Volumes énormes des grosses planètes. — On
s'est aussi très souvent demandé pour quelle raison les planètes extérieures à l'anneau des astéroïdes olfraient des volumes aussi considérables; il est certain qu'à contempler la ligure 44, semblable question s'offre immédiatement à l'esprit. Comment les branches spirales ont-elles fourni des corps aussi disparates en grosseur? Seul, le colonel du Ligondès a osé aborder ce problème : d'après sa théorie, il doit, à son avis, exister un maximum de densité quelque part dans la nébuleuse. Sans vouloir infirmer ses vues sur ce point particulier, il est permis de constater que la question posée reste irrésolue. Pourquoi ce maximum de densité à hauteur de Jupiter? Pourquoi cette absence de symétrie dans la répartition? Quelle raison invofjuer pour expliquer que d'un côté circulent des géants et de l'autre des pygmées? La forme même de notre nébuleuse va nous livrer l'une des causes de cette apparente anomalie. Reportez-vous à la forme spirale (Planche II, page 9), qui représente le mieux le type nébulaire le plus répandu. Si, à la rigueur, le centre de toutes les nébuleuses ressemble à la spirale d'Archimède, — ce qu'on pourrait dire de toutes les courbes spirales étudiées en Géométrie, — par contre, la spirale lituus, que nous avons étudiée (n° 31), diffère notablement des autres par le
1 C'est, évidemment, ce qui s'est produit pour l'anneau de Saturne, qui continue à rester une zone annulaire, sans aucune trace de condensation marquée.
développement inusité de ces branches à partir d'un certain rayon ; on dirait d'une aile qui s'écarte lar<i^ement et dont l'extrémité tend vers l'inlini.
En raison de la loi des distances planétaires qui montre que les intervalles doublent, ou à peu près, en passant d une planète à la suivante, il devient évident que plus nous nous éloii^nerons du centre, plus grandes seront les portions des branches spirales cjui participeront à la création des globes planétaires. On conçoit donc que, loin du Soleil, il ne saurait se former que des planètes géantes. Leur construction a d'ailleurs été favorisée par 1 inclinaison des l)ranches jus- (|u au moment où celles-ci se sont rapprochées du plan du maximum des aires.
Reste à justilier la règle de Bode et à montrer que d'une façon générale les choses ont dû se passer suivant cette loi fameuse, qu'on a traitée d'empirique; c'est ce que nous ferons bientôt en j)rouvant ([ue la loi des distances n'est qu'un corollaire obligé de la théorie de la gravitation.
(14. Fonnnlion ilo Murs et des i)Iiuiôt('S infcricurcs.
— L'existence de corps lilliputiens près du Soleil est aussi facile à justilier que lénormité des volumes de Jupiter et des planètes extérieures. Reprenons notre examen des branches spirales. Si nous nous reportons aux figures 51 et 53, nous voyons que les spires, après s'être rapprochées du plan invariable au point de se confondre avec lui pendant plusieurs tours peut-être, doivent à un certain moment abandonner ce plan pour gagner, par des circonvolutions de plus en plus obliques, l'équateur du noyau. Mars est la première planète née de cette nouvelle disposition; l'inclinaison de la spire qui lui a donné naissance devait être assez forte, puisque, lorsque la masse centrale a fait sentir son mouvement de bascule à hauteur de l'orbite martienne, la petite planète s'est trouvée à 98 minutes du plan du maximum des aires ; peu après et sur la spire opposée, c'était le tour de la Terre, avec une inclinaison presque égale (9o minutes), quoique un peu plus faible, ainsi que le réclame la théorie et que nous
pouvons le constater pour les planètes d'Uranus à Jupiter (V. les figures 38 et 59).
Mais à partir de ce moment nous sommes si près du Soleil, les matériaux subissent de la part de cet astre une telle attraction, que les deux branches ont dû entremêler leurs spires et que la loi de l'alternance de part et d'autre du plan invariable- n'a pu jouer comme auparavant.
D'ailleurs, cette action solaire avait déjà commencé à se faire sentir dès après la formation des astéroïdes. C'est grâce à elle que le voisinage du Soleil a été vidé d'une notable portion de son contenu et c'est elle aussi qui, en même temps, amaigrissait les branches spirales à partir de Mars. Telles sont les raisons réelles de la petitesse des planètes inférieures.
Quoi qu'il en soit, après le mouvement de bascule qui provoqua la formation de Vénus , les matériaux à forte densité du petit ellipsoïde restant durent amener par leur chute sur le Soleil un relèvement notable de l'axe de ce dernier. De ce suprême soubresaut, qui n'atteignit pas moins de 2 degrés, naquit la planète Mercure : étroite dépendance du Soleil, cet astre minuscule matérialise pour ainsi dire, par son orbite, la trace de l'équateur solaire sur la voûte céleste et la différence d'inclinaison des deux plans atteint à peine 30 minutes. Je laisse à mes successeurs le soin d'expliquer un aussi faible écart; mais j'imagine que la résistance du milieu, comme les perturbations, ont dû jouer un rôle important en la circonstance.
65. Age relatif des planètes. — Si ma théorie renferme quelque part de vérité, nous arrivons, le lecteur l'a déjà compris, aux mêmes conclusions que Laplace au sujet de l'âge relatif des planètes. En découvrant peu à peu les extrémités des branches spirales et en rapprochant constamment ces dernières du plan du maximum des aires , la condensation de l'ellipsoïde a provoqué la formation d'amas planétaires de l'extérieur à l'intérieur ; l'étude de la loi des distances nous en fournira d'ailleurs une nouvelle preuve. Il
faut donc conclure que cette formation a débuté par Neptune, ou une planète transnoptunienne, pour se terminer par Mercure.
Quelle période s'est écoulée entre la naissance des deux extrêmes? C'est un nouveau problème que nous n'oserions aborder.
Les géologues, savants circonspects à l'habitude, ont, en ces dernières années , augmenté leurs exigences ; ils ne réclament guère moins que 500 millions d'années pour l'âge de la Terre. Ce serait donc par milliards de siècles cju'il nous faudrait compter pour remonter à l'origine du premierné de la nébuleuse solaire.
Quittons au plus tôt ce terrain mouvant où les hypothèses, faute de bases sérieuses , ne sauraient que chavirer, pour passer à une question qui nous ramène directement à notre sujet : la répartition des amas planétaires sur les deux branches spirales.
()(). liôpnrtifioii des nwns phinctaires sur les deux hnuivhes sitii'iiles. — En raison de la loi de l'alternance des planètes, loi qui distribue symétriquement ces dernières par rapport au plan invariable (no 54), nous pouvons répartir ainsi les amas planétaires sur chacune des branches spirales (se reporter aux figures 58 et 59).