A. de Saint-lliliiire, Ann. sc, nat., 16, p
3. Limite)', Jou nat of the hort’C . Society, 1, p. ’ ' »• .. v , j
4. Je cite ces faits «1 après Wiltmack, Ueber anh lenUais *oid and Sud Amerika, p. 87, duns lierlin. antfiropolog. b es., 10 nov. 18/J.
MAÏS
avant que l’homme se fût. misa le cultiver, on ne peut faire que des conjectures. Je les énoncerai, selon ma manière de voir, parce qu’elles conduisent pourtant à certaines indications probables.
Je remarque d’abord que le Maïs est une plante singulièrement dépourvue de moyens de dispersion et de protection. Les graines se détachent difficilement de l’épi, qui est lui-mème enveloppé. Pilles n’ont aucune aigrette ou aile dont le vent puisse s’emparer. Enfin, quand l’homme ne recueille pas l’épi, elles tombent enchâssées dans leur gangue, appelée rafle, et alors les rongeurs et autres animaux doivent les détruire en qualité, d’autant mieux qu’elles ne sont pas assez dures pour traverser intactes les voies digestives. Probablement, une espèce aussi mal conformée devenait de plus en plus rare, dans quelque région limitée, et allait s’éteindre, lorsqu'une tribu errante de sauvages, s’étant aperçue de ses qualités nutritives, l’a sauvée de sa perte en la cultivant. Je crois d’autant plus à une habitation naturelle restreinte que l'espèce est unique, c’est-à-dire qu’elle constitue ce qu’on appelle un genre monotype. Evidemment les genres de peu d’espèces et surtout les monotypes ont, en moyenne, une habitation plus étroite que les autres. La paléontologie apprendra peut-être un jour s’il a existé en Amérique plusieurs Zea ou Graminées analogues, dont notre Maïs serait le dernier. Au temps actuel le genre Zea , non seulement est monotype, mais encore est assez isolé dans sa famille. On peut mettre à côté de lui un seul genre, Euchhna , de Schrader, dont une espèce est au Mexique et l’autre à Guatemala, mais c’est un genre bien particulier et sans transitions avec le Zea.
M. Wittmack a fait des recherches curieuses pour deviner quelle variété du Maïs représente, avec une certaine probabilité, la forme d’une époque antérieure aux cultures. Dans ce but, il a comparé des épis et des grains extraits des Mounds de l’Amérique du Nord, et des tombeaux du Pérou. Si ces monuments avaient montré une seule forme de Maïs, le résultat aurait été significatif; mais il s’est trouvé plusieurs variétés différentes, soit dans les Mounds , soit au Pérou. Il ne faut pas s’en étonner. Ces monuments ne sont pas très anciens. Le cimetière d’Ancon, au Pérou, dont M. Wittmack a obtenu les meilleurs échantillons, est à peu près contemporain de la découverte de l’Amérique *. Or, à cette époque, le nombre des variétés était déjà considérable, selon tous les auteurs, ce qui prouve une culture beaucoup plus ancienne.
Des expériences dans lesquelles on sèmerait, plusieurs années
1. Rochebrune, Recherches ethnographiques sur les sépultures péruviennes d’Ancon , d’après un extrait par Wittmack, dans Ukhvorm, Ilot. Centralblutt, 1880, p. 1G30, où l’on voit que le cimetière a servi avant et depuis la découverte de l’ Amérique.
de suite, des variétés de Maïs, dans des terrains non cultivés, montreraient peut-être un retour à quelque forme commune, qu’on pourrait alors considérer comine lasouciie. Rien de pareil n’a été fait. On a seulement observé que les variétés sont peu stables, malgré leur grande diversité.
Quant à l’habitation de la forme primitive inconnue, voici les raisonnements qui peuvent la faire entrevoir jusqu’à un certain point.
Les populations agglomérées n’ont pu se former que dans les pays où se trouvaient naturellement des espèces nutritives faciles à cultiver. La pomme de terre, la batate et le maïs ont joué sans doute ce rôle en Amérique, et les grandes populations de cette partie du monde s’étant montrées d’abord dans les régions situées à une certaine élévation, du Chili au Mexique, c’est là probablement que se trouvait le Maïs sauvage. Il ne faut pas chercher dans les régions basses, telles que le Paraguay, les bords du fleuve des Amazones, ou les terres chaudes de la Guyane, de Panama et du Mexique, puisque leurs habitants étaient jadis moins nombreux. D’ailleurs les forêts ne sont nullement favorables aux plantes annuelles, et le Maïs ne prospère que médiocrement dans les contrées chaudes et humides où l’on cultive le Manioc *.
D'un autre côté, sa transmission, de proche en proche, est plus facile à comprendre si le point de départ est supposé au centre que si on le place àl’unedesextrémitésde l’étendue dans laquelle on cultivait l’espèce du temps des Incas et des Toltecs, ou plutôt des Mayas, Nahuas et Chibchasqui les ont précédés. Les migrations des peuples n’ont pas marché régulièrement du nord au midi ou du midi au nord. On sait qu’il y en a eu dans des sens divers, selon les époques et les pays *. Les anciens Péruviens avaient à peine connaissance des Mexicains et vice versa, comme le prouvent leurs croyances et des usages extrêmement différents. Pour qu’ils aient cultivé de bonne heure, les uns et les autres, le Maïs, il faut supposer un point de départ intermédiaire ou à peu près. J’imagine que la Nouvelle-Grenade répond assez bien à ces conditions. Le peuple appelé Chibcha, qui occupait le plateau de Bogota lors de la conquête par les Espagnols et se regardait comme autochtone, était cultivateur. Il jouissait d’un certain degré de civilisation, attesté par des monuments que l’on commence à explorer. C’est peut-être lui qui possédait le Maïs et en avait commencé la culture. Il touchait d'un côté aux Péruviens, encore peu civilisés, et de l’autre aux Mayas, qui
1. Sagot, Culture des céréales de la Guyane française ( Journal de la Soc. ccnlr. d hortic. de France, 1872, p. 94).
2. M. de Nadaillac, dans son ouvrage intitulé Les premiers hommes et les temps pré his toriques, donne un abrégé du peu que l’on sait aujourd hui sur ces migrations et en général sur les anciens peuples d Amérique, voir en particulier le vol. 2, cliap. 9.