‹ Origine des plantes cultivées; (volume 2)Chapitre 13 sur 372 · BOTANIQUE · texte numérisé non relu

BOTANIQUE

un fait général et certain, est à présent un des lieux communs de la science. Tout ce qu'on écrit sur la géographie botanique ou zoologique s'appuie sur cette base, qui n'est plus contestée.

Elle offre, dans les applications à chaque pays ou chaque espèce, de nombreuses difficultés, car, une cause étant une fois reconnue, il n'est pas toujours aisé de savoir comment elle a agi dans chaque cas particulier. Heureusement, en ce qui concerne les plantes cultivées, les questions qui se présentent n'exigent pas de remonter à des temps très anciens, ni surtout à des dates qu'on ne peut préciser en nombre d'années ou de siècles. Sans doute la plupart des formes spécifiques actuelles remontent à un temps plus reculé que la grande extension des glaciers dans l'hémisphère boréeu, phénomène qui a duré bien des milliers d'années si l'on en juge par l'énormité des dépôts que les glaces ont enlevés et transportés ; mais les cultures ont commencé depuis ces événements et même, dans beaucoup de cas, depuis une époque historique. Nous n'avons guère à nous occuper de ce qui a précédé. Les espèces cultivées peuvent avoir changé de pays avant leur culture, ou, dans un temps plus long, avoir changé de forme, cela rentre dans les questions générales de tous les ^tres organisés ; notre travail demande seulement que chaque espèce soit examinée depuis qu'on la cultive, ou dans les temps qui ont précédé immédiatement sa culture. C'est une grande simplification.

La question d'ancienneté, ainsi limitée, peut être abordée au moyen des renseignements historiques ou autres, dont je parierai tout à l'heure, et par les principes de la géographie botanique.

Je rappellerai ceux-ci sommairement, pour montrer de quelle manière ils aident à découvrir l'origine géographique d'une plante.

Chaque espèce présente ordinairement une habitation continue ou à peu près. Cependant quelquefois elle est disjointe^ c'est-àdire que les individus qui la composent sont divisés entre des régions éloignées. Ces cas, très intéressants pour l'histoire du règne végétal et des surfaces terrestres du globe, sont loin de former la majorité. Par conséquent, lorsqu'une espèce cultivée se trouve à l'état sauvage, très abondamment en Europe , et moins abondamment aux Etats-Unis, il est probable que, mal- , gré son apparence indigène en Amérique, elle s'y est natura- / iisée, à la suite de quelque transport accidentel. f

Les genres du règne végétal, bien que formés ordinairement de plusieurs espèces, son tsouvent limités à telle ou telle région. 11 en résulte que plus un genre compte d'espèces toutes de la même grande division du globe, plus il est probable qu'une des espèces en apparence originaire d'une autre partie du monde y a été transportée et s'y est naturalisée, par exemple, en s'échappant des cultures. Cela est vrai surtout dans les genres qui habi-

tent les pays tropicaux, parce qu'ils sont plus souvent limités à l'ancien ou au nouveau monde.

La géographie botanique apprend quelles flores ont en commun des genres et même des espèces, malgré un certain éloignement, et quelles, au contraire, sont très difi'érentes, malgré des analogies de climat ou une distance assez faible. Elle fait connaître aussi quels sont les espèces, genres et familles ayant des habitations vastes et quels autres ont une extension ou aire moyenne restreinte. Ces données aident beaucoup à déterminer l'origine probable d'une espèce. Les plantes qui se naturalisent se répandent rapidement. J'en ai cité jadis * des exemples, d'après ce qui s'est passé depuis deux siècles, et des faits semblables ont continué d'être observés d'année en année. On connaît la rapidité de l'invasion récente de VAnacharis Alsinastrum dans les eaux douces d'Europe, et celle de beaucoup de plantes européennes à la Nouvelle-Zélande, en Australie, en Califormie, etc., signalée dans plusieurs flores ou voyages modernes.

L'extrême abondance d'une espèce n'est pas une preuve d'ancienneté. V Agave americana, si commun dans la région méditerranéenne, quoique venu d'Amérique, et notre Cardon, qui couvre maintenant d'immenses étendues des pampas de la Plata, en sont des exemples remarquables. Le plus souvent, l'invasion d'une espèce marche rapidement, et au contraire l'extinction est le résultat d'une lutte de plusieurs siècles contre des circonstances défavorables ^.

La désignation la plus convenable à adopter pour des espèces ou, dans un langage plus scientifique, pour des formes voisines, est un problème qui se présente souvent en histoire naturelle, et dans la catégorie des espèces cultivées plus que dans les autres. Ces plantes changent par la culture. L'homme s'empare des formes nouvelles qui lui conviennent et les propage par des moyens artificiels, tels que les boutures, la grefî'e, le choix des graines, etc. Evidemment, pour connaître l'origine d'une de ces espèces, il faut éliminer le plus possible les formes qui semblent artificielles et concentrer son attention sur les autres. Une réflexion bien sinaple doit guider dans ce choix : c'est qu'une espèce cultivée offre des diversités principalement dans les parties pour lesquelles on la cultive. Les autres peuvent rester sans modifications, ou avec des modifications légères, dont le cultivateur ne tient pas compte, parce qu'elles lui sont inutiles. Il faut donc s'attendre à ce qu'un arbre fruitier primitif et sauvage ait de petits fruits, de saveur médiocrement agréable; à ce qu'une céréale ait de petites graines, la pomme de terre sauvage de petits tubercules, le tabac indigène des feuilles étroites, etc., etc., sans aller cependant jusque s'imaginer qu'une espèce aurait pris

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