VIGNE
<ie l'Inde anglaise * l'ayant indiquée comme « probablement native d'origine », j'ai dû faire de nouvelles recherches.
Quoique l'Asie méridionale ait été bien explorée depuis trente ^ns, on ne cite aucune localité dans laquelle le Gombo serait ■spontané ou quasi spontané. Il n'y a même pas d'indice d'une •culture ancienne en Asie. C'est donc entre l'Afrique et l'Ame-, jrique qu'il faut hésiter.
La plante a été vue spontanée aux Antilles par un bon obser- ■vateur *, mais je ne découvre aucune assertion semblable venant cl'un autre botaniste, soit pour les îles, soit pour le continent américain. Le plus ancien auteur sur la Jamaïque, Sloane ', n'avait vu l'espèce qu'à l'état de culture. Marcgraf * l'avait observée dans les plantations du Brésil, et comme il mentionne lin nom du Congo et d'Angola, Quillobo^ dont les Portugais avaient fait Quingombo, l'origine africaine se trouve par cela même indiquée.
MM. Schweinfurth et Ascherson ^ ont vu la plante spontanée <ians la région du Nil, en Nubie, Kordofan, Sennaar, Abyssinie «t dans le Bahr-el-Abiad, où on la cultive, il est vrai. D'autres voyageurs sont mentionnés pour des échantillons recueillis en Afrique ®, mais on ne dit pas si les plantes étaient cultivées ou spontanées et loin des habitations. Nous serions toujours dans ie cioute si MM. Fliickiger et Hanbury ^ n'avaient fait une découve r-te bibiïographique qui tranche la question. Les Arabes appelle rxt le Gombo Baynyah ou Bâmiat, et Abul-Abbas-Elnabati, qui ^vaiit visité l'Egypte bien avant la découverte de l'Amérique, en- 1^*6, a décrit très clairement le Gombo, cultivé alors par les ^Syp tiens.
Alalgré Torigine, certainement africaine, il ne semble pas que l'espèce ait été cultivée dans la basse Egypte avant l'époque de ^ comination arabe. On n'en a pas trouvé de preuve dans les «monuments anciens, quoique Rosellini ait cru reconnaître la plante dans une ligure, qui en est bien différente, selon Unger ^. L'existence d'un seul nom dans les langues modernes de l'Inde, d*a.près Piddington , appuie l'idée d'une propagation vers ^'^rient depuis l'ère chrétienne.
Vî§^e. — Vitis vlnifera^ Linné.
La. vigne croit spontanément dans l'Asie occidentale tempérée,
^* ^lora ofbritish Indta, 1, p. 343.
^* 'I requin, Observationes^ 3, p. 11.
y Sloane, Jamaica^ 1, p. 223.
^- ^larcgraf, Hist. plant., p. 32, avec figures.
^' Scihweinfurth et Ascherson, Aufzàhlunq, p. 265, sous le nom d'Abel-
^. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 207.
]• B'iùckiger et Hanbury, Drogues., trad. franc., 1, p. 182. La description .est a^ns Eon Baithar, trad. de Soudtheimer, 1, p. 118. ^' XJnger, Die Pflanz^n ffes alten .lilgyptens, p. 50.
l'Europe méridionale, l'Algérie et le Maroc *. C'est surtout dans le Pont, en Arménie^ au midi du Caucase et de la mer Caspienne, qu'elle présente l'aspect d'une liane sauvage, qui s'élève sur de grands arbres et donne beaucoup de fruits, sans taille ni culture. On mentionne sa végétation vigoureuse dans l'ancienne Bactriane, le Caboul, le Cachemir et même dans le Badakchan, situé au no^*d de l'Indou-Kousch *. Naturellement, on se demande là, comme ailleurs, si les pieds que l'on rencontre ne viennent pas de graines transportées des plantations par lesoiseaux. Je remarque cependant que les botanistes les plusdignes de confiance, ceux qui ont le plus parcouru les provinces transcaucasiennes de la Russie, n'hésitent pas sur la spontanéité et l'indigénat de l'espèce dans cette région. C'est en s' éloignant vers l'Inde et l'Arabie, l'Europe et l'Afrique septentrionale qu'on trouve le plus souvent dans les flores l'expression que la vigne est « subspontanée », peut-être sauvage, ou devenue sauvage (verwildert, selon le terme expressif des Allemands).
La dissémination par les oiseaux a dû commencer de très bonne heure, dès que les baies de l'espèce ont existé, avant la culture, avant la migration des plus anciens peuples asiatiques, peut-être avant qu'il existât des nommes en Europe et même en Asie. Toutefois la fréquence des cultures et la multitude des formes de raisins cultivés ont pu étendre les naturalisations et introduire dans les vignes sauvages des diversités tirant leur origine de la culture. A vrai dire, les agents naturels, comme les oiseaux, le vent, les courants, ont toujours agrandi les habitations des espèces, indépendamment de l'homme, jusqu'aux limites qui résultent, dans chaque siècle, des conditions géographiques et physiques et de l'action nuisible d'autres végétaux et d'animaux. Une habitation absolument primitive est plus oh moins un mythe ; mais des habitations successivement étendues ou restreintes sont dans la force des choses. Elles constituent des patries plus ou moins anciennes et réelles, à condition que l'espèce s'y soit maintenue sauvage, sans l'apport incessant de nouvelles graines.
Pour ce qui concerne la vigne, nous avons des preuves d'une ancienneté très grande en Europe, comme en Asie.
Des graines de vigne ont été trouvées sous les habitations lacustres de Castione, près de Parme, qui datent de l'âge du bronze ', dans une station préhistorique du lac de Varèse *, et
1 . Grisebach, La végétation du globe, traduct. française par de Tchihatclieft, 1, p. 162, 163, 442; Miinby, Catal, Alger, \ BaU, FI. maroccanm spici' legium, p. 392.
2. Adolphe Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, voL l,p. 295, cite plusieurs voyageurs pour ces régions, entre autres Wood, Joumey to the sources of the uxus,
3. EUes sont figurées dans Heer, Die Pflanzen der Pfahlhauten, p. 24, f. 11.
4. Ragazzoni, dans Rivista arch. délia prov. di Como, 1880, fasc. 17, p. 3<^ et suivantes.