas pré- ‘ ché l'Evangile, il l’a dégradé à quelques manipulations. (1).”

Il faut constater pourtant que plusieurs écrivains américains ont". rendu justice au zèle, au désintéressement du missionnaire fran: çais. Hildreth, entre autres, dit qu'en la Nouvelle-France, il ÿ' avait un grand nombre de missionnaires (dozens of missionari)" non moins zélés qu’Elliott et bien plus charitables et habiles. /2).

FEAT UT) . , WU ES Un autre américain cité par Garneau (3) ajoute : ‘ Le zèle “religieux des Français avait porté la croix sur les bords. “ du Sault Ste. Marie et sur les confins du Lac Supérieur, cinq ans. | “avant qu'Elliott, de la Nouvelle-Angleterre, eut seulement. ; “ adressé une parole aux Indiens qui étaient à six milles du havre. “ de Boston.” Get Elliott était le chef-d'œuvre de l’aposlolät. anglican dans la Nouvelle-Angleterre. Pendant vingt à trente ans.

(1) Maine Hist. Society, vol. V. p. 175-6, à (2) Hildreth, vol. pe 85. Lee 14e est et [1 (3) Garneau, p. 230.

il consuma sa vie à la conversion de tant de pauvres Ames; et j'ai lu dans quelqu'histoire, qu'après cinq ans de zèle, il avait opéré une conversion !

En Acadie, au contraire, tous les sauvages étaient catholiques. Longtemps après que la Hève eut été abandonnée (1), des pêcheurs français furens étonnés d'y trouver des Souriquois pratiquant encore scrupuleusement leurs devoirs religieux, chantant les hymnes de l'Eglise et récitant leurs prières qu'ils accompagnaient toujours du signe de la croix. La croix était en véneration particulière auprès des Souriquois et des Abénaquis ; ils la portaient sur eux, ils en décoraient leurs cabanes et même les proues de leurs pirogues.

Quand une bourgade avait eu le malheur de perdre son missionnaire, ou de le voir massacrer par les ennemis, les chefs se rendaient à travers monts et déserts jusqu'à Québec, supplier l'Evêque de leur en envoyer un autre. Si les Anglais avaient en même temps brûlé leur chapelle, etqu'ils fussent trop pauvres pour en bâtir une nouvelle, ils allaient à l'église des Acadiens, qui leur était toujours ouverte, mêler leur prière à celle de leurs amis; et ces voix qui avaient chanté ensemble les louauges du inême Dieu, devenaient formidables quand elles entonnaient l'hymne de la guerre. Ils aimaient à répéter ce fait en toutes circonstances, mais surtout aux Anglais dans les harangues publiques, Le colonel Schuyler croyait un jour les avoir détachés, au moyen de promesses et de présents, de leurs alliés, les Acadiens; c'est-à-dire, s'être assuré leur neutralité—les Anglais n'ayant jamais osé espérer davantage. Mais Le chef lui repartit tranquillement : ‘Grand “ capitaine, tu nous dis de ne pas nous joindre au Français, sup- ‘“ posé que tu lui déclares la guerre. Sache que le Français est “ mon frère (en J.C.) Nous avons une méme prière lui et moi ; et

“ nous sommes sous une cabane à deux feux. Si je te vois entrer,

‘“ dans la cabane du côté du feu où est assis mon frère le Français, je observe de dessus ma natte où je suis assis à l’autre feu. Si “ en t'observant, je m'aperçois que tu portes une hache, j'aurai la ‘“ pensée: que veut faire l'Anglais de cette hache ? Je me lève ‘“ alors sur ma natte pour considérer ce qu'il fait. S'il lève la “ hache pour frapper mon frère le Français, je prends la misnne ‘ et je cours à l'Anglais pour le frapper. Est-ce que je pourrais “ voir frapper mon frère et demeurer en repos ? Non, non. Ainsi ‘ jette dis, Grand capitaine, ne fais rien à mon frère, et je ne te ‘ ferai rien ; demeure tranquille sur ta natte, et je demeurai tran-

(1) La Hève fut abandonnée en 1636-7.

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