CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE SYSTÈME SOLAIRE
48. — En raison des énormes dislances séparant les planètes, et que notre imaj^ination paraît bien impuissante à se représenter, on se fait «généralement une idée assez confuse de notre Système solaire. Le mieux dans la circonstance consisterait à dessiner ce système à l'échelle; mais une feuille de papier deviendrait insuffisante, surtout si nous voulons t^arder les proportions dos distances et des volumes. C'est ce que va montrer l'exemple suivant (V. fig. 45).
Donnons au Soleil un diamètre de un mètre environ ; Jupiter sera ligure, dans ce cas, par une boule de 10 centimètres, placée à 600 mètres de distance, et Neptune par une petite sphère de 4 centimètres, éloignée à S^m '/.>• La Terre ne figurerait dans le groupe que sous la forme d'une bille de i centimètre d'épaisseur.
Telles sont les vraies proportions des principaux corps entrant dans la constitution du système dont il nous faut expliquer la formation.
Si Soleil, planètes, satellites et comètes dérivent d'une nébuleuse spirale, il demeure évident qu'une telle nébuleuse, même au début, n'olTrait pas les larges dimensions de celles que révèlent nos photographies ; ce devait être une minuscule spirale à deux branches, dont les corps planétaires sont les résidus'.
' Pour ne prendre qu'un exemple, nous ferons remarquer qu'en étendant notre système planolau-e à une distance triple de Neptune au Soleil, la pror portion entre notre nébuleuse et celle d'Andromède serait de 1 à 20 000, d'après les mesures récentes; c'est-à-dire que si l'on représentait la nébuleuse d'Andromède par un disque lenticulaire de 20 mètres de diamètre, notre nébuleuse aurait un millimètre de diamètre.
49. — Relativement aux volumes occupés par les membres actuels du Système solaire, notre nébuleuse remplissait cependant un espace considérable, à en juger par les proportions énoncées. Aussi, en y réfléchissant, on a lieu de s'étonner qu'il soit venu à l'idée d'un savant de faire naître tant de mondicules, situés à des distances formidables du Soleil , de la condensation d'anneaux détachés dune sphère se contractant peu à peu.
Au reste , la théorie de Laplace à laquelle nous faisons allusion n'est pas la seule que vise notre remarque. L'objection vaut contre toutes les hypothèses ayant eu recours à des anneaux, — quelle que soit leur provenance, — pour construire des globes planétaires. Livrons-nous à quelques calculs pour montrer les monstrueuses invraisemblances auxquelles on aboutit si 1 on veut à tout prix conserver ces doctrines surannées. Nous allons, pour ne pas encourir le reproche de partialité, prendre comme base de nos considérations le colosse Jupiter, la plus grosse des planètes, celle qui nous fournira par conséquent l'anneau le mieux pourvu de matériaux.
Jupiter est compris entre Saturne et la zone des astéroïdes. Son attraction s'étend sur une largeur de 700 millions de kilomètres en chiffres ronds. Répartissons toute la matière de l'énorme planète sur cette couronne circulaire large de 700 millions de kilomètres, dont le rayon moyen est à peu près de 900 millions de kilomètres, soit 0 unités astronomiques environ, et donnons à cet immense anneau une épaisseur 10 fois plus forte que la planète actuelle, ce qui n'offre rien que de très vraisemblable.
Si, au début, toutes les molécules ayant donné naissance à ce monde 1341 fois plus volumineux que la Terre, étaient réparties dans l'intérieur de l'anneau tel que nous lavons défini, imaginez-vous quel ordre de grandeur il aurait fallu assigner à la densité moyenne du milieu?
Le calcul indique que cette densité aurait été 627 milliards de fois moindre que celle de notre atmosphère à la surface de la Terre !
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Même en admettant à rinlérieur de l'anneau un conflit entre les circulations directe et rétrograde amenant des chocs de molécules, on ne voit pas très bien comment, de ce processus particulier, il aurait pu sortir une planète unique. A cette distance énorme du Soleil, sur cette larg-e couronne, il aurait dû se former de nombreux noyaux d'attraction secondaires répartis à des distances dilïérenles et sur des points indéliniment multipliés. N'est-ce pas le cas de reprendre ici les objections de Maxwell, si bien mises en relief par M. Poincaré contre la théorie de M. du Ligondès, qui avait cru bon de recourir à un tel procédé pour expliquer la formation des planètes?
Nous ne connaissons aucune hypothèse pouvant fournir à l'heure actuelle une raison plausible de la réunion d'amas en un tout destiné à former un globe planétaire. Les anciennes théories semblent être dérivées de celle de Laplace, qui avait imaginé ses anneaux en sappuyant sur l'exemple de Saturne. Alors pourquoi les anneaux de cette belle planète ne paraissent-ils manifester aucune tendance à la condensation? D'ailleurs, à l'époque de Laplace, on ignorait le temps de révolution de l'anneau. Si celui-ci s'est détaché de sa planète, en vertu d'un théorème de Mécanique bien connu, la rotation de celle-ci devrait être plus rapide,... et c'est tout le contraire que nous constatons. Alors que la rotation du glolje saturnien est de 10 heures un quart environ, les particules du bord interne de l'anneau accomplissent leur révolution en o'' 30"' seulement. Un tel résultat n'est pas unique; le satellite intérieur de Mars, Phobos, tourne, lui aussi, plus vite que sa planète.
Après de telles constatations, on se demande encore pour quels motifs des astronomes passant pour savants tiennent, malgré les faits , à conserver des théories renouvelées de celle de Laplace.
Même les auteurs qui ont fait dériver le système solaire d'une nébuleuse spiraloïde. Moulton, Chamberlain, See, Belot, n'ont jamais, que je sache, indiqué une raison évidente pour justifier les agglomérations planétaires ; c'est là
une g^rave lacune que doit avoir à cœur de combler toute théorie cosmogonique. Cette raison, dans notre hypothèse, est extrêmement simple, et nous la mettrons en relief dans l'un des chapitres suivants.
oO. — En attendant, continuons notre examen du système solaire. La dissémination incroyable des corps planétaires autour du Soleil n'est pas la seule remarque imposée à notre attention; on n'a jamais insisté, comme on aurait dû, sur la distribution des masses dans notre système.
A ce point de vue, les matériaux se répartissent ainsi' :
Soleil 332 800
Grosses planètes (Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune) . . 444
Petites planètes (Mercure, Terre, Mars, astéroïdes). ... 2
Soit pour le total la Terre étant 1) 333 246
Nous voyons immédiatement que la masse du Soleil vaut à elle seule 746 fois celle de toutes les planètes réunies. On peut donc affirmer que si notre système dérive dune nébuleuse très ditTusée à l'origine, la presque totalité des éléments qui la constituaient s'est précipitée vers le centre pour former le Soleil.
51. — Le tableau précédent appelle aussi une autre constatation dont n'ont guère tenu compte nos prédécesseurs : près du Soleil, c'est le vide presque complet; le système planétaire ne prend corps qu'à partir de Jupiter, c'est-à-dire à 777 millions de kilomètres de l'astre central.
En fait, les grosses planètes contiennent 222 fois plus de matière que les petites, et ces matériaux, importants relativement, ne se sont agglomérés que loin du Soleil.
Il semble donc qu'il y ait pour les uns et pour les autres une mode de formation totalement différent. En fait, si l'on traçait la courbe des masses à partir du Soleil, celle-ci présenterait un faible plateau à hauteur de Vénus et de la Terre,
' D'après données et discussions récentes.