‹ Origine et formation des mondesChapitre 3 sur 83 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Comparée aux millions de siècles qu'il a fallu pour façonner TUnivers et lui donner sa forme acluelle, la durée de notre vie n'est qu'un éclair rapide, petite lueur éphémère dans la grande nuit du passé. Gomment, dès lors, pourrions-nous remonter le cours des âges et nous rendre compte des lois que le Créateur a imposées à la matière dès l'origine des choses; comment imaginerionsnous le mécanisme qui a tiré l'ordre du chaos et qui a donné naissance aux corps célestes et aux sylèmes stellaires dont la diversité confond notre esprit?

Pareille tâche semble de beaucoup dépasser la puissance de la pensée humaine; à plus forte raison m'a-t-il toujours paru quelque peu prétentieux de vouloir m'inscrire après les Kant, les Laplace, les Herschel, les Faye et beaucoup d'autres, parmi ceux qui ont tenté de retracer l'histoire des mondes depuis leur origine. L'exemple de certains pionniers d'avant-garde, voire même de chercheurs modestes, à défaut de ces illustres prédécesseurs, sera ma seule excuse ; car on ignore généralement que, depuis l'époque où le philosophe de Kœnigsberg écrivait sa Théorie du ciel, nombreux sont ceux qui ont abordé ces problèmes ardus de Cosmogonie.

VIII AVANT- T'ROPOS

C'est qu'en fait, une hypothèse cosmogonique nest pas nécessairement, suivant une opinion trop répandue, le fruit dune vaine spéculation : elle doit être avant tout basée sur l'expérience, fondement de toutes les connaissances humaines. Or, c'est l'observation qui nous a fait découvrir les lois des phénomènes, et aussi loin que nous portions nos investigations, nous constatons toujours que ces lois, aux modalités près, sont immuables dans toute l'étendue de l'Univers accessible à nos sens; uniformes dans l'Espace, elles le sont encore dans le Temps, sans quoi l'astronome d'aujourd'hui serait bien empêché de prévoir ce qui doit arriver demain.

Maintenant, faisons machine arrière : si les mêmes causes produisent les mêmes effets, la cause actuelle ne peut être qu'un effet par rapport à celle qui l'a engendrée. Ainsi, le philosophe ne peut échapper à cette conclusion qu'aussi loin que nous remontions dans le passé, la matière créée a obéi à des lois dont l'universalité ne saurait être mise en doute.

J'entends le lecteur moderne m'opposer les idées d'Einstein sur la relativité: mais je commencerai par lui faire remarquer que les savants n'ont pas attendu la venue du physicien allemand pour soupçonner, par exemple, que la masse augmente avec la vitesse. Or, ce résultat, qui intéresse au plus haut point celui qui s'occupe du monde des atomes, ne saurait retenir au même degré l'attention du savant qui pèse les corps célestes, tous animés de vitesses extrêmement lentes par rapport à celle de la lumière.

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