‹ Origine des plantes cultivées; (volume 2)Chapitre 12 sur 372 · BOTANIQUE · texte numérisé non relu

BOTANIQUE

en effet, qu'en consultant les flores, les ouvrages sur l'ensemble des espèces ou les herbiers, on doit pouvoir la résoudre aisément dans chaque cas particulier. Malheureusement, c'est, au contraire, une question qui exige des connaissances spéciales de botanique, surtout de géographie botanique, et une appréciation des botanistes et des collecteurs d'échantillons basée sur une longue expérience. Les savants occupés d'histoire ou d'interprétation d'écrivains de l'antiquité s'exposent à faire de grandes erreurs lorsqu'ils se contentent des premiers témoignages venus dans un livre de botanique. D'un autre côté, les voyageurs qui récoltent des plantes pour les herbiers ne font pas toujours assez d'attention aux localités et aux circonstances dans lesquelles ils trouvent les espèces. Souvent ils négligent de noter ce qu'ils ont remarqué à cet égard. On sait cependant qu'une plante peut venir d'individus cultivés dans le voisinage; que les oiseaux, les vents, etc., peuvent en avoir transporté les graines à de grandes distances, et qu'elles arrivent quelquefois par le lest des vaisseaux ou mêlées avec des marchandises. Ces cas se présentent pour des espèces ordinaires, à plus forte raison pour les plantes cultivées qui sont abondantes autour de l'homme. Il faut, chez un collecteur ou voyageur, de bonnes habitudes d'observation pour estimer jusqu'à quel point un végétal est issu de pieds sauvages, appartenant à la flore du pays, ou d'une autre origine. Quand la plante croît près des habitations, sur des murailles, dans des décombres, au bord des routes, etc., c'est une raison pour se défier.

11 peut aussi arriver qu'une espèce se répande hors des cultures, même loin des localités suspectes, et n'ait cependant qu'une durée éphémère, parce qu'elle ne supporte pas, à la longue, les conditions du climat ou la lutte avec les plantes in^ \ digènes. C'est ce qu'on appelle en botanique une espèce adventive. Elle paraît et disparait, preuve qu'elle n'est pas originaire du pays. Les exemples abondent dans chaque flore. Lorsqu'ils deviennent plus nombreux qu'à l'ordinaire, le public en est frappé. Ainsi les troupes amenées brusquement d'Algérie en France, en 4870, avaient répandu, par les fourrages et autrement, une foule d'espèces africaines ou méridionales qui ont excité l'étonnement, mais dont il n'est pas resté de trace après deux ou trois hivers.

Il y a des collecteurs et des auteurs de flores très attentifs à signaler ces faits. -Grâce à mes relations personnelles et à Tem-

Sloi fréquent des herbiers et des livres de botanique, je me atte de les connaître. Je citerai donc volontiers leur témoignage dans les cas douteux. Pour quelques pays et quelques espèces, je me suis adressé directement à ces estimables naturalistes. J'ai fait appel à leurs souvenirs, à leurs notes, à leurs herbiers, et, d'après ce qu'ils ont bien voulu me répondre, j'ai pu ajouter des documents inédits à ceux qu'on trouve dans les ouvrages pu-.

bliés. Je dois de sincères remerciements pour des informations de ce genre que j'ai reçues de M. G. B. Glarkesurles plantes deTInde, de M. Boissier sur celles d'Orient, de M. Sagot sur les espèces de la Guyane française, de M. Gosson sur celles d'Algérie, de MM. Decaisne et Bretschneider sur les plantes de Chine, de M. Pancic sur des céréales de Servie, de MM. Bentham et Baker sur des échantillons de l'herbier de Kew, enfin de M. Edouard André sur des plantes d'Amérique. Ge zélé voyageur a bien voulu me prêter des échantillons très intéressants d'espèces cultivées dans l'Amérique méridionale, qu'il a recueillis avec toutes les apparences de végétaux indigènes.

Une question plus difficile, qu'on ne peut pas résoudre sur le terrain, est de savoir si une espèce bien spontanée, ayant toutes les apparences des espèces indigènes, existe dans le pays depuis un temps très reculé ou s'y est introduite à une époque plus ou moins ancienne.

Il y a, en eCTet, des espèces naturalisées^ c'est-à-dire qui s'introduisent parmi les anciennes plantes de la flore et s'y maintiennent, quoique d'origine étrangère, au point que la simple observation ne permet plus de les distinguer et qu'il faut pour cela des renseignements historiques ou des considérations de pure botanique ou géographie botanique. Dans un sens très général, en tenant compte des temps prolongés dont la science pst obligée de s'occuper, presque toutes les espèces, surtout dans les régions hors des tropiques, ont été naturalisées une fois, c'està-dire qu'elles ont passé d'une région à une autre, par l'eCTet de circonstances géographiques et physiques. Lorsque j'ai émis l'idée, en 1855, que des conditions antérieures à notre époque ont déterminé la plupart des faits de la distribution actuelle des végétaux, — c'était l'expression de plusieurs des articles et la conclusion de mes deux volumes sur la géographie botanique *, — on a été quelque peu surpris. La paléontologie venait bien de conduire, par des vues générales, un savant allemand, le D' Unger, à des idées analogues 2, et, avant lui, Edouard Forbes avait émis, pour quelques espèces du midi des îles britanniques, l'hypothèse d'une ancienne contiguïté avec l'Espagne '. Mais, la preuve donnée, pour l'ensemble des espèces actuelles, de l'impossibiUté d'expliquer leurs habitations au moyen des conditions qui existent depuis quelques milUers d'années, a produit plus d'impression, parce qu'elle était davantage dans le domaine des botanistes et qu'elle ne concernait pas quelques plantes, d'un seul pays. L'hypothèse proposée par Forbes, devenue dès lors

1. Alph. de Caodolle, Géographie botanique raisonnée, chap. X, p. 1055 ; chap. XI, XIX, XXVII.

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